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28/05/2007

Détention provisoire : durée – délai

Nota : Un rappel de la durée d’instruction et de la détention provisoire, prévue par CPP (Code de Procédure Pénale).

La détention provisoire
, c’est la prison, en Maison d’arrêt, et l’attente d’un jugement.

L’OIP (Observatoire International des Prisons) nous affirme : « Définie par la loi comme devant être l’exception, la détention provisoire est trop souvent prononcée au détriment du contrôle judiciaire et au mépris de la présomption d’innocence. Véritable peine sans jugement, la détention provisoire constitue de nos jours une grave atteinte aux libertés fondamentales. »

La détention provisoire (on parle aussi de détention préventive) peut durer :
. en matière correctionnelle :
. 4 mois, puis 4 + 4 mois (si cela est justifié)
. 2 ans (affaire de stupéfiants, etc…)
. maxi : 2 ans et 4 mois
. en comparution immédiate (sans instruction complémentaire, donc sans juge d’instruction),
. audience entre 2 et 6 semaines
. maxi 2 mois (4 mois à la demande du mis en examen, si peine possible supérieure à 7 ans)
. en cas d’appel, appel dans les 4 mois
. en matière criminelle :
. 1 an et 6 mois
. 2 ans (si prévu – de 20 ans)
. 3 ans (si + de 20 ans)
. 4 ans (stupéfiants, …, etc…)
. 4 ans + 4 mois + 4 mois

Ces délais légaux semblent longs à celui qui est en détention et qui pense parfois (souvent) qu’il n’est pas aussi « coupable » qu’on le dit (selon les apparences).

Pendant cette détention provisoire (et ces délais), le juge d’instruction doit instruire à charge et à décharge ton dossier afin qu’il puisse être présenté devant un tribunal.
Pendant cette détention provisoire, le prévenu est en droit de demander d’être remis en liberté provisoire, afin d’attendre le moment de son jugement.
Elle est, très souvent refusée, surtout si l’instruction est complexe et non terminée, si la peine encourue dépasse les 2 années, et si les circonstances évoquées lors de la décision de mise en détention existent toujours (conserver les preuves ou les indices matériels, empêcher soit une pression sur les témoins ou les victimes, soit une concertation frauduleuse entre les complices, protéger la personne mis en examen, garantir le maintien à la disposition de la justice de la personne mise en examen, mettre fin à l’infraction ou prévenir son renouvellement, mettre fin à un trouble exceptionnel et persistant de l’ordre public, provoqué par la gravité de l’infraction, les circonstances de sa commission ou l’importance du préjudice qu’elle a causé. Une seule de ces circonstances suffit pour placer ou maintenir la personne en détention – art. 144 du Code de Procédure Pénale).

Si ton maintien en détention est « accordé », tes policiers t’emmènent en prison.
La loi prévoit que la détention préventive doit se faire dans la prison la plus proche de ton lieu d’interpellation et de jugement, de ton domicile (pour préserver les liens familiaux… c’est la théorie) et surtout du juge d’instruction qui pourra souhaiter te voir…
En pratique, ce choix est souvent fixé par d’autres objectifs : provoquer l’éloignement de la famille, pour espacer les visites et faire pression sur le condamnable (s’il collabore, je le rapproche… on le dit aux familles qui s’indignent de cet éloignement), séparer les différentes personnes impliquées dans la même affaire et les empêcher de communiquer entre eux…

Là encore, « mon » enquêteur m’a été d’un grand secours… Il m’a recommandé (autorisé) de remettre à mon avocat mes objets personnels (serviette, clefs, papier de voiture, téléphone, portefeuille, etc…) et m’a fait conserver que ma carte d’identité et l’argent que j’avais sur moi. Une fois même, je n’avais pas grande chose, et c’est mon avocat qui m’a prêté de l’argent. Ce qui précède peut vous paraître banal, mais je vous assure que ce n’est pas « banal ». En qualité d’écrivain, j’ai eu à faire de multiples demandes pour que soit retiré de la « fouille », tel ou tel objet, retenu et dont la famille avait un besoin urgent… mais, pour eux, l’urgence n’existe plus et comme tu n’es pas jugé, toutes « tes » demandes passent par le juge d’instruction… d’où… des délais… du temps… de l’attente… de l’énervement… et pour ceux qui sont « dehors »… la galère…

Tout ce qui précède n’avait qu’un but, te montrer combien ce passage, ce temps passé dans les bureaux de la police ou de la gendarmerie est important, voire déterminant pour la suite de votre destin…
J’avoue que cela ne m’a pas semblé, alors, aussi « évident », mais ma propre expérience, celle des autres, ce que j’ai entendu, me laisse penser et me permet de t’affirmer que c’est le moment le plus important de « ton procès »… Et ce qui me semble le plus grave, c’est que cette période de la procédure (car elle est déjà, souvent, bien engagée) est celle qui, au niveau matériel, est la plus pénible :
. les interrogatoires sont nombreux et inconfortables…
. pas de périodes de « vrai » repos (ou si peu)…
. mal nourri, pas d’hygiène, pas de calme, pas de temps de réflexion (ou si peu)…
Même si tu t’y attends, même si tu sais que cela peut se produire, tu ne peux pas t’y préparer…
Lorsque l’on t’interroge, tu n’es pas en possession de documents, les faits sont souvent « anciens » et loin de tes préoccupations « actuelles ».
Celui qui t’interroge a déjà passé de longues heures de travail sur ton dossier, afin de réunir le maximum d’informations et en fait, afin de se faire sa propre opinion, sur toi.
Je le répète, à 90 %, il sait ce qu’il veut « entendre ». Il sait ce que tu vas lui répondre. En fait, il ne recherche qu’une « confirmation ».
Ce qui va suivre, va te le faire comprendre, encore mieux, et là, je vais prendre différents cas, les plus fréquents.

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

25/05/2007

8. Issue de la Garde à vue

Revenons à celle-ci…

La suite de la « garde à vue » n’est pas décidée par l’enquêteur, mais son avis compte. Il consulte le « procureur » (l’avocat du diable = l’accusateur = le représentant de la société et de la loi) qui décide ce qu’il fait de toi. Il y a plusieurs solutions (issues).
. Eux deux sont d’accord, et tu es maintenu « en examen », mais tu es « libéré »… « On verra s’il y a lieu de poursuivre, plus tard ».
. Deuxième solution, la plus courante, tu es présenté devant un « juge d’instruction » (il y en a un ou plusieurs, en permanence, jour et nuit (presque) dans chaque tribunal). Dans les grandes villes, chacun a un peu sa (ses) spécialité(s) (genre de délit). En accord avec le procureur, rendez-vous est pris avec le juge d’instruction et donc, il faut attendre sa disponibilité… ce qui fait, de nouveau, que tu peux être maintenu plus de 48 h… en général, il n’y a pas de nuit « supplémentaire » dans cette prolongation, car, en général, la décision de présentation au juge d’instruction est prise, le matin, tôt… Mais si le procureur souhaite que tu sois présenté devant tel juge d’instruction (spécialiste), il m’est arrivé, une fois, d’attendre 14 h (en fait, 16 h). Cette attente se fait donc, en général, en geôle, pour ma part, j’ai souvent « attendu » l’heure dans un bureau, ce qui n’est pas forcément mieux (mais quand même plus acceptable).
Je pense que ce qui précède t’a permis de te rendre compte du rôle du « procureur »… c’est quelqu’un que tu ne vois que rarement, mais il est toujours là… dans l’ombre :
. c’est lui qui reçoit la (les) plainte(s), contre toi,
. c’est lui qui décide si une suite doit être faite à ces plaintes,
. c’est lui qui décide les « enquêtes » préalables,
. c’est lui qui décide une éventuelle « perquisition », chez toi, au bureau,
. c’est lui qui donne « tous pouvoirs » (ou presque) à l’enquêteur,
. son action est parfois « ralenti » par la surcharge (ou le sous-nombre) des enquêteurs qui ont l’habitude de jongler entre les dossiers, et d’arrêter l’un pour en prendre un autre « plus urgent »,
. c’est donc lui qui te met en « garde à vue »,
. c’est lui qui décide de ta présentation au juge d’instruction,
. c’est lui qui reçoit « les confidences » (entre quatre yeux) de l’enquêteur,
. c’est lui qui sera, devant le juge d’instruction (son copain), le représentant de la société…en danger…
. ce n’est pas lui qui décide, mais il donne « toujours » son avis, celui qui « porte »…
. il sera encore là, lors de la présentation au « juge des libertés et de la détention »,
. il sera encore là, lors de chaque demande ultérieure (liberté provisoire, etc…),
. il sera là, le jour de ton jugement,
. c’est en fait, lui, le détenteur « de la vérité », de la « loi »,
. il est là pour « défendre la société et pour faire punir le délinquant ».
Bien sûr, ce n’est pas toujours « le même homme », mais ils sont peu nombreux et bien « coordonnés »…
Donc, s’il a été décidé que tu seras présenté à un juge d’instruction, tu es emmené au tribunal, par deux policiers + l’enquêteur + menottes, etc… Bref, du cinéma… Là, l’enquêteur s’éclipse et va rendre des comptes au procureur.
A ce moment-là, ton avocat est prévenu de ta présentation au juge d’instruction. Et on attend son arrivée, en effet, tu as le droit d’être « assisté » et donc il faut l’attendre, et faire coïncider sa disponibilité avec celle du juge d’instruction et ne pas tomber dans une heure de repas. En général, il n’y a pas trop d’attente (1/2 h à 1 h), car personne ne veut énerver l’autre… Si tu n’as pas d’avocat, tu dois (peux) être « assisté » par un avocat « commis d’office », nous reparlerons de lui.
Devant le juge d’instruction, escorté par les policiers + enquêteur + ton avocat, souvent, ce n’est pas long. Cette première rencontre se limite à un contrôle d’identité, à un rappel de ce que l’on te reproche, d’emblée, on te prévient que tu peux ne pas parler « aujourd’hui » et demander que la suite des interrogatoires soit poursuivie, plus tard. Faculté que tout le monde t’encourage à choisir, car, en général, tu as le tête comme une cafetière, prête à exploser, tu es fatigué, bref, pas dans un état normal, pas serein.
Reste la grande question, qu’est ce que l’on fait de toi ?
(N’es crainte, tout le monde le sait, sauf toi…)
Plusieurs solutions : Tu restes « mis en examen, sous contrôle judiciaire » = libre avec certaines obligations (ne pas quitter le département, ne pas fréquenter certaines personnes, aller signer chaque quinzaine, à la police ou au tribunal, etc…)
Tu restes « mis en examen, en détention provisoire », donc tu es toujours considéré comme innocent (jusqu’au jugement), mais on te prive de ta liberté, dès maintenant, et on te met en prison, parce qu’ « ils » jugent que ta présence « en liberté » peut gêner la poursuite de l’enquête, tu peux disparaître, continuer à être un danger pour la société, etc… Ce « ils » se fait à trois : le juge d’instruction, le procureur, puis, le « juge des libertés et de la détention ».
Une petite parenthèse pour parler du juge des libertés. En fait, c’est « un pantin », il est censé s’assurer que la détention est indispensable, mais comme il ne connaît rien au dossier, il n’est pas en mesure de juger, par lui-même, donc, il suivra l’avis, les avis du juge d’instruction et du procureur, si tous les deux sont d’accord : pas de problème. Si l’un n’est pas d’accord, il faudra choisir. En fait, « choisir » est un grand mot, car, en fait, il ne voudra pas « prendre de risque » et une « responsabilité » qu’il n’est pas en mesure de prendre puisqu’il ne connaît pas le dossier, donc en général, il suivra l’avis de celui qui veut te mettre en prison. Si tu es remis en liberté, sans l’accord du procureur, celui-ci fait appel (toi aussi d’ailleurs) et donc tu es présenté à un tribunal « immédiatement » (dans les heures qui suivent) et lui, décidera ton maintien… il aura peut-être pu voir ton dossier quelques minutes…
Mais tout cela, c’est bien du temps perdu et beaucoup de paperasses… car, à mon avis, la décision de ta mise en détention est prise, dès ton arrivée au poste de police… par le procureur et ce que sait déjà l’enquêteur… C’est mon intime-conviction…

Donc, en général, quand tu ressors de ce premier contact avec le juge d’instruction, soit tu ressors avec une nouvelle convocation, soit « je vous convoquerai »…
Si le délit reproché doit te faire passer en « correctionnel » (délit mineur ou pour le moins, le risque d’une peine inférieure à 10 ans), en théorie, tu dois être jugé dans les 12 mois.
Si le délit reproché doit te faire passer aux « assises » (délit grave, meurtre, viol, grand banditisme, etc…) le juge d’instruction a 12 mois + 12, pour boucler son instruction, mais souvent, il y a « dépassement » pour la nécessité de l’instruction. Dans la pratique, ce n’est pas « souvent » catastrophique, car, en général, tu risques une peine minimum de 5 ans… donc… Mais, en fait, dans ta tête, tu n’es pas bien, car cette attente fait partie de ce qui est « le plus pénible » dans la détention provisoire : attendre et ne pas savoir…

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23/05/2007

7. L'Aveu

La « clef » de tout jugement :

Vous voyez que c’est pas simple et, les multiples exemples que j’ai à l’esprit, m’obligent à vous dire que la « garde à vue » est le « clef » de tout jugement, donc le « seul » élément qui « porte »…

Revenons au déroulement de l’interrogatoire (le mien). Le fait d’avoir pu avoir, en mains, un certain nombre de documents qu’il avait en sa possession, m’a permis de lui montrer l’incohérence de son interprétation, ou parfois, la « faille » de son intime-conviction…
Ainsi, lors de l’interrogatoire relatif à ce fameux multi-salariat, il me parla de 150 employeurs, ce qui me parut évidemment « excessif », même en deux ans. Mais l’URSSAF lui avait fourni une liste de 150 « immatriculations ». En fait, cette liste était juste, mais elles comportaient plusieurs déclarations chez la même entreprise… une incohérence… en apparence. Moi, j’en connaissais la raison, mais je ne peux vous l’expliquer, aujourd’hui. Donc de 150, on est tombé à 70/80 : ce qui sur 2 ans était plus près de la réalité, et en plus, il y avait des entreprises où il était prévu que je sois salarié (la déclaration devant être préalable à l’embauche), mais en fait, il en avait été autrement. Il me faut vous préciser que l’URSSAF enregistre les entrées, mais pas les sorties…, au moins dans le fichier en question.
Même preuve d’incohérence ou de fausse interprétation lors de l’étude de nos comptes bancaires. Certaines sommes étaient, pour lui, deux entrées d’argent alors qu’en fait, il ne s’agissait que d’un transfert (virement ou chèque) venant d’un autre compte sur une autre banque. Ce type d’analyse, même pour moi, l’auteur, est difficile, surtout sans document comptable, sous les yeux, et 2 ans après. Il faut comparer, date à date, et en fait, faire des suppositions, car les extraits de banque sont souvent très laconiques, et les états fournis par les banques, encore plus, puisqu’il n’y a pas de libellé, que des chiffres en crédit ou débit.
Bref, tout cela fait que j’ai ébranlé son intime-conviction et qu’il a reconnu (par écrit) qu’il s’était fait, au préalable à mon interrogatoire, une opinion « autre » sur ma personne et sur les faits reprochés. Et dans son rapport confidentiel dont je n’ai pas, en principe, connaissance parce que je n’ai pas à le signer, mais le juge en a parlé lors du jugement, il a donc reconnu (et écrit) que selon lui (et c’est la vérité), il n’y avait pas eu, pour moi, d’enrichissement personnel. En fait, le tribunal n’en a pas tenu compte… pourquoi ? Nul ne le saura… ou on peut penser que, tout compte fait, cette déclaration n’arrangeait pas… la Justice « souveraine »…
Pour conclure sur cet interrogatoire de plus de 48 h et donc, la rédaction de nombreuses feuilles de papier, avec question, réponse, question, réponse, …, à l’heure d’aujourd’hui, (et je m’en suis rendu compte à travers de nombreux dossiers dont j’ai eu connaissance, à Metz et ici, en ma qualité d’écrivain (de confident), de cet interrogatoire, tout le reste de la procédure découle…
Après 48 heures (ou plus), il n’est pas rare qu’un individu (un peu faible ou jeune) signe un PV qui ne correspond pas à ce qu’il aurait souhaité (dit, en d’autres circonstances). Il signe par lassitude…, sans même avoir bien relu… pour que cela cesse… Il pense qu’il pourra se rétracter (on le lui laisse croire). Il le pourra, mais… il aura quand même « signé » des aveux.

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