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15.01.2007
Cellule de 4... en Maison d'Arrêt...
La vie quotidienne, en prison, est souvent décevante, car monotone et sans surprise…
Le moral se maintient malgré le fait que l'inactivité et le sentiment de ne servir à rien commencent à me peser.
Tu m’as interrogé sur l’alcool et le vin. Ceux-ci sont strictement interdits depuis quelques années, sous toutes ses formes, ainsi même certains après-rasages ou déodorants sont « interdits » de séjour en détention.
Pour ma part, je m’y fais, mais, j’avoue qu’un peu de vin avec le fromage me manque…
Aujourd'hui, je vais te parler de l'organisation de notre vie plus intime, dans nos 20 m2 – (nous parlerons, une autre fois de la cellule pour deux), et où nous ne sommes que trois, donc en surface le double d'une cellule pour 2, et, en pratique, plus d'espace vital et de confort. Avec 2 lits à étage (moi, je suis en haut de l'un), 4 chaises, en principe 2 tables (nous en avons trois), en principe 2 armoires (nous en avons 3). Nous bénéficions d'un "vrai" coin "toilettes", avec WC et lavabo, quand je dis "vrai", en fait cela veut dire que ceux-ci sont dans un coin avec deux cloisons, une de 1,9 m de haut, une autre de 1,2 m avec une porte.
Ce niveau de confort qui n'existe pas dans les cellules de 2, permet une "certaine" intimité lorsqu'il faut aller aux toilettes, se laver ou se changer.
Bien sûr, tout dépend des co-locataires, mais je dois dire que je suis bien tombé et qu'à ce niveau, il n'y a pas d'ambiguïté et la discrétion est de rigueur (chacun a son heure).
Evidemment, nous n'avons pas d'eau chaude et pas de vrais robinets, tout est à poussoir - ce, pour éviter, je pense, les robinets qui coulent tout le temps et les inondations (volontaires).
Au niveau décor, tout notre étage a été repeint en juillet 2001, et notre cellule est impeccable (encore une exception, par rapport à ce que j'ai pu voir plus tard), en peinture jaune cassée et bleue et plafond blanc. Il est interdit de fixer quelque chose aux murs si ce n'est sur un panneau (matérialisé par une autre couleur de peinture). Le nôtre comprend : quelques photos de chanteuses (découpées dans des revues), un calendrier (planning), une table de conversion (franc/euro), la pensée d'Albert Camus (dont je t'ai déjà parlé), un éphéméride (calendrier - feuille à feuille), le planning des cantines.
Pour compléter notre décor, il ne faut pas faire abstraction du décor (utilitaire) que sont les chaussures (alignées au sol), et les séchoirs (du type séchoir de radiateur) qui reçoivent les serviettes de bain (douche) et le linge que nous lavons sur place. Sur les tables : cruche pour chauffer l'eau, verre pour le café (Ricoré), les tables ont des niches (faux tiroirs) pour les papiers à lettres, livres, timbres, crayons à bille, courrier, etc... Bref, tout ce que tu veux. Le fait d'avoir chacun une table apporte un confort et une intimité supplémentaire très appréciée. C'est notre seul "chez nous". Chacun a la sienne et on ne se permettrait pas de fouiller dans celle du voisin.
Mais je te rappelle qu'il s'agit là d'une situation privilégiée, puisque, pour la majorité des autres détenus, ces deux objets (meubles) se partagent.
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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donnerara quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).
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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donnera quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
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En fait, il faut reconnaître que l'individualisme est très cultivé : à chacun, ses affaires, tout se fait à l'individu, sauf le chauffage de l'eau pour le café (mais à chacun, son café), à chacun "sa" cantine. Le collectivisme et le partage sont rares. J'essaie de l'instaurer pour quelques situations particulières mais c'est dur : lavage de la vaisselle (individuelle) 2/3, le nettoyage de la cellule et des sanitaires : chacun son tour, j'essaie de le faire faire ensemble. Au repas, j'essaie et fais la proposition de partager : réponse (souvent) : "j'en ai". C'est vrai, mais ce n'est pas la même chose. En fait, je constate que si tu demandes, tu n'obtiens pas de refus, mais la proposition spontanée est rare. L’ambiance est bonne et ce qui précède ne fait partie que du détail.
J'ai oublié de préciser pour le décor, qu'est fixé au mur, un support TV, il est vrai que nous ne l'utilisons pas parce qu'il est mal situé et ne nous permettrait pas de voir la TV de nos lits. Au plafond, il y a 3 plafonniers qui sont actionnables de l'intérieur et de l'extérieur de la cellule. Il pourrait (l'interrupteur extérieur) être actionné la nuit, lors des rondes (mais il y en a fort peu), je pense ne l'avoir vu s'allumer qu'une fois depuis que je suis là, et encore, je pense que c'était pour s'amuser...
Il n'y a qu'une prise de courant : un problème qui oblige l'emploi de multiples rallonges (6) et de plusieurs multiprises (5) qui, sur une seule prise, alimentent : TV, frigo, thermoplongeurs (3), radio. Et cela ne saute pas...
Au niveau de la "sécurité", car sécurité, il devrait y avoir, la porte est équipée d'un oeilleton qui permet de voir de l'extérieur (pendant les rondes). En plus de cela, il y a normalement un système d'interphone et de haut parleur, couplé à un système d'écoute. Mais dans notre zone (étage), ce système ne fonctionne pas.
Bref, de la sécurité, il n'y en a pas, et ce, pas plus le jour que la nuit. Pour le jour, si on veut faire ouvrir la porte, il faut mettre (passer) une feuille de papier dans la porte, on appelle cela un drapeau… ! Le surveillant vient quand il la voit, s’il le veut ou en a envie. Si cela tarde, c'est souvent (pas chez nous), des cris et interpellations "surveillant" et des coups dans la porte. La nuit, il y a encore moins de sécurité puisqu'il n'y a que 2 ou 3 passages sur l'étage et une écoute plus que superficielle (à mon avis, la durée de passage ne doit pas excéder la minute).
Inutile de dire que s'il devait y avoir (ou lorsqu’il y a) "un pétage de plomb" et/ou une agression, ou, une maladie (crise) la nuit, l'issue et la résolution poseraient (posent) problème.
03:00 Publié dans Ambiance, Vie privée , Description des lieux , Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
Commentaires
pas si facile de commenter ces notes ...et encore moins de poser dee questions ...ce blog n'est pas vraiment l'endroit adéquat..
Ecrit par : bernard | 17.01.2007
Que du descriptif…
Il est vrai que mes premières lettres à ma fille sont essentiellement descriptives, d’ici quelques jours, vous aurez plus de « réflexions » sur ce qui se passe en prison, et je pense que des questions, vous arriverons naturellement.
Si vous le souhaitez, vous pouvez me joindre directement par mail : pdg.1019@neuf.fr
Paul Denis, à Bernard, le 17/01/07
Ecrit par : Paul Denis | 17.01.2007
Je partage le point de vue de Bernard.
Commenter et surtout "questionner" est difficile.
Très vite, on sent que pourraient être franchies les limites de la discrétion, de la pudeur, de la délicatesse...
Et une question impossible à poser masque l'esprit à chaque ouverture de ce blog:
"1019 jours en taule, pourquoi ?"
Je me la pose cette question, mais je ne la pose pas...
Ecrit par : Crabillou | 17.01.2007
Motif d’incération… J’ai dit qu’il n’y avait pas de mauvaises questions… Je te précise donc, que malgré mes protestations, on m’a accusé d’exercice illégal de la profession d’expert comptable, à cela se sont ajoutées des accusations de fraude fiscale…plus la révocation d’un sursis antérieur… bref 3 condamnations, un total (sur le papier) de 58 mois de prison ferme, avec les grâces et remise de peines : 34 mois…
En fait, je me sens victime de l'incompréhension administrative, de l'incohérence fiscale et de la lâcheté judiciaire qui a peur de contredire l'administration fiscale... A mes protestations, on n' répondu de nombreuses fois : "S'ils l'ont dit, c'est que c'est vrai..." et aucunes vérifications n'ont été faites...
Ceci dit, je ne souhaite pas en polémiquer, car le sujet de ce blog reste bien les « conditions matérielles et psychologiques » d’une détention en Maison d’Arrêt et en Centre de Détention entre 2001et 2004…, vécues par un détenu moyen…
Je pense que « les limites de la discrétion, de la pudeur, de la délicatesse... » peuvent plus facilement être dépassées dans un blog que dans une correspondance avec des intimes… aussi, par ces commentaires, je souhaite compléter et répondre à toute question…
De Paul Denis à Crabillou, le 17/01/07 à 23 h 30
Ecrit par : Paul Denis | 18.01.2007
J’ai connu aussi, mais on était 6, mais à 6 dans une cellule double, c’est mieux qu’à 3 dans une cellule de 2. De plus, le coin toilettes est mieux.
Pour la déco, j’ai rien connu de cool, c’était toujours limite pour ne pas dire crade et délabré vieille peinture sâle qui s’écaille et du scotch, partout… On voulait repeindre, mais ils n’ont pas voulu nous donner de la peinture… on aurait pu rendre la piaule plus acceptable.
Cà c’est vrai, en prison, c’est chacun pour soi. De toute façon, t’es obligé, si tu es trop bon et tout juste cool, tu te fais baiser chaque fois et on te rend jamais ce que tu « prêtes ».
Il est vrai que pour se faire entendre, il fallait souvent gueuler ou taper dans la porte, mais bon, je comprends que tu n’aimais pas, mais on avait pas le choix, si on voulait sortir, demander quelque chose et pas louper un RDV (parloir ou autre).
De Alex, le 21/01/07
Ecrit par : Alex | 21.01.2007
je vous suis chaque fois que vous mettez une note
vous etes quequ'un de bien alors je cherche à savoir et je ne comprends
j'espère que vous serais edite que tout le monde puisse lire vos etats d'ame
abientot jacqueline
Ecrit par : jacqueline | 22.01.2007
Une fidèle… déjà, merci de votre participation. Ma conviction est la même que la vôtre, Jacqueline, il faut que tout le monde puisse « connaître la vérité sur ce qu’est une prison française ».
Mes états d’âme, vous allez les connaître dans quelques notes… et aussi mes inquiétudes sur le bien-fondé de la prison actuelle qui met à l’ombre, mais qui n’améliore pas l’individu.
Je ne sais si je suis quelqu’un de bien, sûrement pas puisque mon pays m’a condamné… Mais quoiqu’il arrive, en chaque circonstance, j’essaie d’assumer mes convictions et je ne veux pas que ma conscience me reproche de n’avoir pas fait ce qu’il fallait pour aider mon semblable en difficulté. Je suis comme cela et je ne veux pas en changer, je m’y trouve bien…
Tout le monde (les politiques) dit qu’il faut modifier la Justice, mais rien n’est fait depuis des décennies. Mon témoignage qui m’est propre et ne reflète pas la vision que certains ont de la prison, car j’ai conscience d’être un privilégié… en ayant un emploi (écrivain public) qui correspondait à mes aspirations de justice et de l’idée que je me fais de l’être humain qui mérite une aide plus qu’un punition…
De plus, je n’ai été quand dans deux prisons, somme toute, acceptables, mais j’en ai entendu de bonnes, et si je n’en parle pas trop, c’est parce que je crains (j’espère) que mes informateurs exagéraient la vérité en la noircissant.
Ce qui serait bien, c’est que d’anciens détenus, comme Alex, puisse apporter leurs témoignages sur d’autres lieux… C’est un appel…
Stat. : 18 jours de blog : 1494 visites, 52 commentaires,
De Paul Denis à Jacqueline, le 22 janvier 2007 à 23 h.
Ecrit par : Paul Denis | 22.01.2007
Pour compléter Alex. Mon avocat venait souvent (chaque fois que nécessaire) me voir. Chaque fois ou presque, il était « obligé » de m’attendre parfois une bonne demi-heure, au point qu’il me demandait… « Mais que faisais-tu ? »…
9 fois sur 10 (avant d’être écrivain), j’étais en cellule, à ne rien faire, donc disponible. Lui était à peine surpris… et il se prenait du boulot car il savait qu’il allait attendre…
Tout cela dit, pour vous faire comprendre que « passer un coup de fil à l’étage où tu habites, pour prévenir que tu es attendu par ton avocat, n’est pas une chose simple… en prison…
De qui se moque-t-on ? Qu’on fasse attendre un détenu qui n’a rien à faire, certes, mais faire poiroter un avocat qui est souvent surbooké… c’est d’un sans gêne que je ne peux admettre, encore aujourd’hui, j’en suis révolté. Je me rappelle en avoir fait la réflexion (poliment), réponse : « c’est pas moi… »
De Paul Denis, le 22/01/07 à 19 h
Ecrit par : Paul Denis | 24.01.2007


