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17/01/2007

Notre vie quotidienne... en Maison d'Arrêt

A la bibliothèque, j’ai trouvé un livre très intéressant qui s’appelle « Le Guide du Prisonnier », il est édité par l’O.I.P. « Observatoire International des Prisons »

Je t’en ai copié quelques lignes qui te situeront sous quels régimes fonctionne une prison :

. « Le but de la prison est de priver la personne détenue de la liberté d’aller et venir »… mais dans les faits, lui sont imposées des règles et des contraintes qui dépassent cette mission,
. la réglementation applicable aux prisons se trouve dans le Code de Procédure Pénale (CPP),
. à ce code, il faut ajouter un nombre considérable de circulaires et de notes de service de l’administration pénitentiaire qui ont pour objet de combler les lacunes ou imprécisions du CPP,
. à tout cela, se rajoute le Règlement intérieur (« la loi interne ») qui, lui, précise certaines règles, propres à l’établissement. Il existe quand même une grande partie des règlements intérieurs commune à tous les établissements,
. souvent, ce règlement sert de base à l’information des détenus, c’est souvent un fascicule d’une quarantaine de pages dactylographiées et s’il est prévu qu’il soit « à la disposition de tout arrivant », dans la pratique, en principe (mais ce n’est pas toujours le cas), il est « consultable » à la bibliothèque, auprès du chef de détention et auprès des travailleurs sociaux,
. malgré « ces » cadres rigides, il y a, encore, entre les « droits et obligations » et les « pratiques »… un fossé… qui a, pour origine, aussi souvent les personnes chargées de les appliquer que ceux qui sont détenus.


Tu vois que même cette autorité « reconnue » s’étonne des disparités entre les établissements et des variantes en ce qui concerne l’application d’un même texte.

Et poursuivons notre chronique, aujourd'hui, voyons la vie de chaque instant, notre vie à trois.
Comme déjà dit précédemment, l'ambiance de la cellule dépend de ses occupants, celle de l'étage, des détenus et des surveillants.
Pour nous, la vie (les autres, l'autre) est tout à fait correcte. Chacun sait respecter l'autre, chacun à son coin et son petit espace plus intime que l'autre ne "viole" pas. On sait aussi respecter les silences de l'autre, et éviter les sujets de conversation qui irritent ou fâchent.
Cette partie de l'individualisme que l'on s'impose "naturellement" fait la "qualité" de notre vie commune. Et cette façon de vivre n'est pas pour me déplaire, comme tu le sais.
En fait, cette vie interne est souvent "perturbée" par les allers et venus de chaque jour (la vie interne de la prison à laquelle s'ajoutent nos propres besoins).
En fait, on est toujours "dérangé". C'est, bien sûr, un paradoxe, mais cependant une réalité.
Avant même le lever, pour « l’appel » (vérification oblige) des présents et le ramassage du courrier et les bons de cantine.
Ensuite, c'est moi qui sors, les lundi, mercredi et vendredi, pour la douche à prendre avant 8 heures, donc 7 h 55. Les autres jours, c'est la possibilité de faire une mini-grasse matinée, s'il n'y a rien de prévu.
En principe, ce qui est prévu, est annoncé la veille (parloir, prise de sang, sortie au tribunal ; on appelle cela "extrait").



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donnera quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Donc, le lever se fait "calme", chacun à son rythme et sans bruit, on essaie de respecter les derniers instants de sommeil de l'autre.
Chacun se fait son petit déjeuner. Je me suis mis au chocolat et je mange un morceau de brioche (cantinée, chaque semaine). En effet, le pain (baguette donnée chaque jour à 11 h 30) est bon à 11 h 35, passable à 17 h 30, immangeable le lendemain. Pour finir la semaine et prévoir les imprévus, j'ai, en réserve, un paquet de Rem (on n’en a jamais eu à la maison, mais dans ma jeunesse, nous en avions déjà chez mes parents).
Après ce moment (agréable), c'est le temps de la toilette. Après cette étape, je fais mon lit et c'est mon activité principale qui commence : j’écris, je lis et regarde la TV en alternance, selon l'intérêt de la TV, et ce, assis (couché) sur mon lit (en effet, l'inconfort des chaises rend son usage « intensif » douloureux pour mon céans). Bref, on prend ses aises et pourquoi s'en priver.
Toute cette activité nous amène à 11 h 30 (heure du repas).
Mais entre temps, il y a eu, presque chaque jour, des visites ou des déplacements, des "activités".
Ainsi donc, ce matin, mardi, j'ai été appelé à l'infirmerie, pour une prise de sang (vérification du cholestérol), puis, pour aller apporter mon linge (sale) au parloir, pour qu'il soit donné (après vérification) à Maman, demain. Le fait que mon co-locataire soit le bibliothécaire-écrivain public de notre secteur « jeunes », provoque des déplacements supplémentaires et des visites (apport du journal quotidien) et/ou passage d'un détenu qui vient demander un conseil ou la rédaction d'une lettre.

En principe, ces courriers se font à la bibliothèque, mais parfois, c'est dans notre cellule, tout dépend de l'humeur du surveillant.
L'après-midi ressemble, en tout point, à la matinée, jusqu'à 17 h 30 (heure du repas du soir), après c'est la nuit.
Les autres "visites" sont principalement la livraison des produits cantinés, il y a des livraisons presque chaque jour, parfois même deux. Il y a la buanderie : changement des draps le lundi matin (chaque 15 jours) et la serviette + gant (chaque semaine), le mercredi. Il y a la livraison du courrier et, pour nous, le journal (que nous lisons en cellule avant qu'il soit mis en bibliothèque). Il y a le greffier qui a souvent quelque document à remettre ou à faire signer, c'est lui qui fait le lien entre le tribunal et nous.
J'allais oublier de parler des "roulées", des "tiges", en fait des cigarettes. Il est vrai qu'avant, j'étais à un étage, dit de jeunes qui souvent ne sont pas très riches et, en tout cas, pas très bien organisés. Ils ne savent pas prévoir leur semaine (il y a une livraison (cantine tabac) chaque semaine) et dès le vendredi jusqu'au mercredi suivant, c'est le défilé ou plutôt la demande, à tout moment, à la porte des cellules, dans les couloirs, à l'infirmerie, au parloir, bref tout le temps. C'est au moins 5 ou 6 demandes par jour.
En prison, la proportion de fumeurs est importante.
Mais, pour moi, c'est simple, je ne fume pas. Un de mes co-locataires ne fume que des Gauloises. En fait, les jeunes fument surtout des blondes ou roulent leurs cigarettes (moins chères).
On peut dire que la cigarette est l'objet de toutes les convoitises, la source d'animosité et de conflit aussi bien chez les jeunes que chez les adultes.

Notre 3ème co-locataire fume des blondes et de plus, il est généreux et "dépanne" souvent les quémandeurs. Sa popularité, son ancienneté, le bouche à oreille, sa générosité font qu'il est, à chaque instant, sollicité.
Une grande partie des mouvements "mal contrôlés" dans les couloirs a pour origine la cigarette (qui manque).
Il faut reconnaître que, si le tabac est néfaste pour la santé…, en prison, il a une valeur « calmante » indéniable. S’arrêter de fumer (en prison) semble un exploit… « Commencer à fumer » n’est pas l’exception.
Je te fais une petite parenthèse pour t’expliquer comment se fume une roulée, ici.
En effet, beaucoup de détenus fument des roulées dont la base est du tabac blond et la feuille de papier à une cigarette. Pour faire des économies de tabac, le fumeur fabrique une espèce de filtre à partir de papier cartonné (qui ne filtre rien, bien sûr). La cigarette, ainsi faite, certes avec moins de tabac qu’une cigarette du commerce, n’a donc pas de filtre. Comme tout est fumé, le mégot étant le cartonné, je pense que c’est encore plus néfaste qu’une cigarette avec filtre.
Tout au long de la semaine, "nous" avons un certain nombre d’activités « proposées ».
Par semaine : la bibliothèque : 3 x 1 heure, pour l'échange de livres et la consultation d'un certain nombre de volumes qui "ne sortent pas", il s'agit essentiellement d'encyclopédies, dictionnaires.
Chaque matin, à 8 h 15 et chaque après-midi, il y a "sport" collectif, gym ou foot /hand-ball, avec un moniteur. Il s'adresse à tout notre étage, mais nous (les vieux) nous n'y participons pas. Il y a aussi, une salle de musculation. N'étant pas, par goût, sportif, je n'ai pas envie d'y participer.

Par ailleurs, c’est en sport (et en promenade) que, souvent, se règle un certain nombre de comptes.
De plus, le temps ne m'invite pas à profiter de l'extérieur.
Nouveau pour moi :
deux rendez-vous hebdomadaires : Ecole. Je me suis inscrit au cours de philo, le jeudi de 14 h à 16 h, et en informatique, le vendredi de 15 h 30 à 17 heures. En philo, nous sommes, en principe, une dizaine, mais, en pratique, le dernier cours : 6. L'animateur est un prof de philo de lycée. En fait, c'est un groupe de réflexion sur un thème central "annuel". Mais l'actualité permet des digressions ou parenthèses...

Commentaires

Bonjour.
Une parenthèse sur les "roulées".
J'ai vu, et fumé, ce genre de cigarette en Urss, en Juin/Juillet 68.
Elles étaient faites en usine.
Un bon tiers de la cigarette était constitué par un cylindre en carton.
Elles avaient un nom, je l'ai oublié...

Pour le reste, on dirait la vie en caserne. La promiscuité, l'enfermement, l'ennui...

Pour moi qui aime la liberté par dessus tout, je sens qu'il me serait difficile d'en être privé.

1019 jours.... 2 ans, 9 mois, et 19 jours...C'est long !

A bientôt...

Écrit par : Crabillou | 17/01/2007

je lis avec beaucoup d' intérêt...je suis entré une seule fois dans une prison pour un concert..j' ai été assez impressionné...
courage

Écrit par : henri | 18/01/2007

Les « roulées »… Il sera donc admis qu’en prison, le niveau de vie n’est pas supérieur à celui des années 68 en URSS, sauf que les « roulées » ne sont pas faites industriellement.
Pour compléter la pratique… je dirai que la « roulée » circule de bouche en bouche…, que parfois, elle est faite avec du tabac de récupération (mégots)…, et que tout cela semble hygiénique… puisque je n’ai pas eu connaissance de transmission de maladies de la sorte…

Le calcul est juste… : 34 mois

J’avoue n’avoir pas ressenti l’ambiance « caserne », c’est peut-être parce que j’ai fait mon service en 68/69 et que nous pouvions « sortir » presque chaque soir, de 17 à 20h. De plus, en chambrée, nous étions une dizaine, avec une promiscuité limitée (les WC et lavabos étaient extérieurs à la piaule). De plus outre l’occupation « militaire », notre passe-temps favori était la belote…
En prison, on est souvent 2, 24h/24, dans 9 m², sans possibilité d’en sortir (si ce n’est par nécessité – besoin). Les nuances sont quant même de tailles…

Crabillou, tranquilles-toi, je peux t’assurer que l’être humain est tout à fait capable de s’adapter à une situation imposée, mais je pense que nous aurons l’occasion d’en parler plus longuement, dans une note « spéciale).
De Paul Denis à Crabillou, le 17/01/07 à 23h15

Écrit par : Paul Denis | 18/01/2007

Un concert… c’est ce que nous appelions : « un bon moment… ». Je pense donc que vous êtes « musicien »…
Il est vrai que la pénétration dans une prison, dans ces circonstances est assez limitée et, surtout, bien encadrée… avec surveillant sur vos talons et multiples contrôles…
De plus, en général, la salle polyvalente – de spectacles est très proche de l’entrée-sortie… aussi, on ne peut pas dire que vous êtes « entré » dans une prison, on vous y a conduit.
Cependant, vous avez du ressentir l’oppression de ces portes qui, sans cesse, sont ouvertes et refermées…, peut-être le bruit des serrures electro-magnétiques… Bref, je pense que vous y avez été bien accueilli, par les détenus qui sont venus « volontairement, mais triés » vous applaudir…
Ces « bons moments sont rares… En 34 mois, j’ai vu 2 films, un spectacle théâtre, deux, non trois, concerts
De Paul Denis à Henri, le 18/01/07 à 19h45

Écrit par : Paul Denis | 18/01/2007

je lis votre livre et je vois que vous avez une vie un peu privilégié vous pouvez rendre service à tous ces jeunes qui n'ont pas votre culture
je vous imagine à la bibliotheque
mais ce n'est pas votre vie habituel combien de jours srez-vous -là


à+et courage je n'ai pas encorte compris pourquoi on vous a pris votre liberté

Écrit par : jacqueline | 19/01/2007

Je ne suis plus en prison…depuis deux ans.
Mais j’y étais de fin 2001 à sept. 2004, pendant 34 mois, je sais donc de quoi je cause…
Avant même d’être en prison, j’avais créé une entreprise de services aux entreprises et à ce titre, j’ai eu l’occasion d’écrire de multiples et diverses lettres et de répondre à de multiples questions. Je suis donc assez « ouvert » aux autres… et l’emploi d’écrivain, tel que je l’ai pratiqué, me satisfaisait bien…
En ce qui concerne les raisons de mon incarcération, je vous invite à retourner sur ma réponse à Crabillou, en commentaire, sua la journée du 15/01/07. En fait, je comprends que cela « inquiète » certains, mais ce n’est pas l’objet de mon blog-bouquin et la Justice ayant jugé, laissons-la avec ses erreurs… et son incompréhension de l’âme humaine… Je n’ai pas de ranceur, mais je n’ai pas non plus accepter ces condamnations… mais je vis avec…et ma famille aussi…
De Paul Denis à Jacqueline, le 20/01/07 à 18 h 15

Écrit par : Paul Denis | 20/01/2007

J’aime bien comment tu racontes, ta vie au chtar.
Pour moi, c’était quand même un endroit où je m’emmerdais, pas triste.
Je suis moins cool que toi. Il est vrai que le calme n’existe pas, et que le bruit, les cris des mecs et le reste sont là pour t’aider à péter les plombs.
Cà se voit que tu n’es pas fumeur. Pour moi, pour les fumeurs, c’est un peu une drogue qui permet d’occuper et de se doper : quand t’as rien, pas de tabac, il faut bien en trouver.
D’Alex, le 21/01/07

Écrit par : Alex | 21/01/2007

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