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24/01/2007

Cellule de 2... en Maison d'Arrêt

Ce que tu me racontes m’intéresse bien, et me permet de vivre un peu avec toi, ou pour le moins, de t’imaginer, tout au long de tes journées, dans ce cadre maudit.
De dehors, on n’imagine pas toute cette organisation, mais il est vrai qu’il faut bien que cela soit organisé et réglementé si on ne veut pas que ce soit la pagaille.
J’ai cru comprendre que ton service était apprécié de tes co-détenus, ce doit être une satisfaction pour toi, de te savoir « utile ».
J’ai ouï-dire que tu avais maintenant une cellule où tu es seul. Cela te convient-il ? Il faut que tu me racontes ta nouvelle installation.


Cellule pour 2 :

En quittant le quartier « Jeunes adultes » (JA), j’ai rejoint le lieu de séjour de la majorité des détenus et j’ai pris possession d’une cellule comme celle de tout le monde… la seule différence, c’est que j’y suis « seul » et qu’en général, ils sont deux…
Pour poursuivre (compléter) ma chronique de la vie de tous les jours, je vais te décrire cet univers restreint : ma cellule.

Elle fait 2,20 x 4m : donc un petit 9 m². On y entre par une porte de 2 m x 0,60, munie d’une serrure extérieure du type « chambre forte » : deux pênes cylindriques, manœuvrés par une clef (un passe) qui fait un bruit caractéristique (dont nous reparlerons une autre fois), pas de poignée, et munie d’un œilleton qui permet, en théorie, de regarder dans la cellule, sans déranger, la lumière (plafonnier) peut être actionnée de l’extérieur.
En rentrant, si on commence la visite par la droite, on tombe sur le coin « hygiène », avec WC et un lavabo (eau froide) de 1 m x 1,50. L’eau s’actionne avec un bouton poussoir, pour des raisons qu’on imagine, et qui évitent que le robinet coule tout le temps… Le WC n’a pas de chasse d’eau, mais un bouton-poussoir (efficace). Un détail surprenant : par économie, je pense, il n’y a qu’un siphon pour deux cellules : résultat, il est très facile de communiquer avec les occupants de la cellule voisine, par le lavabo… Inconvénient : certains utilisent le lavabo comme caisse de résonance et mettent leur combi-CD-Radio sur le lavabo ==+ musique boum-boum amplifiée et donc pénible. Il est vrai que je l’ai fait remarquer, et cela cessa.



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt

Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).

Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Reprenons la description : L’espace « toilettes » est carrelé, sol et murs. Depuis très peu de temps, l’espace toilettes-lavabo est fermé par une cloison en panneaux et une porte (qu’on ne peut pas ouvrir à 90° - et qui bute sur le lavabo… !).
A noter qu’on nous donne comme matériel d’entretien : pelle, balayette, serpillière, balai-brosse WC, pas de poubelle (débrouille-toi), chaque mois, on nous distribue des doses de 250 ml : produit de vaisselle + lessive liquide + produit nettoyage (type Cif) + éponge grattante + eau de Javel + 1 savon + produit de lavage sol.
Dans le prolongement de l’espace hygiène, un petit espace de 0,50 m. J’y ai mis ma réserve de produits (précédemment cités) + 1 carton pour le linge sale + en hauteur, un sèche-linge (type balcon ou radiateur – 4 barres) sur lequel je mets ma serviette de bains + torchon de vaisselle et mon linge + pantalon (spécial promenade = que je mets uniquement en promenade, car mine de rien, à marcher pendant 1 heure, je prends une suée, aussi, je me suis fait deux tenues : une de travail et une de promenade).
On arrive au lit qui doit faire 1,90 x 0,80. Il s’agit d’un lit métallique superposé avec matelas en mousse, au demeurant assez confortable + un oreiller, en mousse également. J’utilise le lit de dessus, comme lieu de stockage de la couverture qui m’est inutile en cette saison, de certains papiers, courriers, rangés par pile, etc… bref c’est un peu le bazar organisé. En fait, le lit du dessus ne me gêne pas, bien au contraire, car en plus, il me masque le globe de la lumière, ainsi je peux regarder la TV, en laissant la lumière allumée, sans être gêné par elle. Le lit s’appuie au mur extérieur.

A son côté, la fenêtre qui est grande 1 m x 1,50, divisée en 9 parties vitrées dont la moitié coulissante, donc équipée de 8 barreaux non visibles (en tant que tels), car le tout est habillé dans un châssis alu. En fait, le lit + 0,30 + la fenêtre = la largeur de la cellule.
Au pied de la fenêtre, j’ai mis ma table de 60 x 75 avec 2 casiers. Sur ma table, j’ai mis mon système de chauffage de l’eau pour le café + un présentoir « maison » qui me permet d’avoir, sous la main : 1 mini-poubelle + 1 boîte de Cicona (pour le café du matin) + 1 bocal de Maxwell (c’est ce que je bois dans la journée et le soir) + 1 bouteille de vinaigrette (légère) + 1 boîte de sel (de mer) + 1 petit espace où je mets mon courrier en attente d’une réponse + 1 mini-présentoir (que je me suis fait, avec des étuis de tubes) avec tubes de mayonnaise + concentré de tomates + moutarde. C’est sur ce présentoir que j’ai collé les photos « de Noël » que vous m’avez envoyées + au-dessus, un pot à crayons + la multiprise + petites bricoles. Sur le côté de l’armoire (côté gauche de la table), j’ai affiché, un calendrier et les cartes postales que j’ai reçues. Bref, c’est mon petit coin à moi, décoration perso, qui m’est toute personnelle et qui est à l’abri des regards indiscrets (de l’entrée, l’armoire masque ma table).
Puis, une armoire de 60 x 60, hauteur utile 1,60, puis le frigo 60 x 60 et au-dessus, fixé au mur, le support TV + TV (41 € par mois), incliné légèrement, pour permettre une bonne vision lorsqu’on est couché sur le lit (je me suis acheté une télécommande). En fait, quand je lis, je lis également couché, mi-assis, avec un coussin (bricolé) dans le dos, à contre-jour, par rapport au plafonnier… je n’ai pas le choix.

A cela, s’ajoutent deux chaises.
Une utilisée comme chaise (et la nuit, comme table de nuit), une qui est utilisée comme valet de chambre (la nuit) et de desserte (près de la porte) le reste de la journée, car même si je ne suis pas là, ma porte est ouverte un certain nombre de fois pour m’apporter quelque chose (pain – 1 baguette par jour), produits de cantine, courrier, etc…) ou pour l’échange (draps et serviette de toilette).
Le sol est en dalflex de 30 x 30. Au niveau énergie, chauffage par le sol (pas terrible, on m’a déjà prévenu) et un bloc électrique (près de la porte d’entrée – à gauche), comprenant la seule prise de courant de la pièce + l’interrupteur + 1 interphone (qui ne marche pas). La hauteur de la cellule doit être de 2,50 m. Elle est peinte en bleu très clair. Le tout est propre et sans odeur, ce qui n’est pas le cas de toutes les cellules de la maison, crois-moi…
Ceci est donc la cellule de base (le frigo est facultatif et se loue … 9,15 €/mois).
Une précision très importante à te donner : cet espace est prévu pour deux détenus et pour des détenus qui restent au pire 24 h/24 ensemble, au mieux 18h/24, s’ils participent au maximum d’activités, soit 3 h le matin, et 3 h l’après-midi. Tout ce qui est cité, est pour 2 : 1 table, 1 armoire, coin hygiène…
Tu peux imaginer l’intimité lorsqu’il n’y avait pas de cloison…
Tu peux imaginer les sources de conflit possible, dans un tel espace « réduit ».
Mais tel n’est pas mon cas, puisque ma qualité de bibliothécaire-écrivain me donne le « privilège » d’être seul.
Ce n’est pas un luxe, certains jours, je suis content de me retrouver au calme…

Commentaires

Wouah ! cette description, je vois la cellule comme si j’y étais encore.

C’est juste pour les lavabos. Nous on discutait par les lavabos avec la cellule d’à côté.

J’ai connu avant les cloisons et je dois dire qu’aller au chiot devant les potes, c’est quand même gênant… même si on a appris l’habitude mettre toute fausse pudeur de côté. .. Il faut quand même un minimum de respect et d’intimité dans ces moments là, et ça la prison te le donne pas !
Eh écrivain, t’étais super organisé… tu avais su te créer un chez toi, et comme personne te gonflait, tu t’étais fait une vie cool… ou presque… car la prison reste la prison, même si tu as su t’y adapter.
D’Alex, le 24/01/07

Écrit par : Alex | 24/01/2007

bonjour
je viens vous lire
bonne journée

Écrit par : bernard | 26/01/2007

Bienvenue sur ce blog, je pense que vous y reviendrez, pour découvrir au fil des jours, ce que sont nos prisons françaises, au moins celles que j’ai connu.
N’hésitez pas à m’interroger ou à interroger Alex (autre détenu, plus jeune) qui n’a pas toujours eu la même vision de ce que nous avons vécu…
C’est pour cela que j’insiste sur le fait que ce blog-bouquin ne reflète que MA détention…
De Paul Denis, à Bernard, le 29/01/07

Écrit par : Paul Denis | 31/01/2007

Bonjour

Je réponds à l'invitation et oui je suis un ancien mais pas si ancien que cela. Je suis en attente de mon jugement et mon dossier vient juste de partir chez le Procureur de la République en vue de passer en correctionnelle après une instruction. Rien de grave vous allez me dire, mais je risque fort d'y retourner, malgré une liberté sous contrôle judiciaire depuis 2 ans sans accros. Bref il vaut mieux être dehors n'est-il pas ? Mais il est assez paradoxale pour moi de repenser à mes quelques petits mois passer en maison d'arrêt de Strasbourg. Et oui, les détails reviennent vitre, trop vite, mais je suis tout de même content d'en être sorti en bonne santé physique. Sur le plan moral, j'y suis encore, car comme je vous l'ai cité plus haut, je risque d'y retourner. Mais quand ? là est la question et surtout pour combien de temps ! Vais je réussir à survivre à cette étape ? Bon maitenant, approchant de la quarantaine, rien ne peut me surprendre, surtout connaissant déjà ce type de lieu!!! il va falloir que je me réhabitue aux bruits de portes et de clés, à ses haut parleur qui nous indiquent les quelques momments importants de la journée "PROMENADE", "ATELIER" et j'en passe. De plus que faire, en arrivant, Demander à travailler ? Pourquoi faire, Ha oui pour la télé !!! "la fenêtre sur l'extérieur" Mais bon on nous montre bien ce que l'on veut aussi sur ce type de média. En fait, on est tous conditionner, et même ceux qui sont en liberté, ne sont pas tant que cela. Un jour, je me suis surpris à penser que je ne voulais plus sortir de ma cellule de façon à oublier cette vie qui a basculer. C'est vrai, les autres disent que vous êtes nourrit, blanchi et tout le reste... Mais bon, ils ne savent pas de quoi il en retourne. Il ya beaucoup de commentaires curieux, comme " et vous mangiez comment là bas ?" "et vous vous lavez avec quoi ?" "vous avez travailler tout de même" .... Enfin à entendre cela, j'ai toujours l'impression d'être un extra terrestre. Enfin, c'est vrai que de vivre dans une cellule de 9 ou 10 mêtres carrés avec un autre, il faut être d'un autre monde t surtout oublier vos repères de dehors, car il faut être réceptif pour s'adapter vite et très vite pour connaître les bonnes habitudes à prendre et se fondre dans la masse !!!! Bon voilà pour l'instant, c'était juste pour planter le décor, je vous lirais tous car, vos discours sont intéressants et mon expérience peut vous intéresser.

Écrit par : alain | 31/01/2007

Un nouvel « ancien » et « futur » (peut-être) nous rejoint… Merci, Alain, pour ta pr ésence parmi nous et ton courage…
Je ne sais pas si j’aurais été capable de supporter une libération provisoire, pour attendre mon jugement… J’ai demandé des « libérations provisoires » pour la forme… j’ai même cru qu’on allait me l’accorder. Mes enfants l’espéraient…, puis se sont dit, comme moi, que « retourner » en prison était pire, plus insupportable que d’y rester en attendant. Il est vrai que l’appréhension de l’inconnu n’existe plus et que l’adaptation est plus facile, assurément, mais y retourner, après quelques mois de liberté…
Le seul avantage que je voyais (verrais) dans la libération provisoire, c’est que j’aurais été en mesure de prouver mes dires et, en conséquence, de « contrarier » l’accusation… C’est pour cela que j’ai dit (ou le dirai, en d’autres pages) que la détention préventive est inadmissible si elle empêche le « présumé innocent » de présenter sa défense (avec ses preuves matérielles qu’il n’a pas en prison)…
Mon maître mot pour supporter la prison reste : « s’occuper ». Peu importe ce que tu fais, mais fais quelque chose… plus la peine est longue, plus il faut savoir s’occuper si on veut « survivre » à cette étape de vie… Mon deuxième maître mot, comme tu le dis si bien, est qu’il faut savoir se fondre dans la masse, ne pas faire de vague, même si on m’accepte pas cette détention,il faut faire semblant pour avoir un minimum de tranquillité d’esprit, il faut s’auto-persuader que cela pourait être pire… .
Tu sais, l’être humain est curieux de nature, et je pense « normal » que tout un chacun souhaite connaître ce qui se passe derrière ces hauts murs… Cela me semble tout à fait légitime et respectable. Moi-même, j’aime bien « savoir ».
D’avance, je te remercie de me (nous) donner ton avis sur ce que j’ai écrit… TON avis est très important pour moi, pour nous, il permet de corriger une vision souvent très personnel (moi).
De Paul Denis à Alain, le 31 janvier 2007 à 22 h 40

Écrit par : Paul Denis | 31/01/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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