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31/01/2007

L’École... en prison.

Ma fifille chérie,

Dans la vie, il faut, parfois savoir « profiter » de ce qui t’est proposé.
Même si ce n’est pas parfait, loin de là, la prison propose quelques activités qui « devraient » intéresser une majorité.
Et pourtant, dans chaque activité, le « taux de remplissage » est faible. Pourquoi ?
Je n’ose répondre à cette question. Chacun y trouvera une réponse différente.
Aujourd’hui, néanmoins, je vais te parler d’une activité importante : « L’Ecole », et te rappeler ce qui est proposé à chaque détenu, tout au long de la semaine :

Parmi les activités qui permettent de « s’évader », il y a « l’École ». Je vais essayer de t’expliquer en quoi cela consiste.
L’École s’adresse à tous, à tous les niveaux. Il y a un véritable établissement scolaire polyvalent et autonome (et centre d’examen), reconnu comme tel avec cinq enseignants à temps plein + des vacataires (niveau primaire et collèges, un peu de lycées). Bref, toutes les matières de base sont présentes, il n’y a pas de technique et sciences à part l’informatique. Pour les jeunes (moins de 18 ans), la participation aux cours est « obligatoire » de 8 h 30 à 11 h 30, et l’absentéisme est sanctionné par des privations (TV, sport, activités ludiques, etc…). Pour les autres détenus, il s’agit de volontariat. Beaucoup d’alphabétisation pour les étrangers, mais aussi pour les français. Une bonne masse prépare un « examen », niveau certificat d’études (CFG = Certificat de Formation Générale).

Chaque année, il y a quelques brevets et Bacs, quelques préparations au DAEU (Diplôme d’Accès aux Etudes Universitaires) qui dispense du Bac pour rentrer en fac, quelques spécimens font des formations « supérieures » par l’intermédiaire du CNED. Mais comme on ne peut avoir accès à Internet, les formations manquent d’intérêt et de facilités d’accès aux informations nécessaires, et pour réussir, il faut s’accrocher, et avec les jours qui passent, l’effectif s’amenuise. En fait, je pense que l’ensemble des « scolarisés » ne doit pas dépasser 120 détenus/620… (le nombre des « présents » réguliers autour de 60/80) !
Ainsi, en cours de philo, nous sommes 17 inscrits, mais nous n’avons jamais été plus de 12 présents… En informatique, il n’y a qu’une dizaine d’ordinateurs (en 2 salles), mais là, le taux d’occupation est plus élevé : intérêt oblige...



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



En pratique, la majorité des cours ont lieu l’après-midi, par tranche de 1 h 30 et ce, parce que 1/3 des détenus travaillent en ateliers, les matins de 8 h à 13h.
L’École est donc une activité appréciée, parce que c’est plus cool, plus détendu, en dehors de l’administration pénitentiaire (pas de surveillants), mais souvent, c’est la « récréation » et l’intérêt n’est pas toujours présent (du côté du prisonnier).
Quant aux enseignants, on ne peut que les « admirer », car, outre les qualités professionnelles, ils ont besoin d’une bonne dose d’adaptation (permanente), de psychologie, de patience, de bonne humeur, de capacité « à encaisser » les humeurs et les coups de blues…
C’est plus qu’une vocation…

Inventaire des activités :

Elles ont la faculté (le pouvoir) de « sortir » le détenu de sa cellule où il est 24 h/24.

. 2 à 3 fois par semaine : « sport » pendant 1 h 30 + douche = 2 h
. « promenade » : matin et après-midi : 2 h à 2 h 30 ou « activités » : parcage dans une salle de 30 m² à 20 ou 30, pour, en principe, jouer aux cartes / échecs / dames + fumer + discuter + provoquer des conflits ( !)…+ comploter ( !)…
. 2 fois par semaine « bibliothèque » pendant 0 h 30,
. pour certains privilégiés « sportifs » (40/600) : Sport « Sup. » et musculation, chaque matin, pendant 1 heure
. pendant l’année scolaire : École

. activités « épisodiques » mais qui ont leur intérêt :
. 2 (pour les condamnés) ou 3 (pour les prévenus) fois par semaine : « parloir » avec la famille et les personnes autorisées
. 2 à 3 fois par semaine : douche
. si besoin est : infirmerie, travailleur social, RDV avec un chef, psychologue et/ou psychiatre (drogués, violeurs, alcooliques, etc…) et chaque fois que nécessaire (déprime, excitation excessive).

29/01/2007

Ambiance...

Comme tu peux t’en douter, la prison, c’est un monde à part, un peu (beaucoup) hors du temps, hors du lieu, hors des contraintes avec ses moments de rigolade, mais surtout avec ses obligations et l’obligation de supporter ses compagnons de route (d’infortune)…

Mon emploi d’écrivain a l’avantage « certain » de me permettre d’occuper mon temps avec une certaine utilité.
Pour moi, c’est primordial, ne rien faire m’aurait été très pénible et si pendant quatre mois, je n’ai rien fait si ce n’est lire et jouer au tarot, j’en avais l’overdose et si je n’avais pas eu, en plus, à m’occuper de ma défense et de mon procès, je crois bien que j’aurais « pété les plombs » (comme on dit ici). Et, crois-moi, c’est fréquent… et toujours pénible de voir dans quel état « l’incarcération » peut mettre certains individus… et ce, malgré une médicalisation optimum pour 3/4 des détenus (calmant, somnifère, et toutes sortes de saloperies (comme nous, nous disons) qui ont, certes, leur nécessité un certain temps, mais ils sont mal contrôlés et sources de « trafic ». Ici, les mélanges « maison » sont fréquents avec Subutex ou Méthanol, etc…, bref de quoi « exploser » ou pour le moins « s’évader » et si on rajoute à cela la « fumette »… Bref, je suis entré dans un monde que j’ignorais et si on ne le côtoie pas, on ne peut l’imaginer…
Pour dire vrai, ma plus grande tristesse est la séparation de ma famille qui m’est imposée.



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
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Pour le côté matériel, je fais partie des privilégiés, je sais m’adapter et le reste est « supportable », surtout que je ne suis pas obligé de participer à des activités « collectives » pour trouver un minimum de relations humaines.

Je passe « au mieux » mon temps, je ne souffre pas trop de la promiscuité imposée et bien réelle.

Pour bon nombre de détenus (et en particulier, pour ceux qui y reviennent et donc qui y ont leurs habitudes), on ne peut pas dire que la prison est un lieu redouté où on se sent brimé. Ce n’est pas le bagne ; certes, la liberté n’existe pas (plus), mais une certaine organisation de vie existe qui fait que l’ambiance n’a rien de très désagréable.
En chaque chose, on recherche ce qui est plaisant, on masque ce qui fâche, on transforme ce qui peut l’être. En fait, on vit dans un monde irréel, faux, artificiel.
Les relations « de prison » n’existent pas. Les promesses faites (à la sortie) sont rarement respectées, les retrouvailles (hors murs) plus que rares.
L’individualisme est de mise, chacun vit pour lui-même et les rapports « vrais » avec l’autre sont rares, les échanges, de même.
Il est vrai que comme écrivain, j’ai été le témoin, le confident d’un certain nombre de détenus. Ont-ils été sincères, je ne sais, je les ai écoutés, j’ai essayé de répondre à leur attente, mais, malgré ma « fonction » et l’aide que j’ai pu apporter à certains, je ne peux pas dire que des relations « suivies » ont pu se créer.
Il y a, il y aura de très rares exceptions, peut-être…

Le lieu n’ayant pas pour vocation d’être agréable, en cela, il réussit, mais l’humain ayant la faculté de s’adapter, il s’adapte à ce cadre rigide et quelque peu hors du commun, en sachant l’apprivoiser, en sachant le transformer… en un lieu de vie… où chacun y trouve ce qu’il y apporte.

26/01/2007

« Impressions » d’arrivant…au bout de 6 mois

Aujourd’hui, j’ai envie de faire le point sur les premières sensations que l’on ressent lorsque l’on « tombe » (rentre) en prison, et, en particulier, sur cet environnement nouveau : sensations réfléchies et partagées par plusieurs détenus avec lesquels j’en ai parlé.
Le plus surprenant ce sont toutes les portes, en fait, c’est ce qui choque (traumatise) le plus. Ainsi pour aller du « parloir » à ma cellule, il y a 8 portes (pour 200 m maxi). Pour ceux qui viennent me voir (parloir), il y en a 6 (pour 30 m maxi).
Ici, les portes s’ouvrent électriquement et se referment de même, et il y a donc, chaque fois, un « clac! » retentissant, et comme une 2ème porte ne peut être ouverte si la précédente n’est pas fermée, tu es sans cesse en train d’entendre et d’attendre les « clac ! » d’ouverture et de fermeture. Et toutes ces opérations se font « de visu » par l’opérateur (un surveillant).

Ainsi, quand tu es en cellule, tu vis la circulation dans le couloir au rythme des « clac! ».
Même l’ouverture (manuelle, à clef) des cellules voisines est entendue (bruyamment). Ainsi, tu prévois les « visites » (en fait, tu es très rarement « surpris ») et tu connais les sorties. La nuit, ce sont les seuls bruits que l’on entend, lors des rondes : une toutes les 2 heures ==+ aussi, il vaut mieux ne pas être malade la nuit ou avoir de mauvaises idées… En effet, entre deux rondes, on a tout le temps de mourir… et il y a des suicides...
Outre ce « clac! », le passage de chaque porte ne se fait pas sans difficulté (contrainte), il faut attendre la disponibilité ou le bon vouloir du surveillant qui actionne (de visu), éventuellement se faire connaître à chaque point « stratégique » et dire le motif du déplacement. Puis il y a les blocages (de mouvement) nécessités par des mouvements collectifs (plusieurs étages, ou par étage, pour les promenades ou sport /ou/ par le passage d’un détenu particulièrement protégé, surveillé et en tout cas accompagné /ou/ les prioritaires : les gradés et le personnel « civil » (souvent féminin), travailleurs sociaux, intervenants, personnel d’entreprises extérieures (qui viennent pour des travaux). Bref, cela fait que pour les 8 portes (mon exemple), il faut au moins 5 à 10 minutes pour faire les 200 m. Par expérience, si on voyage beaucoup, comme moi, on sait qu’il faut éviter certaines heures (sport surtout qui provoque six blocages par jour de 10 à 15 minutes…, c’est long en raison du manque d’organisation et d’un minimum de discipline…).
Mais, comme on s’amuse à le dire ici, on a le temps…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt

Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).

Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
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Encore une sensation forte, à l’arrivée, mais on ne le comprend que par la suite, et cette fois, en positif.

Et cela est peut-être du à une idée d’architecte.

En effet, en prison, il y a, bien sûr, des barreaux, beaucoup de barreaux, sur chaque ouverture (fenêtres) ou passage (portes), mais ici, ces barreaux sont horizontaux, contrairement à l’image de barreaux verticaux, attachée aux prisons. Cette sensation «inhabituelle » et cette vision « agréable » font que l’impression de prison est un peu estompée. Cela peut te sembler un détail, mais crois-moi, c’est terriblement important pour le moral : le fait de « casser » l’image ancrée dans notre subconscient.
Paradoxalement, le seul endroit où les barreaux sont verticaux, est l’entrée de l’infirmerie… un endroit qui, en théorie, devrait être plus « ouvert » et sécurisant.

 
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