logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

05/02/2007

Anniversaire... ça se fête, oui et non

Un an déjà, ou, douze mois seulement…

Tous les anniversaires sont-ils à souhaiter ?

En tous cas, pour mon premier anniversaire en prison, je tiens à te faire un petit bilan, ne serait ce que pour t’expliquer et te faire comprendre que dans chaque situation difficile, on peut y trouver le bien que l’on veut y mettre.

En ce jour anniversaire, j’ai envie de faire un petit point sur ma situation actuelle.
Si ma situation était exceptionnelle, je pourrais me révolter, mais crois-moi, je constate et j’ai connaissance de situations vraiment plus critiques et irréalistes que la mienne, que la nôtre.
Néanmoins, il est bien clair que mon souhait le plus cher (fort) et le plus réel est de sortir d’ici, au plus tôt afin qu’il me soit possible de rejoindre les miens et nos amis, et je fais et ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour réduire ce temps de « captivité ».
Comme tu le comprends facilement, l’essentiel, ici, est de savoir « occuper » son temps.
Pour ma part, j’ai, à ce jour, eu un parcours sans faute : au début, la vie collective (à 3), pour s’adapter et prendre le temps de faire le point sur soi-même et sur mon affaire.
Après 4 mois et alors que l’inutilité de mon temps, l’ennui et le désœuvrement commençaient à se faire sentir, cet emploi d’écrivain m’est proposé avec d’autres conditions intellectuelles et matérielles de vie.
Au niveau « travail », bien sûr, aucune difficulté particulière, mais, à chaque instant, l’impression d’être utile et de rendre service.

Souvent, après coup, la satisfaction d’avoir été, d’être celui qui a permis à tel de mes co-détenus, de mieux se sentir et de répondre à ses attentes. Il est vrai que je ne fais aucun effort pour m’impliquer d’une manière ou d’une autre dans leur « affaire ». J’aide, je m’investis, je retranscris leurs souhaits et m’efforce (sans mal) à ne pas mémoriser le cas de chacun. Ainsi, je peux ne pas me sentir « complice » ou « participant », l’être rendrait ma vie mentale « insupportable », je le crains.
Comme tu le vois, j’essaie de passer au mieux cette épreuve, en faisant en sorte que ma présence n’y soit pas entièrement négative.

Si je devais analyser ma situation, je ne te dirais pas que mes nouvelles conditions matérielles de vie sont bonnes, mais pour le moins, au risque de choquer certains, je dirais qu’elles sont supportables.
Au niveau « matériel », le fait d’être seul, en cellule, m’a permis de m’isoler quelque peu et d’organiser un semblant de vie personnelle, et à aucun moment, je ne souffre de la solitude, ce qui ne m’empêche pas de m’ennuyer parfois…

Comme je le pense et il me plait de le dire maintenant : Ici, « la journée passe vite, mais les jours ne passent pas… ».



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

Commentaires

si ...tout passe..le bien comme le mal ...
aucun problème ...

Écrit par : bernard | 05/02/2007

Tu es ironique, Bernard, je pense…Il est vrai que le texte relatif à ce bilan d’un an de détention est assez optimiste… Je ne sais plus dans quelles conditions psychologiques, je l’ai écrit à ma fille, mais il est probable que ce fut à la suite d’un « parloir » où elle m’avait fait sentir son raz le bol, et ses inquiétudes pour moi.
Mais je le redis… avec honte… en de nombreuses fois… je me suis senti bien en prison… surtout si j’avais réussi à sortir un gars de ses problèmes… bref, la satisfaction d’avoir été « utile »…
De Paul Denis à Bernard, le 05/02/07 à 19 h 30

Écrit par : Paul Denis | 05/02/2007

Cela fait quelques jours que j'ai découvert ce blog, et je trouve cette initiative vraiment très bonne de part l'ouverture du monde carceral que cela apporte (même si malgré tout, cela n'a pas du etre simple pour vous de faire le choix de livrer ces textes si intimes au public). L'univers carceral souffre de trop gros tabou qui, à mon sens, ne rendent pas la réinsertion des sortants facile. Votre blog à le mérite de briser des idées recues, de montrer que tout les taulards ne sont pas des monstres et pour cela, je vous remercie.
Merci aussi de nous faire partager tout cela.

Si seulement des récits comme le votre pouvaient faire changer les choses. Cette sensation de se sentir utile est, je le pense, aussi un moyen à la portée de tous pour se valoriser et être valorisé aux yeux des personnes de son environnement.
Des actions à destination de l'interet général pourraient, j'en suis certaine, etre proposées à des personnes en prison pour montrer qu'eux aussi peuvent et savent faire des choses, qu'il peuvent aussi faire avancer les choses, et surtout etre valorisés par l'exterieur pour le travail qu'ils ont fait, et du meme coup, se responsabiliser, etre encouragés, reprendre confiance pour ceux qui l'ont perdue. Et effet non négligeable, briser ce mur de béton qui sépare la vie dehors et la vie dedans, la vie des gens "normaux" (pfff) et les "betes curieuses" qui sont passées et ou sont encore en prison. Montrer aux gens que les taulards peuvent aussi faire des choses bien...
Ce qui, à mon grand regret, à tendance à etre vraiment oublié.

Merci encore, et bonne continuation

Écrit par : Céline | 06/02/2007

Votre analyse me semble tout à fait dans la juste lignée de ce qui devrait se faire…
Il est vrai que nous (ma fille et moi-même) avons hésité avant de nous lancer. Je vous avouerai que nous avons déjà supprimé tous les passages « affectifs » de nos correspondances.
Ce qui nous a poussé avant tout, moi principalement, (ma fille parce qu’elle trouvait mes textes intéressants), c’est le fait que j’ai été en contact à ma sortie avec des amis éducateurs, avocats et autres qui m’ont dit, alors qu’ils côtoyaient, journellement, des personnes incarcérées ou qui allaient l’être, ne pas avoir un petite idée de ce qu’est la vie en prison…. Un comble pour des professionnels de la Justice.
A cela, vous rajoutez que je me suis occupé à ma sortie d’un jeune, encore incarcéré, en vue de sa réinsertion…. J’ai rencontré sa mère qui m’a dit que son fils ne lui parlait jamais de sa vie en prison, si ce n’est « qu’il mangeait mal et que c’était crade »…
Donc, notre public potentiel était là… : informer les familles et tous ceux qui sont, de près ou de loin, impliqués dans le processus carcéral…
A eux, je peux rajouter tous ceux qui sont curieux de nature et qui souhaitent « connaître » dont vous… et cela sans une idée de voyeurisme.
Je souhaite que nous fassions tomber ce « tabou »…et ce mur du silence… sur la chose carcérale, comme si ce lieu était honteux… Certes, il est indigne de la France, en ce qui concerne sa vétusté… et le respect de l’être humain…, mais c’est un lieu dont notre société ne peut pas se passer dans l’état actuel de notre justice… alors exigeons le minimum…
Il y a de tout, dans les prisons françaises, et hélas tous se côtoient : de vrais truands, beaucoup de jeunes paumés et pas méchants, des violeurs et pédophiles, des délinquants en col blanc, et surtout des gars qui ne devraient pas y être…
Il est sur que les compétences ne sont pas exploitées : j’ai vu un coiffeur/cuisinier, un mécanicien-autos/coiffeur, et cela pendant la même période. Moi, dès le départ, j’ai souhaité être écrivain, sans trop savoir ce que cela serait exactement, mais j’aime les papiers et j’avais une expérience dans le secrétariat…. Il n’y avait pas de poste de libre… Presque par hasard, j’ai renouvelé ma demande, au bon moment… et j’ai été pris. Je pense, aujourd’hui, que si je n’avais pas renouvelé cette demande, un autre aurait été pris… un peu au hasard… parmi les calmes…
Voyant que je ne pouvais être écrivain, rapidement, j’ai tenté ma chance et proposé mes compétences à l’unité scolaire, pour venir en soutien des enseignants. En effet, beaucoup de détenus frisent l’illettrisme et auraient besoin d’une assistance personnalisée qui les enseignants ne peuvent assurer, faute de temps. Il m’a été répondu que le règlement l’interdisait… !!!! Une aberration de plus…
Encore un détail croustillant d’aberration : en prison, il y a de nombreux professionnels, dans tous les métiers… Si on utilisait leurs savoirs, nous pourrions avoir des prisons « entretenues »… et je suis persuadé qu’il y aurait assez de volontaires… pour que cette prestation soit obtenue « gratuitement »… ou presque… pour s’occuper… et montrer que l’on n’est pas que des vauriens…
Tout cela irait bien sur dans le sens d’une saine réinsertion…
Merci pour vos remarques plus que pertinentes, et bonne lecture.
De Paul Denis à Céline, le 07/02/07 à 22 h 30

Écrit par : Paul Denis | 07/02/2007

Tout compte fait… on dirait que tu étais bien… en prison.
Je ne suis pas trop d’accord avec ta maxime : « la journée passe vite, mais les jours ne passent pas ».
Pour moi, rien ne passait et j’attendais la sortie, chaque jour…en vain.

De Alex, le 10 février 2007

Écrit par : Alex | 10/02/2007

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique