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28.02.2007

S'occuper

Je trouve tes écrits très intéressants et très instructifs.
Même si je ne peux espérer appréhender quelles sont tes émotions ressenties durant cette période. Il est sûr que nous sommes incapables de ressentir ce que sent l’autre. Néanmoins, ces écrits ont le mérite de me permettre de les imaginer, de me les représenter avec l’objectivité dont tu as fait preuve en les décrivant.
Tu entames un nouveau départ, un nouveau style de vie, dans un nouveau lieu.
Accoutumons-nous. D’ailleurs, j’ai bien retenu tes propres dires, à savoir que l’on s’habituait à tout.
Même si, dans le cas présent, cette réflexion est plutôt malvenue puisque nous y sommes contraints, je vois néanmoins en ceci la suprématie de l’homme car si nous avons bien des défauts, notre intelligence est avant tout une adaptation.



Vivre en Centre de détention = s’occuper…

Comme prévu, j’ai donc changé de secteur et, en fait, de bâtiment. Avant cette affectation, comme on nous l’avait proposé, on pouvait faire part de nos souhaits. Occasion que je n’ai pas manquée. J’ai donc demandé un secteur calme, en hauteur, et face à la nature. Et voici le résultat.
La perspective… est presque la même que celle que j’avais à mon arrivée…
Je suis donc, au 4ème niveau, (le plus haut), plein sud, je pense, à cette saison, j’ai le soleil du matin jusqu’à 14 h 30. Au loin (un petit km), une forêt mixte (sapins et feuillus) qui apparemment, a souffert de la tempête de décembre 99 (un couloir est entièrement libre). En me rapprochant, je revois la route, mais je ne l’entends plus… et toujours des champs cultivés. Ce bâtiment B étant quelque peu en contrebas, par rapport au Bâtiment A, je vois un peu mieux, grillages et murs d’enceinte. J'ai également, vue sur le « mitard », secteur disciplinaire qui est bien isolé des autres bâtiments, ce qui évite les dialogues « hauts et forts », entre ceux qui sont au mitard et les autres. Ce qui est « agréable ». A Metz, il était au RDC, et pour les étages du dessus, c’était le calvaire. Moi, j’étais loin d’eux et je n’ai pas souffert de cette nuisance.

Je n’ai vue, en direct, sur aucune des parties communes (promenade, aires de sport, chemin d’accès aux bâtiments), je suis donc au calme. De plus, je suis dans l’avant-dernière cellule, donc, peu de passages devant ma porte… de nouveau, le calme.
A priori, cette cellule m’est affectée jusqu’à ma libération… il n’y a pas de raisons que j’en change, même si mon emploi changeait. En effet, ici, en Bât. B (200 détenus, en 8 unités) tout le monde est en « ouvert » (rappel : porte ouverte de 7 h à 19 h, sauf entre midi (12 h à 13 h 30) et circulation libre dans le secteur (25 détenus) et libre également pour aller où on doit ou veut aller (en particulier vers les locaux communs).
Ma cellule est identique à celle décrite, mais par contre, elle était d’une propreté douteuse, pour ne pas dire très sale et j’ai eu fort à faire pour la rendre « habitable ». Au bout de 8 jours, je n’ai pas encore fini de nettoyer les 4 murs, mais l’essentiel est fait et mes affaires personnelles ont été replacées que dans du propre. Cette phrase est écrite, en pensant, particulièrement, à ta mère… et à son souci de l’hygiène « en tout lieu »…
Pour le moment, je ne l’ai pas personnalisée, mais c’est autorisé et ce sera fait dès que possible (dès que le nettoyage complet sera fini).


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Il faut s’occuper :

Comme déjà annoncé, en Centre de détention (CD) sont privilégiées les attitudes qui permettent la réinsertion (retour à la vie libre) dans les meilleures conditions et cela passe, en particulier par la formation professionnelle et le travail.
Donc, dès les premiers jours, nous avons été reçus en séance collective et en entretien individuel. Voilà ce qui est proposé : en formation professionnelle qualifiante (avec diplôme et/ou attestation reconnus dehors) : maintenance bâtiment et nettoyage industriel (formation (en 3 niveaux) d’une durée totale de 9 mois), métiers de bouche (pâtissier, traiteur) avec CAP (formation de 9 mois / au lieu de 18, dehors), informatique – bureautique (en 2-3 mois) – usage des logiciels de base – Word – Excel – Power Point, il y a aussi initiation « soudure », il me semble. Ces formations sont rémunérées (2,26 €/heure sur la base de 120 h/mois (maximum) et financées par le CNASEA.
Au niveau travail (possible et recommandé en attente de formation) sont proposés les ateliers divisés en 3 : 1 secteur « assemblage, façonnage », ne nécessitant aucune qualification et d’un intérêt plus que douteux (c’est mon avis), on est payé à la pièce et pour 5 jours à 7 heures, un salaire moyen de 100 à 150 €. Comme autres ateliers, il y en a deux, plutôt réservés à des manuels avertis : 1 atelier de menuiserie et 1 atelier de ferronnerie –soudure, où là, la rémunération, toujours à la pièce, peut atteindre 500 €, pour un bon et rapide…
Comme autre travail, sont proposés les services communs, les auxi, comme on les appelle, qui assurent l’entretien des parties communes.

Certains assistent les professionnels dans certains services (cuisine, lingerie, entretien des bâtiments), mais c’est principalement de l’entretien (nettoyage).
Pour ma part, en formation, j’ai demandé, en priorité « Métiers de Bouche », me souvenant de mes années de célibat où certains appréciaient ma cuisine et mes spécialités, mais cette formation ne pourra commencer qu’en septembre (pour 9 mois).
Je pense faire aussi, avant, « bureautique-Informatique ». Mais, en fait, je n’en fais pas une priorité, car je ne pense pas que j’y apprendrai « véritablement » plus que je ne sais et il n’est pas certain que cela m’aiderait pour les quelques trimestres qui me resteront à faire avant la « retraite »….
De toutes façons, j’ai déjà eu de très bons contacts, en vue de prendre une place d’écrivain (comme à Metz), en plus cool, car il y a moins de demandes, mais elles sont plus « ardues » (cf. lettre de motivation pour aménagement de peines et/ou procédures en cours). Ce « poste » répond à une demande des détenus et correspond à un souhait de l’administration, donc, il ne reste plus qu’à le mettre en place, maintenant que le candidat « capable » et « motivé » est là… mais cela peut prendre un « certain temps »… alors… en attendant, on m’a proposé, j’ai accepté et j’ai été « classé » au poste d’auxi « infirmerie ». On recherchait quelqu’un de « calme et de sérieux », on a trouvé… En fait, il s’agit de faire l’entretien général de 3 bureaux, 2 salles de soins, d’une cuisine et d’un WC (réservé à l’usage du personnel), et tout cela avec du matériel « pro », gants et produits adéquats, en sachant que le matériel médical « usagé » n’est pas de mon ressort… Je ne risque donc rien, ne t’inquiète pas…

Les horaires de travail sont flexibles, mais, en principe, fin d’après-midi (15 h 30 – 17 h) ou le matin de 9 h à 10 h. Pour ce faire, je serai rémunéré, nombre d’heures et d’euros, je ne sais, à cette heure.
Mon souhait premier étant « écrivain », il m’a été garanti que ce poste m’est réservé, dès sa mise en place…

27.02.2007

Ma situation carcérale

Situation pénale et carcérale de Paul Denis – établie et prévue en mars 2003

Nota : le but de cet article n’est pas de faire état de mes prouesses judiciaires – d’ailleurs, je ne l’ai pas mis dans mon bouquin-papier – ce que je souhaite, c’est de vous faire « sentir » l’état psychologique dans lequel le détenu (en tout cas moi) est mis… et maintenu… jusqu’au dernier moment… puisque dans mon cas, en cours de détention, j’ai fait :
. une demande de Non-lieu (auprès du Juge d’Instruction) : refusée
. une demande de Non révocation du sursis de 18 mois : refusée
. une demande de Confusion des peines : refusée
. une demande de Libération conditionnelle : refusée
. plusieurs demandes de Libération provisoire : refusées
. plusieurs demandes de Permissions de Sortir : refusées

Vous voyez que rien n’est simple…

Légende :
En italique : Condamnation(s)
En gras : Détention préventive - Remise de Peines annuelles – RP Supplémentaires – Grâce présidentielle (14/07) = ce qu’il faut déduire…
Entre parenthèse : nouvelle date de fin de peines prévue


En cours :
01. 04/04/1996 : Préventive 29 j
02. 14/12/2001 : Détention provisoire
03. 30/05/2002 : Condamnation : Fraude fiscale 30 mois (16/05/2004)
04. 30/05/2002 : Condamnation : Exercice illégal (comptabilité) 10 mois (16/03/2005)
05. 14/07/2002 : Grâce présidentielle 14/07 sur 4 2 mois (16/01/2005)
06. 14/07/2002 : Révocation du sursis -28/10/98 18 mois (16/07/2006)
07. 14/07/2002 : Grâce présidentielle 14/07 sur 6 2 mois (16/05/2006)
08. 14/07/2002 : Grâce présidentielle 14/07 sur 3 4 mois (16/01/2006)
09. 14/12/2002 : Remise de Peines (annuelle) 3 mois (16/10/2005)
10. 14/07/2003 : Grâce présidentielle 14/07 sur 3/4/6 4 mois (16/06/2005)
11. 14/12/2003 : Remise de Peines (annuelle) 3 mois (16/03/2005)
12. 14/12/2003 : Remise de Peines Supplémen. (2ème année) 10 j (06/03/2005)
Prévisible :
13. 12/06/2003 : Condamnation : gérance de fait 4 mois (06/07/2005)
14. 14/07/2004 : Grâce présidentielle 14/07 sur 13 2 mois (06/05/2005)
15. 14/07/2004 : Grâce présidentielle 14/07 sur 3/4/6 67 j (01/03/2005)
16. 15/11/2004 : Remise de Peines (annuelle) 3 mois (01/12/2004)
17. 15/11/2004 : Remise de Peines Supplémen. (3ème année) 2 mois maxi (01/10/2004)
Hypothèse :
18. 01/10/2004 : Contrainte par corps (des Impôts) 4 mois (01/02/2005)
19. Libération définitive sans Libération conditionnelle, sans Mise à l’épreuve….(1) (27/09/2004)
20. 27/09/2004 : Libération. Le prévisible a été faux. (voir ci-dessous), mais je ne l’ai su que le 15/09/2004…. Suspens final…
(1) : Je vais vous l’expliquer sur la journée du 01/03/07



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
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Quelques explications complémentaires :

Si vous êtes en prison et qu’une peine n’est pas encore mise en application, au 14 juillet, vous bénéficiez de 2 mois de grâces, pour cette peine. J’ai cumulé quatre peines (62 mois), j’ai bénéficié 3 fois de ce bonus (- 6 mois).

Les RPS sont de 2 mois au maximum, à la discrétion du JAP de l’établissement pénitentiaire. Je n’ai jamais eu ces deux mois, mais deux fois 10 jours au motif que je refusais de payer les parties civiles (l’Etat qui me réclame des millions) et que j’ai eu la maladresse de lui dire (parce que je le pensais) qu’avec le peu d’euros que je gagnais, je préférais aider mes enfants qui en avaient besoin (et qui souffraient, financièrement, de mon absence).
Dès que j’ai été « écrivain » et jusqu’à la fin de ma détention, j’ai été autonome au niveau « argent » (une moyenne de 120 €/mois) et j’ai même plusieurs fois envoyer quelques centaines d’euros à mon fils étudiant.

Le tableau ci-dessus doit être rectifié de la façon suivante.
Ligne 15 : j’ai eu la maximum : trois mois parce que Chirac, à partir de 2003, à accorder 15 j de grâces par mois restant avec un maximum de 3 mois. Pour beaucoup c’est un faux cadeau, car en même temps, il a augmenté le nombre des excluions et en particulier, il a supprimé, toutes grâces aux condamnés à plus de 7 ans , quelques soit le motif.
Ligne 17 : je n’ai eu que 10 jours, pour le motif expliqué ci-dessus.
Ligne 18 : je n’ai pas eu de « contrainte par corps », mais ma dette à l’Etat demeure…

Nota : donc sur 62 mois de condamnation, j’en ai fait que 34. Ce qui, pour moi et pour tout détenu, était très important. Je ne devais pas dépasser la barre de 36 mois. En effet, passé ce cap, je perdais toute possibilité d’être un jour indemnisable par les ASSEDIC. Hypothèse ou nécessité que je ne pouvais pas exclure de mon avenir. A 60 ans, personne ne vous attend… même pas un ami… pour vous donner du travail et donc une source de revenus pour vivre…. pour survivre…

26.02.2007

Calcul des Remises de Peines

Article modifié le 30 mai 2007, en raison de la modifiation du mode de calcul, applicable depuis le 1er janvier 2005.


En ce qui concerne le récent repérage de ta cellule que nous avons effectué en repartant lors de notre dernière visite, je trouve ça vraiment bien. C’est à la fois amusant et bizarre de te voir comme ça de si loin, mais en même temps de savoir avec certitude que cette serviette blanche au loin, c’est bien toi et que cette voiture au milieu de la route, c’est bien nous. Je trouve cela vraiment chouette.
Bien, je me permets maintenant de revenir sur tes écrits avant d’achever cette lettre.
Pour ce qui est de tes menus, force m’est de constater qu’au moins, ils ont l’air équilibrés, même sans être formidables.
En plus, tu peux cantiner pour les petits extras, ce qui te permet de te faire un peu plaisir quand le cœur t’en dit.
Mine de rien, il faut voir le côté positif de ton incarcération, à savoir que tu auras, enfin, pu effectuer un « régime » efficace qui te permet de perdre les kilos que tu trouvais superflus…




Ma destinée :


Contrairement aux apparences, un « Centre de détention » a pour mission et est un lieu où tout est mis (en théorie) en place, en vue de la « réinsertion », donc le retour à la vie libre.
Même si tu n’oses pas me le demander, ton silence me fait comprendre que tu souhaites être « informés » sur ce qui m’attend et surtout sur ma date de libération…
Mais, en fait, pour moi, la date de ce retour est particulièrement « floue », car, il y a encore plusieurs incertitudes et les démarches entreprises feront changer les données ci-dessous :
donc, voici, « le pire » : j’ai été condamné à 30 mois de prison + 10 + 18 (révocation d’un sursis).
Il est vrai que cette peine de 58 mois est tout à fait théorique. En effet, nous pouvons bénéficier de « grâces » et de « remises de peines » (RP), ce qui d’ailleurs a déjà été mon cas.

En théorie, le décompte de remises de peines et des grâces est le suivant :

Rectificatif, fait le 30 mai 2007

Depuis le 1er janvier 2005, (loi Perben II, du 9 mars 2004) ce décompte a changé, de plus, il a lieu dès que la condamnation est connue. Pour vous informer, je vous donne ces changements :

CRP – RPS – RPE :

Nota : Depuis le 1er janvier 2005, il est désormais accordé à tout condamné un crédit de réduction de peine (CRP) :
Dès la mise à l’écrou (entrée en prison), ou dès la mise à exécution de la peine (après le jugement et tous les recours possibles), pour les personnes déjà détenues, ce crédit est calculé sur la base de la condamnation prononcée (c’est le greffe qui informe le détenu) : soit 3 mois pour la 1ère année de détention, 2 mois pour les années suivantes, 7 jours par mois pour une année incomplète.
Le CRP remplace les RPO (remise de peines ordinaires, dit « de bonne conduite ». Le condamné en bénéficie de plein droit. Il peut être retiré partiellement ou totalement en cas de « mauvaise conduite » aussi bien pendant le temps de détention qu’après sa libération pendant une période d’une durée équivalente à celle des réductions accordées.
Attention : lorsque le condamné est en récidive légale, le CRP est réduit à 5 jours par mois, si la peine prononcée est de moins de 12 mois. Si la peine est supérieure à 1 an, le CRP sera de deux mois pour la première année, à un mois pour les années suivantes et à cinq jours par mois (dans la limite d’un mois) pour la partie restante.
Pour ce calcul (fait après la condamnation) il est tenu compte de toutes les périodes de détention faites avant (détention provisoire). S’il y a plusieurs condamnations, le calcul se fait peine par peine. En cas de révocation d’un sursis, le calcul se fait sur la durée de prison résultant de la révocation.
Si par la suite, il y a confusion de peines, le crédit est recalculé, sans la peine confondue.

RPS (Remise de peines supplémentaires) : elle reste prononcée par le JAP (Juge d’Application des Peines), annuellement : primaire : maxi 3 mois ou 7 jours par mois pour une année incomplète. Détenu en récidive légale : 2 mois par année ou 4 jours par mois pour une année incomplète.
Elle est accordée lorsque le condamné a manifesté des « efforts sérieux de réadaptation sociale ». Sont considérés comme des « efforts … » le succès à un examen, le suivi d’un enseignement ou d’une formation, une thérapie destinée à éviter la récidive, des efforts pour indemniser les victimes (versements volontaires en plus de ceux faits sur le pécule (voir sous ce mot), etc…
Le condamné peut demander ces RPS (par l’intermédiaire du greffe de la prison).
Des RPS peuvent être accordées sur la 1ière année (nota : c’est nouveau). Elles sont données année par année. En principe, il n’y a pas de RPS possible si la peine est inférieure à un an.

Une RPE (réduction de peine exceptionnelle) peut être accordée, lorsqu’un condamné a fait des déclarations ayant permis de faire cesser ou d’éviter la réalisation d’une infraction relevant de la criminalité organisée (cf art. 706-73 et 706-74 du CPP).

Grâces présidentielles :

Depuis 2004 : 15 jours par mois restant à effectuer, avec un plafond : 4 mois (pour le 14 juillet). En d’autres occasions, le Président de la République peut donner ces grâces dites collectives.
Tous les condamnés en bénéficient (sans avoir à en faire la demande) si leur motif de condamnation ne fait pas partie des exclusions qui sont nombreuses (plus d’une trentaine) dont trafic de stupéfiants, atteinte (crime et délit) à la personne d’un mineur de moins de 15 ans, violence/rébellion sur agent de la force publique, homicide involontaire à l’occasion de la conduite d’un véhicule, condamné à plus de 7 ans de peine…., etc…
S’il n’est pas incarcéré pour cette peine, 2 mois, quelle que soit la durée de la peine.



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 7 janvier 2007, sur la journée du 14 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d'Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Pour les aménagements de peines, « libération conditionnelle » et « semi-liberté » - ces deux aménagements nécessitent les mêmes conditions : avoir un hébergement et un « travail » - CDI ou CDD pour la période théorique restant à faire.
En « semi-liberté », il faut aller dormir en prison, en semaine, et, il ne doit pas rester plus de 12 mois théoriques à faire.
Ces mesures sont assujetties à l’accord du JAP et sous son contrôle… - il faut être à mi-peine + mi-grâce, je te passe le calcul assez difficile à déterminer, car il ne faut tenir compte, en théorie, que des grâces « signées » ; mais en pratique, le JAP considère (souvent), la mi-peine, mi-grâce « acquises ».

Et pour moi, cette date serait le 14/08/03.
Ce qui veut dire que, toujours en théorie, avec 58 mois « ferme », je pourrais être « dehors » à la mi-août de cette année.
Je dois dire au pire (au mieux) parce que cette date tient compte de 58 mois de condamnation, alors que je pense que nous sommes « en droit » d’obtenir, d’une part, la non-révocation du sursis de 18 mois et/ou, d’autre part, d’une confusion de peines entre ces trois peines, ce qui pourrait donner : minimum 30 mois ou 40 mois ou 48 mois… et tous les calculs seraient à refaire.
Nous avons entrepris ces deux démarches qui devraient aboutir dans un délai de 4 à 6 mois.
Et celles-ci, avec un résultat positif total et partiel, sont cumulables avec les aménagements de peines. Ce qui veut dire qu’en théorie (toujours), je pourrais déjà être « dehors ».
A travers ce raisonnement, j’ai essayé d’être le plus clair possible, tu comprendras que le « flou » évoqué en début de propos n’est pas superflu.
Mais sois certaine que moi-même et mon avocat, faisons le maximum pour que cette fin de « captivité » puisse avoir lieu, le plus tôt possible, et ce, dans les meilleures, les moins contraignantes conditions possibles.

23.02.2007

En Centre de Détention...

Arrivée en Centre de détention

« Mes premiers regrets » d’avoir quitté la Maison d’Arrêt se sont vite dissipés. Ici, tout y est mieux. Mon seul regret est que, lorsque vous voudrez, pourrez venir me voir, ce sera plus loin pour vous, mais ce sera les samedis, dimanches et jours fériés… et je pourrai vous téléphoner.
Cela ne fait donc que quelques jours que je suis ici, et j’en apprécie, déjà, la différence.
Tout d’abord, au niveau accueil, quand tu dis « bonjour », on te répond, on te sourit. Quand tu questionnes, on te répond. En fait, on te considère comme une personne « normale »… Je parle, bien sûr, de l’accueil des surveillants et chefs.
Au niveau des détenus, mon arrivée n’est pas passée inaperçue, et tout le monde sait que l’écrivain de Metz est là… et pour le moment, je garde mon « ancien » titre.
Nous avons été accueilli au secteur « arrivants » : période d’observation de 10 à 15 jours et les premiers signes d’un temps nouveau s’annoncent.
Un premier paquetage nous avait été remis avec l’indispensable et le matériel individuel en « hôtellerie » et en « hygiène » + un livret d’accueil ARRIVANT et l’organisation des « cantines » + un casse-croûte (froid) puisqu’il était 13 heures.
Rien ne devant se passer avant 14 h, j’ai pris le temps de manger et de lire les documents reçus.
Vers 15 h 30, nous sommes reçus par un gradé qui reprend et complète les informations et répond à nos questions, puis entretien individuel.
En gros, on apprend nos conditions « actuelles » et « futures » de détention.

D’emblée, j’ai ressenti que l’ambiance et les relations « administration-détenu » n’avaient rien de comparable avec celles d’une Maison d’arrêt. Il paraît clair que l’objectif est « la réinsertion » et que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes et, a priori, leur confiance nous est donnée, et ce n’est que l’attitude « individuelle » qui peut perturber-provoquer des conditions « restrictives », voire « répressives ».
En fait, tu n’es pas rejugé avec des a priori négatifs. Tu es là, pour un certain temps, le reste (le pourquoi) est ton affaire.
Tout est fait pour que chacun se prenne en charge, les surveillants ne sont là que pour assurer la « sécurité » et les « mouvements » (allers et retours), c’est tout, de plus, leur disponibilité et leur esprit de coopération sont évidents : pas de cri, pas d’attente inutile (ou injustifiée), pas d’attitude négative… bref, une ambiance d’entreprise où chacun a sa place et respecte l’autre…
[Cette impression première, je l’ai conservée pendant tout mon temps d’incarcération en Centre de Détention, même si, parfois, certains faits précis me font penser que pour d’autres, tout n’est pas aussi beau…
Et une mauvaise impression donnée, à la suite d’un incident, d’un dérapage, reste, longtemps, en mémoire, et la « nouvelle » bonne volonté évidente du « fautif » n’est pas (plus) pris en compte.
Ce qui me fait penser que si les objectifs de réinsertion sont une volonté « générale », tout n’est pas forcément mis en œuvre pour la permettre.
L’évidence nous le rappelle : il n’en demeure pas moins que nous avons affaire (des deux côtés) à des hommes et que tout ne se passe pas toujours comme cela devrait…]

Après cette parenthèse, reprenons notre première journée : on apprend, également, que nos affaires personnelles ne nous seraient données que le lendemain. En fait, ce n’était pas grave, puisque nous avions déjà tout l’indispensable. Et n’ayant rien à faire, comme les autres, j’ai entrepris un nettoyage général de la cellule qui, au demeurant, était propre.
Bref, passage au Cif et eau de javel, partout.

Passons à un peu de description : l’ensemble de la prison est divisé en 3 bâtiments : A et B pour les détenus, « La Rue », pour l’Administration et les services communs (parloir, infirmerie, bibliothèque, formation professionnelle, école, socio-culturel, musique, arts plastiques, TV interne, ancien gymnase où nous faisons « relaxation » et « santé par le sport », mais aussi, cuisines, greffe, bureaux des travailleurs sociaux, bureaux des chefs, salle d’audience du JAP, etc…) + un gymnase et des ateliers. Le tout est entouré de murs + grillage + barbelés, pas de miradors, mais des caméras vidéo. L’ensemble se trouve sur la hauteur de Saint Mihiel, et en pleine campagne, à ce qui me semble.
Pour mon environnement immédiat : la cellule fait 2,50 m x 3,30 m, donc à peu près comme en maison d’arrêt, mais elle semble plus grande(de plus, on y est seul). Il est vrai que la fenêtre (sur la face 2,50 m) est plus petite 65 x 105 (haut), une seule fenêtre vitrée + de « vrais » barreaux, bien réels moins discrets qu’à Metz, mais en fait, moins volumineux.


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
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Ma vue est surprenante : la campagne et une route plutôt fréquentée et bruyante lorsque ma fenêtre est ouverte. A quelques mètres des murs, il y a des champs cultivés et de la verdure qui sera bientôt verte.

A Metz, nous n’avions que du goudron et un semblant de végétaux qui n’avaient d’herbe que le nom, pas la couleur…
Pour ce qui est du mobilier, il est fixé au sol (lit et armoire), seule la table (57 x 63 – un peu plus petite que celle de Metz), peut être déplacée et une chaise plastique (du style meuble de jardin). Un vrai et efficace chauffage. Au niveau hygiène, une cabine fermée (100 x 120) du style hôtel Première (en moins bien quand même), avec un lavabo/évier et WC et… eau chaude et eau froide (boutons poussoir). J’allais oublier, accrochée au mur une TV, 13 chaînes. Deux « bons » éclairages dont un dans le cabinet de toilettes avec prise de courant au dessus de la glace + deux autres prises de courant, placées à des endroits « normaux », ce qui évite les rallonges.
A l’étage, nous avons les douches (4 pour 25 détenus) et un office (cuisine) avec 4 plaques chauffantes + une machine à laver, un sèche-linge (en libre-service et gratuit) + du matériel collectif + un téléphone (pour 50 détenus) avec Carte France Telecom et 10 numéros pré-enregistrés (à certaines heures, il faut attendre son tour). Bizarrement, tu ne peux pas téléphoner à ton avocat…
Voilà pour la description des installations, j’ai oublié de te dire qu’en CD (Centre de Détention), où il n’y a que des « condamnés », on est toujours SEUL, en cellule, il y a quand même 2 cellules doubles (en taille) pour 2 qui le souhaiteraient.
En CD, le régime « normal » est « ouvert », c’est-à-dire que les portes sont ouvertes du lever (7 h 30) au coucher (18 h 45), à l’exception du temps de midi (12 h à 13 h 30) et circulation libre. Au secteur « arrivants », nous sommes au régime « semi-ouvert », en fait, « fermé », le matin.

Bien sûr, je peux fermer ma cellule lorsque je suis « hors cellule » (j'ai une clef). Pendant que c’est « ouvert », je peux aller où je veux dans mon unité, et en particulier, dans la cellule d’un autre, aux douches, à la cuisine, au téléphone, etc…
Pour ma part, j’ai repris mon rythme du début : écriture, lecture, TV… Je sors peu et que par nécessité. Je ne vais pas en promenade (de 8 h à 9 h 30)… Je ne me lève qu’à 8 h 30…
Par la suite, il me faudra travailler, ne serait ce que pour m’occuper. De toutes façons, en CD, la réinsertion est une des priorités, donc, le travail… et/ou la formation professionnelle.
Au niveau « repas », ce n’est pas organisé « pareil » et à des horaires plus normaux 11 h 45 et 18h45. On est servi, selon l’appétit et les goûts (en + ou en -, selon les plats). La qualité est bien meilleure, tout cela est bien propre… les entrées sont en barquette pelliculée et tout non-gaspillage est « favorisé ».
A ce jour, le tout barquette est de rigueur (normes européennes exigent, paraît-il), ce n’est pas mieux, ce n’est pas pire, en fait, au moins dans mon unité, il n’y a pas trop de gaspillage, et ceux qui mangent beaucoup peuvent avoir « double ration » et moi qui préfère les salades, je suis bien servi…
Pour moi, la qualité est bonne, mais ce qui manque, c’est la diversité… c’est toujours pareil… et il y a peu de variation d’une saison à l’autre… beaucoup de boîtes de conserve, peu de fantaisie…
Au niveau « achat » cantine, le choix est plus limité qu’à Metz, et, en plus, « plus cher », sauf la TV et le frigo, mais nous aurons accès au catalogue de « La Redoute ».

D’ici quelques jours, mon « régime » sera établi et la vie en CD s’organisera plus « libre » et plus « intéressante ». Ma première impression du secteur « arrivants » est que ceux qui y arrivent, découvrent, redécouvrent, une « liberté » oubliée ou brimée, lors de leur séjour en Maison d’Arrêt.
Il faut avouer que le verbe y est « haut » et que la musique « Boum-Boum » m’oblige à augmenter le volume de la TV, plus que nécessaire, mais les nuits sont « calmes » : ce qui est l’essentiel. Porte fermée, l’ambiance « générale » est acceptable. Par la suite, je pense que les volumes sonores et les manières vont évoluer dans le bon sens…
Comme tu le vois, comme tu peux le comprendre aisément, les conditions matérielles de vie sont toutes autres. Au niveau « mental », comme tous les détenus sont condamnés, on a moins de « crises » et comme, il n’y a pas de « mélange », la situation est la même pour tous, seul le motif et la durée différent. D’ailleurs, ici, on ne demande pas « pourquoi » tu es là, mais pour « combien » de temps… Cela veut tout dire…
En théorie, un CD est prévu pour des détenus ayant entre 1 à 5 ans de détention (prévu sur le papier). En pratique, il semblerait, et c’est même sûr, qu’il y a, ici, certains détenus qui sont là pour 10 ans et plus… et là, à mon avis, ce n’est pas la même chose. Pour 10 ans et plus, on ne s’organise pas pareil, on n’a pas les mêmes besoins, ni les mêmes préoccupations, ni les mêmes perspectives… de réinsertion…
Et comme pour moi, ma durée de peine n’est pas encore définitivement établie…, attendons l’aboutissement des démarches entreprises…

21.02.2007

Le personnel... L'affaire

Les questions que tu ne me poses pas, mais qui méritent une réponse…


Le personnel :

Au dessus du surveillant qui côtoie, sans cesse, le détenu, il y a les chefs (gradés) avec qui tu as peu de contact, sauf problème, au dessus des chefs, la direction et les services administratifs que tu ne vois jamais ou presque (comptabilité, courrier, greffe, etc…).
Parlons des surveillants (gardiens), que l’on peut classer dans différentes catégories.
Il y a les « bons », souvent des anciens, pour qui ce n’est pas un métier, mais une vocation. On le sent, ils sont là pour t’aider, et non, pour te faire des misères. En général, ils sont respectés par tous et/ou, en tous cas, ils savent se faire respecter, et ce, sans éclat.
Il y a le surveillant « moyen » (de base) qui fait son boulot comme il ferait un autre boulot. Il ne faut pas trop le solliciter, sa disponibilité ne t’est pas acquise.
Il y a celui qui se fout de tout, aussi bien de toi que de son boulot. S’il n’avait pas les clefs, on pourrait s’en passer.
Il y a les stagiaires (souvent Bac +, mais le niveau requis n’est que le brevet)… Je les plains, ils entrent souvent par hasard ou obligation, dans un monde qui leur est étranger et, par définition, hostile (du moins, le pensent-ils). C’est par eux que tu apprends « ce qui devrait être fait », car, en général, ils respectent les consignes données, à la lettre.
Un seul regret : il faudrait leur faire faire une semaine d’observation, au début, cela leur éviterait une formation « inutile » : plus de 60 % (paraît-il) ne poursuivent pas après leur stage pratique !!!
Les surveillants sont « hommes » ou « femmes ».
En général, si tu respectes l’autre, l’autre te respecte.



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



L’affaire :

C’est ainsi que l’on nomme, la raison pour laquelle tu es là.
C’est souvent un sujet « tabou » qui attire la curiosité, car l’on veut savoir ce que l’on reproche à celui avec qui on parle.
Il y a autant d’affaires qu’il y a de détenus. Chaque cas est particulier.
L’essentiel est de rester « honnête » avec soi-même et avec l’autre. Mentir n’est jamais bon. Un jour ou l’autre, la vérité apparaît et alors, ce peut être le moment des représailles.
Il est sûr qu’il est souvent difficile d’assumer soi-même ce que l’on te reproche, alors le communiquer à d’autres est encore plus « délicat ».
Très souvent, le coupable se dit innocent, c’est la faute d’un autre. En fait, la prison est remplie de beaucoup d’ «innocents-coupables » ou de « coupables-innocents », au choix.
Au demeurant, je pense qu’à part quelques « rejets systématiques » (violeurs, pédophiles principalement), une entente sans a priori est souvent de mise. On ne se préoccupe pas du pourquoi tu es là, mais de qui tu es, et je crois que c’est tant mieux.
Avec le temps, on apprend à se connaître, on choisit ceux de qui on s’entoure, et sans rejeter les autres dont on ne se préoccupe pas. C’est au moins, ce qui devrait être mis en pratique, ce qui n’est pas toujours, hélas, le cas.
Les jeunes étant, en général, assez intolérants envers l’autre…

Inutilité de la prison :

Au lieu d’entretenir une surpopulation, à la réflexion, je suis persuadé que la prison n’est pas toujours la solution la mieux adaptée à « la faute ».
La prison reste un lieu où les « mauvaises » rencontres sont plus fréquentes… que les « bonnes ». On y apprend beaucoup de choses, crois-moi… et pas toujours de bonnes… choses.
Celui qui veut être « initié », peut l’être sans difficulté. C’est plutôt le contraire qui est difficile : ne pas se laisser influencer…
Aussi notre société ne joue-t-elle, peut-être, pas la bonne carte en introduisant en prison des délinquants, certes, mais en fait des « petits » délinquants qui auraient besoin d’un accompagnement socio-familial éducatif, plutôt qu’une répression inadaptée…
Pour s’en convaincre, si c’était nécessaire, il suffit de consulter les statistiques et de calculer le taux de récidivistes…
Pour ma part, je l’évalue à 60 à 70 % … (au moins) ! Les statistiques officielles disent 30 à 50 %.

Aussi, pour mon cas personnel, ce qui me pèse le plus est, assurément, l’inutilité de mon temps, l’inactivité qui me sont imposées, alors que j’ai bien l’impression qu’il y aurait eu moyen de prévoir/trouver, une situation aussi contraignante pour moi, mais qui serait plus utile à la société. Que de gâchis…

Le bracelet :

Les médias parlent beaucoup de ce nouveau mode d’incarcération…
Voyons les chiffres : en 2004, l’aménagement de peines accordé, par les JAP, le plus souvent, est un régime de semi-liberté (6.500), ou le contrôle par bracelet fixe (5.600) – surveillance et autorisation de sortie contrôlées à heure fixe -, ou, depuis peu, le bracelet électronique (GPS) qui suit le détenu-libéré, m par m, minute par minute (1000 aujourd’hui, prévu pour 2007 : 3000). Les libérations conditionnelles arrivent bien après, quelques centaines.
Il est à constater que le nombre de libérés, en fin de peines, sont la majorité. Il est vrai qu’avec le jeu des grâces et remises de peines, le temps prévu est bien réduit - Ainsi, pour moi, sur 58 mois, il aurait pu être de 33 mois. J’en ai fait 34, sans une permission de sortie...
Quand on sait qu’il n’y a que 49.000 places pour plus de 65.000 détenus, que le coût d’un bracelet (GPS) est de 40 €/jour (9 € en Amérique !), un bracelet fixe : 11 €, et qu’une journée de détenu en prison coûte 60 € (de 90 à 120 €, si on compte tout : bâtiment, personnel, coût d’entretien d’un détenu), on est en droit de se dire qu’il est urgent de trouver une solution.
Cela est d’autant plus évident pour tous ceux qui touchent, de près ou de loin, la prison, que la détention n’est pas un lieu idéal pour acquérir une « vraie » réinsertion.
Avec l’économie faite, il serait peut-être judicieux de former de « vrais » éducateurs qui seraient là pour prévenir une certaine délinquance…

19.02.2007

Les premiers jours - Les Fouilles

Les questions que tu ne me poses pas, mais qui méritent une réponse…

Les deux premiers jours :

Outre la nécessaire acclimatation dans un milieu qui, a priori, t’est hostile… pendant les deux premiers jours, il y a le passage obligé devant un certain nombre d’intervenants.
En général, on ne te parle pas de ton affaire, d’une part, parce qu’elle figure dans ton dossier administratif, de plus, ce n’est pas le propos.
Il ne s’agit que de ton installation, de ton séjour en ces lieux et de tes besoins particuliers.
Après le passage au greffe dont nous avons déjà parlé, dès la première heure, parfois même avant d’être mis en cellule, tu es reçu par un chef qui te rappelle certains devoirs, mais aussi certains droits.
Son but est que tu te sentes « à l’aise » entre ces murs et que tout conflit soit évité.
Tu es parfois mis en cellule « arrivant » (souvent assez crade), pour la première nuit (si tu arrives en soirée) ou les premiers 24 heures (si tu poses problème…).
Il y a aussi, rapidement, la visite médicale « arrivant » par un médecin qui s’assure de ton état de santé et fait en sorte que tu sois en mesure de poursuivre ton traitement médical si tu en as un. C’est lui aussi qui te fixe ton régime alimentaire, s’il y a lieu. Il s’agit d’une visite médicale « sommaire » où tu es plus questionné qu’examiné… ! Des examens complémentaires peuvent être envisagés, pour les jours suivants.
De toutes façons, il y aura : prise de sang, radio pulmonaire, rappel de vaccins, test du sida, si tu le souhaites. Bref, tout est mis en œuvre pour que ton état de santé ne se dégrade pas… ce qui n’est pas toujours le cas, hélas.

Tu as aussi, rapidement, le passage chez un travailleur social qui assure, éventuellement, un premier lien (et souvent unique) avec la famille si elle n’a pas été prévenue de ton incarcération. C’est lui aussi qui, par téléphone, explique à la famille (si tu le souhaites) les démarches à suivre pour obtenir le permis de visite, apporter du linge, etc…
Il y a aussi, un rendez-vous avec le scolaire qui remplit un questionnaire – statistique et qui te propose les formations pouvant t’intéresser.
Tu peux aussi rencontrer l’aumônier (catholique) qui visite tous les détenus qui en font la demande, peu importe leur religion, s’ils en ont une.
Tout cela occupe bien les premiers jours, car tu apprends aussi à attendre ton tour…


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
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Les fouilles :

Fouille à corps :

C’est-à-dire qu’on te demande de te déshabiller entièrement. Le surveillant qui fait la fouille n’a pas le droit de te toucher, mais peut te demander d’ouvrir la bouche, de te baisser, de tousser, etc…
Si une fouille plus approfondie est nécessaire (demandée), elle ne peut être effectuée que par un médecin.
La fouille à corps a lieu, en principe, chaque fois que tu as été mis en contact avec quelqu’un de l’extérieur (sortie accompagnée ou non, parloir, principalement).
Elle a lieu au départ et au retour.
Parfois, il n’y a qu’un « palpage » sommaire, c’est souvent le cas, avant un parloir ou une rencontre avec ton avocat ou une personne de l’extérieur (police, huissier).
Au début, c’est assez désagréable de se trouver « à poils » devant quelqu’un qui est habillé et qui, de surcroît, est censé t’observer, mais on s’y fait très vite, d’autant plus que le plus gêné est souvent le surveillant qui ne fait que son travail.
Cela reste, même si tu n’as rien à te reprocher, à cacher, une formalité bien déplaisante, et une source de conflits qui pourrait être évité par une attitude plus humaine et moins formaliste.
Ces fouilles peuvent avoir lieu, à tout moment, lors d’activité ou en cellule, lors de la fouille de ta cellule, si tu es là ou si l’on recherche une chose interdite.
Car, en fait, le but de ces fouilles est bien d’éviter que pénètrent ou circulent, en prison, des objets ou substances interdites, voire dangereuses.

Y parviennent-elles ? J’en doute, aussi pour moi, je les trouve d’une efficacité toute relative pour ne pas dire inutiles. Elles sont toujours (souvent) mal ciblées…, c’est à dire que les mieux « fouillés » ne sont pas ceux qui devraient l’être…

Fouille de cellule :

Le but en est le même que la fouille à corps. Ce qui est gênant (plus gênant, au moins pour moi), c’est qu’elle s’accompagne souvent du retrait d’objets habituellement tolérés, tels que cartons, surplus de produits d’entretien, aménagement personnel…
Elles sont périodiques et/ou inopinées et/ou provoquées par la recherche de quelque chose.
Pour ma part, souvent, j’apprenais par mes voisins que ma cellule avait fait (en mon absence) l’objet d’une fouille, mais en fait, rien n’était dérangé.
Ce n’est pas le cas de toutes les fouilles… et parfois cela frise la barbarie ou, pour le moins, le non-respect du bien d’autrui (vidange de la boîte de café, armoire et lit, mis à sac, etc…) et souvent, cela ne se justifie pas : ce qui est recherché n’est pas trouvé, 9 fois sur 10.

16.02.2007

Qelques questions... intéressantes 4

La promiscuité :

Un grand principe de tout établissement de détention est : « Eviter les conflits », entre détenus.
Il est vrai que le surnombre par rapport au nombre de places théorique n’est pas là pour simplifier la tâche de l’administration.
Comme déjà dit, les jeunes n’éprouvent pas de difficultés à vivre « entassés » et ils recherchent même ce contact qui leur évite leur propre angoisse.
Le fait d’être plus de deux a un avantage : si l’un fait la gueule, on peut toujours dialoguer avec l’autre, et comme chacun à son tour est mal dans sa peau, le nombre facilite la cohabitation…
Certains établissements ont, paraît-il, encore des cellules à 6, voire 10 ou plus. Alors là, je crains que rien ne soit simple et que la liberté individuelle passe après l’autorité du ou des décideurs… !
A cela s’ajoutent l’hygiène, les odeurs, et j’en passe.

Pour ma part, être seul ne m’a jamais posé de problèmes, bien au contraire. Mais je reconnais qu’être à plusieurs, quand tout va bien, n’est pas déplaisant… le temps passe plus vite.

Afin d’éviter les conflits, les changements de cellule sont fréquents. Il est vrai que, si les détenus sont deux, il vaut mieux qu’ils s’entendent afin que la cohabitation se passe sans heurt, et dans le meilleur climat possible avec un respect mutuel.
Les conflits en cellule sont rares, mais s’ils ont lieu, c’est souvent avec des conséquences graves (blessures, coups, etc…).

C’est pourquoi, tout est mis en œuvre pour qu’il n’y ait pas de conflit, mais gérer plus de 600 gars, ce n’est pas simple et ce, d’autant plus que l’humeur de chacun peut varier d’un jour à l’autre, en raison d’événements difficilement prévisibles.

Même en prison, il y a des « règles » de savoir-vivre à respecter pour être « accepté » par le groupe, que je peux te résumer ainsi :
. respecter les anciens (plus âgés), mais aussi, ceux qui sont là depuis longtemps. Ils peuvent apporter conseils…
. savoir se taire, chaque fois que cela est nécessaire, c’est-à-dire souvent, même si on détient « la vérité »…
. ne pas cacher le motif de son incarcération. Tout se sait un jour ou l’autre. Se taire provoque suspicion et interprétation, selon l’intime conviction du bavard. Mentir provoquera un rejet lorsque la vérité sera connue,
. se donner la main, avec plus ou moins de cérémonial, selon « l’intimité »… lorsque l’on se croise. C’est un geste banal que l’on oublie de faire « dehors ». En détention, il est primordial et tu dois le pratiquer chaque fois que tu croises quelqu’un de connu. S’il refuse de te serrer la main, c’est qu’il te rejette. C’est le cas pour les pointeurs (violeurs). A toi de prouver qu’il a tort,
. se tutoyer est une règle d’or et doit être mise en pratique, dès l’arrivée en prison, c’est un signe de reconnaissance comme se dire « Bonjour », même si c’est plusieurs fois par jour. Les pointeurs (violeurs) sont exclus de ses marques de « sympathie ». Un surveillant ne doit pas « tutoyer », un détenu doit « vouvoyer » un surveillant.
Par respect un jeune détenu vouvoiera un aîné qui pourrait être son père ou grand’père.

Pour un « vieux », être tutoyé est un signe de parfaite intégration… Il n’y a pas de « lutte » des classes ou des âges, en prison.
. savoir rendre service lorsqu’on le peut. Ne pas le faire, c’est s’exposer à un rejet. Même si tu as peu, tu peux toujours aider.
. un fumeur a l’obligation de « partager » son tabac. A charge de revanche…
. avec peu, on peut faire beaucoup. Il est autorisé de « refuser » si l’échange se fait toujours dans un seul sens… Cela est compris par les autres…
. si tu prêtes… considère que tu donnes… Celui qui te promet de te rendre, ne te le rendra pas… Le retour de la chose prêtée (donnée) n’est pas dans les habitudes carcérales. L’échange doit être « immédiat », ou il n’a pas lieu… l’oubli est fréquent…

Ainsi, tu vois que pour que la vie en détention se passe bien, il faut, quoiqu’il advienne, qu’une réelle « solidarité » existe, et elle existe…


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

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Les pécules :

Depuis le 1er novembre 2004, la Provision Alimentaire Mensuelle est passée à 200 €uros.
Elle comprend désormais toutes les sommes que tu perçois : mandats ainsi que ton salaire si tu travailles (atelier ou auxi) ou rémunération de stage.
La réforme ne pénalise pas les plus démunis, ceux qui disposent de beaucoup d’argent, remboursent plus les Parties Civiles : le barème est le suivant :
. jusqu’à 200 € : aucune retenue
. de 200 à 400 € : 20 % de retenue
. de 400 à 600 € : 25 %
. de 600 à 1000 € : 30 %
. au-delà de 1000 € : 10 %
En plus, pour ton pécule de libération, il est également retenu 10 % sur la partie supérieure à 200 € (plafonné à 1000 €, donc de 201 à 1000 €).
Prenons un exemple : Tu disposes de 650 € (salaire + mandats) pour un mois. Il te sera donc retenu :
. pour les Parties Civiles : rien sur les 200 premiers €uros, 20 % donc 40 € (de 201 à 400 €) + 25 % donc 50 € (de 401 à 600 €) + 30 % donc 15 € (601 à 650 €), soit 105 €uros.
. pour le Pécule de Libération : rien sur les 200 premiers €uros, 10 % donc 45 € (de 201 à 650 €).
. il restera donc pour le Pécule disponible (cantinable) :
650 € - 105 € - 45 € = 500 €.
L’ancien calcul aurait laissé : 650 € - 20 % = 520 €.

C’est quand même un réel progrès, car la majorité des détenus ne dispose pas, souvent, de plus de 200 €.

14.02.2007

Qelques questions... intéressantes 3

Parloir :

Le parloir est attendu, souhaité, mais aussi redouté.
Pourquoi ?
Tout simplement parce que d’une manière ou d’une autre, le détenu est agressé par l’extérieur.
Il le souhaite et l’attend parce que, pour lui, c’est la preuve qu’il existe, que quelqu’un pense encore à lui.
Il le redoute parce que c’est souvent, à cette occasion, que les mauvaises nouvelles arrivent… et cela casse le moral… pour plusieurs jours…
Souvent, il est préférable, de part et d’autre, de ne pas évoquer les sujets qui fâchent… Le silence et le non-dit évitent les mauvaises interprétations et souvent, des rancoeurs bien inutiles. Certes, faire l’autruche n’est pas forcément bon, non plus. A chacun de juger ce qui doit être dit et ce qui doit être tu…
Et puis, il y a les « parloir-fantômes »… le visiteur ne vient pas, et le retour en cellule est très, très pénible, tu peux l’imaginer… Pourquoi cette absence ? Que s’est-il passé ? Ont-ils eu un accident ?
Bref, tout passe en tête… et comme en Maison d’arrêt, le détenu n’a pas accès au téléphone, il faut attendre… attendre… une lettre d’explication qui, souvent, n’arrive pas.
Malgré le cérémonial (appel, attente, contrôle) et les contraintes (fouille par palpage ou à corps) que provoque l’événement « parloir », il est rare de se trouver une bonne raison de faire l’impasse sur ce moment d’évasion et de communication avec l’extérieur. Même si les banalités sont de rigueur… la présence suffit pour apporter son lot de réconfort.

Le parloir peut être complété par le courrier ou le téléphone (en Centre de détention).

Pour ma part, je dois vous avouer qu’à cause de, ou grâce à mon esprit d’adaptation, je ne souffre pas trop « physiquement » de l’isolement que m’impose la Justice et j’arrive à m’évader. Aussi, sur le plan affectif, mental et amical, je suis toujours hors de ces lieux et, paradoxalement, les moments les plus attendus et les plus redoutés sont les « parloirs » où je rencontre famille et parfois quelques amis fidèles : là, la réalité m’est jetée à la face, et la barrière apparaît : je suis ici et je ne suis pas parmi eux, et eux, ne sont pas autour de moi… Mais « annuler » ces rencontres bi-hebdomadaires serait encore pire…



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Surpopulation… vrai ou faux problème…

Les médias te parlent sans cesse de la surpopulation, en prison. Certes, elle existe, ici : 654 détenus pour 439 places.
Pour moi, elle a eu pour conséquence le retrait de notre privilège… et je suis, depuis peu, en cellule, avec un autre détenu (celui qui est avec moi, en bibliothèque). Chacun a su garder une certaine autonomie dans l’espace… ce qui fait que cette cohabitation se passe bien, on discute beaucoup ensemble, et le temps passe ainsi très vite, et comme les « urgences » sont « rares », je néglige quelque peu mes correspondants…

En fait, le surnombre n’est pas ressenti directement, par le détenu. En effet, souvent, surtout les plus jeunes (et ils sont nombreux) préfèrent être ensemble, même un peu entassé à 3 dans 9 m² (avec un matelas par terre).
Ce qui est plus inadmissible, c’est bien sûr que cette surpopulation n’a pas été prévue et que, si on peut entasser les détenus, on ne peut étendre les infrastructures et les services communs (cuisine, salle d’activités, de sport, cour, douches, etc…), si bien que la qualité de vie s’en ressent.
L’énervement et une certaine excitation, consécutifs à cette surpopulation, font que la vie devient pénible. Les tensions sont fortes. Un rien provoque un conflit…
Tout cela se gère très mal, de plus, il me semble que le nombre de surveillants ne suit pas… pour eux, c’est donc, aussi, un surcroît de travail et d’énervement… qu’ils passent… sur notre dos, leur disponibilité… disparaît… un peu…

12.02.2007

Qelques questions... intéressantes 2

Le travail :

Je t’ai parlé de mon travail d’écrivain, mais tu l’as compris, je ne suis pas le seul à travailler.
Un certain nombre (important) de détenus travaille au service des autres dans le cadre d’un emploi de service, essentiellement de l’entretien et/ou du nettoyage des parties communes.
Les capacités personnelles sont rarement exploitées (même pour le coiffeur), c’est plutôt à la tête du client et/ou selon une certaine « côte d’amour », tu vois ce que je veux dire.
D’ailleurs, l’emploi y est précaire, tu peux le quitter, mais on peut aussi te « remplacer », sous un prétexte souvent très futile.

Deux étages sur 5 de la maison sont occupés par ce que l’on appelle les travailleurs.
En fait de « travail », il s’agit de manipulation et de conditionnement (mettre des agrafes dans des boîtes) pour des clients « extérieurs ». Cela occupe, c’est payé à la pièce et fournit quelques subsides qui peuvent être cantinés (TV, achats divers, alimentaires ou autres).
Pour y être accepté, il faut faire une demande et montrer patte blanche. Ce devrait être un droit (le travail), ce n’est qu’une possibilité si…
Ici, certains travaillent en cellule. C’est, en théorie, pour les protéger des autres (conflit de personnes), mais, en réalité, cette pratique est pernicieuse, car cela les isole, et de surcroît, ils s’abrutissent souvent dans un travail abrutissant…
Comme pour les auxi, l’emploi y est précaire… et tu peux être remplacé…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Le Sport :

C’est l’activité principale et unique d’un grand nombre de détenus.
L’activité est dite encadrée et a lieu, deux fois par semaine, par étage, tous les jours, pour certains (une soixantaine).
Pour les plus mordus, il y a la musculation avec l’aide d’appareils divers, pas au top (paraît-il). Bref les vrais sportifs ne sont pas satisfaits et souvent déçus, les autres s’en contentent.
Nombreux sont ceux qui complètent ces exercices par des exercices en cellule (abdos et pompes).
Il est possible de pratiquer des sports collectifs (foot, volley). Parfois des compétitions sont organisées, même contre des équipes venant de l’extérieur.
En fait, la fréquentation de l’activité sport (souvent en dilettante) est importante parce qu’elle permet, aussi, de bénéficier d’une douche supplémentaire à la fin de la séance, ce qui permet, aussi, de retarder le retour en cellule… à deux.
Le nombre des participants et l’insuffisance de l’encadrement font que cela reste une activité à risque.
Il n’est pas rare que des « comptes » s’y règlent, souvent sans suite, parfois avec un passage à l’infirmerie, si ce n’est plus…
Néanmoins c’est une activité attendue et à laquelle, tout le monde (ou presque) participe avec plus ou moins d’assiduité, ne serait que pour prendre l’air pendant 1h30. Pour beaucoup, c’est plus un lieu de détente et de rencontre qu’une activité sportive.

La promenade :

Il y a trois aires (de 40 m²) de promenade pour 5 étages de 100 gars…
La promenade, pour le détenu commun est une activité. Elle a lieu le matin et l’après-midi pendant deux ou trois heures, par tous les temps (sauf en cas de brouillard…). C’est l’occasion de sortir de cellule et de prendre l’air. Le taux de fréquentation est très variable, il peut être de quelques individus, mais le week-end, s’il fait beau, ce peut être 60 gars…
Elles sont, en principe, surveillées, mais en cas de conflit, un surveillant n’intervient jamais seul, d’où le temps d’ameuter les autres, le conflit est réglé, avec calme ou avec sang…
Tout conflit est, bien sûr, réprimé, mais encore faut-il arriver à faire la différence entre la (les) victime(s) et le (les) agresseur(s), ce qui n’est pas toujours facile… il n’y a pas de témoins…, bien entendu.
Je n’ai jamais participé à ces promenades « collectives »… Une bonne âme m’avait prévenu… et je n’en voyais pas l’utilité.

Par contre, au secteur « Jeunes adultes » (JA), et ensuite, comme auxi-écrivain, j’ai pu bénéficier d’une promenade de 12 h 15 à 13 h 15, à nombre limité (une dizaine, maxi).
En fait, nous sommes dehors, dans une cour de la surface d'un terrain de basket, goudronnée avec une bordure herbeuse de 3 m de large. A cette saison, on tourne en rond, à 3 ou 4, en discutant. Par beau temps, il est possible de faire du "bronzing", mais le soleil de notre région n'a pas encore été au rendez-vous. Moi, je sors peu, et uniquement lorsque le temps le permet.

Jours de Fête :

Voilà un thème que je n’ai jamais vraiment évoqué dans mes courriers, mais il me faut le faire.
Noël, Nouvel an, Anniversaire, Fête de soi-même ou d’un proche que l’on aime, sont des moments plus que pénibles et où l’isolement se fait sentir avec le plus d’amertume.
Ne pas pouvoir évoquer ces évènements avec ceux que l’on aime est, assurément, ce qui te rappelle que tu as été mis en « isolement », loin de ta vie…
La non-manifestation d’un lien est toujours une souffrance.
J’ai souvenir d’un jeune (la trentaine) qui me confiait : « Tu te rends compte, écrivain, depuis 18 mois, je n’ai pas reçu une lettre, on ne m’a pas souhaité ma fête et mon anniversaire… et pourtant, mon père et mon frère ont connu la prison ».
Cette évocation du passé de ses proches et leur silence, à son égard, lui pesait. Etre mis en isolement par la Justice, c’est déjà une lourde peine. Etre mis en isolement par ses proches devient insupportable et source de nombreux dérèglements (conscients ou inconscients) du comportement.
Ami lecteur, n’oublie pas que quelques mots à l’occasion de certaines fêtes, font plus de bien qu’un long discours. Une carte postale, de temps en temps, quelques mots, pour se manifester et rompre l’isolement suffisent.
J’ai souvenir d’un avocat qui écrivait, à l’occasion de Noël et du Nouvel An, à tous ses clients incarcérés, voilà une initiative heureuse, peu banale et qui marque les esprits.

09.02.2007

Qelques questions... intéressantes 1

Les questions que tu ne me poses pas, mais qui méritent une réponse…

Peut-on cuisiner ?

Oui, mais c’est aussi une galère.
Oui, si on a les moyens de s’acheter de quoi mettre dans la poêle.
L’usage du réchaud est interdit, donc, il faut utiliser de l’alcool solidifié et/ou des moyens moins réglementaires. Mais tout cela est long (peu efficace) et sent mauvais… !
En cantine, on trouve de tout, des plats cuisinés, des produits de base à cuisiner ou prêts à la consommation.
Pour qui en a les moyens financiers, tout est possible.
Les prix des produits sont sensiblement les mêmes qu’en grande surface, il t’est donc facile d’imaginer ce que cela coûte à celui qui se refuse à manger la gamelle.
Il est vrai que « le raisonnable » peut y trouver ce qui lui manque pour équilibrer son alimentation. La gamelle étant sur ce point, mal adaptée à ses consommateurs « jeunes » et désireux de variétés… Mais, je l’ai déjà dit : si ce n’est pas bon, c’est souvent mangeable.
Il est à préciser que l’activité « cuisine », outre son côté utile et agréable, permet de bien occuper le temps… le temps de préparation étant, de loin, plus important que le temps de consommation…

En Centre de détention, des moyens sont mis à la disposition des détenus. Certaines maisons d’arrêt autorisent les réchauds électriques…
Une fois de plus, il faut donc tomber au bon endroit…


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



L’habit :

L’usage de l’uniforme est, depuis de nombreuses années, aboli…
Celui qui est dépourvu de vêtement (indigent et souvent étranger) peut en obtenir par l’intermédiaire du Secours Catholique qui est habilité à fournir ces vêtements (de base).
Il n’est pas autorisé de recevoir des vêtements par l’envoi d’un colis postal.
La plus grande majorité des détenus se font apporter, par leur famille, ce dont ils ont besoin, et cela passe du simple, de l’utile, au dernier cri qui vient de sortir en boutique…
Il est vrai que si l’usage de l’uniforme paraît un peu « barbare », il avait au moins l’avantage d’éviter un certain nombre de conflits (moqueries) et de convoitises.
Malgré que ce soit interdit, les échanges sont fréquents. Lorsqu’il n'y a pas échange, il y a parfois « vol », pas toujours facile à déceler, la tenue des jeunes s’apparentant à un « uniforme », et l’on retrouve le même sur de nombreux sujets…
Il y a aussi ce que j’appelle : les concours d’élégance, certains détenus n’étant privés de rien…
Le faire-voir est une « activité » à part entière, pour certains, cela passe par la culture de son corps, mais aussi par l’aspect vestimentaire.
Certains ont sur eux plusieurs (nombreuses) centaines d’euros, en vêtements de marque… !

La religion :

Chacun devrait être en mesure de pratiquer sa religion, s’il le souhaite.
La religion islamique est pratiquée, souvent, individuellement, il y a peu d’aumôniers « iman ». Les protestants et les juifs sont encore plus mal lotis.
Seule la religion catholique est véritablement présente. Et en fait, elle s’adresse à tous.
Les intervenants sont plus ou moins nombreux. Des offices (messes) sont organisés, souvent, chaque semaine. Des rencontres collectives ont lieu, à jour fixe, une ou deux fois par semaine.
Toute cette activité dite religieuse, certes, reste religieuse, mais c’est aussi l’occasion de se rencontrer, de discuter, d’échanger quelques réflexions sur la vie de « dehors » et de « dedans ».
Il est vrai qu’on y trouve toujours les mêmes qui, parfois, ne sont pas de religion catholique. Très souvent, la pratique religieuse antérieure (à la prison) est inexistante et l’inculture chrétienne déconcertante.
Tu l’as compris, le rôle de cette aumônerie est plus d’amener un peu d’«humanité » entre ces murs que de « convertir » ou même que d’«entretenir ». Le but principal me semble la communication et les échanges que ces rencontres peuvent apporter.
A aucun moment, je n’ai senti une agressivité contre les catho. Il paraît que ce ne fut pas toujours le cas, et il y a quelques années, c’est tout juste s’il ne fallait pas se cacher pour aller à l’aumônerie…
En fait, je pense qu’une certaine tolérance (indifférence) est de mise.
Pour l’administration, c’est une activité comme les autres qui a l’avantage de ne pas faire de vague…

Il est à noter qu’une « fonction » importante de l’aumônerie est de rencontrer (en individuel) tous les arrivants qui le souhaitent, peu importe leur passé et leur conviction religieuse (s’il y en a une). Cela permet à certains de s’exprimer et en cela, ce ne peut être que positif.
D’ailleurs, toute facilité est accordée par l’administration, aux membres de l’aumônerie, qui voit, en eux, des alliés et des interlocuteurs « utiles » pour aider ceux qui en ressentent le besoin.
L’aumônier est un des rares intervenants « extérieurs » (peut-être le seul), qui soit autorisé à rencontrer un détenu dans sa cellule…

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