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02/03/2007

Programme 13.000

Spécificité du Programme 13.000 :

Revenons à la structure. Elle date, à ce que l’on m’a dit, de 1989 (Metz en 1979). Elle fait partie du programme « 13.000 », c’est à dire 13.000 cellules construites et gérées par des sociétés privées (donc avec capital, actionnaires et bénéfice).
Tout ce qui est bâtiment et gestion (repas, hôtellerie (linge de maison), entretien général et travaux, cantine, formation professionnelle, ateliers) est assuré par du personnel non administration pénitentiaire.
Ici, la prison est prévue pour 400, mais nous ne sommes que 250 ; en effet, une restructuration a eu lieu, fin 2002.
Les surveillants et gradés ne font que de la surveillance et sécurité.
Donc, nous côtoyons des « civils » et des « hommes en bleu » (administration pénitentiaire). Le fait que la gestion soit privée, fait que tout est en bon état et que le matériel adéquat est fourni aux auxi pour qu’ils puissent assurer l’entretien dans de bonnes conditions et avec sérieux… Ayant un double regard (administration + privé) sur nous, fait que cela tourne bien… et les places étant chères (et recherchées), la sanction d’un laisser-aller serait le « déclassement » (renvoi du poste).
Au niveau des surveillants et gradés, ils font leur travail dans les règles et, en particulier les visites-contrôle obligatoires : ouverture de la porte et quelques mots au lever et au coucher + plusieurs visites « nocturnes » (œilleton + allumage lumière quelques secondes) pour voir si tout va bien…
La cellule est équipée d’un bouton « d’appel », pour manifester notre demande de voir un surveillant arriver. Il y a un système d’écoute et/ou d’interphone…

Je peux vous confirmer, hélas, que les interphones fonctionnent bien.
En effet, j’en ai eu la confirmation lors de tentatives de suicide ou d’accident dont, si je n’ai pas été le témoin oculaire (puisque cela s’est passé la nuit), j’en ai été le témoin auditif et j’en ai entendu les « confidences ».
En cellule, nous n’avons qu’un bouton d’appel qui, de jour, actionne un voyant lumineux extérieur à la cellule et visible (de loin) par le surveillant qui passe.
La nuit, le système est relié au PC (poste de commandement), et alors, c’est lui (eux) qui interroge la cellule et essaie de savoir ce qui se passe… On peut lui répondre… Mais il faut avouer que le temps de la mise en route d’éventuels secours, peut être long.
En effet, la nuit, les cellules sont fermées et les surveillants (qui ne font que des rondes) n’ont pas la clef (rappel : les portes sont équipées de trois fermetures : une clef de confort, celle que j’ai, une clef de sécurité (passe) qui ne se manœuvre que de l’extérieur et qui fait coulisser deux pennes d’un bon 1,5 cm de diamètre, et un loquet sur lequel peut être fixé un cadenas, par exemple, en attente d’expertise ou passage de la police en cas de décès douteux).
Bref, la nuit, seul un gradé, appelé par les surveillants, peut intervenir et ouvrir la cellule. Cela prend donc un certain temps et c’est lui qui décide de l’appel ou non du SAMU, en sachant que dans les prisons que je connais (Metz, Saint-Mihiel, Nancy, Bar le Duc, Epinal, par ouie dire), il n’y a pas de service médical « de nuit ».
Et c’est aussi pour cette raison, je pense, que l’infirmerie n’est pas équipée de chambre-cellule-lit de nuit et que le cas échéant, tu es soigné en cellule ou à l’hôpital, il n’y a pas de lieu intermédiaire…


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Un environnement campagnard…

La première fois que ton frère Victor est venu ici, il a eu, alors, m’a-t-il dit, vraiment l’impression de rentrer dans un « camp ».
Cette réflexion m’a laissé perplexe, parce que, en fait, elle ne correspond pas du tout à l’impression que, moi, j’ai, de l’intérieur.
Il est vrai que de l’extérieur, ce que l’on voit, me semble-t-il, c’est avant tout des murs, surmontés d’un grillage, et lui-même, de fil de fer barbelé, enroulé sur le haut du grillage. Le tout doit faire 6 m de haut. A Metz, nous avions un mur de 6 m, également, qui masquait les bâtiments jusqu’au 2ème étage. L’accès aux parloirs « famille » était simple et direct, quelques mètres, la traversée d’une cour. Ici, il me semble que c’est un long couloir, un long cheminement « abrité » avec un mur d’un côté et un grillage de l’autre, le trajet se fait « accompagné » par un surveillant.
Vu de l’intérieur, et compte-tenu du fait que « nous » sommes « habitués » aux grillages et barbelés (il y en a partout), nous ne les voyons plus, ou en tout cas, ils ne sont pas gênants. Ils sont là et divisent les différents espaces (promenade, sport, accès bâtiment) et canalisent les mouvements. Ils sont là, autant pour protéger que pour sécuriser les lieux.
A Metz, il était tout à fait possible, et cela m’est arrivé, de faire en sorte de ne pas mettre le nez dehors, pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Aller dehors était associé à une démarche volontaire pour aller en promenade et/ou en sport. J’ai connu des détenus qui ne sortaient jamais… et qui étaient, en apparence, très heureux…, ce qui me semble tout à fait « inhumain »…

Ici, aller dehors est « obligatoire », et ce, par tous les temps. En effet, comme déjà dit, la prison se divise en trois bâtiments, tout à fait indépendants. Deux bâtiments à usage « exclusif » de logement. Pour toutes les autres démarches et besoins, il faut aller à « La Rue », le bâtiment d’entrée qui contient tous les services communs et/ou administratifs. Ce qui fait que, pour ne pas sortir, il faut vraiment ne rien faire, ne pas être malade, ne pas avoir de parloir, vivre en reclus…
Il est sûr que l’essentiel nous est apporté : repas, cantine, courrier, médicaments, etc..., et cela pose même des problèmes matériels, car pour eux, les auxi et le personnel, il faut, chaque fois « aller » dans les bâtiments d’hébergement. Rassure-toi, il y a des ascenseurs et tout arrive en contenairs réfrigérés, ou, pour le moins « fermés », et d’ailleurs, ces ascenseurs ne servent qu’à cet usage, nous n’avons pas le droit de les utiliser. Ils sont réservés aux charges et au personnel pénitentiaire. Il est vrai qu’ils sont parfois « en panne », pendant quelques heures… aussi, ne pas les utiliser, ne me prive pas…
Donc, pour revenir à notre vue de l’intérieur, le fait que la prison soit sur une colline, avec un mur béton (peu haut), fait que nous avons une vue directe sur l’extérieur. A Metz, il fallait être au 4ème ou 5ème étage pour bien voir l’extérieur. De plus, la présence des miradors faisait qu’on se savait « surveillé ». Ici, il n’y a pas de miradors, mais des caméras vidéo, il y en aurait 17. En fait, elles surveillent les murs d’enceinte + tous les lieux stratégiques (passages importants (principaux). Certains ont du mal de « supporter » cet œil du XXI° siècle. Pour ma part, leur présence ne me gêne pas du tout, bien au contraire, et certaines fois, les portes s’ouvrent avant même que tu en demandes l’ouverture.

En effet, au niveau des portes, ce n’est pas du tout organisé de la même façon qu’à Metz.
A Metz, et cela me semblait logique et « primordial », toutes les portes ne pouvaient être ouvertes que « de visu », le surveillant qui ouvrait la porte, voyait celui qui arrivait. Ici, beaucoup de portes sont ouvertes « électriquement », sur appel (bouton sonnette qui actionne un voyant lumineux au PC) et/ou surtout, sur appel d’un surveillant par « talkie-walkie », entre lui et le PC, et d’autres portes, et c’est peut-être la majorité, c’est le surveillant qui ouvre la porte, mais là (comme c’est mal prévu), il n’y a pas de bouton d’appel et il faut « tambouriner » la porte pour que le surveillant « préposé » t’entende et vienne… et là… parfois, c’est « long » et toujours « bruyant ». Autrement, le bruit des portes et l’impression ressentie ne sont pas comparables à ceux de Metz, et ce, pour plusieurs raisons, d’abord parce que « notre » porte est très souvent ouverte, et les autres portes sont éloignées de ma cellule et donc, j’entends « mal » (moins) leur ouverture.
Pour revenir à l’extérieur, comme à Metz, il y a double rangée de grillage : le mur d’enceinte + un grillage et entre les deux, un espace de six mètres qui est goudronné et qui sert à la circulation d’un véhicule (type 4 x 4) qui passe de « nombreuses » fois dans la journée et la nuit pour « surveiller » les murs.
Il y a, bien sûr, un éclairage conséquent qui évite les points d’ombre, certains espaces sont équipés de détecteurs de présence (rayons infrarouges ou autres).
Pour parler de mon environnement immédiat, il y a donc deux bâtiments identiques, le passage d’un bâtiment à l’autre est « interdit ».
Chaque bâtiment contient 8 unités de 25 détenus, il est en croix, l’accès se fait par le milieu.

Il y a deux entrées, chacune desservant 4 unités (2, au RDC, 2, en étage), étage contrôlé par un escalier (accès autorisé par le surveillant qui autorise l’accès au bâtiment). Ainsi, donc, pour moi qui suis en hauteur, je n’ai pas moins de 4 portes pour arriver à mon unité (2 au RDC + 2 à l’étage).
L’accès à l’unité est « protégé » par une grille (porte) qui dessert 2 niveaux de 12 + 13 détenus, moi, je suis donc au niveau supérieur, donc je monte quelques marches (10), ceux d’en bas, en descendent 4.
Sur chaque niveau, il y a, en son milieu une grande fenêtre, (vue de l’extérieur sur la même face que mon côté), et un espace libre avec une grande table. C’est là que nous jouons au tarot et/ou certains mangent, ensemble, les plats qu’ils se sont faits… (à l’office).
Au niveau inférieur, il n’y a pas de table, mais un baby-foot, et il y a un autre espace avec deux tables qui servent au service des repas. Au-dessus de cet espace : rien, donc d’en haut, nous voyons un trou, entouré, bien sûr, d’une rampe, mais, en théorie, on pourrait « sauter ». Tu vois, ce n’est pas le schéma habituel de la prison, avec les cellules autour d’un grand trou.
Il y a un surveillant pour 2 unités (50 détenus, maxi) et, en fait, 2 surveillants (pour 100), car, à notre niveau, les deux entrées communiquent, si bien que parfois, il peut n’y avoir, pendant quelques minutes, qu’un surveillant pour 100 détenus…
A l’heure du repas, surtout lorsqu’il s’agit d’un « novice », un surveillant vient en renfort, pour la fermeture + ouverture + re-fermeture des portes de cellules.
Les repas sont amenés dans des chariots isothermes. Sur place, il y a un « four » qui sert à chauffer (chaleur maxi : 70 °), donc il ne cuit pas. L’auxi va chercher le chariot vers 10 h 30 et vers 16 h 30.

Il met ce qui doit être réchauffé dans le four et en assure le « réchauffage », par module de ½ heure (souvent 2 modules) : ce qui fait que parfois, ce n’est pas assez chaud, suivant le zèle et/ou le respect des consignes de l’auxi… Mais, dans l’ensemble, c’est correct.

Commentaires

Programme 13.000, j’en avais entendu parler, mais je ne savais pas trop ce que c’était. C’est vrai que les bâtiments étaient bien entretenus et la casse ou les fuites réparées tout de suite. Quand tout est clean, on n’a pas envie de tout dégueulasser et on respecte plus, c’est logique.

Environnement campagnard

J’aime vraiment bien comment tu décris. Je revoie tout comme quand j’y étais…Tu ne fous le bourdon.
Avec le recul, je suis d’accord avec toi, mais quand j’y étais, j’étais en prison et je le ressentais comme tel, pas comme une colo (de vacances).

« S’occuper », c’est l’essentiel si on ne veut pas péter les plombs…
J’ai fait aussi un peu d’informatique, le stage nettoyage industriel et quelques mois, j’ai été « peintre » et j’ai repeint avec un autre raclo, pas mal de cellules.
Entre chaque, j’ai glandé et j’ai refait du sport et de la muscu.
Le fait de pouvoir aller dans la cellule d’un autre, c’est bien, car on est chez soi (seul) quand on veut, on va délirer avec un autre pote quand on veut, c’est cool.
Moi, non plus, j’ai pas regretté la Maison d’arrêt, et ce, d’autant plus que j’arrivais de Nancy où c’est particulièrement crade.

De Alex, le 10 mars 2007

Écrit par : Alex | 11/03/2007

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