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12/03/2007

Une permission...

Aujourd’hui, je voudrais te parler des permissions de sortie.
Pour pouvoir en bénéficier, il faut remplir certaines conditions : avoir fait une partie de sa peine (au moins 1/3 ou 1/2, selon le cas), avoir un hébergement, avoir une prise en charge (véhicule qui vient te chercher et te ramener – cela peut être remplacé par les moyens financiers de payer ton billet aller et retour), avoir en poche, au minimum 15 €.

Conditions simples, en théorie, à remplir, en pratique, ce n’est pas toujours aussi évident.
Certains n’ont pas les 15 €, au bon moment, certains n’ont pas d’hébergement, ou, il leur est interdit de retourner dans leur région (par décision judiciaire), donc il faut trouver un foyer d’hébergement (presque toujours interdit aux familles – enfants et femme = nuit seul…!) entre les deux lieux d’implantation (famille – centre de détention), assurer les frais de route et de séjour… et tout cela, pour 48 heures (1ère perm), 4 jours (2ème perm), 1 semaine (3ème perm), maxi 10 jours (une fois par an), et ce, avec entre chaque, un délai minimum de 3 mois.
Autre condition qui détermine l’octroi ou non de cette perm est l’attitude du détenu en détention, et son bon vouloir, en matière de réinsertion et en matière de dédommagement de ses victimes… ce qui veut dire, en bref, que si on ne veut pas te donner cette perm (à laquelle tu as droit), on peut trouver une bonne raison (excuse).
Comme pour le travail, ce sont les plus calmes, ceux qui ne font pas de vague, s’exécutent qui bénéficient le plus facilement d’une permission de sortie…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Admettons que la perm soit obtenue.
Là aussi, il y a des conditions : interdiction de fréquenter certains lieux, certaines personnes, interdiction de conduire, de fréquenter les débits de boissons, obligation de pointer une ou deux fois (par jour) à la police (ou gendarmerie), etc…
Va-t-elle bien se passer ?
Dans la plupart des fois « oui », certaines fois « non » pour plusieurs raisons que je t’évoquerai en final.

L’obtention de cette permission (connue au moins 8 jours avant la date choisie, mais cela peut être près d’un mois avant) apporte une certaine euphorie (ou au contraire, pour celui qui ne l’a pas obtenue, une tristesse « vraie »…).
L’imagination étant plus fort que le réalisme, ce futur est magnifié, idéalisé… il se prépare psychologiquement à vivre quelque chose d’exceptionnel, il est déjà « dehors », il fait des « plans », il n’est plus parmi nous, et de nouveau, la nervosité et l’agressivité sont au rendez-vous…
Mais, ce que je peux t’affirmer, c’est que « le retour » se passe toujours mal.
En effet, outre les suspicions (d’usage) lors du retour et de la fouille, il y a l’obligation, pour certains (condamnés pour stupéfiants ou alcool), de passer par une analyse d’urine, pour rechercher la présence de produits illicites ou alcool…
L’arrivée, en unité, n’est jamais une joie et l’état dépressif, agressif et autre, se fait sentir. Même si les apparences sont maintenues, un minimum de perspicacité te permet de voir que celui qui revient, n’est plus celui qui est sorti quelques heures (jours) auparavant… Et cet état peut durer… très longtemps, trop longtemps.
Il me semble que ce passage de la vie familiale à la vie carcérale est d’autant plus pénible que le détenu se rend compte, une fois de plus, de l’absurdité de sa présence en prison, soit parce que sa délinquance aurait pu (du) être évitée, soit parce qu’il trouve sa détention bien disproportionnée…
Certes les apparences sont trompeuses.
Celui qui revient est questionné : « Alors, c’était bien »… ou toute autre question stupide.

Les réponses n’ont pas plus de valeur et, assurément, dans 90 % des cas ne reflètent pas la réalité, et les propos grivois sont fréquents… tu t’en doutes…
Pour moi, la première soirée, de retour en prison, doit être terrible, les images se mêlent, le réel, bien présent et le passé récent, festif, presque la vie normale…
J’imagine un peu que cela doit être comme une arrivée en prison…
Tout s’emmêle, ce que l’on avait prévu de faire et que l’on n’a pas fait, ce que l’on a fait et/ou dit et que nous n’aurions pas du faire et/ou dire. L’ambiance n’a pas été ce qui était prévu…
Et parfois, je me dis qu’il aurait mieux valu qu’il ne sorte pas en perm.
Pour moi, je pense que la perm est plus importante, plus utile pour la famille que pour le détenu… La famille, il me semble qu’elle attend « aussi » la permission, parce qu’elle pense que cela fera plaisir au détenu de se retrouver dans « ses » murs familiaux, auprès de ses amis, « libre » de circuler…
En fait, après ses longs mois d’éloignement du circuit, le détenu reçoit l’extérieur comme une « agression physique » (bruit, rapidité, contraintes, etc…). Tout l’agresse, même la présence des familiers.
En fait, c’est quelque chose que tout le monde souhaite, attend avec impatience, réclame à corps et à cri, mais le retour douloureux (conscient ou inconscient) du détenu me fait penser que son principe même est mal conçu.
Je n’ai pas de solution, mais il me semble que ses fonctions de « maintien des liens familiaux » et « réinsertion » ne sont pas remplies, loin s’en faut…

Moi-même, je n’ai pas bénéficié de cette « largesse »,… alors je ne peux que te décrire ce que je vois ou j’entends…
Si on devait trouver une alternative à l’octroi de permission, il me semble plus réaliste et préférable pour tous (détenu et famille) de favoriser les aménagements de peines qui permettent d’écourter le temps de détention… Là, il y aurait « progrès »… et « réinsertion »…
Il y a même des situations plus que bizarres. Certains détenus obtiennent, (en fin de peines), des permissions pour aller dans un foyer… (ils n’ont plus aucune attache familiale) et donc, en fait, ils vont se retrouver seuls et déambuler à travers la ville.
A Metz, j’ai connu un détenu dans cette situation qui en a profité pour commettre des cambriolages… !!! A méditer… !
Là, je t’ai présenté une version assez noire des relations dehors-dedans. Certes, elle existe et conditionne notre vie de tous les jours et c’est ce qui la rend « pénible »…
Je te dirai, cependant, que bon nombre de détenus voit, en la prison, un passage obligé (prévu, parfois) et que cela se passe, dirons-nous, bien. Nous attendons la sortie comme quelque chose qui arrivera « obligatoirement »… il faut donc être patient…

Commentaires

je vous souhaite de trouver un éditeur ....
bon courage et bonne chance

Écrit par : Tarek | 12/03/2007

bonjour
vos récits méritent d'être édités ...
courage et patience ...

Écrit par : bernard | 12/03/2007

Vu comme tu le racontes, la permisssion me fait penser à celle des troufions de la première guerre 14 18 qui revenait chez eux et ne trouvaient pas ce qu'il avait quitté. D'un autre côté, la famille ne retrouve pas clui qui est parti, devenu diférent au contact des combats.

Il doit falloir du temps pour que chacun se réapproprie son passé et ses nouvelles conditions de vie.

La solution ne serait elle pas plutôt une maison proche de la prison qui servirait de lieu de réunion des familles. Genre maisons des parents pour des enfants à l'hôpital! Un lieu pas trop personnel, sans trop de souvenirs attachés.

Je n'ai pas de question à poser sur les punitions et autres sanctions, mais une sur le vote et les élections.

Le déténu qui n'est pas privé de ses droits civiques, comment fait il pour voter ? Et cela est il d'un quelconque intérêt pour un minimum de détenu ? Ca devrait l'être au moins pour certains prévenus ! Le cas va se poser dans un peu plus d'un mois .

Bonne journée

Amicalement

Le grillon.

Écrit par : christian | 12/03/2007

Je mettrais en avant : PATIENCE… qui rime avec ATTENDRE…. En prison et également maintenant… Du courage, j’en ai et, vous avez pu le constater…il est difficile de m’abattre, de me casser le moral… Je suis plutt du genre optimiste et opportuniste, je m’adapte bien à toutes les vicissitudes de la vie.
Un éditeur… je le souhaite, mais je crains que cela soit en vain… mon livre dénonce…mais ne veut pas faire de scandale… il n’y a pas lieu… Alors cela n’intéresse pas les grands de l’édition…. Et un petit n’a pas trop les moyens de le faire connaître… mais bon, si je trouve un « petit » éditeur courageux… je ne manquerai pas de l’aider à récupérer son argent. Savez–vous que sur un livre vendu 15 euros, l’auteur récupère entre 1 et 1,5 euro. Je n’ai pas prévu cela pour ma pré-retraite « forcée »…
Mon souhait reste de faire connaître ce qui se passe en prison, et ce par tous les moyens… vous êtes pour moi, un chaînon du message, si vous me mettez votre e-mail, je peux vous envoyer le texte de présentation que j’ai fait et que vous pourrez transférer à vos correspondants et amis. Merci d’avance
De Paul Denis à Tarek et Bernard, le 12/03/07 à 9 h

Écrit par : Paul Denis | 12/03/2007

Réadaptation… Réinsertion…. Des mots synonymes… au moins lorsqu’il s’agit de la sortie de prison.
Je n’ai pas connu l’ambiance des poilus de 14/18… mais, il est vrai que l’éloignement est le même, il a fallu qu’il s’adapte à la guerre… pour survivre. Les perms (rares) étaient souvent synonymes de surprise.
A ce sujet, je vous aipas précisé que dans les désarrois du permissionnaire, au retour, il y avait le fait qu’il se rendait compte qu’on lui avait « caché » certains choses, lors de parloirs et que, donc, son environnement familial et amical ne sera plus le même. J’ai même entendu la confidence suivante : « Tu te rends compte, écrivain, ma meuf est avec un autre et elle vient quand même me voir au parloir… comme si rien n’avait changé… ». Dans cette simple phrase, vous pouvez vous rendre compte dans quel état psychologique se passe les perms, les parloirs, la vie en milieu confiné qu’est la prison.
A ma connaissance, il n’existe pas de « Maison des familles », mais certains détenus qui ont l’interdiction de retourner sur leur lieu de résidence avant incarcération (on appelle cela « la trique », c’est une peine complémentaire), vont dans des foyers… mais en général, ils doivent passer la nuit dans ces foyers, et les femmes n’y sont pas admises, la nuit…
Le vote des détenus… Depuis ma sortie de prison, je milite au sein de la Ligue des droits de l’Homme de mon secteur qui avait en son sein (au national et au local) un « groupe Prisons », comme il voulez faire quelque chose de concret… je leur ai suggéré de s’intéresser au problème du vote en prison, moi-même n’ayant pu voter, alors que je le souhaitais en 2003/2004. Nous étions début 2006. Nous avons fait des textes que nous avons proposés à la Direction Régionale de l’Administration Pénitentiaire de Strasbourg, et, un peu par hasard, à l’unité scolaire de la Maison d’Arrêt de Metz… Et nous avons été suivi, voir encouragé… L’idée était lancé… et bizarrement, elle a été reprise, au niveau national par l’Administration Pénitentiaire qui a déclaré être favorable à de telles initiatives, mais cela en nov/décembre 2006… bien tard, pour être inscrit sur les listes pour le 31 décembre…
Sur Metz, dès septembre, tout était en place et nous avons fait passé l’information aux détenus… Résultat : entre 10 et 20 inscriptions sur les listes électorales, à notre connaissance… du jamais vu…
Pour compléter ton information, je te joins, ci-dessous, une partie des textes faits sur les conditions d’accès (si tu me donnes un e-mail, je peux t’envoyer, en pièces jointes, les textes définitifs) :
2007 avec présidentielle et législatives, 2008 avec municipales, régionales, conseils généraux, seront des années électorales importantes.


Possibilité de voter lors de la détention

Ne pas être privé de ses droits civiques par une décision de condamnation (privation automatique avant 1994 en cas de crime, prison supérieure à un mois pour certains délits…etc.)


Etre encore inscrit dans sa circonscription d’origine :
Etre certain de ne pas avoir été radié des listes.

S’inscrire dans la commune de son lieu de détention :
Demande par courrier ou par une tierce personne, après six mois de résidence consécutifs : joindre copie de la carte d’identité et justificatif de résidence de six mois minimum délivré par le centre pénitentiaire.
Clôture des inscriptions le 31 décembre de l’année précédant les élections.


Pour voter :
La direction de la prison doit en principe informer de la possibilité de voter par procuration, ce qui en pratique est mal assuré.

Le détenu doit donner procuration à un mandataire inscrit dans la commune où il est inscrit. S’adresser au greffe de l’établissement pour les formalités à accomplir. La procuration doit être établie par un officier de police judiciaire.
Il faut établir une attestation sur l’honneur et prouver son identité.
La procuration peut être établie pour une année.

Le mandataire ne peut voter que pour un seul mandant.


La LDH de Metz se propose de rechercher des mandataires bénévoles pour chacun des détenus qui souhaitent voter par procuration.

Se faire connaître auprès de …
pour la mise en relation avec un mandataire lui-même inscrit sur les listes électorales.

Du mandataire il faut recueillir outre l’engagement personnel de représenter un autre électeur, pour l’établissement du mandat à triple bordereau les informations suivantes :
- nom
- prénoms
- adresse
- date de naissance
- lieu de naissance
- lieu d’inscription sur les listes électorales
- département du lieu d’inscription



De Paul Denis à Christian, dit le Grillon, le 13 mars 2007 à 8 h 50

Écrit par : Paul Denis | 13/03/2007

nouvelle petite question.

Mon compagnon a fait une demande de permission auprès de l'administration.pour ce faire j'ai fait remplir une feuille d'hebergement qu'il a transmise au greffe la semaine derniere.
Pouvezvous me dire , en général , combien de temps mettent ils pour répondre c'est adire droit de perm ou non?

Si j'ai bien compris , suite a cette réponse seulement , il faut attendre encore un mois pour sa reelle perm.(fixation de la date un mois avant?)

petite precision tres bonne tenue , bon dossier et tiers de peine dépassé puiske le mois prochain il arrive a mi peine.

Merci de votre réponse....

Écrit par : clara | 09/04/2007

Pour obtenir une perm… La demande de perm est préparée par le greffe qui transmet la demande (s’il remplit les conditions) au travailleur social (qui donne son avis), qui transmettra la demande au JAP (qui prend la décision).
La commission se réunit, en général une fois par mois.
En pratique, il sait rapidement (sous huit jours) s’il ne remplit pas les conditions (hébergement, pécule, délai principalement).
En principe, c’est le détenu qui donne la date à laquelle il voudrait partir en perm. Il est donc prévenu, non pas en fonction de la date choisie, mais en fonction de la CAP (commission d’application des peines). En général, il y a une dizaine de jours entre la date de la CAP et la date à partir de laquelle il peut demander sa perm.
Je pense que vous avez compris ce calendrier…
De Paul Denis à Clara, le 09/04/2007 à 22 h

Écrit par : Paul Denis | 09/04/2007

tout compris merci beaucoup pour cette réponse claire et rapide...(encore une fois!)

Écrit par : clara | 10/04/2007

Bonjour,
Je voulais vous informer qu'un livre écrit par un professeur en Lettres va sortir le 18/4. Il s'agit des lettres écritent par ses élèves de 1ere année au Lycée Charles de Gaulle à Vannes à des détenus d'une prison sur Nantes.
Il s'agit de : des mots et des murs - aux éditions Kemtia Graphic. Je sais pas si ça peut interesser ?

Écrit par : barberoussebis | 13/04/2007

Merci pour l'info.
De Paul Denis à Barberousssebis, le 14/04/07 à 9h 30

Écrit par : Paul Denis | 14/04/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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