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30.03.2007

La sortie... il y en a toujours une...

Aujourd’hui, je te transmets le texte d’une fiche que j’ai réalisée et qui est (devrait être) donnée au détenu, un peu pommé, avant sa libération. Cette fiche, agrémentée de dessins, explique et met en avant certains points importants, à ne pas oublier… une fois « dehors »…

Informations recueillies et rédigées par PDG, à la demande de l’Aumônerie catholique du Centre de Détention Régional de Saint-Mihiel. Atention : chiffres et mesures énoncées sont celles en application au 01/12/03.
Les informations recueillies ont été relues et vérifiées par nos différents partenaires, et en particulier, par des Travailleurs sociaux et l’ANPE-ASSEDIC.

La Sortie…. :

Ta sortie est proche, il te faut la préparer

Si tu as une famille.

Tu vas la retrouver, c’est bien.
Tu as un logement qui te recevra, c’est tant mieux.
Tu as un employeur et un travail qui t’attendent, c’est merveilleux.
Il ne me reste plus qu’à te souhaiter « Bon vent »,
mais certains conseils qui vont suivre pourront t’être utiles.

Si tu es seul.

Une fois de plus, il te faudra te prendre en charge pour trouver tout ce dont tu as besoin, certes, il y a des organismes qui peuvent t’y aider, mais ils ne sont là que pour t’assister et, non pour faire tout à ta place.

C’est à toi à te prendre en responsabilité.

Nous allons passer en revue toutes les étapes et obstacles qu’il te faudra franchir.

L’extérieur :

Il est sûr qu’après quelques mois, voire quelques années de détention, la vie « dehors » a changé. Même si tu regardes, régulièrement, les infos et certaines émissions de TV, tu ne peux pas « vivre » l’extérieur, en étant entre quatre murs.
Alors, prudence, commence par observer les changements et essaye de t’y adapter. C’est à toi de « changer », le monde extérieur a, lui, évolué pendant ton absence. Je pense, en particulier, au code de la route, nouveau sens giratoire, nouvelles limitations et contraintes, nouveaux concepts de la vie.
N’oublie pas que c’est à toi de t’adapter, revois le monde d’un œil neuf et sois prêt à le vivre pleinement, sans le critiquer.

Tes « nouvelles » relations avec ta famille tes amis doivent être ressentie dans le même esprit : recevoir et percevoir l’autre, en oubliant le passé, « l’avant » détention.
Toi, tu as changé, eux, aussi.
Ils ont du se passer de toi, pendant un certain temps.
Tu ne peux pas « t’imposer »…
Tu as, certes, ta place, mais, n’oublie pas qu’ils ont eu l’obligation de se passer de toi, pendant ton absence et qu’a priori, cela n’a pas été de leur faute...
Un premier conseil. Si tu as fait un séjour en prison, ce n’est pas écrit sur ton front, alors vis le présent, oublie le passé et redémarre une nouvelle vie.

Tes préoccupations « réelles » et « vitales » se résument en peu de mots : nourriture, boulot, dodo, vie sociale, vie personnelle. Je ne pense pas qu’il y ait un ordre de préférence : tout est important, tout est à prendre en compte, en même temps ou presque.
Voyons tout d’abord :

Le logement :

Ton lieu d’implantation est « vital ». Il peut être imposé par un emploi en vue, mais je pense que cela doit être ta première préoccupation, et dès maintenant, tu peux réfléchir si tu as intérêt à retourner dans « ta » ville, ton quartier.
Il peut y avoir des obstacles : tentation de récidive, regard de l’entourage, mauvais souvenirs.
Ce nouveau départ peut être l’occasion de changer carrément de région, pourquoi ne pas aller à Aix ou à Brest.
Au moins là, tu n’es pas connu, et il sera plus facile de mettre en pratique les « bonnes » résolutions que tu as prises, tout au long de ces longs mois de solitude.
Il ne te sera pas plus difficile de trouver un logement là que dans ta ville où ton passé risque de te rattraper, même si tu as payé ta dette à la société.
C’est, peut-être, l’occasion de t’assurer un « vrai » nouveau départ, dirons-nous quasi « vierge »…
Dans chaque département, il existe des organismes, les mêmes ou d’autres, qui peuvent t’aider à trouver un logement.

Parmi les organismes susceptibles de t’aider à trouver un logement, tu peux t’adresser aux organismes qui possèdent des logements dits sociaux (HLM, OPAC), souvent, tu y es prioritaire.
Certes, ce n’est pas le Pérou, mais tu y trouves un toit (de plus, souvent, il n’est pas demandé de caution (somme à verser, d’avance, pour garantir un ou deux loyers).
Il y a quand même, parfois des listes d’attente, aussi, n’est-il pas superflu de t’y préparer (inscrire) dès maintenant (voir nota A).
Il y a les propriétaires privées (attention, certains bailleurs (propriétaires) demandent un garant (une personne qui assure que tu paieras ton loyer et qui est susceptible de suppléer à tes « oublis » = payer à ta place) qui, parfois, ont des appartements réservés à des cas sociaux (dont tu fais partie, hélas !), qui ont bénéficié d’aide de l’Etat et dont la garantie et la distribution sont assurés par des organismes d’Etat (préfecture) de type GIPDAL.
Si tu as la possibilité de présenter un garant et de payer une caution, tout le parc immobilier français s’offre à toi…
Dans certains régions, certaines associations nationales ou locales, peuvent t’aider à trouver un logement « provisoire », le temps de te retourner et de trouver mieux : en foyer, en maison d’accueil, en appartement indépendant. Je pense à la Communauté d’Emmaüs, au Secours catholique, à certaines aumôneries de prison, à certaines associations (se renseigner auprès de la mairie et de son service social qui peut te fournir les lieux de contacts (voir nota A).
Le problème du logement étant résolu, et je pense que ce problème « vital » peut et doit être réglé, pendant ta fin de détention (voir nota A), il reste à prendre en charge tes moyens de subsistance : le travail et parfois, avant lui, l’octroi de certaines aides.
Les titulaires du RMI peuvent, par l’intermédiaire du Travailleur social qui a instruit leur dossier, obtenir le FSL (Fonds de Solidarité Logement) qui permet :
D’assurer la caution (remboursable par l’intéressé), payer le 1er loyer, parfois, la première année d’assurance habitation et qui fonctionne pour l’achat de mobilier et d’appareils électroménagers (dans ce cas, c’est une aide non remboursable). Nota. : les moins de 30 ans n’ont pas droit au FSL.

Nota A : N’oublie pas que ton travailleur social - CIP (Conseiller d’Insertion et de Probation) peut t’aider dans cette démarche, notamment en te trouvant les « bonnes » adresses, vois également avec l’écrivain qui a, peut-être, une lettre-type qui pourrait t’aider à rédiger ta propre lettre de motivation.



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Certaines aides financières :


Les aides, susceptibles de t’être versées, varient selon ta situation (durée de détention) et ton âge.
Si ta détention a duré plus de 36 mois (3 ans), tu « perds » tous tes « droits acquis » ASSEDIC, « droits » acquis par un travail et cotisations antérieures à ta détention.
Si tu as moins de 26 ans (et moins de 36 mois de détention et des « droits acquis »), tu peux bénéficier de l’ARE (Aide au Retour à l’Emploi), comme tout chômeur.
Prévoir inscription ANPE + ASSEDIC et production de feuilles jaunes (attestation d’emploi de ton (tes) employeur(s)) sur trois dernières années d’activité salariée).
Si tu as moins de 26 ans (et une détention supérieure à 2 mois) et pas de « droits acquis », tu as droit à aucune aide sauf l’AI (Allocation d’Insertion), soit 282,30 €, pendant six mois (renouvelable une fois).
Quelque soit ton âge, si tu as travaillé, pendant plus de 5 ans, en 10 ans, mais moins de 36 mois de détention, tu peux bénéficier de l’ASS (Allocation Spécifique de Solidarité) qui équivaut à peu près au RMI (Revenu Minimum d’Insertion), soit 411,70 €.
Si tu as plus de 50 ans et moins de 60 ans, tu peux prétendre à l’ARE (voir ci-dessus), à l’AI (voir ci-dessus), à l’ASS (voir ci-dessus), mais si tu as plus de 36 mois de détention, tu as perdu tous tes « droits acquis » et donc, il ne te reste plus qu’une possibilité, le RMI (362,30 €, pour une personne seule - sans charge de famille + éventuellement, une aide au logement de 49,40 €).
Pour permettre à tout un chacun d’avoir un « minimum », il est prévu de créer un RMA (Revenu Minimum d’Activité) qui viendrait en complément, d’un autre revenu ou allocation. Attendons sa mise en place, pour en savoir plus.

Si tu bénéficiais, avant ta mise en détention de l’AAH (Allocation Adulte Handicapé), tu devrais en bénéficier, au taux plein, dès ta libération. Pour éviter tout retard, prévenir la CAF (Caisse d’Allocation Familiales) d’accueil, et ta actuelle CAF (lieu de détention), de ta date de libération prévisible, et ce, deux mois à l’avance.

Pour obtenir le RMI :

Il faut, tout d’abord, t’inscrire à l’ANPE + ASSEDIC = une seule inscription à faire auprès de ton ASSEDIC (de résidence = où tu habites).
Tu peux « demander » le RMI (Revenu Minimum d’Insertion) que si tu as été « refusé » par les ASSEDIC (pas d’indemnisation, prévue par les textes, cf ci-dessus). Nota : ton inscription à l’ANPE + ASSEDIC peut se faire, quelques mois avant ta « sortie » = remplir le formulaire intitulé « Inscription comme demandeur d’emploi », disponible auprès de ton travailleur social (CIP = Conseiller d’Insertion et de Probation) - Tu dois fournir : pièce d’identité ou titre de séjour (avec autorisation de travail) pour les étrangers + copie de ta carte de Sécurité sociale et attestation(s) d’employeur(s) (feuilles jaunes) des 13 derniers mois (voir les 5 dernières années) et un RIB ou RIP (Relevé d’Identité Bancaire ou Postal) + bulletin de sortie du Centre de détention.
Tu dois « passer » par le CMS (Centre Medico Social) et ton AS (Assistante Sociale) ou par le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) de ta mairie de résidence.
Ceci n’est possible que lors de ta sortie, une fois dehors, mais cela se prépare, ici = collecter les pièces ci-dessus, y compris un certificat de non-imposition à l’IR (Impôt sur le Revenu).

Rappel : même si tu n’es pas « imposable », en raison de tes faibles revenus (voire nuls), tu as intérêt (voire l’obligation) de faire une « déclaration de revenus » (en février, de chaque année). Nota : il n’est pas trop tard pour faire les déclarations non faites.

Tout ce qui précède concerne les aides que tu peux obtenir si tu ne travailles pas.

A la recherche d’un travail :


Il est bien clair que ton objectif doit être de travailler dans un secteur où tu t’y trouveras bien, ce sera un gage de bonne réinsertion.
Pour t’y aider, l’Etat est susceptible d’aider ton futur employeur s’il t’emploie, sous certaines conditions, à savoir, tu peux :
. Souscrire un CDD (Contrat à Durée Déterminée) ou un CDI (Contrat à Durée Indéterminée) = l’idéal.
. Commencer un apprentissage (de 1 ou 2 ans), si tu as moins de 26 ans (formation + travail).
. Conclure un contrat de qualification (1 ou 2 ans), si tu as moins de 26 ans (formation + travail - mieux rémunéré que l’apprentissage, moins aidé par l’Etat, plus facile à obtenir par l’employeur).
. Faire un CES (Contrat Emploi Solidarité) de 3 à 12 mois, avec une collectivité de droit public (mairie, administration, école), ou, autres associations. La durée du travail est de 20 heures/semaine, avec une rémunération égale au SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance), au prorata des heures faites. C’est souvent un bon départ pour une reprise du travail, mais la rémunération ne permet pas de « vivre » ! C’est ce qui t’est proposé, lors d’un « chantier extérieur », mais là, tu es, encore, pris en charge par l’administration pénitentiaire qui t’assure le gîte et le couvert…
. Faire un CIE (Contrat Initiative Emploi), en CDD (entre 12 et 24 mois) ou en CDI, avec tout employeur affilié à l’UNEDIC, c’est à dire toute entreprise sauf tout ce qui est administratif ou para-administratif. La durée de travail est de 35 heures/semaine, avec une rémunération conforme à la convention collective (avec comme minimum le SMIC). Le CIE peut être à temps partiel (attention : il faut plus de 120 heures de travail, pour bénéficier des prestations sociales et/ou droits ASSEDIC futurs).
Tu as tout intérêt, à prévoir et préparer, ici, dès que possible, un CV (Curriculum Vitae) qui résumera, ton état-civil, ta formation, ton parcours professionnel, et tes projets et souhaits.

Ton travailleur social et/ou l’écrivain peuvent t’aider dans sa rédaction.
Tout ce qui précède, bien sûr, n’est qu’un résumé « simplifié » des différentes possibilités, en matière d’aides financières et de recherche d’un emploi. Selon ton cas « personnel », ton travailleur social pourra « affiner » ce qui précède. De plus, sais-tu que très régulièrement (chaque mois ou presque), un Conseiller d’emploi de l’ANPE de Commercy (et particulièrement chargé de « l’Accueil spécifique « Ancien détenu » (accueil qui existe dans de nombreux centres ANPE)) vient nous informer (s’inscrire auprès de ton CIP) en information collective et en entretien individuel.

RAPPEL : Il te faut être inscrit à l’ANPE + ASSEDIC pour bénéficier de la quasi-totalité des aides et, surtout, des soins médicaux « gratuits », pendant une année, pour toi et tes ayants-droits (épouse et enfants), après ta « sortie » de détention.

Avant de te « lancer » dans la recherche d’un emploi, tu peux, dès maintenant, et, au plus tard, dans tes six derniers mois de détention, préparer cette étape, essentielle de ta réinsertion « réussie ».
. Avec les ASSEDIC, tu peux conclure un PARE (Plan d’Aide au Retour à l’Emploi) = suivi individuel régulier et personnalisé et des allocations qui ne diminuent pas...
. Avec la SIGES (et en accord avec ton CIP), tu peux « faire un bilan de compétences » qui te permettra de bien « cibler » tes aptitudes, tes centres d’intérêt et tes compétences intellectuelles et professionnelles pour tel ou tel métier (s’inscrire auprès de la SIGES Formation).

Je ne voudrais pas terminer ce propos sur le « travail » sans te rappeler qu’il existe une autre possibilité pour vivre de son travail, c’est « en créant ton entreprise ».

Quelques rappels :

Carte d’identité : Quand tu es arrivé en prison, t’a été retenue ta carte d’identité. Si elle est « périmée », tu as tout intérêt à prévoir son renouvellement deux mois avant la date présumée de ta sortie. Pièces à fournir : acte de naissance + 2 photos d’identité + 2 enveloppes timbrées + justificatif de domicile + 1 formulaire à remplir.
Ton CIP et/ou l’écrivain peuvent t’aider dans cette démarche.

Tu es prioritaire, dans de nombreuses démarches, auprès de l’ANPE (voir le Conseiller d’emploi, chargé de l’accueil spécifique « ancien détenu »), auprès des organismes sociaux (HLM pour le logement, CAF pour le RMI).

Vie Sociale :

Comme déjà dit, l’extérieur ne t’a pas attendu, peut-être, il ne t’attend pas du tout, c’est donc à toi de faire en sorte qu’il te reçoive dans les meilleures conditions.
Pour ce faire, de nombreuses associations (spécialisées en réinsertion) ou autres (ouvertes à tous) sont susceptibles de t’aider à faire ce pas social, à rencontrer du monde.
Le pire est de te « retrancher » dans ton chez soi = boulot + dodo = point final.
Il faut vivre, et vivre, c’est communiquer.
Donc, je te conseille, selon tes goûts et tes capacités, de participer à des activités « collectives » sportives et/ou culturelles auprès d’associations proches de ton domicile.
La mairie pourra te renseigner sur ce qui existe dans ton secteur et t’indiquer des contacts.
Un conseil : ne pas crier sur les toits d’où tu sors, mais, ne pas le cacher, non plus.
L’honnêteté et la franchise, en la matière, sont payantes.
De toutes les façons, un jour ou l’autre, cela se saura, alors autant prendre les devants (avec les formes) et faire en sorte que le passé reste le passé et que l’on sache que tu es « volontaire » pour repartir sur de « nouvelles bases »…

Vie Personnelle :

Je ne t’en parlerai pas, c’est ton affaire, tes choix, mais…
N’oublie pas que l’homme est fait pour vivre en harmonie avec ses semblables, en se respectant soi-même et en respectant les autres.

N’oublie pas qu’une « sortie », cela se prépare, si tu ne veux pas aller au casse-pipe… et si tu veux réussir ta réinsertion, c’est à dire ton retour à la vie de tous les jours.

Informations recueillies et rédigées par PDG, à la demande de l’Aumônerie catholique du Centre de Détention Régional de Saint-Mihiel. Atention : chiffres et mesures énoncées sont celles en application au 01/12/03.
Les informations recueillies ont été relues et vérifiées par nos différents partenaires, et en particulier, par des Travailleurs sociaux et l’ANPE-ASSEDIC.

28.03.2007

Gens du "dehors", gens du "dedans"

L’expression « gens du dehors » n’est pas de moi, mais de notre aumônier catholique (rappel : qui est un laïc) qui appelle ainsi ceux qui ne sont pas en prison.
Je vais essayer de t’expliquer, vu de l’intérieur, le regard de ceux qui sont « dehors » sur ceux qui sont « dedans », et vice-versa.
Commençons par l'avis, l’opinion que se font les gens de dehors, sur les détenus.
Mes affirmations sont, en fait, la synthèse de ce que je pense moi-même, de ce que l’on m’en a dit (les formateurs et intervenants extérieurs), de ce qu’en rapportent certains médias, et surtout, notre aumônier.
L’adage « s’ils sont en prison, c’est qu’ils l’ont mérité » existe toujours, mais il perd un peu de sa force. La presse est là pour nous rappeler le nombre « conséquent » de détenus innocents…
L’adage « Ils ont tout le confort » perd aussi de sa force et la TV se fait, assez souvent, l’écho de scandale pour que chacun soit informé de cas « inhumains ». Il y en a cependant qui considèrent que nous ne devrions pas avoir la TV, pas d’eau chaude, pas de cantines (achats payants), que nous ne devrions pas avoir la possibilité d’être « seul » en cellule (« cela supprimerait les suicides » – ce qui est faux, il n’est pas rare que ce soit un co-détenu qui découvre le suicide de son compagnon de cellule), que nous devrions avoir un travail obligatoire non rémunéré, que nous avons une trop belle vie. Je ne m’attarderai pas sur ces cas extrêmes qui ne sont plus d’actualité pour la majorité de nos concitoyens, mais ils existent… et à l’occasion, je t’ai déjà parlé de ce qui est plus pénible que ces soi-disantes privations… « l’isolement ».

Revenons à notre propos
: Cette année, j’ai eu l’avantage (en est-ce un) de rencontrer et de discuter avec des formateurs (stage dit de réinsertion) qui venaient pour la première fois… en prison. Seuls deux formateurs sur six, connaissaient déjà les lieux pour y avoir enseigné les années précédentes.
Au départ, ceux-ci sont arrivés, pleins de bonne volonté, certes, il s’agit de volontariat, et tous ont eu besoin de temps pour s’adapter aux conditions d’accès des lieux : entrée, contrôle, visite des sacs, portique détecteur de métaux, etc… et cela, malgré, bien sûr, une enquête de personnalité préalable et la distribution de consignes (cahier des charges).
A chaque entrée, le même cérémonial : permis de rentrer, remise d’alarme, clefs, etc…
Même s’ils sont arrivés sans a priori, ou, pour le moins, avec l’idée qu’un détenu était un être comme tout le monde, tous ont très vite compris ce qu’était une prison.
Ils ont été surpris des conditions et pressions psychologiques que nous subissons 24h/24 et de l’influence du milieu sur les conditions matérielles et nos capacités intellectuelles, sur notre comportement, nous y reviendrons à travers divers exemples.
Après deux ou trois mois d’adaptation, cela leur est devenu plus familier et acceptable.
Nos formateurs étaient, quelque peu, pour la majorité, « préparés » à nous, travaillant déjà dans le cadre de la formation continue, donc avec un public qui a été, à un moment ou à un autre, exclu du système scolaire traditionnel (souvent depuis fort longtemps…). En ce qui concerne le niveau scolaire, leur surprise n’a donc pas été grande et la nécessité de répéter ne les a pas surpris, la nécessité d’écrire au tableau, non plus.

Ce qui les a « choqués » le plus, ce sont les états très variables d’humeur, d’un jour à l’autre, d’une minute à l’autre. Pour eux, il a fallu accepter le fait de ne pas être écouté, de voir le cours perturbé par des « coups de gueule » et/ou par des attitudes de révolte (parfois à la limite de la grossièreté) contre le système, et ce, parfois, sans aucun rapport avec ce qui est dit, en cours, à ce moment-là…
L’adaptation perpétuelle est nécessaire et je dois dire (et je leur ai dit, lors du bilan final) que je trouve leur disponibilité et leur faculté d’adaptation et à encaisser, dignes d’admiration…
Il est à noter que ces états d’humeur « changeant » sont, également, à supporter par les surveillants, mais ceux-ci disposent d’un outil, à leur service, « la répression »…
Il me faut vous parler d’une coutume. Par tradition (par obligation), il est coutume que s’il semble correct de saluer un surveillant (et il te répond, en général), on ne lui serre pas la main. Par contre, avec les gens qui viennent de l’extérieur, il est coutume que (eux et) nous leur serions la main… (entre détenus, aussi, mais je t’en ai déjà parlé), c’est en fait un signe de reconnaissance fort et de différenciation fort. Les surveillants serrent la main des intervenants extérieurs, ainsi qu’entre eux (et aussi à leurs supérieurs).
Ici, nous avons beaucoup d’intervenants extérieurs, puisque la gestion matérielle de la maison est assurée par des « privés » (hors administration pénitentiaire). En fait, pour moi, le seul moyen de les différencier est l’habit (pas d’uniforme bleu) et ce serrement de main. Il faut reconnaître que certains (intervenants privés) souhaitent garder cette distance et sont réticents à te serrer la main… mais cela reste des exceptions.


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Fermons la parenthèse. Pour ma part, j’ai vu la construction de la Maison d’Arrêt de Metz (en 1978/79), je l’ai côtoyée, journellement, pendant plusieurs années, elle était sur ma route, mais j’avoue qu’elle me laissait indifférente et que je ne me suis jamais préoccupé du sort de ceux qui y séjournaient.
J’ai connu des gars qui y avaient fait un séjour, mais je ne les ai pas interrogés sur leur sort, et en fait, je savais fort peu de choses sur l’intérieur avant d’y être entré moi-même.
Je me souviens, cependant, que nous avions mis en place, un projet d’animation, à l’époque où j’étais dans une association, vers les années 1985/86, je me souviens que j’y étais entré, mais, en fait, je pense que je n’avais pas dû dépasser le stade de la salle polyvalente (chapelle, salle d’attente-détenus des parloirs, salle de spectacles, etc…), j’avais vaguement souvenir des grilles et des portes, mais pas de leur facteur stressant, j’explique cela, aujourd’hui, par le fait que nous étions en groupe et que l’attente nous a été épargnée, les portes s’ouvraient au fur et à mesure de notre arrivée…
Si je te dis cela, c’est un peu pour déculpabiliser tous ceux qui, en fait, se préoccupent fort peu des 64.000 détenus en France pour les 49.000 places…
Notre aumônier nous dit aussi, que la réaction des gens du dehors est parfois surprenante.
Dans toutes les prisons, il est possible que certaines personnes viennent, ponctuellement, participer aux offices religieux.
Rares sont ceux qui acceptent de faire le pas, ne serait-ce que 1 ou 2 fois par an, pour 2 ou 3 heures, bien encadrés, en contact avec des détenus, dirons-nous, respectueux et reconnaissants de leur présence.

Par contre, plus nombreux étaient ceux qui « tenaient » à aider financièrement et matériellement les détenus, par des dons, timbres, victuailles à Noël, vêtements, argent, etc…
Et à nos bienfaiteurs les plus généreux, il a été proposé de venir partager avec nous, notre temps de prière. C’est « non », ils ont « peur » de faire le pas… Une fois que celui-ci a été fait, l’attitude change. Comment expliquer cela ? Je ne sais, car ceux qui viennent, en témoignent, reviennent et ont l’air content de pouvoir échanger quelques mots avec nous, d’avoir fait cette démarche d’approche.
La prison, vue de l’extérieur, si elle ne laisse pas indifférent, rebute le commun des mortels, cela me semble une certitude.
Les parloirs sont un moment privilégié d’échange « dehors-dedans », et je te ferai un paragraphe « spécial », ci-dessous.
Je te dirai que notre jugement est assez positif sur les gens du dehors qui entrent dans le milieu carcéral.
Il est cependant, à noter que le jugement contre ceux qui ne se manifestent pas, pas plus en courrier qu’en visite, est souvent très sévère par le détenu.
Beaucoup ne comprennent pas la réticence, l’absence de recherche de communication. Il n’est pas rare d’entendre : « Il pourrait quand même m’écrire, m’envoyer un mandat, il est passé par là, il sait ce que c’est la prison, je ne comprends pas son silence, moi, je… » et s’en suit la menace (réelle ou non) de le rejeter, une fois qu’il sera « dehors »… Je suis persuadé que ce rejet se limite en ces mots, et qu’une fois, dehors, les liens se rétablisseront.
Il est vrai que lorsqu’il s’agit d’un « ancien détenu », on comprend mal ce sentiment de « rejet » et ce refus d’aider son ancien compagnon…
Ce sentiment d’incompréhension est très fort, et, il est souvent l’objet de conversation.
Il est très dur de se sentir mis à l’écart et personne ne le supporte.
Ce manque de communication avec des personnes avec qui on était relativement proche, est ressenti comme une condamnation supplémentaire. Le silence des membres de sa propre famille est particulièrement « déprimant ».
Il est bien évident que ce n’est pas toujours le cas, et souvent, même s’il n’y a pas de lien « palpable », on sait que nombreux, dehors, sont préoccupés par notre présent même s’ils n’arrivent pas à faire le pas… pour le moins, ils se renseignent sur notre sort et intérieurement « compatissent ».
Mais de l’intérieur, ce silence est souvent considéré comme une lâcheté…
Pour ma part, je sais que ce n’est pas parce qu’il ne se manifeste pas que l’autre est devenu indifférent et je crois que cette distance, est plus le fruit d’un certain malaise, d’une certaine pudeur, d’une crainte de blesser.
Il est sûr que chaque situation est différente, il n’y a pas de règle immuable, mais pour ma part, j’ai pris l’attitude suivante : je ne fais pas le premier pas, mais par contre, je ne laisse pas de courrier sans réponse.
A la réflexion, je me rends compte que, parfois, j’ai fait le premier pas, mais c’était dans des cas particuliers et parce que, même si je savais que je n’obtiendrais pas de réponse, je savais que mon destinataire serait « content » d’avoir de mes nouvelles.
Il est vrai que l’existence de ces murs de six mètres de haut, et l’impossibilité de communiquer facilement, font que nous ne vivons pas au rythme du dehors et avec le temps, nous nous en éloignons de plus en plus, et c’est aussi pour cette raison que je pense que bien souvent « la sortie » est plus difficile à réussir qu’on le croit.
C’est dans cette optique que j’ai fait le spécial « La sortie » (que je publierai dans un prochain article) qui reprend tout ce qu’un ancien détenu doit savoir pour réussir son « retour », volontairement je ne dis pas « sa réinsertion », car cela c’est autre chose…
Et si on croit les statistiques, en ce domaine, il apparaît que de nombreuses familles se déchirent, lors du retour de l’absent… qui a perdu sa place. On s’est passé de lui, et certains (lors de leur retour) ne comprennent pas que si leur famille a su se passer d’eux pendant un certain temps, ce n’est pas à eux à s’imposer… Et c’est alors que la rupture se crée, alors que pendant toute la détention, les relations ont été bonnes, ou pour le moins, acceptables et acceptées.
Comme tu le vois, rien n’est simple. Il est difficile, de part et d’autre, de bien faire, de savoir bien faire.
Cette réflexion t’apportera, peut-être, un éclairage « nouveau » sur ce que nous vivons psychologiquement parlant.
Les liens entre ceux du dehors et ceux du dedans sont durs à établir, à maintenir, à faire vivre avec sérénité et réalisme, mais, quoique l’on en pense, de part et d’autre, je pense qu’ils sont nécessaires et qu’ils doivent être favorisés pour permettre la survie des uns et permettre un retour dans de bonnes conditions.

26.03.2007

La prison... la Récidive

La prison :

Ce mot m’inspire la réflexion suivante :

A ma connaissance, à ce jour, la majorité ou pour le moins, les plus grandes prisons sont souvent archaïques, vétustes.
J’ai entendu dire, à juste titre, qu’elle est la honte d’une société qui se dit moderne, démocratique, civilisée et respectueuse des droits de l’homme.
C’est un lieu où l’on fabrique des délinquants et des révoltés contre la Justice, mais aussi contre toute forme de vie sociale.
Elle est faite pour punir et pour amender (corriger)… !
Elle punit peut-être, mais il est certain qu’elle n’améliore pas l’individu, ça c’est sûr.
Il n’y a ni réelle réinsertion, ni formation, mais plutôt un apprentissage du « milieu délinquant »…
Il est plus facile (probable) d’en ressortir « voyou » qu’honnête homme…

On y trouve sur chaque porte : le n° de la porte, le nom du détenu, le n° d’écrou, par le jeu d’une étiquette de différente couleur (jeune, DPS – détenu particulièrement surveillé, religion), parfois régime alimentaire (sans porc, édenté, etc…).
Cela manque, pour le moins, de confidentialité et d’intimité… On n’en fait pas plus pour du bétail… de foire.

Chaque cellule, chaque ouverture (fenêtre) est équipé de barreaux qui sont sondés (testés), chaque jour, bruit régulier qui s’entend de loin.

C’est tout un cérémonial : deux surveillants, un dehors, un dedans. L’accès de la cellule est bloqué pour que le surveillant ne soit pas « enfermé ». J’ai, une fois, interrogé un surveillant qui était là depuis longtemps et il m’a avoué ne pas connaître le bruit d’un barreau « en train d’être scié »… mais ce sondage doit être effectué, précise le règlement.



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



On parle de récidive… :

On parle de « en état de récidive ». Cela se dit d’un individu qui a déjà été condamné (en général, pour les mêmes faits). Cela aggrave toujours la peine encourue qui peut être doublée.
Le nombre élevé de « récidivistes » me pose les questions gênantes du style :
. la 1ère condamnation a-t-elle été justifiée et n’a-t-elle pas provoqué un sentiment d’injustice et déclenché une haine contre le système ?
. une « réinsertion » a-t-elle été mise en place pour éviter cette récidive ?
. la prison n’a-t-elle pas favorisé les délits suivants. Et cela repose le problème du mélange « prévenu et condamné », « petits et grands délinquants », primaires et récidivistes, des jeunes avec de plus âgés.
. l’état psychologique, familial, social et/ou financier à sa sortie de prison, n’a-t-il pas contraint l’ancien détenu à commettre de nouveaux délits (le même ou d’autres).
A vrai dire, la prison se révèle souvent plus destructrice qu’il n’y paraît.
Se reconstruire, pour un individu, est plus difficile que l’on croit.
Sans aide, rares sont ceux qui y parviennent.

23.03.2007

Initiation...

Initiation et/ou « échanges » :

Par nature, je sais écouter et je ne pose pas de question.
En prison, sache-le, et tu en comprendras la nécessité, c’est une attitude à avoir en permanence.
Pourquoi ? C’est simple. Tu ne connais pas celui avec qui tu parles, tu ne le connais que dans un milieu bien précis qui lui permet, s’il le souhaite, de te mentir sans que tu puisses le contredire.
En effet, tu ne le connaissais pas auparavant. Il est probable qu’après ta sortie, tu ne le rencontreras « jamais »… alors…
Bref, l’attitude à adopter est d’écouter. Pour ma part, dès les premiers jours, j’ai été initié par un « ancien » (pas en âge) qui m’a parlé ouvertement de l’attitude à prendre.
Il faut privilégier les « échanges » à deux. Un troisième peut mal interpréter et être un témoin gênant. Il faut écouter, ne pas se révéler, ne pas chercher à en savoir plus que ce que l’on te dit. Vivre avec la vérité donnée, même si on sent (d’intuition) qu’elle est fausse. Ne pas contredire, éviter donc tout conflit.
Ce premier échange sera peut-être le dernier ou le premier d’une longue suite, suivant le feeling qui passe ou ne passe pas d’où l’importance de ce premier contact qui doit te laisser toute ta « liberté » et ta vérité.
En prison, les échanges à deux ne sont pas proscrits, bien au contraire, ce sont les seuls que tu peux avoir. Tu es en cellule à deux. Le plus souvent, en promenade, tu marches avec un seul de tes co-détenus. Les conflits naissent toujours (souvent) lorsque la « galerie » est là… pour voir… pour arbitrer.

Humour :

« Dehors », l’humour est souvent un allié qui permet de faire passer beaucoup de critiques.
Pour ma part, en prison, j’ai toujours évité de l’utiliser comme moyen de communication, car très souvent, il peut être mal compris et provoquer l’effet contraire de celui escompté…
Au tribunal, lors du jugement, c’est une arme souvent utilisée par le juge ou le procureur pour déstabiliser le futur condamné… mais à quoi sert-il… lorsque l’on sait bien et que l’on est persuadé que tout jugement possède sa part de scènes théâtrales… qui n’a rien à voir avec une justice « vraie »… ?



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

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Confidences :

Peut-on parler de confidences en prison ? Je ne sais pas trop. Pour ma part, je n’en ai pas faite ou à si peu de gars… Par contre, j’en ai reçu, et je crois que ma fonction d’écrivain et mon âge (avancé) en ont été la raison.
Celui qui s’adresse à toi, veut parler.
Veut-il être écouté ? Je ne suis pas sûr.
Veut-il être compris, pas certain.
Attend-il une réponse, je ne le crois pas.
Il veut parler et il parle, peut-être plus pour lui-même que pour toi.
Tu es là, tu en garderas ce que tu voudras.
Parfois, dans la même demi-heure, il se contredira. Peu importe. Son besoin n’est que de parler.
Si le feeling passe, tu pourras approfondir. Autrement, vous en resterez là. Pour ma part, j’en retirais ce qui m’était nécessaire pour l’aider, rien de plus.
Rentrer dans son intimité, je n’étais pas demandeur, loin de là.
D’ailleurs, à propos de certains que je côtoyais le plus, je me rends compte, avec le recul que je les connais fort peu. Je ne connais rien ou presque de leur affaire. Je me suis rendu compte qu’ils ne m’ont pas dit la vérité… et cela m’importe peu. J’ai fait un bout de chemin avec eux, en harmonie, et c’est la seule chose qui me semble importante.
Par contre, dans de (très) rares cas, les échanges ont été plus profonds.
Je dirai même qu’il y a eu un besoin réciproque de communication qui sera, à mon avis, déterminant pour notre avenir commun.

Il est difficile de prévoir, en détention, l’avenir d’une relation amicale qui y naît.
Cela peut être expliqué par le fait qu’il est difficile de revivre les moments passés, même s’ils n’ont pas été toujours tristes.
Je crois, par contre, qu’une relation vraie peut demeurer « dehors », si chacun y trouve ce qu’il y recherche. Pour l’un, ce peut être le besoin d’un soutien, pour un autre, ce peut être le besoin de donner et de recevoir ce qui lui a manqué, jusqu’alors.

Pour conclure sur cet aspect « relationnel », je te dirai que j’ai reçu des confidences « inimaginables » qui m’ont bouleversé. J’aurais bien voulu que ce soit de l’affabulation, mais, hélas, je crains (crois) fort que ce soit la vérité…

21.03.2007

Transport de détenus…

Parlons du transport de détenus…

Il est assuré, selon les lieux, soit par la police, soit par la gendarmerie. Il se fait menotté (en principe, menottes dans le dos), en pratique, pour quasi tout le monde, surtout si le « voyage » est un peu long, menotté, par devant. Quant à moi, je n’ai jamais été menotté dans le dos pour aucun transport long, mais cela est pratiqué et c’est assurément une pratique qui est particulièrement pénible et douloureuse, à la longue. Parfois, si l’attitude du détenu peut laisser craindre quelques problèmes, les jambes sont entravées (donc, menottes aux chevilles). Cela ne m’est arrivé qu’une fois, entre Metz et Saint-Mihiel, mais nous étions « entravés », 2 par 2, et nous étions dans le minibus du CDR, donc pas en « cage à poules ».
Et c’est, de ce que j’appelle « cage à poules » dont je voulais te parler.
C’est vraiment infect. Il s’agit de cabines de 60 x 80 cm (maxi) où il est, à peine, possible de s’asseoir sur une plaque métallique, il n’y a pas d’air, pas de lumière, seuls quelques trous dans la porte métallique.
Ceux utilisés à Metz : 8 cages par « fourgon » de type Trafic Renault, étaient vraiment « galère », on y était à l’étroit. A Saint-Mihiel, il n’y a que 4 cages, j’ai, par deux fois, fait des voyages « seul », la cage y est plus grande (60 x 100 cm), mais le confort y est identique, c’est-à-dire nul.
En plus, on est ballotté, et n’ayant aucune vision sur l’extérieur, on supporte mal, on ne peut anticiper les virages, l’arrêt aux Stop, etc… et sur cette petite route, ils sont nombreux. L’éclairage y est limité, il est donc, impossible d’y lire.
De plus, les mouvements « intempestifs » ont plutôt tendance à favoriser les nausées.
Pour ma part, j’ai pris « l’habitude », le mot est un peu fort, je n’ai pas fait tant de transports : 4 allers ou retours – Metz – Saint Mihiel, + sur Metz, Maison d’arrêt – Tribunal…j’ai pris l’habitude de fermer les yeux, non pas pour dormir, car cela me semble impossible, mais j’ai alors l’impression d’y supporter mieux les mouvements incontrôlables et imprévisibles…
Par temps chaud, on est au bord de l’asphyxie, par temps froid, on « caille »…, j’ai goûté les deux… Bref, c’est vraiment un moment pénible et même si la bonne volonté des convoyeurs (2 pour 1 détenu ou plus) n’est pas mise en doute, la réglementation est assez contraignante et a, pour mission, d’éviter les évasions… !
C’est ainsi que les itinéraires ne sont, si possible, pas connus des détenus, et variés, quitte à faire plus de kms. Les déplacements (extractions) ne sont pas communiqués au détenu à l’avance, pour des questions de sécurité, cela se comprend, mais quand vous avez une convocation au tribunal, vous connaissez au moins le jour si ce n’est l’heure. Mais en particulier, pour les extractions « médicales » et/ou transfert (d’une prison à l’autre), on est prévenu au dernier moment… en tout cas, l’heure n’est jamais connue d’avance, sauf « complicité active ou passive ou involontaire d’un surveillant ».



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Comment cela se passe ?

Toujours la même chose : au départ, fouille à corps, au retour, fouille à corps… Sait-on jamais.
Il faut avouer que l’approfondi de la fouille dépend du détenu (connu – inconnu du surveillant) et du surveillant (novice, ou confirmé, humain ou scrupuleux, honnête ou quelque peu vicieux…).

Cette fouille reste, quand même théorique, puisque le surveillant qui l’exécute n’a pas le droit de te toucher (ce qui permet, aux dires de certains, quelques caches faciles que par décence, je ne t’expliciterai pas, mais que je te laisse imaginer – mais l’imagination est grande, crois-moi). Si le surveillant (l’administration) veut une fouille plus complète, il doit passer par le service médical… Je n’ai eu connaissance d’aucune fouille approfondie, mais les textes en prévoient la possibilité… Une précision, ce même type de fouille a lieu à l’issue de chaque fin de parloir (retour en cellule), dans les mêmes conditions d’ambiance (connu – inconnu, etc…).
Je t’avouerai qu’au début, ces fouilles me gênaient. Mais, je me suis résigné, et comme à Metz, c’était toujours les mêmes surveillants (et que ma cote était au beau fixe), cela a facilité les choses. Ici, c’est toujours une nouvelle équipe, mais avec le temps, tu es connu et comme je n’ai rien à cacher, cette opération, dans mon esprit, s’est banalisée et elle m’indiffère… mais ce n’est pas le cas de certains que j’ai du mal de comprendre…
C’est une étape « obligatoire », alors, autant la passer « décontractée »… surtout si on n’a rien à se reprocher…
Alors, soyons fous. Faisons une parenthèse dans la parenthèse…
Un jour, j’ai discuté avec un gars qui m’affirmait qu’il voulait être indépendant « financièrement » de sa famille, mais qu’il acceptait, néanmoins, de « prendre le risque » de passer des cartes téléphoniques (les puces) (la carte téléphonique est, ici, un produit « cher » et un produit d’échange, de trafic…, aussi lorsqu’on nous les vend, elles sont identifiées par notre numéro d’écrou).

Rappel : en dehors de la période de Noël, nous ne pouvons recevoir que du linge, et sur demande spéciale, des livres et/ou CD, DVD et quelques objets de décoration et de confort (rideau, tapis, etc…). Dans le courrier, seuls les timbres sont tolérés.
Bref, il passait donc, par le parloir, des puces de cartes téléphoniques, et ce, avec le risque d’être surpris, de voir ladite puce « confisquée », de faire l’objet d’une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu’à 15 jours de régime disciplinaire avec ou sans sursis (récidive = 2ème fois = sans sursis) + perte de RP (Remise de peines) : 30 jours.
Alors, je lui ai dit : « Ne serait-il pas plus simple et moins risqué de recevoir un mandat et que tu cantines les dites cartes téléphoniques ».
Eh bien, non ! , pour lui, recevoir ainsi ses cartes téléphoniques, ce n’était pas dans son esprit, recevoir une aide financière de sa famille…
Et pourtant, il était de ceux que je considère comme tout à fait « conscients de la réalité ». Tu vois que parfois, en détention, les esprits sont troublés et quelque peu rendus « maladifs »… J’ai eu beau le raisonner plusieurs fois, il n’en démordait pas… Aujourd’hui, il n’est plus ici, mais je crains bien que son état d’esprit n’ait pas évolué beaucoup…
Pour ma part, je pense que le risque d’être pris, un jour au l’autre, était, pour lui, réel. Car, s’il est vrai que la fouille à corps est quelque peu « superficielle », la fouille des vêtements enlevés (palpage) est faite minutieusement et toute boursouflure ou surépaisseur « visitée ».
Je pense donc, qu’en fait, il devait mettre « les » dites puces, dans la bouche, en risquant de les avaler par mégarde… !

De plus, le recollage de la puce, ainsi rentrée, sur une carte usagée, ne se fait pas sans risque de dommage qui la rend inutilisable (paraît-il).
Alors, tout cela me semble bien enfantin et manque de réalisme et de « prise en responsabilité » individuelle. Son choix d’indépendance était louable, mais sa mise en pratique quelque peu « inadaptée »…

Pour revenir au transport
, en théorie, tu n’as pas le droit d’emmener quelque chose.
Mais en pratique, c’est sous la responsabilité et au bon vouloir du chef de convoi (gradé).
Je sais que les cigarettes et briquets sont pris et la distribution est faite au fur et à mesure de la demande.
Pour ma part, j’ai toujours pris un livre, pour « meubler » les attentes (il y en a toujours, et parfois de longues), cela ne m’a pas été interdit.
Souvent aussi, les convoyeurs se renseignent, discrètement, sur le ou les détenus transportés et les conditions de transport s’en ressentent, bien sûr…
Pour ma part, ces « voyages » n’ont jamais été un moment agréable, souvent un moment pénible, très pénible, mais, j’y ai « survécu »…
Les transports, à plusieurs, sont parfois pénibles, car, ces contraintes (attentes, conditions matérielles) ne sont pas acceptées, par certains, et ils « pètent les plombs » + les dialogues entre détenus…
Pour les trajets longs, il y a aussi les bus (en groupe), avec entraves aux pieds et menottes ou les transports en voiture banalisée (menottes + entraves, quand même) dans une voiture de tourisme.
Je n’ai connu, ni l’un, ni l’autre, mais il est vrai qu’en voiture, cela doit être plus « agréable ».
Et ce, d’autant plus que l’on peut dialoguer avec les convoyeurs qui, s’ils sont là, pour assurer ton transport en sécurité et ta non-évasion, ils n’en demeurent pas moins des hommes (ou femmes) et donc, un dialogue, ne serait-ce que pour dire des banalités, est possible…
Il me faut te préciser que le but de ces « transports » est, en général, de se rendre au tribunal, pour ma part, à Metz.
En fait, sécurité oblige, du tribunal, on ne voit que les sous-sols et la salle où l’on se rend (juge d’instruction ou audience).
A Metz, l’arrivée se fait par le côté du tribunal.
Les portes s’ouvrent et se referment sans que tu aies vu l’air extérieur, et tu es emmené, pour attendre, dans des geôles, il y en a 6 ou 8, en forme de morceau de camembert, avec une porte vitrée (plastique épais « rayable » et rayé) sur la pointe. A priori, selon le nombre « d’attendants », on peut se retrouver seul ou à plusieurs. Lorsque j’ai été avec d’autres, ils étaient là pour le même motif : demande de libération provisoire.
Pour le décor, béton peint et couvert de graffiti, banc de pierre, pas de chauffage, pas d’air, pas de fenêtre, peu de lumière (mais assez pour lire), des mégots au sol, une propreté médiocre, mais cela est plus du fait des personnes utilisatrices que d’un manque d’entretien.
De là, tu peux être appelé, pour rencontrer ton avocat dans un petit parloir, ou, tu es emmené dans le service concerné (par ascenseur), toujours menotté (devant ou derrière le dos, cela dépend), tu es accompagné par les convoyeurs.
Cette attente est souvent pénible, car souvent longue, j’ai déjà été, sur place à 14 h pour un RDV à 16 h 30.

D’où la nécessité de s’y occuper, pour beaucoup, c’est des appels au gardien pour une cigarette, aller aux toilettes, essayer de parler à d’autres, dans les geôles d’à côté, etc…
Bref, ce n’est pas un moment agréable, et ce, d’autant plus, que cette attente est souvent synonyme d’une demande et/ou d’un résultat qui peut être positif ou négatif, d’où une certaine excitation (tension) pour ne pas dire nervosité, voire agressivité.

19.03.2007

Les nuisances sonores - La TV

La « TV », et, les nuisances sonores, en prison :

Son arrivée est relativement récente, dans les années 85. En général, la gestion du parc de postes est assurée par l’association socio-culturelle qui existe dans chaque prison.
Le détenu qui souhaite avoir la TV, doit la « louer » relativement cher : 32 à 40 €, selon les lieux. Dans ce prix sont inclus les abonnements à des chaînes payantes telles que Canal +, Ciné-Cinémas, Eurosport, … Ici, les indigents (ceux qui n’ont pas de moyen de la louer – pas de mandat – pas de travail) sont susceptibles d’avoir « gratuitement », les chaînes françaises et le canal interne qui reprend certains films, en plus de diffuser des informations internes.
En cas de détérioration « volontaire », on fait « payer » le poste à l’auteur des dégâts… ce qui me semble logique.
Je dois dire que la TV est devenue un « organe » indispensable à la quasi totalité des détenus. Pour ma part, elle est allumée du matin jusqu’au soir, même quand je suis absent, et même la nuit quand j’écris… Quand je retourne en cellule, l’entendre dès mon arrivée, me fait une présence… Dire que je l’écoute (regarde) en permanence ne serait pas juste. Mais, elle est là en bruit (léger) de fond…
Chacun y trouve ou n’y trouve pas ce qu’il en attend.
Pour moi, c’est une ouverture sur l’extérieur, le moyen de ne pas « rester dans l’ignorance » de ce qui se passe « dehors » et je privilégie les infos, dès le lever, à midi et le soir. Souvent, c’est FR3 qui me donne des nouvelles locales.

En général, passant d’une chaîne à l’autre, il n’est pas rare de « voir » plusieurs fois les mêmes images, parfois commentées différemment… !
A cela, je rajoute, de préférence, les films et certaines séries. N’étant pas fan de variétés et de reality-shows, je n’y vais que par zapping (pour ne pas mourir idiot).
Il faut avouer que malgré le nombre de chaînes (13, ici – 16 à Metz), il est parfois difficile de trouver quelque chose d’intéressant (d’inédit), et ce d’autant plus que les films passent d’une chaîne à l’autre, et sont repris sur chaque chaîne (payante) plusieurs fois… !
Mais le but du présent est de te parler de l’importance de la TV pour certains détenus.
D’emblée, je te dirai qu’ils n’ont pas, pour une très large majorité, les mêmes choix que les miens.
Ce qui est le plus regardé, entendu, je ne dirai pas « écouté », c’est MTV Trace (chaîne musicale à 100 %, plutôt hard et dans le vent), Eurosport, pour les matches de foot, M6 (musique, flash d’infos très court, séries), tout ce qui est reality-show (Star Academy, Co-locataires, bref, il y en a un presque chaque jour… !)
La 5 a ses adeptes (très peu), mais nous n’avons pas ici, le relais ARTE, en soirée, et beaucoup (peu) et moi, nous le regrettons, car il est vrai que l’on passe à côté de quelques bonnes soirées à thème.
Donc la TV est devenue pour la quasi totalité des détenus, un élément indispensable à la vie carcérale (il est vrai qu’ils sont nés « dedans », ce qui n’est pas le cas de ceux de ma génération…).
Je sais que certains « dehors » pensent que sa présence en prison est scandaleuse « Ils ont même la TV… ».


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Elle est devenue tellement indispensable que son retrait, au mitard (cachot) est ressenti comme une « vraie » peine, plus que l’isolement et l’inconfort matériel.
Entre nous, on parle rarement du contenu de la TV et des programmes vus. On y fait parfois référence, mais sans plus. Ce n’est pas un sujet de polémique »…
Mais il est vrai que ce que la majorité y recherche, c’est des variétés, de la distraction, des fictions d’un goût plus ou moins douteux.
Mais pour être honnête, avec le nombre de chaînes et donc la variété des choix…, y compris les chaînes payantes (payées) : Canal + et Ciné-Cinémas, il est possible de satisfaire la majorité des souhaits individuels (qui ne vont pas du côté de la culture…).
La TV a, ici, une alliée : la « Playstation » (qu’il est possible de « cantiner : 200 € environ) qui permet de « jouer » aux jeux vidéo, mais aussi, pour les nouvelles générations de consoles, de regarder des films en DVD.
Aussi, certains (une bonne majorité de « jeunes ») ont déjà vu les films récents (donc, avant la TV).
Il est possible, en théorie, de faire rentrer 5 DVD (et d’en faire sortir, autant), par semaine, au parloir.
Et avec un système d’échange bien organisé (pour cela, on peut leur faire confiance), cela fonctionne très bien… et toutes les nouveautés sont « parmi nous »…
Un deuxième équipement quasi généralisé est le combi radio-CD-K7 et il tient une place importante dans la vie d’un détenu.
Je me souviens t’avoir dit que j’avais été « agréablement » surpris par le calme retrouvé, ici.
En fait, à ce jour, je pense que j’ai apprécié cette non-nuisance, parce qu’à Metz, j’étais vraiment saturé.

Les interpellations y étaient permanentes et surtout la nuit, la musique « boum-boum » aussi, avec un sur-volume en soirée et en nuit, amplifiée par le calme et la non-activité de tout le monde.
Ici, cette nuisance, en réalité, existe aussi, et à la limite, elle est parfois plus gênante, parfois moins.
Tout d’abord, une précision technique :
A Metz, l’achat d’un poste « très puissant » n’était pas possible, et si un détenu arrivait, lors d’un transfert, avec un tel poste, celui-ci était retenu à la fouille. Ici, le choix semble plus vaste et certains ont vraiment des « monuments ».
Le vrai problème, aussi bien à Metz qu’ici, c’est que les murs sont en béton coulé, et donc, très porteurs des vibrations causées par « les basses »… !
De plus, ici, les portes sont ouvertes, ce qui veut dire que le gars, non seulement écoute « fort » sa musique, mais il sort de sa cellule et laisse sa musique, parfois porte grande ouverte…
Et puis, chacun a « sa » musique, certains étrangers ont « leur » musique. Tu peux imaginer le mélange.

A vrai dire, pour le moment, cette nuisance sonore, je l’imagine, je l’entrevois, plus que je ne la subis, en fonction de ce qui se passe pendant les week-ends, car, en journée, je suis absent de l’unité (puisque je suis en cours ou en salle informatique). Reste, l’entre-midi et les soirées. Entre-midi, à cette saison, c’est acceptable, en début de soirée 19-21 h, c’est plutôt pénible, mais on s’habitue un peu et il me faut augmenter le volume de la TV et fermer la fenêtre, c’est un peu pénible, mais bon, pas plus qu’autre chose.

Dernièrement, j’ai eu une partie de l’explication.
Comme je te l’ai déjà dit, ma cellule (ma fenêtre) se trouve à 15 m du mitard (cachot). Une partie de la peine réside dans le retrait de tout objet personnel et donc pas de TV, pas de lecteur CD.
En fait, que se passe-t-il ? Si tu as un copain au mitard, eh bien, tu fais « ta » musique pour lui aussi, d’où l’augmentation du volume pour que ce dernier puisse entendre du lieu où il se trouve…
Vous dire que cela le satisfait, je n’en suis pas persuadé, mais cela a lieu et semble leur apporter un certain réconfort… alors…
Mais ce qui, pour nous, est quand même gênant, c’est cette résonance dans les murs « béton »… et aussi, un certain « laxisme » de la part de l’administration qui laisse faire. Il est vrai que le volume est amplifié pendant l’absence de surveillants, mais lorsqu’ils font leur ronde vers 21 h, rares sont les surveillants qui font baisser le volume (mais cela arrive).
Pour être honnête, je vais conclure par une note « optimiste ».
Il faut reconnaître que la quasi-totalité des détenus sont , dirons-nous, raisonnables… c’est-à-dire que cette musique s’arrête ou se réduit d’une façon vraiment significative vers 21 h, donc au début des programmes de soirée.
Autre phénomène surprenant (dans le bon sens), c’est le silence de la nuit, à vrai dire après minuit, mais un silence surprenant, on ne croirait pas que 400 gars vivent (dorment) ici. Pas un bruit, pas de circulation sur la route qui passe derrière la prison. Le seul bruit que l’on entend est l’arrivée (le passage) des surveillants pendant leur ronde (ou plutôt le bruit des portes et serrures des grilles). Au petit matin, maintenant qu’il fait jour, on se réveille au chant des oiseaux.

Nous ne connaissions pas cela à Metz. Il y avait beaucoup d’insomniaques, ou en tout cas, beaucoup de dialogues permanents entre fenêtres, tout au long de la nuit.
Et comme il était plus facile (audible et non réprimandé) de dialoguer la nuit, ils le faisaient… et dormaient le jour…

16.03.2007

La récup...

Voici un mot qui fait vraiment partie du vocabulaire (ou plutôt, du fait) carcéral.

Tout se récupère…

Je vais essayer de t’expliquer pourquoi et l’usage qui en est fait.
Pourquoi ? C’est bien simple, un certain nombre de choses ne sont pas « cantinables ».
Nous n’avons donc pas la possibilité de les acheter, ou, les acheter « coûterait cher » et « le nombre à acheter », hors de proportion avec le besoin.
Ainsi, on (je) récupère tout. Dire « on », mot général, n’est pas d’actualité, car beaucoup préfèrent quémander, coup par coup, à un de leur co-détenu…
. trombone : c’est bien pratique,
. élastique (de toutes tailles) : cela peut servir et cela sert. Ainsi, pour fermer la porte de mon placard, j’ai mis un élastique, car l’aimant (d’origine) n’existe plus. Si je n’avais pas mis cet élastique, la porte resterait ouverte en permanence, donc, poussière, esthétique, etc…
. ficelle : ça peut aussi servir. En théorie, c’est interdit… mais en cantine, on te vend des lacets de 1,60 m… aussi l’interdiction de la ficelle (objet pouvant servir à se suicider) ne me semble pas tout à fait réaliste…
Bref, pour moi avec la jonction : ficelle + élastique + crochets (vendus en cantine), j’ai réussi à faire une espèce de ressort (groom) pour que la porte de ma cellule reste fermée-ouverte, lorsqu’il y a peu de vent… Par grand vent, c’est inefficace. Mais en temps ordinaire, cela fait une barrière quasi naturelle.
Ainsi, la porte ne reste pas ouverte, en permanence, mais elle n’est pas fermée (verrou ouvert) et celui qui veut venir et en a une raison, peut le faire, peut entrer, mais cela évite, quand même, et c’en est un des buts, les curieux et les sans-gênes…
. agrafes : il n’est pas possible d’acquérir une agrafeuse, ou pour le moins, personne n’en a. Un détenu m’a donné l’astuce de récupérer l’agrafe qui est mise pour fermer l’enveloppe de votre courrier (après son ouverture pour contrôle). Avec une aiguille (cantinable), il est très facile de faire des pré-trous et donc de « remettre » une agrafe déjà utilisée…
Là, il me faut faire une parenthèse. Il est dans les traditions, coutumes carcérales que celui qui est libéré, « distribue » à ses anciens co-détenus « amis »… ce dont il n’a pas (plus) besoin, et en particulier ce qu’il a acquis en prison. Et s’il est vrai qu’en général, le linge personnel est ramené « dehors », « le reste » (ou ce qui peut rappeler de mauvais souvenirs) reste en prison, à l’exception, peut-être, des objets d’une certaine valeur, comme un poste de radio… et encore, cela se négocie et se revend (échange).
Pour ma part, j’ai, plusieurs fois, bénéficié de ces « largesses ». Ainsi, j’ai : aiguilles, fil blanc, scotch, colle, crochets, cintres, cuvettes, vaisselle (en plus), cruche pour chauffage de l’eau (avec toto), claquettes pour douche, couverture et linge de maison (en surplus), bloc de papier à lettres, enveloppes, bic, timbres (de la part de ceux qui ont bénéficié de mes écritures), rallonge électrique, multiprise, toto, etc… que je n’ai jamais « acquis », mais que l’on m’a donné.
. les échanges : il est fréquent que l’on te propose un échange : timbre contre…, tabac contre…, unités téléphoniques contre…

Mais si l’échange n’est pas fait sur le champ, s’il ne s’agit que d’une promesse : « je te le rendrais »… il vaut mieux ne pas trop compter dessus… car le retour arrive si rarement que j’aurais tendance à dire « jamais »… ce qui t’oblige à dire des « mensonges pieux » du style : « j’ai pas »… « je n’ai que ce que j’ai besoin pour moi »…
. ce qui se donne fréquemment (et sans retour), ce sont les produits d’hygiène qui nous sont fournis, et dont l’usage n’est pas nécessaire (surnombre) ou demandé afin de rendre service à d’autres.
. les boîtes (flacons) de toutes sortes : moi, je les garde toutes, et souvent, elles sont bien utiles, pour moi, et pour d’autres, ainsi :
. les boîtes de Ricoré (grand modèle) sont idéales pour surélever le frigo et permettre un peu de rangement en dessous (camouflage = réserve de conserves).
. les barquettes (lavées et gardées – celles qui servent à nous apporter nos repas), et divers emballages : souvent, je les décore.
Ainsi avec des emballages du style tube de dentifrice, je me suis fait un présentoir pour brosse à dents, dentifrice, rasoir, etc… assez esthétique et pour le moins pratique et hygiénique… Je les utilise pour conditionner un certain nombre de petits objets : exemple : médicaments de la semaine, élastique, trombone, etc…).
. un certain nombre de flacons : ainsi, à Metz, il était possible de « cantiner » de grands flacons de Maxwell, qualité filtre de 200 g. Je m’en sers comme décoration (après y avoir collé une carte postale (reçue) et comme lieu de stockage, à l’abri de la chaleur et de l’humidité, de bonbons, petits gâteaux secs, sucre, etc… J’en ai un certain nombre (et j’en ai donné pas mal), c’est bien pratique et permet une meilleure conservation.
. bouteilles vides d’eau minérale. Encore une parenthèse : à mon arrivée, à Saint Mihiel, le hasard a fait que j’ai pu bénéficié d’un second matelas. Certes, il ne m’était nullement nécessaire pour « bien » dormir, mais, il avait l’avantage de surélever l’autre matelas et permettait de s’asseoir sur le lit, sans « sentir » la barre de pourtour (rambarde basse) du lit. Lors d’une fouille générale, destinée à « récupérer » tous ces objets « utiles », mais en double et qui, à force, devaient manquer ailleurs, il m’a donc été repris.
Un détenu m’a donné l’idée de remplacer ce matelas par des bouteilles d’eau, type Contrex, bien remplies. Il en faut 50… ce qui a été un peu long au départ (7 par semaine), mais une fois fait, c’est parfait et remplace le matelas sans inconvénient majeur. Depuis, ma consommation d’eau m’a permis d’équiper, déjà, deux autres détenus…
. récup d’atelier. Ce n’est pas une révélation que d’affirmer que de l’atelier arrive dans les unités un certain nombre de produits utilitaires (ou alimentaire, ou de luxe), échantillons conditionnés par les travailleurs.
Et s’il est vrai qu’en fin de chaîne (série), le retour en cellule du surplus est autorisé… ce retour ne se limite pas à ce surplus… et donc, circulent des pochettes de shampoing, après-rasage, parfum, bricoles de toutes sortes, gâteaux, même des choses qui nous sont, tout à fait, inutiles ( !), etc… et aussi des produits servant au conditionnement.
Ainsi, à Metz, j’avais « récupéré » : scotch double face, colle type UHU ou express, rouleau de scotch brun pour fermer les colis, clous ou crochets en L, etc…


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Je dois avouer qu’à mon arrivée, ici, un sérieux tri a été fait et je n’ai pas tout « récupéré »…
Encore aujourd’hui, il m’arrive de chercher quelque chose que j’étais sûr d’avoir, cela a été retenu et pourtant, j’avais pris la précaution de ne pas « transférer » le plus « interdit – non toléré »…
. papier déjà imprimé sur une face : la collecte est, pour moi, systématique, en effet, j’en utilise (pour l’impression en brouillon) beaucoup (autant que nécessaire) pour la (les) relecture(s) des textes et courriers faits pour moi-même, le journal ou un détenu. En effet, le papier « blanc » (ramette) est distribué au compte-goutte et donc, nous le réservons, au « tirage définitif ». Ainsi, à la surprise de beaucoup, je récupère aussi, souvent, les feuilles qui servent à nous indiquer le menu (composition) de notre repas (1/2 A4), dont le dos est vierge… je m’en sers comme brouillon et j’en fais un large usage pour toutes… mes petites notes, pense-bêtes, etc…
. il y a, aussi, quelques récups moins avouables (qui ne sont pas dans mes habitudes), telle que prendre le balai de l’unité et le réserver à son usage personnel, parfois, le démonter pour s’en servir comme d’une « antenne » pour son poste de radio, avec comme élément métallique, un cintre (fil de fer) et/ou un fil électrique…
. en théorie, et c’est le cas à Metz, il était « interdit » de garder (récupérer) des emballages (cartons) pouvant être utiles pour stocker, comme je le fais, du linge non utilisé en cette saison, une réserve de « vivres » et/ou de produits d’entretien… et/ou des bouquins à lire ou lus… bref, faire en sorte qu’il soit plus facile de ranger le bazar individuel. Il est vrai qu’en cellule, à 2 dans 9 m², c’est plus hard que seul, où même si tu as ton petit bazar… il ne gène personne.
. il est sûr qu’être un peu débrouillard a du bon, et savoir se faire aider n’est pas inutile, en détention.
. je dois te dire que je suis rentré dans des cellules où, outre l’odeur « douteuse », l’ordre et la propreté n’étaient pas au rendez-vous.
. à cet égard, ma politique, mon attitude sont claires : « je ne vais pas chez les autres », car, a priori, je n’ai pas besoin d’eux et c’est eux qui viennent chez moi, et seulement si c’est nécessaire… et mon souhait… autrement, il y a les couloirs… pour discuter.

Pour être à l’aise en détention, il est souvent utile d’être débrouillard. Je t’en donne deux exemples.
Je m’étais fabriqué un système de chauffage (vapeur) avec des bouteilles d’eau vides et le chauffage d’eau avec deux totos. Certes j’étais un peu victime de buée et donc d’humidité latente, mais avec un peu d’aération en hauteur, c’était tout à fait appréciable et mes rares visiteurs (auxi lors des repas et surveillants) en constataient l’efficacité, moi aussi…
En effet, comme je te l’ai déjà dit, à Metz, nous n’avions que le chauffage par le sol et celui-ci était quelque peu (beaucoup) déficient ou insuffisant.
Toujours à Metz, pour l’été, ma cellule étant en plein sud, je m’étais fabriqué un pare-soleil avec des capsules de pots de yaourt que j’avais collés sur du carton et que j’installais pendant les après-midis. C’était aussi très efficace, pour me protéger de la chaleur torride (pas de courant d’air possible).

14.03.2007

Fenêtres = poubelles

En prison, il y a des traditions, des habitudes qu’il est difficile de faire disparaître et même, ici, où il nous est distribué, chaque mois, sur demande, 30 sacs-poubelles, pour certains, la fenêtre semble être le chemin normal de leurs détritus.
Voyons, d’abord, la situation de Metz. Mais d’emblée, je peux t’affirmer que « partout » où cela est « possible » (du possible, nous reparlerons), cette tradition demeure…
Donc, à Metz, tout passe par les fenêtres… et sert à nourrir une colonie de rats. Cette pratique est fort peu « réprimée »… mais elle coûte, outre l’emploi de deux auxi, la coquette somme, selon une source bien informée, de près d’un million d’euros, chaque année, en dératisation périodique.
A décharge pour le détenu, en cellule, nous n’avions pas de poubelle et encore moins de sacs-poubelles…
Cependant, il était dans les attributions des auxi d’étage (et ils le faisaient) de collecter les déchets à l’issue de chaque repas. Il s’agissait de récupérer tous les plats-assiettes à alvéole (inox), puis les barquettes plastiques vides et les déchets.
Malgré une note de service à l’intention des détenus et du personnel pénitentiaire, cette « obligation » n’a été respectée que quelques jours, voire semaines pour les plus zélés… Il était pourtant simple : deux détenus, à la distribution = 2 plats-assiettes + x barquettes ; à l’issue du repas, le ramassage devait être : 2 plats-assiettes + x barquettes et les déchets.
Ce serait trop simple…

Les surveillants ne se sentaient pas chargés d’une telle mission – vérification, les auxi n’étaient pas là pour sanctionner leurs co-détenus…
Nous avons appris que l’administration avait l’intention de doubler les fenêtres de grilles (losange de 2 cm) qui empêcheraient l’envoi de déchets (et pain) et l’usage des yoyos. Le yoyo est un cordage (lamelle de drap !) qui sert à communiquer, à envoyer quelque chose, par la fenêtre, d’une cellule à l’autre, et malgré le décalage des fenêtres, cette pratique est courante bien que réprimable …
Une telle installation de grilles devant faire l’objet d’une autorisation municipale puisqu’elle touche à l’aspect extérieur des bâtiments, le maire de Metz s’y serait opposé, en disant que « les détenus n’étaient pas des animaux ». Merci à lui.
Cela n’a pas empêché la pose d’un certain nombre de grilles, dont j’ai vu l’installation. En effet, le stationnement et le chargement des fourgons cellulaires, arrivant ou partant, étaient bien visibles et lorsqu’ils ont lieu, chaque jour, plusieurs fois par jour, chaque fois ou presque, ils étaient accompagnés de cris d’hostilité et l’envoi de projectiles de toutes sortes (yaourt, boîte métallique (vide ou pleine), etc… tout était bon. Pour les protéger, une grille avait déjà été posée entre le bâtiment et le lieu d’embarquement, mais elle était d’une efficacité relative, car du 5ème étage, avec un bon tir, le projectile pouvait passer au dessus de la grille et aboutir…
Or, un week-end, un débile, mais il y en a, hélas, plusieurs, a trouvé le moyen de mettre le feu aux poubelles (contenairs) qui étaient stockées sous nos fenêtres. Les pompiers ont dû intervenir… et ils ont fait l’objet d’un « canardage » de projectiles de toutes sortes…

Résultat… ils ont porté plainte (à juste titre)… apprenant cela, les gendarmes et les policiers et les syndicats de surveillants ont aussi porté plainte…, et, ce qui devait arriver, arriva, par mesure de sécurité, un certain nombre de cellules ont été équipées, sur les 5 étages, de grilles (en losange de 2 cm).
Et la mise en place a été vite faite, avec une nacelle extérieure, niveau par niveau, en 5 jours… Les grilles étaient pré-prêtes, il ne restait qu’à les fixer par des boulons extérieurs. Et pour une fois, l’administration a été « diplomate »… Il est sûr que cela a provoqué une certaine révolution (agitation)… et ceux qui n’étaient pas satisfaits, ont été déplacés dans une autre partie du bâtiment et, en plus, ils (l’administration) ont fait d’une pierre, deux coups, car beaucoup de ces cellules n’étaient occupées que par un seul détenu (en effet, il s’agit de ce que l’on appelle « le petit quartier », donc, à priori, plus calme, plus protégé) et on les a mis en cellule de 2. Pour eux, difficile de refuser… ils étaient demandeurs… outre la vue et la cellule très obscurcies, plus de yoyos (et trafics) possibles…
Et de « nouveaux » arrivants ont été mis dans ces cellules, rendues libres (et doubles), les nouveaux ne connaissant pas l’ancien système, ils ne pouvaient que s’y adapter et l’accepter…



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Pour revenir à l’extérieur, donc, tout passait par les fenêtres : plats alvéolés (inox), barquettes plastiques, pain, boîte vide, bouteille vide, toute sorte d’emballages, déchets, vraiment tout ce qui aurait dû se trouver dans une poubelle. Cela occupait, chaque jour, au moins deux auxi (donc rémunérés) à qui on avait fourni des « casques »… Même s’ils n’étaient pas des cibles (n’exagérons pas), le risque de recevoir quelque chose de blessant n’était pas à exclure.

Donc, tous ces détritus, en majeure partie d’origine alimentaire, étaient comestibles pour nos amis les bêtes… qui étaient de deux sortes.
D’une part, des corbeaux (des corneilles, paraît-il), de taille imposante (de vrais poulets), sur une face du bâtiment, de l’autre, des pigeons (même gabarit). Bizarrement (ou naturellement), chaque groupe avait son territoire.
Outre ces volatiles, certes gênants, mais aussi distrayants… (il était fréquent de les voir se bagarrer pour « se » nourrir), il y avait (a) aussi, surtout, une colonie très importante de rats de taille majestueuse (de vrais chats) et périodiquement, une nouvelle nichée arrivait…
On m’a rapporté que, parfois, « ils » (les rats) rentraient dans les bâtiments : en sous-sol, sûrement, au RDC, absolument pas. J’en ai pris la confirmation auprès de détenus, ayant séjourné, longtemps, au RDC.
D’ailleurs, dans la journée, nous ne les voyions pas, ils sortaient à la tombée de la nuit et circulaient (se battaient) toute la nuit. Certes, cela fait un spectacle, mais un spectacle désolant. Outre le risque d’infections, de maladies, le côté « occupation des lieux » est un peu gênant…
Qu’y faire ? Faire la chasse aux pollueurs… et sévir… Je ne vois pas d’autre solution…

A Saint-Mihiel, comme tu le sais, nous avons « poubelle et sacs poubelle ». De plus, les humeurs étant plus calmes, il y a moins de choses qui passent par les fenêtres, mais il y en a quand même.
Ce qui est incompréhensible, c’est le laxisme de l’administration, les auteurs de ces envois seraient facilement identifiables.

Ici, les fenêtres sont alignées (4 niveaux) et bien séparées, l’une de l’autre, ce qui fait que les détritus se trouvent « toujours » en dessous d’une même rangée de fenêtres… et il serait facile de faire une vérification « de visu », avec très peu d’attente par un surveillant, à l’heure des repas.
Mais, ce n’est pas fait, et il y a donc deux « ramasseurs »… A priori, s’il y a bien quelques corneilles, à ma connaissance, il n’y a pas de rats… une fois, j’ai vu une petite souris… !

12.03.2007

Une permission...

Aujourd’hui, je voudrais te parler des permissions de sortie.
Pour pouvoir en bénéficier, il faut remplir certaines conditions : avoir fait une partie de sa peine (au moins 1/3 ou 1/2, selon le cas), avoir un hébergement, avoir une prise en charge (véhicule qui vient te chercher et te ramener – cela peut être remplacé par les moyens financiers de payer ton billet aller et retour), avoir en poche, au minimum 15 €.

Conditions simples, en théorie, à remplir, en pratique, ce n’est pas toujours aussi évident.
Certains n’ont pas les 15 €, au bon moment, certains n’ont pas d’hébergement, ou, il leur est interdit de retourner dans leur région (par décision judiciaire), donc il faut trouver un foyer d’hébergement (presque toujours interdit aux familles – enfants et femme = nuit seul…!) entre les deux lieux d’implantation (famille – centre de détention), assurer les frais de route et de séjour… et tout cela, pour 48 heures (1ère perm), 4 jours (2ème perm), 1 semaine (3ème perm), maxi 10 jours (une fois par an), et ce, avec entre chaque, un délai minimum de 3 mois.
Autre condition qui détermine l’octroi ou non de cette perm est l’attitude du détenu en détention, et son bon vouloir, en matière de réinsertion et en matière de dédommagement de ses victimes… ce qui veut dire, en bref, que si on ne veut pas te donner cette perm (à laquelle tu as droit), on peut trouver une bonne raison (excuse).
Comme pour le travail, ce sont les plus calmes, ceux qui ne font pas de vague, s’exécutent qui bénéficient le plus facilement d’une permission de sortie…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

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Admettons que la perm soit obtenue.
Là aussi, il y a des conditions : interdiction de fréquenter certains lieux, certaines personnes, interdiction de conduire, de fréquenter les débits de boissons, obligation de pointer une ou deux fois (par jour) à la police (ou gendarmerie), etc…
Va-t-elle bien se passer ?
Dans la plupart des fois « oui », certaines fois « non » pour plusieurs raisons que je t’évoquerai en final.

L’obtention de cette permission (connue au moins 8 jours avant la date choisie, mais cela peut être près d’un mois avant) apporte une certaine euphorie (ou au contraire, pour celui qui ne l’a pas obtenue, une tristesse « vraie »…).
L’imagination étant plus fort que le réalisme, ce futur est magnifié, idéalisé… il se prépare psychologiquement à vivre quelque chose d’exceptionnel, il est déjà « dehors », il fait des « plans », il n’est plus parmi nous, et de nouveau, la nervosité et l’agressivité sont au rendez-vous…
Mais, ce que je peux t’affirmer, c’est que « le retour » se passe toujours mal.
En effet, outre les suspicions (d’usage) lors du retour et de la fouille, il y a l’obligation, pour certains (condamnés pour stupéfiants ou alcool), de passer par une analyse d’urine, pour rechercher la présence de produits illicites ou alcool…
L’arrivée, en unité, n’est jamais une joie et l’état dépressif, agressif et autre, se fait sentir. Même si les apparences sont maintenues, un minimum de perspicacité te permet de voir que celui qui revient, n’est plus celui qui est sorti quelques heures (jours) auparavant… Et cet état peut durer… très longtemps, trop longtemps.
Il me semble que ce passage de la vie familiale à la vie carcérale est d’autant plus pénible que le détenu se rend compte, une fois de plus, de l’absurdité de sa présence en prison, soit parce que sa délinquance aurait pu (du) être évitée, soit parce qu’il trouve sa détention bien disproportionnée…
Certes les apparences sont trompeuses.
Celui qui revient est questionné : « Alors, c’était bien »… ou toute autre question stupide.

Les réponses n’ont pas plus de valeur et, assurément, dans 90 % des cas ne reflètent pas la réalité, et les propos grivois sont fréquents… tu t’en doutes…
Pour moi, la première soirée, de retour en prison, doit être terrible, les images se mêlent, le réel, bien présent et le passé récent, festif, presque la vie normale…
J’imagine un peu que cela doit être comme une arrivée en prison…
Tout s’emmêle, ce que l’on avait prévu de faire et que l’on n’a pas fait, ce que l’on a fait et/ou dit et que nous n’aurions pas du faire et/ou dire. L’ambiance n’a pas été ce qui était prévu…
Et parfois, je me dis qu’il aurait mieux valu qu’il ne sorte pas en perm.
Pour moi, je pense que la perm est plus importante, plus utile pour la famille que pour le détenu… La famille, il me semble qu’elle attend « aussi » la permission, parce qu’elle pense que cela fera plaisir au détenu de se retrouver dans « ses » murs familiaux, auprès de ses amis, « libre » de circuler…
En fait, après ses longs mois d’éloignement du circuit, le détenu reçoit l’extérieur comme une « agression physique » (bruit, rapidité, contraintes, etc…). Tout l’agresse, même la présence des familiers.
En fait, c’est quelque chose que tout le monde souhaite, attend avec impatience, réclame à corps et à cri, mais le retour douloureux (conscient ou inconscient) du détenu me fait penser que son principe même est mal conçu.
Je n’ai pas de solution, mais il me semble que ses fonctions de « maintien des liens familiaux » et « réinsertion » ne sont pas remplies, loin s’en faut…

Moi-même, je n’ai pas bénéficié de cette « largesse »,… alors je ne peux que te décrire ce que je vois ou j’entends…
Si on devait trouver une alternative à l’octroi de permission, il me semble plus réaliste et préférable pour tous (détenu et famille) de favoriser les aménagements de peines qui permettent d’écourter le temps de détention… Là, il y aurait « progrès »… et « réinsertion »…
Il y a même des situations plus que bizarres. Certains détenus obtiennent, (en fin de peines), des permissions pour aller dans un foyer… (ils n’ont plus aucune attache familiale) et donc, en fait, ils vont se retrouver seuls et déambuler à travers la ville.
A Metz, j’ai connu un détenu dans cette situation qui en a profité pour commettre des cambriolages… !!! A méditer… !
Là, je t’ai présenté une version assez noire des relations dehors-dedans. Certes, elle existe et conditionne notre vie de tous les jours et c’est ce qui la rend « pénible »…
Je te dirai, cependant, que bon nombre de détenus voit, en la prison, un passage obligé (prévu, parfois) et que cela se passe, dirons-nous, bien. Nous attendons la sortie comme quelque chose qui arrivera « obligatoirement »… il faut donc être patient…