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03/05/2007

Peinabilité de la prison

Nous arrivons à la fin de « 1019 jours de détention... ou la vie en prison… comme si vous y étiez… ».
Je vous avais promis un article supplémentaire sur « la peinabilité de la prison », vous le trouverez ci-dessous, mais avant cela, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer… ce n’est pas fini… j’ai encore quelques informations à vous donner et en particulier, ce que je pense de la Justice, ce que je pense qu’il faut modifier, des pistes de réflexion afin d’améliorer notre Justice…
Tout ce que je vais vous écrire, est inédit et fera l’objet d’un second bouquin qui trouvera peut-être, un éditeur… Je compte sur vous pour l’améliorer avec vos remarques… en positif ou en négatif…et vos questions / objections… Faisons de lui une œuvre collective…. !!!
Ce nouveau texte paraîtra, à compter du 7 mai 2007, par un long article sur « la garde à vue »…, sur la journée du 17 mai, je vous mettrai un index afin qu’il vous soit possible de repérer les sujets qui vous intéressent le plus.



Je vais essayer de vous indiquer en quoi la prison est et restera pénible.

Comme je vous l’ai déjà dit, pour ma part, si les conditions matérielles font partie des choses pénibles, ce n’est pas l’essentiel… Du matériel, on s’adapte… avec un peu de bonne volonté et de philosophie…

Ce qui est pénible (dans le désordre – comme cela me vient) :

Surnombre = insécurité : La surpopulation carcérale fait que, à tout moment, quand vous êtes hors de votre cellule, vous êtes confronté à d’autres que vous ne connaissez pas et qui peuvent (au moins, vous le pensez) être un danger pour soi.
Le fait d’être obligé de côtoyer des inconnus (qui l’on juge pire que soi-même et qui méritent d’être en prison, on le pense) fait qu’un sentiment d’insécurité s’installe et demeure en permanence. Vous ne retrouvez le calme qu’en cellule et/ou lorsque vous êtes avec d’autres détenus connus. La recherche de détenus connus est, chaque fois que possible, une préoccupation. On va en activités que si un tel y va, pour aller aux douches, on essaie d’y aller lorsque des connus y vont, etc…

Promiscuité imposée : c’est la vie en cellule avec un ou des autres détenus. C’est plus que galère… pour tout ce qui impose une certaine intimité. Même si chacun, en ces moments, essaie d’être discret, se laver est possible, aller uriner n’est pas facile, aller à la selle, je n’ai jamais pu, lors de la présence d’un tiers… si vraiment, dans la journée je ne me retrouvais pas un moment seul, la nuit, je me relevais pour.
Outre ces problèmes vitaux, être sans cesse avec quelqu’un vous oblige à l’écouter, et certains racontent toujours la même chose, dix fois par jour… à longueur de semaine… et comme il ne faut pas vexer, on s’oblige à écouter, à répondre toujours la même chose, à ne pas prendre partie…

L’attente, c’est ce qu’il y a de plus pénible… tu attends tout le temps et en 1er lieu… ta sortie qu’on espère la plus proche, on rêve qu’on va t’annoncer que cette date va se rapprocher parce que…
Outre cette attente viscérale… il faut toujours attendre, devant une porte, avant un parloir, on attend l’arrivée du courrier, on attend l’arrivée des repas, on attend…, on attend…, on attend que le temps passe…

Bruits… Le niveau sonore d’une prison est relativement élevé, et ce, jour et nuit… Certes, on vit la vie de la prison, de sa cellule, en fonction des bruits que l’on entend, les portes, les clefs, les gars qui passent et interpellent à travers la porte, et inconsciemment, on guette ces bruits qui apportent … un réconfort… mais qui, aussi, importunent…
A part ces bruits désirés, il y a tout le bruit provoqué par les autres : les TV écoutées trop fort, les musiques de chacun qui se mêlent, les appels à travers les fenêtres… tout cela a lieu le jour, mais surtout la nuit… parce que les sons passent mieux et que la maison est calme, et surtout parce que les surveillants sont « absents » ou pas sur place…
Bizarrement, lorsque vous êtes dehors (après votre libération) ce sont encore les bruits de la vie normale qui agressent le plus.

Isolement. Malgré les bruits et la présence de tant de gars dans un si petit bâtiment, on ressent un sentiment d’isolement… On se retrouve seul avec personne avec qui partager, au moins avec personne avec qui on a un minimum d’affinité si ce n’est de l’affection… Il manque ce quelque chose qui fait que la présence d’êtres aimés rassure, et fait que l’on est bien… même si aucun échange verbal ou physique ne se produit.

Souvent je me suis senti mal à l’aise entre ces murs qui ne renfermaient rien qui me rappelait mon passé, mes activités professionnelles, mes goûts, mes préoccupations…. La vie, quoi… Heureusement que sur les 34 mois faits, j’ai fait une formation de 9 mois et 23 mois comme écrivain… sans ces activités dans lesquels je me suis investi, corps et cœur, je crois que j‘aurais très mal supporté ces conditions matérielles acceptables. En fait, c’est ce qui se produit dans la tête de nombreux détenus qui ne font rien et ne veulent rien faire… un rien les agresse et ils ne réagissent jamais en positif.

Un autre sentiment ressenti, c’est le sentiment de n’être plus rien, d’être un numéro, un pion que la Justice et les autres ballottent à leur gré… Un sentiment d’impuissance contre tout ce que d’autres te reprochent… Aucune initiative personnelle n’est possible, tout doit passer par un autre et selon son bon vouloir…

Il existe aussi une crainte permanente du lendemain, de la sortie… Vous avez le sentiment que votre avenir ne vous appartient plus, que votre volonté ne peut l’influencer. Pour l’intérieur, c’est très vite une lassitude et un sentiment de résignation. Pour la sortie, on s’en préoccupe très vite, en imaginant ce qui devrait être, ce qu’elle sera et en se rendant compte que cet avenir ne vous appartient plus et qu’il sera ce que les autres le feront. Je pense principalement au travail (à retrouver et à reprendre) mais aussi à l’entourage proche qui s’est passé de toi, pendant un temps parfois long, alors tu appréhendes ce retour : y aurais-je encore ma place... ?

Pour ma part, j’ai eu aussi la souffrance psychologique d’être impuissant, vis-à-vis, des proches laissés « dehors ». J’avais beau tout mettre en œuvre pour ne pas les inquiéter, je savais que tant bien que mal, ils viendraient à bout des problèmes matériels rencontrés, mais une inquiétude viscérale a persisté tout au long de ma détention qui faisait que j’étais souvent mal à l’aise, même en leur présence réconfortante…

Voilà ce que je voulais rajouter pour répondre et faire comprendre, à vous lecteurs, qu’en prison, même si on s’y sent bien (matériellement), on n’y est pas bien, parce que ce n’est pas un lieu de vie « normale » que l’on choisit…, que l’on peut influencer…, que l’on peut s’approprier… pour qu’il nous soit familier et propre à s’intégrer à son moi…

Je pense vous avoir transmis un peu des sentiments que j’ai ressentis pendant ces 34 mois… Y ai-je réussi ? Je ne sais, car ressentir est une chose, arriver à l’exprimer, à le faire vivre avec des mots est plus délicat.

Première fin…

Je vous donne rendez-vous, au 7 mai 2007. Le nouveau texte commencera par un long article sur « la garde à vue »…
Sur la journée du 17 mai, je vous mettrai un index afin qu’il vous soit possible de repérer les sujets qui vous intéressent le plus.

Commentaires

Bonjour,

Oui, j'ai bien ressenti ce que tu racontais au fil de ton bouquin, et que tu viens de résumer. Il n'est pas besoin d'être en prison pour savoir que lorsqu'on est absent, les autres "se débrouillent" pour pallier à cela. Il m'est arrivé d'être parti plusieurs mois, jusqu'à 4 mois sans rentrer et retrouver une place qui s'est réduite demande souplesse des deux côtés, surtout quand les enfants sont jeunes.
Christian

Écrit par : christian | 03/05/2007

L’absent… a tord de l’être, et on ne peut reprocher la réorganisation qui se produit immanquablement, j’en conviens.
Pour moi, il a été facile de décrire les lieux et ce qui m’entourait. Bien plus dur et complexe est de transcrire ce qui est ressenti inconsciemment et qui produit le désagrément éprouvé. J’ai essayé de vous le faire partager, si j’y ai réussi, tant mieux, mais sachez qu’en aucun cas, à aucun moment, et ce malgré les apparences, je n’ai voulu vous faire croire que la vie en prison pouvait être « sympathique »…
De Paul Denis à Christian, Le Grillon, le 5 mai 2007 à 14 h 20

Écrit par : Paul Denis | 05/05/2007

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