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29/06/2007

Des rencontres imposées...

Au fil des jours… des rencontres imposées…

Au cours de ma détention, j'ai éprouvé le besoin approfondir le sens de mes relations et ma vision des autres. Pour moi, cela passe par le besoin d’écrire.
Tu le sais, c’est ma façon à moi de m’évader et de me rapprocher de ceux que j’aime, ma famille et mes amis.
Donc, je m’étais dit qu’il serait peut-être « amusant » ou « instructif » de faire le portrait des « personnages – acteurs » de ma vie carcérale.
En fait, il y a plein de gars que je voudrais te présenter, je ne sais par lequel je dois, je veux commencer, aussi, vais-je faire simple et donc suivre la chronologie… avec retour en arrière et digressions, cela va de soi.

Gérard

Lorsque je suis arrivé en prison, il était 16 h et j’ai échappé à la cellule « arrivant ».
La cellule « arrivant » est, en théorie, une cellule à deux, comme les autres, elle se trouve au rez-de-chaussée. On y met ceux qui arrivent, de nuit, ou ceux qui arrivent, en soirée et que l’on ne sait pas où mettre ou pour lesquels, on (les chefs) sent un risque de suicide.
Rappel : la majorité des suicides ont lieu à l’arrivée, ou la veille d’un jugement, ou à l’issue du procès…
Elle est prévue pour 2, mais il y a 4 lits, elle a comme particularité d’être particulièrement peu accueillante, pour ne pas dire crasseuse, puisque personne ne l’entretient vraiment, les WC et le lavabo y sont répugnants, les matelas plus que douteux. A mon sens, ce devrait être le contraire, mais, en fait, on ne se préoccupe que peu de ton accueil et de ton confort en prison.
Comme je viens de te le dire, je n’y suis jamais passé, mais, comme « écrivain », j’ai eu l’occasion d’y passer quelques minutes pour exercer mon « ministère »… et malgré l’assurance d’y sortir rapidement, c’était, pour moi, éprouvant pour l’odorat et la vue…
Donc, dès mon arrivée, j’ai été mis en cellule avec un autre détenu, nous l’appellerons Gérard. Quand je suis arrivé dans « sa » cellule, il n’y était pas, c’était un vendredi, il devait être en sport.
Bref, le lit du dessus étant pris, je me suis installé dans le lit du bas. Ce que je me souviens très bien, ce sont ses premières paroles d’accueil : « Tu sais, je n’ai rien contre toi, mais moi, j’ai l’habitude d’être seul, aussi je souhaite que tu partes le plus rapidement possible, je l’ai déjà dit au surveillant, ils me connaissent ».
J’étais réceptif, sans plus, le premier repas se passa bien, n’ayant rien, puisqu’étant arrivant… il n’hésita pas à m’aider et me donna « café », non, Ricoré, et ce dont j’avais besoin.
Et dès les premiers moments de calme, il se mit à me raconter son histoire. J’avoue n’avoir, à ce moment précis, aucune envie de l’entendre, ayant moi-même déjà pas mal de choses, d’idées, de préoccupations en tête et mon souhait aurait été de rencontrer un peu de calme et de silence, mais je n’ai pas eu le choix. Il me fallait « écouter » et j’ai donc «écouter », sans prendre position, ne sachant à qui j’avais, en fait, affaire.
Gérard, la quarantaine, de corpulence normale, plutôt grand. Il était célibataire, dirons-nous, pour être plus précis « vieux garçon ». Il me dit avoir eu rarement une copine. Il travaillait, en intérim, comme soudeur (un métier recherché) et donc, il n’a jamais connu le chômage, malgré le statut précaire de l’intérim. Il vivait seul au RDC d’un immeuble collectif depuis de nombreuses années. Ses relations avec l’entourage étaient bonnes, il était apprécié des uns et des autres et sa nature « ouverte » faisait qu’il était souvent sollicité par des voisins « jeunes » et « moins jeunes » pour un coup de mains.
Or, depuis déjà quelques mois, il était accusé par la famille d’un jeune de 14 ans, d’attouchements sexuels, le jeune homme aurait passé une nuit dans son lit… C’est ce qui lui valait cette présence en prison, pendant l’instruction, mais il était innocent et avec multes détails sur sa vie dans son quartier, il m’expliquait l’origine de l’accusation.
En fait, le schéma classique (je l’ai appris par la suite avec d’autres exemples (cas) : jeune rejeté (maltraité) par sa famille, quasiment à la rue, fugueur, content de retrouver avec ses copains un adulte qui les accepte, les aide à bricoler leur mobylette, etc… Il reconnaît que sa porte n’était jamais fermée et que l’on savait où il mettait sa clef. Et s’il y avait eu une altercation avec la famille de ce jeune, c’était pour le défendre, et c’est cette altercation qui avait provoqué la déclaration mensongère.
J’étais réceptif et attentif. Il m’a expliqué, plusieurs fois, jusque tard dans cette première nuit « son affaire ». Malgré mes propres préoccupations, et une attention pas toujours au top, je commençais à cerner le personnage.
Après une nuit « normale », mais « courte »… le week-end commençait… et cela recommença. Entre temps, il m’avait laissé lui expliquer les raisons de ma présence et une certaine confiance s’était établie… et je ne rendais compte que pour sortir de la répétition des mêmes choses, il me fallait poser des questions et essayer de comprendre pourquoi cela lui arrivait et s’il y avait un échappatoire.
Certes, certaines attitudes, certaines circonstances peuvent avoir fait croire en sa culpabilité, mais il me produisait certains certificats médicaux et en particulier, la présence de certaines cicatrices bien visibles que « sa » victime aurait du voir… Il clamait son innocence, il était « accusé » de surcroît, vis-à-vis d’un mineur, et, dans ce cas, l’adulte est toujours suspect, coupable et condamné… Son refrain était : « Parole contre parole »… et il pensait que le doute devait lui bénéficiait. En fait, il n’en fut rien… et il fut condamné.
Avant de passer à la fin de la semaine que j’ai passé avec lui, je veux vous préciser que je l’ai retrouvé en Centre de Détention, où il fut placé dans l’unité des « pointeurs » (termes employés en prison pour cataloguer les auteurs de violences à caractère sexuel). En fait, il n’y resta que quelques mois, en effet, il fut transféré (déplacé) en raison d’ « agressions » consenties ou non, vis à vis d’un plus jeune. Aussi, aujourd’hui, je suis moins convaincu de son innocence…
Bref, revenons à cette première semaine. Comme dit précédemment, il « voulait » être « seul »… et dès le lundi, j’ai demandé à être « déplacé », puisque tel était son « souhait ». Pour ma part, à part ses bavardages et répétitions, je n’avais rien contre lui et ce, d’autant plus qu’étant « travailleur », il quittait la cellule pour 7 h 30, pour n’y revenir que vers 13 h 30 + repas + activités (douche, sport, bibliothèque, etc…), donc en fait, il n’était là que pour les repas et la nuit. De plus, il était très propre et très correct à mon égard, donc le partage de sa cellule ne me gênait pas. Un plus non négligeable, comme moi, il ne fumait pas… Ce que tu as, si cela te convient, vaut mieux que ce que tu ne connais pas… et ce, surtout en prison, ce fut toujours ma ligne de conduite, en ce lieu.

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.




02/07/07

Gérard – 2 -

Bref, il voulait que « je parte » et je m’y étais résolu.
La cohabitation ne posa pas de problème jusqu ‘au mardi soir, bien que chaque matin, alors que j’étais encore couché, il me disait, j’espère que tu seras plus là à midi (13h30)… Le mercredi, au retour des sports, il péta les plombs et m’agressa « verbalement », presque « physiquement » au point que le surveillant est intervenu. Une parenthèse : pourquoi est-il intervenu ? Je ne savais. Longtemps, j’ai cru qu’il avait entendu, par l’interphone, « ses » cris et « mes répons » comme quoi je n’y étais pour rien si j’étais encore là. Par la suite, j’ai appris que sur cet étage, les parlophones ne fonctionnaient plus depuis longtemps. Donc, je pense que l’intervention du surveillant n’a été provoquée que par le hasard (il passait devant notre porte) et par son courage (il n’est pas fréquent de voir un surveillant intervenir avant les coups et le sang…). D’ailleurs, plusieurs mois plus tard, j’ai croisé ce surveillant dont je ne me rappelais plus, mais qui, lui, se rappelait de moi et de son intervention, et je l’ai, à ce moment là, remercié pour les coups qu’il m’avait, assurément, évités…
Ce qui est sûr, c’est que le surveillant calma Gérard, lui assura qu’il interviendrait pour que mon départ intervienne…, me conseilla d’écrire, de nouveau, au chef pour renouveler ma demande. Ce qui fut fait. Ce qui est sûr et c’était de son devoir, ce surveillant fit un rapport comme quoi, il y avait eu une « altercation vive » entre nous.
A partir de cette agression « verbale », l’attitude de Gérard, à mon égard, changea de tout au tout. Il ne m’adressa plus la parole. Un mutisme impressionnant que mes demandes de réconciliation et mes promesses de solliciter mon départ n’ont pas résolu à rompre… Silence, accompagné d’une attitude « séparative », dans ce sens qu’avant, nous partagions notre repas, sur la même table (nous n’en avions d’ailleurs qu’une), à partir de ce moment, il préféra manger, debout, sur le rebord du coin « toilettes »… Ce fut, pour moi, un moment, des heures pénibles et ce, d’autant plus que je ne savais pas (et craignais) ce qu’il mijotait, peut-être des coups. Bref, cette nuit se passa sans vrai sommeil, mais sans incident, en silence, ou plutôt avec sa radio sur la FM (24h/24) – il n’avait pas la TV et n’en voulait pas. Le jeudi, vers 13 h 30, j’étais toujours là, - même silence, même tenu à l’écart, en fin d’après-midi, après nouvelle réclamation de ma part au surveillant, j’ai été appelé chez le chef qui, a priori, semblait au courant du problème et du personnage, et c’est à ce moment-là qu’ « ils » se rendirent compte que « ma » place n’était pas là, au 1er. J’étais à un étage « travailleur » alors que je n’avais pas l’intention de travailler aux ateliers, j’étais « vieux » et « super calme »… Avec concertation entre chef et sous-chef, ils me demandèrent si je voulais aller au JA (je ne savais pas ce que cela voulait dire), mais « mon souhait » était d’être en sécurité et au calme, et si possible avec quelqu’un qui ne fumait pas, mais çà on ne pouvait pas me le garantir…. Téléphone + décision d’attendre le lendemain, le chef du JA n’étant pas là, ce jour-là. Je les ai « supplié » d’appeler Gérard, pour lui confirmer mon départ « imminent »… Il se passa bien une heure entre mon retour en cellule et mon annonce de ce départ imminent et le moment où Gérard fut appelé. De retour, ces seuls mots après deux jours « pleins » de mutisme furent : « Tant que tu es encore là, tu es là » et le mutisme se poursuivit.
Le vendredi matin, au retour de la douche, vers 10 heures, le surveillant m’attendait pour me dire : « Prépare tes affaires, tu pars au JA »… Et je ne me suis pas fait prier…
Bon prince et parce que je venais de recevoir mes premières « cantines », je lui ai laissé un petit mot : « Sans rancune et encore Merci », et lui ai laissé quelques subsides en remerciement de l’aide matérielle et alimentaire apportée…
Pour clore sur Gérard, je vous dirai que je reste quelque peu « admiratif » sur sa volonté et sur son « mutisme ». Pour ma part, je ne m’en serai pas senti capable.
Sur Gérard, je voudrai encore te dire que c’est le détenu le plus procédurier que j’ai connu. Il n’avait jamais eu affaire à la Justice avant cette affaire. En fait, je n’ai jamais fait de courrier pour lui, il était capable de le faire lui-même. A tous les stades de son procès, avant, pendant, après, il a fait toutes les démarches possibles : libération provisoire, appel, cassation, sur chaque demande refusée. Sa ténacité, son obstination, son déterminisme m’avaient fait pensé qu’il devait être innocent. J’ai pensé cela jusqu’au jour où j’ai eu connaissance des faits qui se sont passés à Saint Mihiel.
Il était très têtu. Par exemple, je pense qu’il aurait obtenu une « libération provisoire », compte tenu des faits « réels » ou « supposés » assez légers et non vérifiables s’il avait accepté de changer de région. Mais il tenait à son studio qu’il occupait depuis 15 ou 20 ans. Encore aujourd’hui, il se bat pour que les HLM ne le mettent pas dehors, malgré une décision d’expulsion, et le fait qu’il a encore 3 ou 4 années de prison à faire et qu’il ne paie plus le loyer (bien sûr). Il se bat, en vain, certes, mais il se bat… son livre de chevet est le CPP (Code de Procédure Pénale). « Livre de chevet » est symbolique, car en pratique, le CPP ne peut pas être sorti de la Bibliothèque … Il est vrai qu’il m’interrogeait souvent sur le CPP qu’il interprétait « mal », mais il le connaissait.
Je parle au passé, bien qu’il soit toujours à Saint Mihiel et en détention, et s’il est vrai que je revoyais deux fois par semaine, à la bibliothèque, lorsque j’y étais « écrivain », ici, j’ai tenu mes distances, « Bonjour, Bonsoir », dès son arrivée.
Mais il me faut reconnaître que si je n’ai pas été rancunier à son égard, lui non plus, à mon retour au « grand quartier », il me remercia pour ce que je lui avais laissé, et plus tard, c’est par lui que j’ai obtenu une paire de chaussures « spécial prison »… que Victor (mon fils) affectionne tant… Nous n’avons jamais reparlé de son attitude « agressive » et, je sais que depuis, il a souvent eu un compagnon de cellule…

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Nota : Sur la journée du 14 ou 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
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04/07/07


Solidarité… oblige


Avant de passer au JA, je voudrai parler d’une première expérience de vie en prison qui date de quelques années, mais qui est très significative du stress « arrivant » et de la nécessité de « savoir » pour ne pas être surpris et pouvoir bien s’adapter…
En raison de ce qui suit, je m’en souviendrai toujours. C’était un Jeudi saint, le jour et l’année, je ne sais plus, mais c’était un Jeudi Saint, en Alsace-Moselle et c’est cela qui est important…
Pareil, j’y suis arrivé vers 15 h – 14 h 30. J’étais abasourdi, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Mon avocat était là, les flics enquêteurs aussi, et il me faut reconnaître qu’ils ont été cool. Ils m’ont conseillé de prendre le minimum : carte d’identité + argent et ils m‘ont laissé remettre à mon avocat mes affaires personnelles, ma serviette avec portefeuilles, cartes bancaires, clefs, carnets de chèques, etc… et même, comme j’avais très peu d’espèces sur moi, mon avocat sortit de sa poche un billet de 500 Frs… qui m’a été très utile…
Donc, très perturbé après les formalités d’arriver (greffe, fouille à corps, lieu inconnu, bruit des portes qui se referment…), je suis mis dans une cellule vide. Quelque peu abasourdi, je commets ma première erreur : je mange tranquillement le repas froid qui m’avait été remis, à mon arrivée à la Maison d’Arrêt, me disant que le reste pouvait attendre.
Et ce fut une erreur, car dans les papiers qui m’avaient été remis, il y avait, en particulier, l’explication du fonctionnement des cantines et le fameux bon « arrivant » qui est servi dans les 24 heures, au plus tard, et qui permet d’avoir des produits de première nécessité et/ou d’une utilité immédiate.
Bref, entre mon arrivée et le moment de ma « découverte », il se passa plusieurs heures dont la visite chez le chef (qui te reprécise tes droits et devoirs et insiste sur le fait qu’il entend que tu te trouves bien dans ses murs – donc pas de conflit et rappel de la possibilité de changer de co-détenu, si besoin est), l’installation de mon lit et… l’arrivée d’un compagnon d’infortune, un récidiviste donc qui connaissait la maison et qui me demanda si j’avais fait une commande « arrivant ». Surpris, je lui ai dit que non, et il me sembla dépité… je l’interroge et il m’explique que la galère allait durer quelques jours, lui n’avait pas de pognon (même pas du tout, mais cela, je l’appris que plus tard) et il était 16 h 30 passées, et les cantines « fermées »… et rappelles-toi, nous étions le Jeudi saint, en Moselle, ce qui veut dire : relâche pour… 4 jours : Vendredi saint (férié en Alsace-Moselle), samedi et dimanche (pas de cantines), lundi de Pâques (férié). Donc pas de possibilité, pour moi, pour nous, d’obtenir des produits de cantine « par le biais officiel ».

Et c’est là que la « solidarité » carcérale se mit en route. Mon co-détenu, je ne sais plus son nom, appelons-le Paul, pour simplifier. C’est alors que Paul aperçut dans la cour (aire de sport) qui était sous nos fenêtres, un « ancien » qu’il avait connu lors de son précédent séjour et il lui demanda de nous « dépanner » en café et en sucre. Par café, il faut entendre « Ricoré », car, en fait, dans la majorité des établissements pénitentiaires, le « vrai » café est interdit. A Metz, il n’y avait que Ricoré et Cicona et aussi, Maxwell, qualité filtre, décaféiné…, à Saint-Mihiel, il y a Ricoré et Nescafé (en pot de 50 gr) soluble, 100 % pur café. Pour ma part, je prends (cantine) ce dernier que je mélange à quantité égale avec le café de la prison (qui nous est donné, chaque soir, pour le lendemain matin). Je fais mon mélange, comme mon père faisait son mélange de thé… (Fermons la parenthèse).
Donc Paul parlemente et réussit à se procurer du café de ce détenu qui n’était pas de notre étage, donc, en principe, pas de possibilité de communiquer, en direct, mais après multes discussions, de part et d’autre et la complicité (passive) des surveillants (des deux étages) et la complicité (active) des auxi…, nous avons obtenu, vendredi, dans la matinée du café (Ricoré)… le sucre est arrivé plus tard, mais n’en consommant pas, ce n’était pas la catastrophe (pour moi), mais par contre, pas de possibilité de faire chauffer l’eau. Rappel, à Metz, au robinet, dans les cellules, il n’y a que de l’eau froide… Donc, nous avons été au Ricoré « froid » pendant 4 jours, sans TV… Donc, notre seule distraction : raconter nos malheurs mutuels.
C’est alors que j’ai appris que Paul était divorcé, avec une ex-femme qui l’avait ruiné (volé) et un fils dont il n’avait que peu de nouvelles, lui-même avait plus de 60 ans, donc, à l’époque, mon aîné de 8 ans. Il vivait seul, sa passion et son activité principale de retraité était de fréquenter les bals « 3ième âge » de son secteur, car il aimait bien danser. Il était là pour avoir menacé, l’arme au poing, pour la énième fois, son voisin garagiste qui garait ses voitures sur son terrain et trottoir. Ce qui l’inquiétait, c’est le fait d’ignorer qui allait s’occuper de ses animaux : moutons, poules, lapins, etc…car s’il avait bien un locataire dans sa maison, il ne le croyait pas tellement motivé à lui rendre ce service lors de son passage « express » au sortir du tribunal avec les flics qui l’ont autorisé à prendre chez lui quelques vêtements. Bref, il était là pour …. jours.
La cohabitation s’est très bien passée. Il m’a initié au milieu carcéral, à ses usages, à ce qu’il faut éviter, à ce qu’il faut faire.
J’ai donc passé 29 jours avec lui, sans problème majeur. Il a été libéré quelques semaines après moi, après 45 jours de détention, et c’est moi qui l’ai ramené, en Meuse, et j’ai pu constater, de visu, que tout compte fait, il avait été « honnête » dans ses dires, en me disant la vérité, même si elle n’était pas reluisante… ce qui n’est pas fréquent en ce milieu, mais je pense que nous aurons l’occasion d’en reparler.
Sur cet épisode, je ne vois rien à rajouter, si ce n’est que, ce court séjour, m’a permis, à mon retour, de moins stressé et donc, au final, de m’y adapter plus rapidement, je savais ce qu’il y avait lieu de faire ou de ne pas faire.
Ma propre attitude et appréhension de l’arrivée en détention me font dire que, pour la quasi-totalité des détenus, ce n’est que la première fois qui traumatise. A la limite, pour un jeune ou un moins jeune, le fait de « revenir » en prison rend la chose banale et elle perd une grande partie de sa fonction qui serait de punir… nous en reparlerons aussi…
Un détail anecdotique, peut-être pas… Depuis mon premier passage en prison, j’ai toujours eu, en poche, ou dans mon portefeuille, un billet de 200 Frs… au cas où… et donc, lors de mon retour, je n’ai pas eu besoin de faire appel aux bons services de mon avocat, pour me « dépanner »…

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06/07/07 : au J.A. :

Jacques :

Après cette première semaine avec Gérard, j’ai « émigré » au JA (quartier Jeunes adultes). Emigré est le juste mot, car, en fait, il est nécessaire pour aller au JA de changer d’aile du bâtiment, et donc, ce secteur, bien séparé de la plus importante partie de la prison, est un petit immeuble de 3 niveaux.
Le 1er niveau est réservé au SMPR (secteur médicalisé) qui reçoit les détenus (de toute la Lorraine) qui ont besoin de soins psychiatriques, les surveillants n’y assurant que les va et vient et la distribution des repas. Quelques détenus y séjournent, d’autres y viennent que pour la journée et sont pris en charge par infirmières et animateurs psy.
Au 2ième niveau, le JA1, le mien, au 3ième niveau, le JA2, c'est-à-dire le secteur qui accueille les jeunes mineurs (13 – 18 ans), c’est une bonne quarantaine d’individus (nous y reviendrons).
Au JA1, il y avait trois catégories de détenus qui cohabitaient, dans une harmonie relative : des jeunes adultes (18 – 21 ans), des détenus auxi de services généraux, 6 à 8, et des adultes, plutôt vieux, ou, à protéger particulièrement, en raison de leur délit ou de leur âge, nous étions donc une dizaine, à mon époque. Depuis, ils sont plus nombreux, car il n’y a plus de cellule « seul ».

Pour ma part, je fus affecté à une cellule prévue pour quatre où depuis plusieurs mois, ils n’étaient plus que deux… d’où l’accueil un peu froid que j’ai reçu.
Il y avait deux lits superposés, il m’a été donné un lit de dessus, ce qui m’a convenu. Au départ, nous n’avions que deux tables, ensuite, nous en avons récupéré une troisième. Au niveau « armoire », il y en avait trois (au lieu de deux), si bien que chacun a eu la sienne. Je n’ai pas souvenir (oh, là… comme on oublie vite) que nous ayons été 4. Donc, à 3 dans une cellule de quatre, nous étions « bien »… Ce que je peux te dire, c’est qu’au niveau « équipement » individuel, nos étions bien mieux lotis que les cellules pour deux et les autres cellules de quatre, où ils y avaient 4 occupants…
Mais cela vous a déjà été expliqué en d’autres moments (dans « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul-Denis).

Parlons, comme prévu, des occupants. Ils étaient deux.
Jacques, ancien pompier de métier, pas encore jugé, bien sûr innocent, accusé d’agressions sexuelles sur… (je n’ai jamais trop su), mais je viens d’apprendre qu’il avait enfin (3 ans d’attente) été jugé et qu’il avait pris 12 ans et qu’il en était satisfait… ce qui me laisse supposer que « son » délit devait être grave, il n’en a jamais parlé, et comme je ne pose pas de question… Il devait avoir autour de la soixantaine. Il était peu bavard et avec lui, il y avait deux sujets qu’il ne fallait pas aborder : la politique ou plutôt, « les hommes politiques » et l’argent ou plutôt « ceux qui ont de l’argent »… A part cela, c’était lui l’ancien (au niveau ancienneté dans la cellule), il y régnait en « maître »… pas en « dictateur ». Il avait une particularité… il ne proposait « jamais » rien, mais quand tu lui demandais quelque chose, il refusait « jamais »… mais il fallait demander. Sa passion était les mots fléchés ou croisés, je ne sais trop, et tout son temps libre passait dans cette activité. Il tenait un espèce de « carnet de bord » (que, bien sûr, je n’ai jamais lu) mais il y écrivait une vingtaine de lignes par jour. Par contre, il écrivait tous les jours à sa femme (2ième épouse après un divorce) une longue lettre avec dessin, etc. Encore aujourd’hui, je me demande bien ce qu’il pouvait lui raconter, et ce, d’autant plus que sa femme devait les recevoir « en paquet » puisque, non jugé, tous ces courriers passaient par le Juge d’instruction. Pour sa part, il recevait aussi les réponses « en paquet », mais peut-être pas autant qu’il en envoyait.
Au sein de la détention, il était « écrivain-bibliothécaire » bénévole du JA, car il touchait sa retraite qu’il avait prise à 55 ans, comme pompier. Il était assez fier de son « emploi »… Il revendiquait l’octroi de la TV gratuite, pour compenser cette non rémunération, mais je crois qu’il n’a jamais été satisfait.
Pour conclure sur lui, ce n’était pas un personnage très intéressant, très versatile, à prendre avec des pincettes, mais une fois qu’on avait compris et accepté cela, la cohabitation était « acceptable ».

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 7 ou 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 14 ou 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.




09/07/07

Hubert – Jacques – J.B.


Autre co-détenu, Hubert, plus jeune, moins de quarante ans, 36 si je me souviens bien, beaucoup plus intéressant au niveau humain. Il m’a bien accueilli et c’est lui qui m’a initié sur Jacques, pour éviter les conflits, et sur les habitudes de la cellule. Ils étaient, ensemble, depuis plus de six mois, tous les deux, sans un troisième, donc ma venue n’était pas désirée.
Hubert était là aussi pour agressions sexuelles et avait du prendre 7 ans, il en avait déjà fait 2 et attendait son transfert. Il avait un frère « surveillant » dans un centre de détention. Son ancienne profession était « éducateur » ou, en tout cas, il travaillait dans un centre où étaient accueillies des jeunes filles… d’où le délit. Lui ne niait pas une partie des faits mais prétendait qu’ils avaient été amplifiés par ses collègues de travail… va savoir…
Bref, pour moi, ce fut un compagnon d’infortune. J’avais plaisir à discuter avec lui, lorsque Jacques n’était pas là, car lorsque Jacques était là, il était le maître et pour éviter tout conflit, les échanges verbaux se limitaient aux banalités de la vie quotidienne de la cellule, de l’étage, de la maison d’arrêt… mais Jacques était souvent « absent » puisqu’il avait des permanences à tenir à la bibliothèque, même si ces »clients » étaient rares (rappel : JA = 18/21 ans, délinquants souvent en échec scolaire, donc la lecture…)
Avec Hubert, je m’entendais bien et nous nous entendions bien. Il était d’un abord facile et dès mon arrivée, il m’a mis à l’aise en me prodiguant conseils et aides. Lui, il travaillait, donc il quittait la cellule pour aller dans une salle (à côté de notre cellule qui nous servait aussi de salle d’activité-détente pour les week-ends et les jours sans travail – c'est-à-dire souvent) où avec quelques autres (vieux), il travaillait – en fait, ils faisaient des espèces de flots avec du ruban attaché par un morceau de scotch…il m’est arrivé d’aller les aider (mais nous en reparlerons), mais ce n’était pas vraiment passionnant et je préférais, de beaucoup, lire et écrire, pendant les longues heures où j’étais seul : Hubert au travail ( !) et Jacques à la bibliothèque.
Quand il nous a quitté, après plusieurs mois de cohabitation, j’étais un peu triste… surtout que je me retrouvais seul avec Jacques… ce qui m’était pas pour me remonter le moral. Mais cela ne dura pas longtemps. Lorsqu’ Hubert quitta Metz, il me laissa plusieurs de ses affaires (de confort, bricoles et autres) dont j’ai encore certaines. Il était très concret et bricoleur, astucieux et grâce à lui, notre cellule était pas mal aménagée et rendue plus pratique, rationnelle.
Il est donc en centre de détention, et je corresponds un peu avec lui… Il faut reconnaître que cet échange, c’est beaucoup de banalités, mais cela a l’air de lui faire plaisir, alors…
J.B. remplaça Hubert. Son prénom est Jacques, mais comme on avait déjà un Jacques, et comme il nous avait dit qu’il aimait bien le JB (whisky). D’ailleurs, c’était ses initiales. Lui, par contre, était bien plus âgé que nous, puisqu’il avait 72 ans. Je lui ai donc laissé mon lit (en effet, au départ d’Hubert, j’avais pris son lit (au Rdc du 2ième lit superposé) et j’ai repris ma place au dessus de Jacques… ce qui ne lui a pas trop plu, mais au dessus de J.B., j’aurais été en plein courant d’air et de plus, la vision couchée de la TV n’était pas bonne, aussi, je ne lui ai pas laissé le choix…
J.B. est un calme, très calme, trop calme, peu bavard, mais au demeurant, très blagueur et il nous sortait toujours des plaisanteries bien distrayantes… Je me suis bien entendu avec lui, et ce, d’autant plus que, bien que peu pratiquant, il accepta de prendre en charge la tenue de notre orgue (électronique) pendant les offices (messe) du dimanche et les préparations du samedi… donc, nous avions quand même quelques points communs.
Lui était là, il venait d’être jugé, en correctionnelle, pour agression sexuelle sur une de ses élèves (il était prof de piano, à domicile, de métier) dans des circonstances assez floues. Il nous a prétendu que c’était une machination : accusation de la fille (plusieurs années après) parce qu’il avait refusé les avances de la mère… Tout un programme : résultat = 1 an de prison ferme (à 73 ans) et 5 ou 7 années avec sursis (donc, non faites, s’il n’y a pas de récidive). Avec les grâces, il ne ferait que 9 mois et devait nous quitter en décembre 2002.
Départ qui a été fêté (à l’aumônerie)… et il n’est pas sorti… Une seconde affaire s’étant déclanchée, pour la même accusation… il espérait sortir en provisoire (en attente du 2ième jugement)… mais il était encore là, plusieurs mois après… J’espère, pour lui, qu’il sera innocenté… autrement il lui faudra faire sa nouvelle peine et la révocation du sursis (5 ou 7 ans, je ne sais plus…) et vu son âge… Par la suite, j’ai appris qu’il avait, de nouveau, été condamné, et il doit être, encore, en prison.
Il était vraiment sympa et même si nos échanges de conversation n’étaient pas d’un intérêt fondamental, c’était toujours distrayant et « intelligent », ce qui est déjà « exceptionnel », en milieu carcéral.
Vis-à-vis de nous, il n’a pas été très franc, car, par la suite, j’ai appris qu’il savait, dès juillet qu’il avait été mis en examen pour une autre affaire, mais je lui pardonne ce mensonge « pieux », car vraiment, en détention, il n’aurait pas (n’a pas) fait de mal à une mouche. Il était sûrement plus compréhensif que moi, en ce sens, que même si je n’avais pas d’animosité contre quiconque, j’évitais la « fréquentation » de certains, lui restait lui-même et savait s’adapter à chacun. Il est vrai que nous étions peu de vieux (une dizaine) et que nous vivions « en vase clos », sans nous mêler aux autres du JA. Mais parmi notre petit groupe, il y avait des cas… que je vais vous passer un peu en revue.
Tout d’abord, vis-à-vis de J.B., en fait, à son arrivée au JA, il n’était pas avec nous, il avait été mis dans l’autre cellule de 4, et ils étaient 4, nous 3. Dans cette cellule de 4, il a un peu souffert, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il ne fumait pas, les trois autres, oui, comme des pompiers, il se couchait tôt, les trois autres, non et même ils travaillaient en cellule, donc, même parfois (et souvent) la nuit, pour gagner plus, et ils lui faisaient de petites « vacheries », pas véritablement méchantes, mais « gênantes », stressantes… D’ailleurs, ces trois-là, je les connais peu, ils sortaient rarement de leur tanière enfumée.
Bref, quand Hubert a été transféré, avec Jacques, nous nous sommes bien rendu compte qu’ « ils » n’allaient pas nous laisser à deux, et avec la complicité d’un surveillant qui est intervenu chez notre chef de bâtiment, il a fait déménagé J.B.

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
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11/07/07 David - Ali

Donc, au JA, j’ai encore côtoyé, David, un intello, Bac + 5, un procédurier, copain ou amant d’une étudiante en droit… bref, la grosse tête, il était dans l’informatique, il a fait un procès à son employeur, aux flics qui sont venus l’arrêter, etc… Bref, vraiment le casse-pieds pour la justice et l’administration, jamais content, toujours à demander quelque chose, à râler parce que le journal qu’il cantinait, était lu, souvent par les surveillants avant lui. Pour se distraire (ou …) il s’était inscrit à des cours de… à Grenoble.
Avant le moment où je l’ai connu, il avait, déjà, été libéré en provisoire, et il est revenu après jugement + appel + … Bref, c’était un féru du Code pénal et du CPP…, prêt à donner des conseils, j’ai beaucoup appris avec lui, parce que, autant il était casse-pieds pour l’administration, autant il était sympa et prêt à rendre service à un autre détenu. Il y en a qu’un qu’il ne pouvait pas voir, mais nous en reparlerons.
Il avait vraiment le cœur sur la main et même, il était prêt à aider « financièrement », celui qui n’avait rien, en cantinant pour lui. Chaque semaine, il faisait la distribution de croissants... Lorsque nous jouions au tarot, il apportait toujours café et Choco BN. Plusieurs fois, j'ai voulu le "devancer", non, c'était lui... et il le faisait de bon coeur, sans arrière pensée.
Par la suite, pour je ne sais quelle raison, mais peut-être qu'il n'y en avait aucune..., il a été "sorti" du JA, pour être mis sur notre étage, donc je le voyais souvent à la bibliothèque, il n'avait pas changé, sauf que là, au grand quartier, il n'était pas question de tarot et de croissants, mais il était toujours aussi aimable et prévenant avec ceux qu'ils connaissaient et ses voisins. Toujours aussi casse-pieds pour l'administration.
Je ne sais par quel mystère, il a réussi à obtenir, en un temps record, une "libération conditionnelle" pour suivre ses études à Grenoble... Je pense qu'en fait, l'administration était contente de s'en débarrasser. Certes, il était "chicaneur", mais en fait, il était toujours "dans son droit", pour tout dire, il avait comme réflexe et obsession de mettre l'accent sur tous les dysfonctionnements (et ils sont nombreux) qu'il subissait ou dont il avait connaissance.
Il est vrai qu'être avec lui, en cellule, je crois que je ne l'aurai pas supporté, car il était un peu "m'as-tu vu" et employait le "je" et nous n'avions qu'à écouter.
J'ai oublié de vous dire qu'il était là aussi pour une affaire de moeurs consentis (à ses dires) ou non, je ne sais.

Un autre personnage du JA, c'est Ali. Un pauvre type, SDF ou presque, pas de famille, pas de métier, niveau CP, tout à fait inculte. Il était impliqué dans un meurtre d'un gamin de 12 ans qui a effrayé les journaux, en son temps.
Bref, il avait pris perpette, donc à vie, donc 30 ans maxi... Il avait autour de 35 ans... vous voyez l'avenir. Et autant David était ouvert à tous, autant Ali ramenait tout à lui, et était très égocentrique, à l'excès... je pense même qu'il ne s'en rendait pas compte, mais à force de faire, il énervait tout le monde... et avec le temps, plus personne, sauf J.B., ne lui parlait, pour beaucoup dont moi, la conversation se limitait à "Bonjour"... mais David, je ne sais pour quelle pécatille, tout à coup, l'a rejeté. Mais il avait l'art de se faire détester...

Quand "ils" ont commencé à vider le JA pour faire de la place pour les jeunes, il a été mis au grand quartier et je l'ai retrouvé et le voyais en promenade "protégé". Il s'était un peu calmé... mais j'ai cru comprendre qu'il avait reçu quelques coups et que cela l'avait calmé et que, maintenant, il ne se mêlait plus de ce qui ne le regardait pas... mais il a encore 25 ans à faire !
Il est vrai que si nous l'avons rejeté, cela me revient, nous en avions eu une bonne raison, pour cela, et je vais vous l'expliquer, pour vous faire comprendre comment, en milieu carcéral, tout peut changer, du jour au lendemain, et ce, pour peu de choses.
Donc, au JA, notre petit groupe de "vieux" avait quelques privilèges, dont le principal était, et ce n'était pas le moindre, de pouvoir utiliser la salle de détente, matin et après-midi, tous les jours, une grande salle pour nous dix, en fait 5 ou 6, car les autres ne sortaient pas de leur cellule. Donc, dans cette salle spacieuse, avec moquette, chauffeuses, petites tables, on pouvait y aller pour lire (le journal ou autre) et/ou pour jouer aux cartes, ou pour simplement discuter. Les 3-4 qui travaillaient "en cellule" s'étaient faits un coin pour travailler, ensemble, en musique, c'était plus sympa et convivial. Il m'est même arrivé d'aller les aider "bénévolement"...
Or, il s'est trouvé qu'Ali a eu à supporter les affronts de jeunes adultes (cousins de sa victime), il a même pris des coups, en cette occasion, il me semble.
Bref, cela a fait une histoire pas possible, et après cela, on pouvait aller dans cette salle mais pour notre sécurité ou plutôt pour celle d'Ali, la porte a été fermée par le surveillant et il fallait respecter les horaires et "devoir" aller au WC, était tout un problème... Et cet imbécile, je ne trouve pas d'autre mot, mais je crois qu'il faut le prendre au sens propre "faible d'esprit", cet imbécile d'Ali a continué et cela, malgré nos demandes et supplications, à narguer ses protagonistes (bourreaux), bien protégé, par la porte fermée, et les barreaux de la salle...
Bien sûr, notre "privilège" s'est su. Eux n'avaient qu'une salle "pourrie", plus petite que la nôtre avec une table de ping-pong... bref... ils se sont plaints (à mon avis, à juste titre). On ne pouvait pas leur donner tort. Résultat : salle réservée au travail, à la détente des vieux, les samedi après-midi et dimanche matin et après-midi, moquette retirée, chauffeuses retirées, radiateur mobile retiré, donc une salle bien banale, de surcroît froide (c'était l'hiver), même trop froide pour jouer aux cartes ou presque... On (David, surtout) avait essayer de négocier, et je pense que nous aurions pu obtenir satisfaction, à condition qu'Ali "accepte" de n'y plus paraître. Il n'a jamais voulu entendre raison. C'était son droit, au même titre que nous, c'est vrai... mais, il nous a fait bien "souffrir" et c'est une des raisons pour lesquelles, j'ai quitté le JA sans regret car les "avantages" d'y être, n'étaient plus ceux que j'avais connus, l'ambiance non plus. A cause de lui, chacun était replié dans son coin (sa cellule) et le seul moment où nous nous retrouvions, était la promenade. Et là, Ali marchait avec J.B., complaisant et compatissant, nous autres, en représailles, nous le tenions à l'écart...

Il y aurait peut-être encore d'autres choses à dire sur les détenus du JA, mais cela risquerait d'être lassant. Je vous ai "dépeint" ceux qui m'ont été les plus proches et les plus typiques...!

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13/07/07


Hervé - Maurice

Encore un cas, mais cette fois sympathique, c’est Hervé, un vieux de 70 ans, un ancien garçon de café, en retraite,…accusé et condamné pour attouchements sexuels sur sa petite fille. Il prétend que non… Mais il a été condamné et accepte cette condamnation. Il était peu bavard, mais il voyait son avenir, avec son épouse qui venait le voir, une fois par semaine depuis de nombreux mois, années… et surtout loin de tout ce qui était… « jeune ». Il était brouillé avec tout le reste de sa famille et n’espérait pas d’amélioration. En fait, il était résigné, ne demandait rien à personne, souhaitait qu’on le laisse en paix…
Il avait une passion ou une occupation, peut-être l’avait-il démarrée en prison, celle de créer des mots croisés. Il en faisait du matin jusqu’au soir, sa seule sortie était la promenade, entre midi. N’étant pas adepte de ce sport cérébral, je ne pouvais qu’admirer sa ténacité. Chaque semaine, il envoyait sa production à son épouse qui s’efforçait de les résoudre. Sa seule ambition était de passer son temps et de réaliser cet échange avec son épouse.
En vous parlant de lui, je vais vous donner un exemple de ce que l’on peut parfois faire, avec un rien, pour combler un autre détenu. Je savais qu’il avait comme seul outil de travail : un dictionnaire. Lorsque j’ai été à la bibliothèque du grand quartier, j’y ai trouvé un dictionnaire/répertoire de mots en 2, 3, 4, 5 et plus lettres… J’en ignorais l’usage lorsque, au bout d’une année, j’ai eu un flash et je me suis dit que ce devait être bien utile pour les cruciverbistes… Je ne m’étais pas trompé et je lui ai « offert » (au nom de la collectivité ignorante et qui n’en avait nul usage). Je crois que je ne pouvais pas lui faire plus plaisir, il m’a semblé qu’il en ignorait également l’existence, ce qui me confirmait son goût nouveau (et en prison) pour les mots croisés… A ce jour, comme il doit être encore en prison, il doit encore me remercier, chaque matin…

Je ne peux pas quitter le JA, sans vous parler de Maurice. En fait, je ne l'ai connu qu'après mon départ du JA. A priori, je n'avais aucune raison d'y revenir. Mais en pratique, certains dimanches, sous prétexte d'aller y prendre des informations ou documents pour ma fonction d'écrivain, j'y suis retourné jouer aux cartes avec les anciens et c'est là que je l'ai connu. Puis par la suite, j'y suis revenu, toujours les dimanches après-midis, pour discuter avec lui et "revoir" mon dossier, mon affaire et la sienne. Il m'était agréable de dialoguer avec lui, car il avait de la conversation et on pouvait parler de tout et de rien, de l'actualité, de nos problèmes réciproques, "avec intelligence et intérêt", ce qui est un fait assez rare pour être "noté".

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27/06/2007

Le parcours du détenu.... 3/3

Le Parcours du détenu (prévenu / condamné) 3/3

Le condamné :

Il est là pour purger sa peine. Si elle est inférieure à 12 mois, il restera en Maison d’arrêt (MA). Si la détention doit durer plus de 12 mois (remises de peine déduites), la MA ne sera, en principe, qu’une étape et d’ici 3 ou 4 mois, il devrait aller en Centre de détention (CD) ou Centrale.

Le prévenu :

En théorie, il est considéré comme « présumé innocent » jusqu’à son jugement.
Au cours de cette détention provisoire, il sera entendu une ou plusieurs fois (autant que nécessaire) par le juge d’instruction qui préparera son dossier qui sera présenté à un juge.
Pendant sa détention provisoire, le détenu peut demander sa remise en liberté, s’il juge que celle-ci n’a pas (plus) de raison d’être. Le juge d’instruction peut (souvent) ne pas être de cet avis. On peut faire appel d’un refus. La libération provisoire peut être demandée dès l’arrivée en prison, puis renouvelée chaque 20 jours.
Pour préparer son jugement, le prévenu peut rencontrer son avocat, autant de fois que nécessaire.
La détention faite avant le jugement sera décomptée sur la peine décidée par le tribunal, aussi il n’est pas toujours judicieux et agréable de sortir quelques mois pour y revenir après le jugement. A chacun de faire son choix.

Le jugement :

Il est possible de faire appel d’un jugement.
C’est une étape importante dans la vie du détenu, car outre le fait qu’il est en mesure de connaître la durée de son temps de détention, il va changer de régime et passera du statut de prévenu à celui de condamné.
En pratique, cela, au départ, ne changera pas grand-chose si ce n’est que les parloirs possibles ne seront plus que 2 au lieu de 3 pour les prévenus, et les jours changent. Le courrier arrivera plus vite (plus de passage chez le juge d’instruction). Mais au final, s’il lui reste plus de 12 mois de détention à faire, il devra (devrait) aller en Centre de détention ou en Centrale (si la peine restant à faire est supérieure à 5 ans).

Le Centre de détention :

Il ne regroupe que des condamnés. On y arrive donc qu’après un jugement, en principe, après un minimum de 3 ou 4 mois en MA.
Le régime y est dit « ouvert », c'est-à-dire que la porte de la cellule est ouverte, tout le temps (le détenu a une clef), sauf pendant le repas de midi et la nuit de 19 h à 7 h. Chacun a sa cellule.
La circulation (contrôlée) dans l’établissement est libre et chacun doit se prendre en charge pour se rendre aux activités (en MA, on vient vous chercher). On peut téléphoner, les parloirs ont lieu les week-ends et jours fériés.
En attendant la jour de la sortie, on est sensé y préparer sa réinsertion.
On retrouve les activités qui existaient en MA. Parfois, on peut y suivre des formations qualifiantes, mais il y a peu de places.

Les possibilités de réduire le temps de détention :


Outre les remises de peine pour bonne conduite et les grâces présidentielles, le temps de détention peut être réduit par différentes procédures :
. la confusion de peines si le détenu purge plusieurs condamnations,
. la non-révocation d’un sursis, si une peine avec sursis avait été prononcée, précédemment à celle qui l’a conduit en prison, et qui, alors, sera à exécuter,
. la libération conditionnelle, c’est la remise en liberté, avant la date prévue, sous certaines conditions (travail, hébergement, famille, etc…) et avec un certain nombre de contraintes – contrôle,
. le placement extérieur, c’est de la réinsertion « dehors », encadrée ; mais les places sont limitées,
. la semi-liberté, c’est comme la libération conditionnelle, cependant le détenu doit « dormir » en prison, en général, les week-ends sont libres,
. le placement sous surveillance électronique, c’est comme la libération conditionnelle, le détenu porte un bracelet électronique qui le relie à la prison. Il ne peut circuler librement, à certaines heures.

Il est possible d’obtenir une permission de sortir pour raisons familiales (décès, mariage, etc…) ou sous certaines conditions.


Quelques mots (soulignés dans le texte) expliqués :

Aide juridictionnelle
: prise en charge totale ou partielle (selon les revenus du demandeur) des frais d’avocat (forfaitaires) par la Justice. On peut choisir son avocat, il n’est pas obligé d’accepter. L’avocat peut être « commis d’office », c'est-à-dire désigné (et pris en charge) pour assurer la défense d’un délinquant ou de sa victime.

Appel : voie « normale » de recours, en vue de réformer ou d’annuler une décision prise, en premier ressort. Doit être fait dans les 10 jours. En général, l’appel est suspensif de l’exécution de la peine. Ne pas faire appel signifie, en pratique, que le condamné est d’accord avec le jugement en premier ressort. Le procureur a deux mois pour faire appel, s’il juge la sentence rendue (condamnation) insuffisante.

Avocat : son rôle = conseiller, représenter (à la place de), défendre. Il peut être choisi (payant) ou « commis d’office ». On peut le rencontrer « sans témoin ». Les honoraires d’un avocat (payant) sont dits « libres », donc, discutés de gré à gré. Il est préférable de prévoir une convention d’honoraires, en début de procédure pour éviter les mauvaises surprises. Les honoraires sont fonction de la difficulté du dossier, de la notoriété de l’avocat, de la solvabilité/richesse du mis en cause.

Certificat de présence
: attestation faite par l’établissement pénitentiaire qui certifie (justifie) la présence du détenu dans ses murs. Il n’indique pas le motif d’incarcération, ni le statut du détenu (prévenu, condamné). Il indique, de plus, la date d’entrée en prison, même si ce fut dans un autre établissement. Il ne peut être refusé. Il n’y a pas à justifier de son usage. Il peut être utile à la famille pour obtenir certaines aides…

Code pénal : CP = Livre volumineux qui renferme tous les textes législatifs, concernant la répression des infractions ou crimes, sous toutes ses formes. Il fixe les peines maximales.

Code de Procédure Pénale : CPP = Le complément indispensable du CP. C’est lui qui renferme les conditions d’application du CP et le déroulement des procédures. Il organise la Justice…

Fouille à corps (nu) ou par palpation : avant et après chaque sortie ou contact avec quelqu’un de l’extérieur (parloir ou extraction – sortie hors de la prison) : étape obligée pour s’assurer que rien d’interdit ou de dangereux ne pénètre dans une prison. La cellule peut aussi faire l’objet d’une fouille…

Pécule : la Provision Alimentaire Mensuelle (non saisissable) est de 200 €uros.
Elle comprend toutes les sommes que le détenu perçoit : mandats-cash ainsi que salaire s’il travaille (atelier ou auxi) ou rémunération de stage.
Une répartition est faite. Elle ne pénalise pas les plus démunis, ceux qui disposent de beaucoup d’argent, remboursent plus les Parties Civiles : le barème est le suivant : jusqu’à 200 € : aucune retenue ; de 200 à 400 € : 20 % de retenue ; de 400 à 600 € : 25 % ; de 600 à 1000 € : 30 % ; au-delà de 1000 € : 10 %.
En plus, pour le pécule de libération (épargne obligatoire qui est rendue à la libération), il est également retenu 10 % sur la partie supérieure à 200 € (plafonné à 1000 €, donc de 201 à 1000 €).
Prenons un exemple : Si le détenu dispose de 650 € (salaire + mandats) pour un mois. Il lui sera donc retenu : pour les Parties Civiles : rien sur les 200 premiers €uros, 20 % donc 40 € (de 201 à 400 €) + 25 % donc 50 € (de 401 à 600 €) + 30 % donc 15 € (601 à 650 €), soit 105 €uros ; pour le Pécule de Libération : rien sur les 200 premiers €uros, 10 % donc 45 € (de 201 à 650 €) ; il restera donc pour le Pécule disponible (cantinable) : 650 € - 105 € - 45 € = 500 €.
La majorité des détenus ne disposent pas, souvent, de plus de 200 €.

Permission : permission de sortir, d’aller « dehors ». Elle peut être obtenue à demi-peine (en MA), au tiers de la peine (en CD). Elle dure de 1 à 3 jours ou plus, une fois par an : 10 jours. Sa demande peut être renouvelée, chaque trois mois. Elle peut être ajournée, par le JAP.

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

25/06/2007

Le parcours du détenu.... 2/3

Le Parcours du détenu (prévenu / condamné) 2/3

La santé :

Le détenu est pris en charge par la Sécurité sociale (ainsi que ses ayants-droits) et l’administration pénitentiaire. Il est soigné par du personnel médical (infirmier, médecin, spécialiste), rattaché à un hôpital « civil ».
Donc, à priori, il est aussi bien soigné que s’il était « dehors ».
Les problèmes rencontrés se situent surtout dans les délais d’intervention et l’absence de personnel médical, la nuit. Il lui sera possible de poursuivre les traitements en cours et d’en avoir d’autres, pour calmer son stress et les problèmes qu’il rencontrera en détention (maladie, blessures, insomnie, nervosité, drogue, etc…).

Les activités :

Elles permettent au détenu de sortir de sa cellule, elles sont, cependant, peu variées et réduites (en durée) :
. promenade, c'est-à-dire, tourner en rond pendant 2 heures, le matin et l’après-midi,
. bibliothèque, 1 ou 2 fois par semaine,
. sport, 2 fois par semaine, pendant 2 heures,
. école, selon le programme choisi,
. quelques activités ponctuelles et/ou culturelles.

Le travail :

En théorie, il est possible de travailler, en prison, mais, en pratique, le nombre de places est limité.
Les ateliers proposent, principalement, du travail de manutention (conditionnement de produits divers). Il est possible de travailler comme auxi (auxiliaires), c'est-à-dire, pour assurer l’entretien de la prison et les services communs (cuisine, services d’étage, etc…).
Les rémunérations sont faibles, souvent en dessous de 120 €/mois.

Le courrier :

Le détenu peut écrire et recevoir du courrier. On peut lui envoyer des timbres, des photos, des documents relatifs à la scolarité de ses enfants, tout document qui ne peut être considéré comme dangereux pour la sécurité de l’administration, des biens et des personnes.
L’arrivée du courrier est un moment attendu. Quelques mots suffisent pour mettre le moral au beau fixe…
Il faut savoir que le courrier est contrôlé, à l’arrivée et à la sortie, par l’administration pénitentiaire si le détenu est « condamné », par le juge d’instruction (ce qui explique le délai d’acheminement, parfois long) si le détenu est « prévenu ».

Les parloirs :

C’est la possibilité pour les familles et amis de rendre visite au détenu. Il faut obtenir un permis de visite.
Les jours et durée des parloirs varient d’un établissement à l’autre. Il ont lieu, en semaine, en Maison d’arrêt, les week-ends en Centre de détention et Centrale.
Le parloir est toujours un moment « attendu », c’est pour le détenu la preuve qu’il existe, que quelqu’un pense encore à lui. C’est, aussi, un moment « difficile », car il plonge le détenu dans la vie extérieure et c’est, souvent, à cette occasion, que les mauvaises nouvelles arrivent… et cela casse le moral…pour plusieurs jours.
Le parloir est un droit du détenu, sauf si… le juge d’instruction pense que le contact avec ce visiteur peut contrarier l’instruction. Le permis de visite peut être « suspendu » en cas de problème lors d’un parloir.
Il est interdit d’amener de la nourriture au parloir (sauf à l’occasion des fêtes de fin d’année : 5 kgs).

Les sanctions :

S’il ne respecte pas le règlement intérieur ou le Code de Procédure Pénale (CPP), le détenu peut être sanctionné, après un passage au prétoire (tribunal interne à la prison) devant la commission de discipline.
Les sanctions sont multiples et peuvent aller jusqu’au mitard (cachot) et la suppression de parloirs et des remises de peines.

Le travailleur social :

Il est le lien entre le détenu et l’extérieur. Il est le lien entre la famille du détenu et le détenu.
Il peut être consulté et sollicité pour résoudre les problèmes que le détenu et/ou sa famille rencontre pour organiser leur nouvelle vie (sans le détenu).
Il aide le détenu à préparer sa réinsertion et sa sortie.
La famille peut lui demander un certificat de présence. Le détenu peut faire cette demande, directement, au greffe.

Les remises de peines :


Dès la mise à l’écrou (entrée en prison), ou dès la mise à exécution de la peine (après le jugement et tous les recours possibles), pour les personnes déjà détenues, il est accordé à tout condamné un crédit de réduction de peine (CRP), il remplace les RPO (Remise de peines ordinaires), pour « bonne conduite ».
Ce crédit est calculé sur la base de la condamnation prononcée (c’est le greffe qui informe le détenu) : soit 3 mois pour la 1ère année de détention, 2 mois pour les années suivantes, 7 jours par mois pour une année incomplète.
Attention : lorsque le condamné est en récidive légale, le CRP est réduit à 5 jours par mois, si la peine prononcée est de moins de 12 mois. Si la peine est supérieure à 1 an, le CRP sera de deux mois pour la première année, à un mois pour les années suivantes et à cinq jours par mois (dans la limite d’un mois) pour la partie restante.
RPS (Remise de peines supplémentaires) : elle est prononcée par le JAP (Juge d’Application des Peines), annuellement : primaire (condamné pour la 1ère fois) : maxi 3 mois ou 7 jours par mois pour une année incomplète. Détenu en récidive légale (ayant déjà été condamné pour des faits similaires) : 2 mois par année ou 4 jours par mois pour une année incomplète.

Grâces :

Elles sont accordées par le Président de la République, à l’occasion de son élection, et chaque année, au 14 juillet.
Elles sont de 15 jours par mois restant à faire (maximum 4 mois). Si le condamné n’est pas incarcéré, 2 mois, quelle que soit la durée de la peine. Il y a une trentaine d’ exclusions dont trafic de stupéfiants, atteinte (crime et délit) à la personne d’un mineur de moins de 15 ans, violence/rébellion sur agent de la force publique, homicide involontaire à l’occasion de la conduite d’un véhicule, condamné à plus de 7 ans de peine… Ce qui fait beaucoup d’exclus…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
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