logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

25/07/2007

Le petit délinquant

« Le petit délinquant » :

Il ressemble, en de nombreux points « au voleur », mais ses motivations sont autres.
Je pense qu’au départ, il y a toujours eu un « appel au secours » : un besoin de se manifester, d’être reconnu.
C’est assurément, le délinquant le plus difficile à cerner, mais aussi le plus en souffrance.
Quand je parle de « petit délinquant », j’entends celui qui arrive en prison en raison de l’accumulation de ses petits méfaits. Cela passe, souvent, par la conduite de véhicule (parfois grosse cylindrée) sans permis, sans assurance, bien sûr, souvent « petit voleur » à la tire, quelques « petits » braquages, avec violence ou menace de violence, celui qui est toujours au milieu d’une bagarre sans pour cela en être l’instigateur. Bref, il est capable de tout, il fait souvent partie d’un groupe, d’un clan, et « ses délits » sont en rapport avec la nécessité d’affirmer une présence, une autorité, il n’est pas forcément le meneur, il est le participant à tout…

Avant d’arriver en prison, il a un parcours, parsemé de révolte et de ses manifestations. Ses délits sont multiples et très divers.
En fait, il rejette tout, toute autorité, aussi bien la loi que l’autorité parentale ou d’éducation (école). Toute contrainte l’énerve et lui donne l’occasion de se révolter.
Cela passe par le plaisir de la conduite répétée sans permis de conduire. Souvent, il aurait eu la possibilité (et les moyens) de le passer ce fameux permis… mais il ne le fait pas. C’est le jeune qui quitte la maison familiale en révolte, pour échapper à l’autorité et vivre sa vie : comment, il ne le sait pas toujours, mais il sait qu’il y arrivera… et il y arrive. Beaucoup de ceux que j’ai rencontrés, parlent avec « satisfaction » de cette période de liberté, où tout était possible et permis, bien hors la loi, mais la loi, il ne la connaît pas, il ne la connaîtra que par force, le jour où il sera arrêté et jugé.
Il est, bien sûr, à l’occasion, voleur, parfois (et souvent) avec violence (ou menace de violence). Il est passé maître en trafic de toutes sortes. Il peut même à l’occasion être « dealer », toucher aux stupéfiants. En général, il vit bien, n’a pas de remords, ne réfléchit pas. Il prend ce qu’on ne lui a pas donné.

Pour le comprendre, il faut chercher le point de départ. Pourquoi cette révolte permanente ?
On la trouve souvent au sein de la famille : parce qu’il n’était pas entendu, écouté. Personne ne s’occupait de lui, et ce, pour de multiples raisons. Bien sûr, il y a là, encore, la famille désunie, sans père, sans autorité mais aussi sans modèle. Un de ses premiers rejets sera l’école, non pas par « incapacité intellectuelle », car souvent, il est très intelligent, il est vif et comprend vite, il sait s’adapter. Il est vrai que le personnel enseignant devrait pouvoir les repérer, mais il est rusé et malin, il a toujours une bonne excuse, il signe le cahier de correspondance à la place de ses parents, jusqu’au jour où il aura une double vie : pour sa famille, à l’école, pour l’école, à la maison, en fait, ailleurs, à traîner, à commencer ses bêtises..., souvent l’emprunt (le vol) d’une première voiture dès 13-14 ans, le premier braquage, dès 15-16 ans…
Comme il doit s’affirmer, il a souvent sa bande, même si celle-ci ne fait que « l’admirer »… il a besoin de paraître.
Il est fier de lui, de sa nouvelle liberté. Peu à peu, mais d’une façon inévitable, il s’enfonce, de plus en plus, dans l’interdit. Il devient fugueur, revient souvent. Qu’a-t-il fait, pendant sa fugue ? Personne ne le saura. Le sait-il lui-même ? je n’en suis pas sûr… il a vécu… sans entrave. Le retour à la maison… ne se passe jamais bien… s’il reste « toléré », il reste aussi « incompris » et personne ne se manifestera sur sa route pour comprendre son geste.

Et tout cela y va crescendo. L’escalade est vite à son top. En général, lorsqu’il est pris, s’il passe au tribunal, ce sera une peine avec sursis, un TIG (travaux d’intérêt général), mais non mis en application, des jours-amendes (pour l’obliger à travailler) = quelques euros par jour pendant x jours.
Mais le problème est là. Il reste « libre ». Personne ne le prend en charge. Parfois, il est censé être pris en charge par un éducateur, mais c’est souvent un leurre : un passage obligé quelques jours. Bien vite, l’éducateur, dépassé, pris par le temps et le nombre de dossiers (gars) à suivre, ne court plus après celui qui lui échappe.
Le délinquant est encore jeune, 16-17 ans, avec déjà un beau palmarès et le passage chez « le juge pour enfants » de nombreuses fois. A chaque passage, c’est une nouvelle sortie « en triomphe » parmi sa bande… une nouvelle marche montée…
Il m’est difficile de cerner l’origine du malaise, mais ce qui me paraît évident, c’est qu’il y a eu, à un moment ou à un autre, un appel au secours qui n’a pas été entendu. Et pris dans l’engrenage, il ne peut s’en sortir seul.
Il existe des structures, souvent pour les plus jeunes, 12-15 ans, pour les plus durs, dangereux.

Nous avons ici, un éducateur qui travaille dans un centre pour ce type de jeunes (il fait et s’occupe de « Santé par le sport »), souvent je discute avec lui.
Pour lui, venir ici, est une détente (même si tout ne se passe pas toujours très bien). Il est dans une structure qui recueille, maxi, une douzaine de jeunes, pris en charge à 100 %, 24h/24, à qui il faut tout apprendre, qui n’ont plus aucun repère, et il me disait que le plus dur est effectivement de recréer, la cellule capable de recevoir ce jeune à qui tout repère manque et qui est en demande de repères.
Ces structures « mixtes » - au niveau jeunes et encadrement (pour ressembler à une grande famille) sont trop peu nombreuses, et très coûteuses. Il y a plus d’adultes (18) que de jeunes (12). Le coût tourne autour de 300/400 €/jour, mais les résultats sont quand même là : plus de 70 % sont récupérables (c’est pour cela qu’ils sont là), 50 % sont récupérés et repartiront après quelques mois, années, dans leur famille d’origine si elle est capable de les recevoir (ce qui n’est pas toujours le cas) ou, pour le moins, dans une structure « plus ouverte » où ils pourront vivre et s’épanouir « sans délinquance » après un apprentissage professionnel et une réinsertion sociale. Mais, c’est dur, et les cas sont surprenants, rien ne peut être « prédit », prévu d’avance, au moins lorsqu’il s’agit d’un retour à la normalité.
Pour l’avenir de certains, il est tout tracé… et nous les retrouvons ici.

Ici, ils sont encore « des cas » difficiles à cerner. Au départ, ils sont là, surtout en raison du « raz de bol », de la Justice. J’ai rencontré, un jeune qui, à 19 ans, avait, déjà, eu affaire avec la justice (jugement) 7 fois… ! Ce qui laisse supposer qu’avant d’en arriver là, il avait, déjà, fréquenté les bureaux de la police, d’éducateurs, de juges médiateurs, un nombre de fois, plus que « nombreux ».
Je ne dirai pas qu’ils sont « irrécupérables »… mais ce passage, en prison, était devenu une nécessité.
Mais ici, aussi, il sera un incompris. Sa nature, en révolte, prend souvent le dessus, et il arrive mal à se dominer. Il est souvent « bagarreur » pour un rien… il est rarement « meneur »… car il n’en a pas la possibilité, pas les moyens… ici, les meneurs sont ceux qui en ont les moyens (financiers). Ils « achètent » leur autorité, ce sont souvent les dealers.
Souvent, on ressent en eux, une certaine profondeur.
Souvent, ils prennent conscience de l’absurdité de ce qui leur a valu d’être en prison. Ils sont pleins de « bonnes intentions », et leur refrain le plus fréquent est : « C’est la dernière fois », « je ne reviendrai plus », « j’ai compris ».

Affirmer que ce sera possible… j’en doute, si ce « passage obligé et contraint » ne lui a pas permis de reprendre de « bonnes habitudes » qui doivent passer par une remise à niveau scolaire, une formation, ou tout au moins, un travail « régulier », même si cela n’est pas très motivant, mais le fait de « s’obliger » à certaines contraintes est déjà un plus qui le change de son ordinaire passé.
Ce qui est très néfaste et habituellement admis, lors de ce retour à « la normale », c’est que ce jeune est souvent rejeté de sa famille, si famille, il y a encore… même si le rejet n’est pas total… on lui fait bien ressentir que ce qu’on avait prévu… est arrivé et que c’est bien de sa faute. Ce rejet pèse sur son équilibre affectif et souvent, compromet toute réinsertion sincère… Il lui manque un soutien indispensable. Souvent, il se ment à lui-même, il ment aux autres et la difficulté est d’arriver à faire le tri, entre ce qui est la réalité et ce qui fait partie de ses fantasmes. La part d’affabulation est importante… je le crains fort…

C’est souvent, quand tu as su l’apprivoiser, un détenu attachant, en détresse psychologique.
Pour moi, sans une aide efficace « à sa sortie »… il ne tiendra pas et fera un
aller-retour. Souvent, cette aide arrivera à travers la cellule familiale (frère, sœur, pas toujours parents) qui a compris le soutien qu’elle doit apporter. Au niveau de la société, rien n’est fait… Il est jeté en pâture aux problèmes quotidiens de survie…
Et c’est ceux-ci qui vont l’empêcher de mettre en place ses bonnes résolutions « d’avant-sortie »…

………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique