logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

30/07/2007

Le délinquant sexuel

« Le délinquant sexuel » :

C’est le plus impénétrable. C’est dans cette catégorie que l’on trouve le plus grand nombre de « condamné-innocent » ou de « innocent-condamné », je ne sais quel terme il faut employer… !

Est-ce vrai ? Pour le condamné, assurément, pour la Justice, certes non, puisqu’elle l’a condamné.
On y retrouve les violeurs de toutes sortes, les proxénètes, les pédophiles, etc…
On peut les diviser en deux catégories. Ceux qui, a priori, se sentent coupables, et paient « en silence » leur dette, vis à vis de la société et de leur victime. On ne les entend pas. Ils font partie de ceux qui sont les plus calmes et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, en raison de leur délit-crime, ils sont rejetés par les autres détenus. « On » ne leur parle pas. « On » ne leur sert pas la main.
Rappel, ici, le serrement de la main est un signe fort de lien « amical », de reconnaissance, d’acceptation, j’allais dire de « communion », mais c’est un peu cela. Si certains refusent de te serrer la main, c’est qu’il te considère comme « pointeur » (violeur) et là, il faut faire quelque chose, pour enlever cette image négative et fausse. Ils font l’objet de propos blessant et pour eux, le mieux est de ne pas répondre. « Manifester », toute riposte « directe » provoque la colère, et l’agression physique (des coups, des croche-pieds, etc…) n’est pas rare.
Ici, comme partout, ils sont protégés, souvent ils sont réunis dans le même quartier, et cela, aussi bien pour leur sécurité que pour éviter les provocations gratuites. Je ne sais si c’est bien de les « cloîtrer », mais certains parmi eux ne semblent pas en souffrir, bien au contraire, mais c’est quand même une ségrégation, un certain racisme. Même si cela se comprend et si leur délit est dur « à accepter », « à comprendre », cette mise à l’écart, si elle apporte le calme, elle provoque quand même une injustice de plus.

En fait, il est difficile de connaître leur « histoire ». Eux-mêmes n’en parlent pas, et s’ils en parlent, la vérité n’est pas sûre d’être au rendez-vous.
Le « on dit que » est leur domaine, et, l’affabulation des autres est grande.
Il est vrai que, pour certains, la presse a fait « écho » de leur affaire… mais le temps (et la nature humaine) provoque des déformations de la vérité.

Par principe « personnel », si j’essaie de ne pas les juger, je n’essaie pas, non plus, de les comprendre, d’en savoir plus. Je n’en suis pas « curieux » et me refuse à rentrer dans un monde qui m’échappe et où le mensonge est monnaie courante.
J’ai, bien sûr, eu (reçu) des confidences, mais plutôt de la seconde catégorie dont je vais vous parler.
Mais avant cela, je tiens à vous faire part d’une attitude fréquente.
Par nécessité (je pense et espère), de nombreux délinquants sexuels se créent une « affaire » qui n’a rien à voir avec la vérité. Ils créent de toute pièce un délit qu’ils répandent autour d’eux, souvent, bien sûr, hors sujet. Cela tient quelques temps, mais la vérité (peut-être pas la vraie vérité), un jour ou l’autre, est découverte et là, cela ne passe pas et c’est souvent, lors de la découverte des faits que l’agression physique est la plus violente, au point que l’administration, pour sa sécurité, doit intervenir.

Dans cette catégorie, il y a beaucoup d’ « innocent-condamné ». Innocent, c’est ce qu’il dit, condamné, c’est le résultat.

C’est sûr qu’il y a des erreurs, c’est sûr qu’il y a des innocents en prison, surtout dans cette catégorie. Pourquoi ? Parce que la loi protège la victime, la pseudo victime, et cela, bien longtemps après les faits. Ainsi, mais je pense que vous le savez, la loi prévoit qu’un mineur peut porter plainte jusqu’à 10 ans, après sa majorité. Une autre victime (adulte) a dix ans pour se manifester.
Rappel, dans les autres délits, le délai de prescription est, en général, de 3 ou 5 ans : c’est à dire que si tu n’es pas pris dans les 3 ou 5 ans, tu n’es plus condamnable !
Donc si la victime à 12 ans, elle a 16 ans pour déclarer ce dont elle a été victime.
Vous imaginez bien les difficultés que cela peut provoquer. Je comprends qu’une victime « sexuelle » est besoin de temps pour accepter d’en parler, je comprends que la loi protège particulièrement ce type de victime. Mais je crois aussi, que la loi permet (favorise) un maximum d’erreurs… Que pouvez-vous « prouver » après 10-15 ans… ! S’il n’y a pas d’aveux, ce sera la parole de la victime (mineure ou autre) qui sera privilégiée. Dans le doute, dans ce domaine, la loi condamne celui que l’on appelle l’agresseur…
Et là, je veux faire une parenthèse sur le rôle des expertises psychiatriques.
Dans ce domaine, il y en a, en général au moins deux, par deux médecins différents. J’en ai lu plusieurs (beaucoup) et leur jargon, imprécision, est assez affolante : on leur demande, après une demi-heure, voire une heure d’entretien de se faire une opinion sur une personne, sur sa personnalité. Il faut préciser, en plus, que ce « coupable » n’est, bien sûr, pas forcément « coopérant » dans cette analyse. Et même si cette analyse est, a priori, favorable au « présumé coupable », il y a toujours la phrase fatidique : « Mais, en certaines circonstances, si tel ou tel événements sont réunis, si…, si…, si…, l’intéressé peut avoir été capable de réaliser ce qu’on lui reproche… ».
Aucune expertise n’est claire, déjà le vocabulaire est quasi incompréhensible pour un non-spécialiste, même le dictionnaire ne peut vous être d’un secours pour sa compréhension. Les 15 ou 20 pages rédigées après une demi-heure d’entretien (et de nombreux silences), c’est beaucoup d’interprétation, d’intime conviction.
Autant vous dire, tout de suite, que ce type de document qui souvent (hélas) sert de base à la justice, est, toujours, sujet à discussion, à interprétation…

Revenons à « l’innocent », au condamné qui est ou, pour le moins, se prétend innocent.
Est-il innocent ? Il est le seul à le savoir, et il restera le seul à le savoir, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que la victime a pu se tromper d’individu.

Cette catégorie se divise en deux. Ceux qui ont jamais reconnu les faits, eux qui, tout au long de la procédure et après, ont clamés, haut et fort, leur innocence, la non compréhension de ce qui leur arrive.

Mais il y a aussi ceux qui, à un moment ou à un autre, ont reconnu les faits. Pourquoi ont-ils « avoué » ? J’ai du mal à le comprendre, mais je peux l’expliquer et pour ce faire, reportez-vous à ce que je vous ai déjà dit sur les conditions dans lesquelles se passe la « garde à vue »… La fatigue, les maltraitances physiques et psychologiques, les promesses (les mensonges), etc… ont fait qu’il s’est cru obliger d’avouer… Parfois, on lui a fait croire que le fait d’avouer lui apporterait « protection », que ce n’est pas si grave, etc… Souvent, il avoue pour que le présent cesse et il pense (prévoit) qu’il va se rétracter lors de la comparution devant le juge d’instruction… Peine perdue…
Mon expérience (auditeur) me permet de vous affirmer que, quoiqu’il fasse, son innocence ne sera jamais reconnue, même si elle existe.

………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

27/07/2007

Le meurtrier

« le meurtrier » :

N’étant pas en Centrale (peine de plus de 10 ans), je n’ai pas été, en contact, avec de « grand » meurtrier, ou en série… !
Souvent ceux qui sont autour de moi, ont été « meurtrier » par accident.
Bien sûr, ce « par accident » n’est pas pour minimiser leur responsabilité… mais c’est les circonstances de la vie qui les ont rendus « meurtriers ».

C’est difficile à dire, surtout lorsque l’on pense à la victime et à sa famille, mais c’est souvent ceux qui ont le moins leur place dans une prison.
Leur acte est, souvent, le fruit du hasard ou d’une combinaison de circonstances (alcool, vitesse excessive, violence « naturelle », une histoire de femme, de jalousie, de circonstances).
Ils en ont conscience. Ils sont « très » résignés… C’est même surprenant, ils sont rarement « en révolte » par rapport à ce qui leur arrive.
Ils ont conscience qu’ils doivent réparer… Leurs nuits ne doivent pas être calmes…
En détention, ils font partie des « détenus » sans problème, qui acceptent cette vie avec résignation (en pensant, je pense, à celle qu’il a enlevée).
Je pense, même s’il n’en parle pas, que le remords doit être leur quotidien. Le meurtrier parle rarement de son crime. En connaître les circonstances est difficile. « J’avais bu », « je n’étais pas moi-même », « on m’a provoqué », etc…
A mon avis, leur place n’est pas en prison. Souvent, avant « cet accident de parcours », il avait une famille, un travail, une vie dans la norme…

Cette détention va « briser » sa vie, … souvent, à jamais… et ce, parce que, la peine est longue… minimum deux ans si on lui a trouvé des circonstances atténuantes, mais la moyenne est souvent 5-7 ans… C’est long, pour quelqu’un qui, en quelques jours, a pris conscience de la gravité de son acte et de son caractère indélébile.
Souvent, ils ont besoin d’un suivi psychologique qui leur permettra de supporter « ce qui doit les travailler mentalement »…
Pour ma part, le caractère « accidentel », même si ce n’est pas une excuse, fait que, pour le futur, il n’est pas un danger. C’est sa première venue en prison, ce sera la dernière… Pour moi, c’est une certitude, pour lui, aussi.
La prison ne l’aide pas… il répare…ou pour le moins, on le prétend.
Pour moi, elle casse sa vie, on lui casse sa vie. Certes il en a supprimé une…, mais ce n’est pas la prison qui va lui permettre de lui rendre la vie, à ce mort… !
Quelle solution trouver ? La difficulté se trouve chez les membres de la famille de celui qui est parti… Ils ne comprendraient pas qu’il ne soit pas puni… L’impunité pourrait provoquer une escalade des violences… puisque le meurtrier ne serait plus puni...
En fait, je ne le crois pas car le caractère « accidentel » est toujours « reconnu »… donc il ne devrait pas se reproduire.
Afin que « tout ne soit pas brisé »… le temps réel de prison devrait être réduit… il a besoin d’un soutien psychologique, certes, pour supporter ces circonstances, ces quelques secondes en trop. Mais la proximité d’autres délinquants lui pèse, il ne se reconnaît pas en eux.
Pour la familles des victimes, qu’est ce qui est le plus important ? La présence d’un remords, le dédommagement matériel : l’argent, la punition : la prison. Je ne sais…
Une solution serait, peut-être, d’obliger « le meurtrier » à changer de région, qu’il soit aidé pour cela, qu’il dédommage à la hauteur de ce qu’il a brisé… souvent une famille, qu’on lui permette de retrouver de bons repères de vie…
Il me semble, effectivement, très difficile, aussi bien pour lui que pour les autres, de se retrouver, face à face, d’être obligé de se côtoyer, de faire revenir, sans cesse, par la vue, en mémoire, des moments douloureux pour les deux parties.
Le changement de région me semble être la meilleure thérapie… pour tout le monde…
A mon sens, ce devrait être réalisable…

………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

25/07/2007

Le petit délinquant

« Le petit délinquant » :

Il ressemble, en de nombreux points « au voleur », mais ses motivations sont autres.
Je pense qu’au départ, il y a toujours eu un « appel au secours » : un besoin de se manifester, d’être reconnu.
C’est assurément, le délinquant le plus difficile à cerner, mais aussi le plus en souffrance.
Quand je parle de « petit délinquant », j’entends celui qui arrive en prison en raison de l’accumulation de ses petits méfaits. Cela passe, souvent, par la conduite de véhicule (parfois grosse cylindrée) sans permis, sans assurance, bien sûr, souvent « petit voleur » à la tire, quelques « petits » braquages, avec violence ou menace de violence, celui qui est toujours au milieu d’une bagarre sans pour cela en être l’instigateur. Bref, il est capable de tout, il fait souvent partie d’un groupe, d’un clan, et « ses délits » sont en rapport avec la nécessité d’affirmer une présence, une autorité, il n’est pas forcément le meneur, il est le participant à tout…

Avant d’arriver en prison, il a un parcours, parsemé de révolte et de ses manifestations. Ses délits sont multiples et très divers.
En fait, il rejette tout, toute autorité, aussi bien la loi que l’autorité parentale ou d’éducation (école). Toute contrainte l’énerve et lui donne l’occasion de se révolter.
Cela passe par le plaisir de la conduite répétée sans permis de conduire. Souvent, il aurait eu la possibilité (et les moyens) de le passer ce fameux permis… mais il ne le fait pas. C’est le jeune qui quitte la maison familiale en révolte, pour échapper à l’autorité et vivre sa vie : comment, il ne le sait pas toujours, mais il sait qu’il y arrivera… et il y arrive. Beaucoup de ceux que j’ai rencontrés, parlent avec « satisfaction » de cette période de liberté, où tout était possible et permis, bien hors la loi, mais la loi, il ne la connaît pas, il ne la connaîtra que par force, le jour où il sera arrêté et jugé.
Il est, bien sûr, à l’occasion, voleur, parfois (et souvent) avec violence (ou menace de violence). Il est passé maître en trafic de toutes sortes. Il peut même à l’occasion être « dealer », toucher aux stupéfiants. En général, il vit bien, n’a pas de remords, ne réfléchit pas. Il prend ce qu’on ne lui a pas donné.

Pour le comprendre, il faut chercher le point de départ. Pourquoi cette révolte permanente ?
On la trouve souvent au sein de la famille : parce qu’il n’était pas entendu, écouté. Personne ne s’occupait de lui, et ce, pour de multiples raisons. Bien sûr, il y a là, encore, la famille désunie, sans père, sans autorité mais aussi sans modèle. Un de ses premiers rejets sera l’école, non pas par « incapacité intellectuelle », car souvent, il est très intelligent, il est vif et comprend vite, il sait s’adapter. Il est vrai que le personnel enseignant devrait pouvoir les repérer, mais il est rusé et malin, il a toujours une bonne excuse, il signe le cahier de correspondance à la place de ses parents, jusqu’au jour où il aura une double vie : pour sa famille, à l’école, pour l’école, à la maison, en fait, ailleurs, à traîner, à commencer ses bêtises..., souvent l’emprunt (le vol) d’une première voiture dès 13-14 ans, le premier braquage, dès 15-16 ans…
Comme il doit s’affirmer, il a souvent sa bande, même si celle-ci ne fait que « l’admirer »… il a besoin de paraître.
Il est fier de lui, de sa nouvelle liberté. Peu à peu, mais d’une façon inévitable, il s’enfonce, de plus en plus, dans l’interdit. Il devient fugueur, revient souvent. Qu’a-t-il fait, pendant sa fugue ? Personne ne le saura. Le sait-il lui-même ? je n’en suis pas sûr… il a vécu… sans entrave. Le retour à la maison… ne se passe jamais bien… s’il reste « toléré », il reste aussi « incompris » et personne ne se manifestera sur sa route pour comprendre son geste.

Et tout cela y va crescendo. L’escalade est vite à son top. En général, lorsqu’il est pris, s’il passe au tribunal, ce sera une peine avec sursis, un TIG (travaux d’intérêt général), mais non mis en application, des jours-amendes (pour l’obliger à travailler) = quelques euros par jour pendant x jours.
Mais le problème est là. Il reste « libre ». Personne ne le prend en charge. Parfois, il est censé être pris en charge par un éducateur, mais c’est souvent un leurre : un passage obligé quelques jours. Bien vite, l’éducateur, dépassé, pris par le temps et le nombre de dossiers (gars) à suivre, ne court plus après celui qui lui échappe.
Le délinquant est encore jeune, 16-17 ans, avec déjà un beau palmarès et le passage chez « le juge pour enfants » de nombreuses fois. A chaque passage, c’est une nouvelle sortie « en triomphe » parmi sa bande… une nouvelle marche montée…
Il m’est difficile de cerner l’origine du malaise, mais ce qui me paraît évident, c’est qu’il y a eu, à un moment ou à un autre, un appel au secours qui n’a pas été entendu. Et pris dans l’engrenage, il ne peut s’en sortir seul.
Il existe des structures, souvent pour les plus jeunes, 12-15 ans, pour les plus durs, dangereux.

Nous avons ici, un éducateur qui travaille dans un centre pour ce type de jeunes (il fait et s’occupe de « Santé par le sport »), souvent je discute avec lui.
Pour lui, venir ici, est une détente (même si tout ne se passe pas toujours très bien). Il est dans une structure qui recueille, maxi, une douzaine de jeunes, pris en charge à 100 %, 24h/24, à qui il faut tout apprendre, qui n’ont plus aucun repère, et il me disait que le plus dur est effectivement de recréer, la cellule capable de recevoir ce jeune à qui tout repère manque et qui est en demande de repères.
Ces structures « mixtes » - au niveau jeunes et encadrement (pour ressembler à une grande famille) sont trop peu nombreuses, et très coûteuses. Il y a plus d’adultes (18) que de jeunes (12). Le coût tourne autour de 300/400 €/jour, mais les résultats sont quand même là : plus de 70 % sont récupérables (c’est pour cela qu’ils sont là), 50 % sont récupérés et repartiront après quelques mois, années, dans leur famille d’origine si elle est capable de les recevoir (ce qui n’est pas toujours le cas) ou, pour le moins, dans une structure « plus ouverte » où ils pourront vivre et s’épanouir « sans délinquance » après un apprentissage professionnel et une réinsertion sociale. Mais, c’est dur, et les cas sont surprenants, rien ne peut être « prédit », prévu d’avance, au moins lorsqu’il s’agit d’un retour à la normalité.
Pour l’avenir de certains, il est tout tracé… et nous les retrouvons ici.

Ici, ils sont encore « des cas » difficiles à cerner. Au départ, ils sont là, surtout en raison du « raz de bol », de la Justice. J’ai rencontré, un jeune qui, à 19 ans, avait, déjà, eu affaire avec la justice (jugement) 7 fois… ! Ce qui laisse supposer qu’avant d’en arriver là, il avait, déjà, fréquenté les bureaux de la police, d’éducateurs, de juges médiateurs, un nombre de fois, plus que « nombreux ».
Je ne dirai pas qu’ils sont « irrécupérables »… mais ce passage, en prison, était devenu une nécessité.
Mais ici, aussi, il sera un incompris. Sa nature, en révolte, prend souvent le dessus, et il arrive mal à se dominer. Il est souvent « bagarreur » pour un rien… il est rarement « meneur »… car il n’en a pas la possibilité, pas les moyens… ici, les meneurs sont ceux qui en ont les moyens (financiers). Ils « achètent » leur autorité, ce sont souvent les dealers.
Souvent, on ressent en eux, une certaine profondeur.
Souvent, ils prennent conscience de l’absurdité de ce qui leur a valu d’être en prison. Ils sont pleins de « bonnes intentions », et leur refrain le plus fréquent est : « C’est la dernière fois », « je ne reviendrai plus », « j’ai compris ».

Affirmer que ce sera possible… j’en doute, si ce « passage obligé et contraint » ne lui a pas permis de reprendre de « bonnes habitudes » qui doivent passer par une remise à niveau scolaire, une formation, ou tout au moins, un travail « régulier », même si cela n’est pas très motivant, mais le fait de « s’obliger » à certaines contraintes est déjà un plus qui le change de son ordinaire passé.
Ce qui est très néfaste et habituellement admis, lors de ce retour à « la normale », c’est que ce jeune est souvent rejeté de sa famille, si famille, il y a encore… même si le rejet n’est pas total… on lui fait bien ressentir que ce qu’on avait prévu… est arrivé et que c’est bien de sa faute. Ce rejet pèse sur son équilibre affectif et souvent, compromet toute réinsertion sincère… Il lui manque un soutien indispensable. Souvent, il se ment à lui-même, il ment aux autres et la difficulté est d’arriver à faire le tri, entre ce qui est la réalité et ce qui fait partie de ses fantasmes. La part d’affabulation est importante… je le crains fort…

C’est souvent, quand tu as su l’apprivoiser, un détenu attachant, en détresse psychologique.
Pour moi, sans une aide efficace « à sa sortie »… il ne tiendra pas et fera un
aller-retour. Souvent, cette aide arrivera à travers la cellule familiale (frère, sœur, pas toujours parents) qui a compris le soutien qu’elle doit apporter. Au niveau de la société, rien n’est fait… Il est jeté en pâture aux problèmes quotidiens de survie…
Et c’est ceux-ci qui vont l’empêcher de mettre en place ses bonnes résolutions « d’avant-sortie »…

………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.