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29/08/2007

Portrait de Mes Arabes (suite et fin)

Mes arabes : (suite et fin)


Mon autre « arabe » est l’exemple type de ce qui se produit souvent :
Quand je l’ai connu, il avait une bonne cinquantaine.
Il est algérien, parlait presque bien le français, mais l’écrivait très mal, phonétiquement, et donc, il m’appelait de nombreuses fois, pour écrire et/ou lui lire ce qu’il recevait du tribunal.

En fait, ce qu’il souhaitait aussi, c’était parler et se confiait, je l’ai vu pleurer…
Bref, il arriva de France, il y a 25 ou 30 ans. Il travaillait à la SNCF, et gagnait bien sa vie.
Il était marié, mais pendant longtemps, lui vivait en France, sa femme, au pays, avec leurs enfants, et chacun de ses séjours en Algérie se soldait, neuf mois plus tard, par une naissance.
Bref, la vie « harmonieuse » de nombreux ressortissants du Magreb.
Il avait au moins, 5 ou 6 enfants, garçons et filles.

Arriva ce qui arrive souvent et devait arriver. Bon bricoleur, il racheta une ruine dans un petit village, et avec des copains, il refit toute la maison et la rendit plus que confortable… et il fit venir sa famille.

C’était il y a, au moins, 15 ans, puisque l’aîné de ses enfants avait une dizaine d’années et, à l’époque des faits, il en avait 25 ou 26, je ne sais plus.

Ce qui veut dire qu’en fait, assez facilement et normalement, ils ont fait une scolarité « moyenne » et une bonne intégration.
Mais la génération du dessus, les parents, n’a pas suivi.
La mère trouvait ce mari bien encombrant, visiblement, elle ne l’avait pas choisi, lorsqu’il venait en Algérie pour un ou deux mois, et qu’il envoyait des mandats, c’était le meilleur des hommes.

Lui, le père, était le père, et à ses dires, je résume, il était le maître absolu de sa femme et de ses enfants, comme au pays, comme il y a 50 ans… Ce qui veut dire qu’il a toujours été fidèle à sa femme et à sa famille.
Pour lui, cette famille, c’est tout, sa seule raison de vivre, et les faire venir en France, leur apporter le confort, était dans son esprit, la preuve de sa réussite.
Tant que les enfants ont été petits, même si, au village, il n’y avait que peu d’étrangers, et peut-être à cause de cela, et parce que, lui, travaillait, 20h/24 ou presque, il ne les vit pas grandir et n’a pas su s’adapter à cette nouvelle vie familiale.

En fait, l’intégration des « arrivants » me semble mieux réussie que celle du père qui, lui, pourtant, était là depuis plus longtemps.
Il me semble même qu’un de ses enfants est marié à un (une) français (e)… un scandale… familiale…
Le motif, je ne le connais pas, mais ce qu’il y a de sûr, c’est que sa femme a demandé le divorce et l’a obtenu, deux ans avant les faits. Mais le partage des biens n’avait pas été fait. Ce nouveau statut, en fait, n’a rien changé dans sa vie quotidienne. Il n’a jamais quitté la maison familiale, il a toujours continué à travailler et à amener son argent à la famille. Les comptes bancaires sont restés communs et/ou sa femme garda la procuration.
Certes un divorce, mais pas de changement, si ce n’est « chambre à part », mais je ne suis pas sûr que cet état n’était pas « déjà » antérieur au divorce.

Qu’est ce qui a basculé ?
En fait, il ne supporta « jamais » que ses enfants (et sa femme) s’intègrent, les aînés, avec l’âge, ont quitté le foyer familial, ce qui ne se fait pas avant le mariage et même souvent, les premiers mois (années) de mariage se passent sous le toit familial.
Cela fit que, parfois, l’ambiance était chaude… et les éclats de voix et les coups se sont multipliés, bien vite regrettés, de part et d’autre.
Il avait un fusil de chasse, et il l’avait même, une nuit, amené à la Gendarmerie, pour être sûr de ne pas s’en servir…
Mais quelques jours, plus tard, ce fusil lui fut rendu… Allez savoir pourquoi… ?... !!!

La goutte qui a fait débordé le vase…
Un jour, il apprit, constata, que sa fille aînée (24 ans) qui était infirmière ou aide-soignante, s’était fait installé une ligne téléphonique « perso », dans sa chambre…
Ce fut la crise, le ton est monté. Sa femme l’a jeté dehors avec ses affaires, mises dans sa voiture…
Mais lui ne voulait pas partir. En pleine nuit, c’est l’affrontement entre les époux… Il s’installe dans sa voiture, au garage.

Voici les faits, comme ils apparaissent dans son dossier pénal :
Sa femme serait intervenue pour qu’il sorte du garage. Des éclats de voix ont été entendus par les enfants présents, sa fille « fautive », un fils, âgé alors de 16/17 ans, la plus jeune dormait. La fille apparaît, à la porte intérieure, dans le garage, un coup de feu part, un deuxième, la fille est blessée gravement par le premier coup de feu (elle risque d’être handicapée à vie).
Le fusil était bien dans le coffre de sa voiture, il prétend que ce n’est pas lui qui l’a chargé, il voulait faire peur, en menaçant, c’est un coup parti tout seul. Le jeune fils n’a rien vu, arrivé trop tard, mais c’est lui qui a prévenu les secours et la gendarmerie qui sont arrivés sur les lieux rapidement.
La jeune fille est transportée à Metz, puis Toul.
Il a, bien sûr, conscience de la gravité des faits, mais il ne peut les expliquer, ce n’est pas ce qu’il voulait, loin de là.
Son amour pour ses enfants est toujours aussi vif. Il souffre beaucoup de leur silence. Personne ne venait le voir, mais il avait correspondu avec son fils, quelques temps. Il écrivait à sa plus jeune fille (une dizaine d’années) qui lui avait répondu, il m’a montré ses lettres qu’il conservait amoureusement, mais il n’avait plus de réponses… et il pensait que son ex-épouse faisait le barrage et ne lui donnait pas ses lettres. D’ailleurs, il pensait que c’était elle qui manoeuvrait ses enfants contre lui… A la limite, je ne sentais même pas de haine, vis à vis de son ex-épouse…

C’était la faute à pas de chance… un accident…
Ses seules relations, avec l’extérieur, étaient les courriers qu’il avait envoyés à sa banque, à son avocat et ceux qu’il adressait à un copain qui venait le voir, de temps en temps, et surtout qui lui achetait les vêtements qui lui étaient nécessaires et qu’il payait, bien sûr. Il lui envoyait des mandats.
Il souffrait de cet isolement, de ce rejet familial, et ce, d’autant plus qu’il avait le sentiment d’avoir été et d’être un « bon père ».
Mes arguments pour lui faire comprendre que ce qui se passait, il y a 50 ans, en Algérie, ne pouvait pas se passer en 2000, en France… ont été vains. Il écoutait, semblait être d’accord, mais ne pouvait se les approprier, les appliquer à son propre cas, à sa propre famille…
Ce qui le faisait, visiblement, le plus souffrir, c’est de ne pas avoir des nouvelles de sa plus jeune fille… Du reste, il s’accommodait et il le subissait, avec résignation.
Outre la côté judiciaire et sa condamnation qui n’a pas retenu le thèse de l’accident : 15 ans + expulsion du territoire français (il a fait appel et je n’en connais pas le résultat)… Ce qui est déplorable, c’est l’attitude de son ex-femme qui a retiré de « leurs » comptes, plus de 400.000 francs en 12 mois… alors qu’il avait un crédit sur la maison et que l’organisme prêteur lui réclamait, à lui, les échéances non payées… depuis son incarcération.
En fait, elle lui a tout piqué, en un temps record, et hélas, en pure légalité puisqu’elle avait la procuration… ! Après coup, je me dis qu’elle a, peut-être, bien fait, si elle a utilisé cet argent pour ses enfants, c’est ce qu’elle affirmait. Sa part, à lui, aurait été prise par d’autres créanciers…

A priori, il va tout perdre, mais je ne suis pas sûr qu’il s’en soit déjà rendu compte : famille, biens, même la maison qui sera, avec vraisemblance, vendu pour payer la CPAM qui lui réclame, à juste titre, les frais d’hospitalisation et de soins de sa fille.
A l’issue de sa peine, il va être expulsé, en Algérie. J’ai cru comprendre qu’il y avait encore des frères… et une maison. Il aura largement plus de 65 ans.
A vouloir bien faire, il a tout perdu… je ne dis pas qu’il ne pourra pas y finir « agréablement » ses jours, mais il aura assurément le sentiment d’avoir raté sa vie et de cela, il va souffrir…

En prison, il a su se faire une vie frugale, mais bien « huilée », il travaillait « sans bruit » (ce qui est apprécié, par les chefs), il avait peu de contact avec les autres (ce qui est apprécié, par les chefs), et surtout pas d’ennemis… (ce qui est apprécié, par les chefs). Jamais une vague… il avait assez d’argent pour vivre et payer ses frais (cantine, avocat, etc…).
Sa tristesse était intérieure et s’il la supportait, ce n’était pas sans mal… Mais un avenir « heureux » me semble lui être interdit… (refusé) à moins que le temps fasse son œuvre et qu’un retour se produise…
A l’avoir côtoyé pendant de longues heures, je pense que la thèse de l’accident n’est pas à exclure… mis je ne suis pas la Justice…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, sera disponible à partir de Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


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