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07/09/2007

Portrait d'Alain

Alain

22 ans et déjà un lourd passé…
Je l’ai connu en formation. Dès le départ, son comportement m’a intrigué, il dépareillait le lot, et il est vrai que je l’observais souvent.
Il m’en fit la remarque et je lui ai dit que j’aimais bien regarder les gens, pour les connaître.
Le temps passe et après le premier bilan, les formateurs m’ont demandé, si j’étais d’accord d’aider, de soutenir, certains stagiaires qui le souhaiteraient, car ayant plus ou moins de difficultés. J’ai répondu « oui »…
Et après la mise au point collective, Alain est venu s’installer à côté de moi, mais moi, je voyais en lui un jeune particulièrement perturbé intérieurement, et en rechercher/connaître les motifs ne me laissait pas indifférent. Et bien sûr cette proximité m’a permis d’en savoir plus.
Ce qui m’avait choqué au départ, ce sont ses divergences d’humeur, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, et ce, parfois, sans raison évidente extérieure.
Il avait en lui des qualités évidentes, visibles à tout moment.
Il avait reçu une certaine éducation, il était poli, il était soigneux de sa personne, peut-être même trop, il était fier de son physique, et il faisait de la musculation pour l’entretenir.
En fait, il était français, né d’un père marocain, expulsé dès son plus jeune âge (il n’en a donc aucun souvenir), de ce père, il avait une sœur et sa mère (une française) s’était remariée et avait eu encore deux filles et un fils.
Il est bien intégré français, et ses attaches marocaines sont, selon moi, très limitées, pourtant, il était content (fier) de ses origines et de son teint léger bronzé de naissance. Il n’était donc pas musulman, catholique par tradition, mais il n’a jamais été pratiquant, ce qui est bizarre, c’est qu’ici, il avait choisi le régime « sans porc » et n’en mangeait pas, alors que chez lui, m’a-t-il dit, il en mangeait… !
Déjà une énigme… un choix … qui me posa question.
Petit à petit, j’ai commencé à percer ses mystères. En fait, il est d’une intelligence bien au dessus de la moyenne, au niveau scolaire, il est moyen. Son problème, c’est sa faculté à s’impliquer dans ce qu’il fait. Lorsque c’est un bon jour, il était capable du meilleur. Lorsque c’était un mauvais jour, il ne fallait rien lui demander, surtout pas le contrarier, il se braquait et était capable des pires attitudes susceptibles de lui porter préjudices… On ne pouvait le contrarier. Lorsqu’il était dans ses périodes de crise, j’étais, avec le temps, le seul à pouvoir, non pas le contrôler, mais au moins, il m’écoutait sans se révolter, sans attaquer…
Pourquoi moi… nouvelle énigme…
Que voyait-il en moi ? Je ne sais. Je lui ai parlé bien sûr de ma famille, pour qu’un dialogue s’instaure, il faut que ce soit réciproque, et quand je lui ai dit que j’avais des enfants de son âge, deux fils et une fille, c’est bien sûr, la fille qui l’intéressait. Les questions ont fusé… Il m’a demandé si j’avais des photos, j’ai dû m’exécuter, de plus, il a vu Clémence au parloir… et il en est devenu … amoureux virtuel… Pour moi, c’était un peu un jeu. Mais il a voulu lui écrire et je lui ai donné l’ancienne adresse de Clémence et sa lettre est revenue… Cela l’a un peu « calmé » (le mot est trop fort, mais je n’en trouve pas d’autre), depuis, il m’appelle, parfois, beau-papa, et rêve de conquérir Clémence, lorsqu’il sera dehors… « Son mec ne faisant pas le poids… » (dixit Alain)…
Ce qui est surprenant, c’est qu’il avait l’air de parler sérieusement, alors que, dans le même temps, il correspondait avec sa copine… qui n’était pas la première… et peut-être pas la dernière…
Mais, un matin, il est arrivé en cours, effondré, abattu, à la limite de péter les plombs (contre lui-même). J’ai bien compris qu’il s’était passé quelque chose, mais quoi ? A toutes mes questions entre 4 yeux, il ne voulait pas répondre… La première partie du cours a été dans la même ambiance… Silence… silence… Lors de la pose de 10 h, j’ai pris mon courage à deux mains, et je l’ai secoué mentalement « Je vois bien que cela ne va pas, dis-moi ce qui te travaille, tu verras, après cela ira mieux… »…
Avec mal, il commença à parler. Il me dit qu’il venait de téléphoner à sa copine et qu’elle lui avait dit qu’elle avait, il y a déjà quelques mois, avorté d’un enfant de lui. Il en était révolté, pour lui, c’était monstrueux, un tel acte… J’étais moi-même effondré… surpris et pris au dépourvu, comment m’y prendre pour lui faire remonter la pente… Et, tout à coup, j’ai eu un éclair de génie, et je lui ai dit la phrase qui tue : « C’est vrai que c’est terrible, ce que tu viens d’apprendre, mais au moins, cela a du bon… au moins, tu sais que tu peux avoir des enfants… Tu sais, moi, je me suis marié tard, et je suis sûr que comme moi, tu as déjà dû te demander si tu aurais des enfants… Là, tu es fixé… C’est déjà un acquis… »…
La crise était « décoincée ». Nous en avons parlé encore pendant dix minutes, plus moi que lui, lui expliquant qu’il devait se mettre à la place de sa copine, que, pour elle, c’était sûrement aussi très dur, la preuve, c’est qu’elle le lui avait caché pendant de longs mois, que pour l’enfant, c’était sûrement mieux que d’être élevé, avec beaucoup de difficultés matérielles (celles que tu as connues, en pire), par sa mère seule, que lui, était encore là pour quelques temps, et que s’il n’était pas en prison, cela ne se serait pas passé comme cela et qu’en fait, c’était plus sa faute à lui qu’à elle. Qu’en fait, je pensais que pour elle, pour lui, pour l’enfant, pour eux trois, elle avait sûrement fait le bon choix, qu’ils étaient encore très jeunes et que ce devait être qu’un mauvais souvenir et que l’avenir leur sourirait… etc… etc… Bref, qu’entre deux maux, il faut savoir choisir le moindre…
Tout cela dura 10 à 15 minutes, de déballage sentimental, de remontage de moral… par la suite, nous n’en avons que très rarement parlé, peut-être une fois, je sais qu’il correspond avec elle, qu’il lui téléphone régulièrement… et qu’ils sont toujours amoureux…
Ce qui est surprenant, à propos des femmes, cette jeunesse, lui et les autres, malgré une attache qui a l’air sérieuse et sincère, ils ont une approche surprenante de la femme qui devient et qui ne serait, pour eux, qu’un objet de leur plaisir. Quand je leur dis que je ne suis pas d’accord, ils s’amusent. En fait, je pense qu’entre eux, ils se jouent la comédie et que pris individuellement, ils sont meilleurs qu’ils veulent paraître… Ils se font un cinéma, un personnage… c’est plus de la vantardise que du concret… ils s’auto-persuadent d’être des Don Juan, alors qu’ils ne sont que des voyous, bien normaux, avec des désirs et peu de concret…
Est ce que c’est la prison qui les fait réagir de la sorte. Est-ce la stimulation mutuelle, est-ce un réel manque qui les fait délirer, fantasmer…
Encore une énigme que je n’ai pas réussi à percer… mais une attitude bien réelle…
Souvent, quand ils parlent de leur sortie… ils disent : « Dès que je sors, je me saoule la gueule et je vais voir les putes ». Tout un programme… que fort peu réalisent… à mon avis.
Revenons à Alain, bien que nous ne l’ayons jamais quitté, car cela reflète bien son attitude (personnalité) « apparente »…
Pour rentrer dans sa vie plus personnelle, que je n’ai pas encore réussi à percer, entièrement, vous le savez, je n’interroge pas, j’écoute, je recoupe, et cherche la vérité.
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


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