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17/09/2007

S D F

SDF

Je ne connais pas son nom, je lui ai parlé qu’une fois, mais il m’a tellement impressionné que je ne peux me dispenser de vous parler de lui.

En fait, c’est lui qui m’a abordé, alors que j’étais encore écrivain, et je pense que c’est pour cela qu’il voulait me parler de lui…
Nous étions en mai, il me semble.
Il était auxi aux services généraux et assurait l’entretien du grand hall que l’on appelle « La Rue ». Moi, j’attendais, je ne sais plus quoi ou qui, et j’ai du lui demander, en guise de bonjour : « Ca va ». Et il m’a répondu : « Non ». – « Ah bon, qu’est ce qui ne va pas ? »

Et il commença à me raconter ses malheurs – son histoire :

. Je viens de m’engueuler avec mon travailleur social. Elle veut que je fasse une carte d’identité, car je vais sortir.
. Eh bien, pourquoi cela te pose problème ?
. Moi, je suis SDF.
. Ce n’est pas grave, il y a des centres qui te donnent leur adresse et qui reçoivent ton courrier.
. Oui, je sais, mais moi, je suis SDF, et je ne veux pas avoir d’adresse, un temps, je suis dans une ville, après, je suis ailleurs.
. Mais une carte d’identité, tu as besoin d’en avoir une pour faire la demande de RMI ou d’un logement.
. Mais je ne veux pas de leur RMI, et pour le logement, je me débrouille toujours. De toutes façons, je reviendrai avant l’hiver.
. Ah bon !
. Oui, j’ai ma tactique. Je t’explique. Quand je suis dans une ville, je repère les magasins qui ont une vitrine pas terrible, je vais voir le proprio, et je lui dis, tu me donnes 1.000 balles et je te casse ta vitrine. Tu touches l’assurance et t’as une vitrine neuve. Et ça marche presque à tous les coups. Je fais quelques vitrines, comme cela, je me fais du blé, si je ne fais prendre, eh bien, j’attrape quelques mois de tôle que je ne fais pas, je change de ville, je refais mon truc… ainsi de suite jusqu’au moment où le juge me fait tomber, et je fais toutes mes petites peines.
. Tu es là depuis longtemps ?
. Non, depuis 13 mois. Tu vois, avec mon système, pas besoin de travailler, pas besoin de RMI, je suis dehors 1 ou 2 ans, puis je passe en tôle 12 à 15 mois. J’ai déjà fait cela trois fois et cela me convient bien.

Je ne me souviens plus ce que je lui ai répondu, mais j’étais stupéfait de voir un tel déterminisme dans cet homme à l’air bourru de 45 ans, peut-être, qui avait décidé de faire sa vie comme cela.
Une fois de plus, on peut constater que le prison n’est pas pour ce type de personnage, le lieu idéal… c’est un refuge… une étape.

A Metz, j’ai connu aussi un gars du voyage qui ne savait ni lire, ni écrire, je l’ai donc suppléé dans ces tâches…
Il avait 35 ans, il avait déjà fait, par petits bouts, 17 ans de prison. Ses motifs d’incarcération, toujours la même chose : défaut de permis de conduire, pas d’assurance, par de feux arrière, des petits larcins, tous les flics (ou presque) le connaissaient, parfois, il passait à travers, en montrant le permis de son frère. En fait, je pense qu’il n’a jamais passé le permis, qu’il n’a jamais travaillé (la création du RMI a été un don du ciel, pour lui), il n’était pas marié, il vivait dans une caravane qui se trouvait sur un terrain…
En fait, il avait une famille, il écrivait à sa mère, presque chaque semaine, toujours la même chose, sa mère ne lui répondait jamais, mais lui envoyait des mandats, ils avaient deux sœurs, deux beaux-frères, « bien comme il faut et travailleurs », (comme il me disait), des neveux et nièces qu’il adorait… bref, il aurait pu être heureux. Il avait aussi au moins un frère qui était plus jeune que lui, qui avait connu la prison, et qui avait obtenu le permis de visite. Le compagnon de sa mère n’était pas son père…
Au total, il avait quand j’ai quitté Metz, au moins 4 ans à faire, et tout cela, arrivé, par petits bouts… chaque deux mois, il me disait, j’ai encore signé 6 mois, 8 mois, etc… Bref, il est rentré pour 6 ou 8 mois, et il en était à 4 ans…

Je trouvais bien généreuse sa mère qui lui envoyait 200€/chaque mois, et je trouvais un peu sec ses demandes. C’est alors qu’il me répondit : Mais, c’est mon argent, je touche le RMI, et je lui laisse la moitié… !

Je vous fais une parenthèse :
En fait, j’écrivais ce qu’il me dictait, car même s’il ne savait pas lire… je me suis rendu compte que, parfois, il se faisait relire mes écrits par un autre détenu. Je me souviens quand même, une fois, je n’ai pas retranscrit ce qu’il me dictait. Il voulait que j’écrive à sa mère : « J’en ai marre, rien ne va, je vais me suicider… » que j’avais traduit par : « Cela ne va pas, je déprime un peu ». Le lendemain ou surlendemain, le surveillant de son étage que je connaissais bien, à force d’être là… pour ce gars, m’a interpellé : « Christian m’a dit que vous aviez écrit à sa mère qu’il voulait se suicider. Vous ne l’avez pas fait ? » - Je l’ai rassuré… ce dont, d’ailleurs, il ne doutait pas… j’avais aucune raison d’inquiéter cette femme pour un coup d’humeur de son fils « indigne »… qui n’aurait pas le courage de passer à l’acte… croyez-moi… cela se sent… - fin de la parenthèse.

C’était un délit de plus, et qui durait depuis… ?... mois. En effet, quand vous êtes en prison, les prestations (RMI, ASSEDIC) sont suspendues… mais encore faut-il le dire… aux organismes concernés… A mon avis, le jour où la CAF va s’en apercevoir… je ne voudrais pas être à sa place… mais cela n’avait pas l’air de l’inquiéter…
Au demeurant, il vivait heureux, en reclus, car en fait, il craignait pour sa sécurité, il avait ici et dehors, fait tant de carottes à droite et à gauche que tout le monde voulait lui faire sa fête… et le faire payer ses dettes… à leur égard… ou, pour lui moins, lui donner des coups…
Son obsession (ses craintes) étaient telles qu’il a même refusé que son frère vienne le voir au parloir, de crainte d’y rencontrer un détenu qui lui en aurait voulu…

Pour moi, il fait partie des « irrécupérables »… mais je ne suis pas sûr que la prison soit la situation la mieux adaptée à ses travers et délits… !

………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


Commentaires

Des situations tout à fait incompréhensibles pour moi ! j'en suis baba ! bonne journée car si je comprends bien tu n'es plus la-bas. Amitiés. Biche

Écrit par : Biche | 17/09/2007

Même-moi qui avais cependant l’habitude d’écouter et de conseiller, par mon métier, j’ai été surpris et mis devant des situations « incompréhensibles » pour un être normal… qui a une vie normale parmi ses semblables.
J’ai été confronté – assailli – par des êtres humains qui n’avaient plus de repères, plus aucun sens de ce qu’il faut faire et respecter…, en fait qui n’avait plus que le nom d’homme et, même parfois, je me suis demandé ce qu’un tel pouvait attendre de la vie et pourquoi, il était encore vivant… rien ne le rattachant à ce qui fait que notre vie est agréable, supportable…
J’ai fait 34 mois de détention… et j’ai été « libéré » (fin de peine) en septembre 2004. Si j’étais encore en détention, je n’aurais pas pu avoir ce blog, car s’il est imaginable (et possible) d’avoir dans certains établissements un ordi perso… l’accès à Internet n’est pas autorisé… Imagine, j’ai même fait une formation « Internet » sans internet…
De Paul Denis à Biche, le 18 septembre 2007 à 19 h 05
PS : le nombre de mes visiteurs reste stable… mais les commentaires sont plus que rares… A croire que tout est clair… et que rien ne suscite des interrogations…

Écrit par : Paul Denis | 18/09/2007

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