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19/09/2007

Portrait de Sami

Sami

Au moment des faits, il avait 25 ans. Quand je l’ai connu « de visu », cela faisait 9 mois qu’il était en prison (prévenu = présumé innocent, pendant le temps de l’instruction).

Ma première rencontre s’est faite en cours de philo, je ne l’y ai vu que 4 ou 5 fois. Je ne savais pas que c’était lui. Je ne l’ai compris que lors de la 2ème ou 3ème rencontre hebdomadaire. En fait, i parlait peu pour ne pas dire « pas » et le niveau, malgré la bonne volonté évidente du prof, était au dessus de ses capacités intellectuelles. D’amblée, il m’a semblé très perturbé, très craintif, toujours sur ses gardes.

Moi, j’étais, à l’époque, au JA (quartier Jeunes Adultes), lui au Grand quartier (régime commun), donc à part dans ce temps de rencontre, rien ne pouvait nous faire rencontrer.
Je connaissais par contre son histoire, affaire, par le on-dit et surtout par les journaux car son affaire a été très médiatisée (presse écrite locale et nationale, et TV locale, au départ, nationale, plus tard).

Quand j’ai su qui il était et parce que c’était un peu pour cela que je suivais ces cours de philo, je l’ai observé un peu plus.
J’aime bien observé les gens et les découvrir par leur façon d’air et de s’exprimer. Dans ce cours de philo qui était, en fait, souvent un moment d’échange et un groupe de paroles, je me détendais et pouvais discuter avec l’intelligentsia de la prison, cela me faisait sortir de ma cellule et de ma lecture… Le prof était vraiment bien et savait adapter son cours, à l’humeur des participants et ce, malgré un programme…

Revenons à Sami. En cours, il ne s’exprimait jamais. Moi, je l’observais du coin de l’œil, j’ai même été à côté de lui. Visiblement, il était perturbé, le regard fuyant, souvent la tête baissée, il avait du mal à supporter le regard des autres, bref, il se sentait « surveillé », disons plutôt « observé ».
De plus, sa démarche était un peu bizarre, très saccadé, un peu comme s’il marchait sur la pointe des pieds, sur des œufs…
Bref, il m’interrogeait, m’interpellait. Pendant cette période, je ne lui ai jamais adressé la parole.

Par le presse et le on-dit, je savais qu’il était accusé d’avoir tué une jeune fille, qu’il l’aurait même violé « morte » ou « pas morte » et qu’il l’aurait brûlait… C’était au moins ce que disaient les journaux qui ne manquaient pas de parler de toutes ses rencontres (interrogations) avec le juge d’instruction. Il était défendu (assisté) par un ténor du barreau qui ne manquait pas une occasion de médiatiser l’affaire…

Lorsque j’ai pris la fonction d’écrivain, j’ai donc changé de quartier (coin de la maison) et je suis venu m’installer dans le quartier « adultes ».comme je l’ai déjà dit, dans mon livre « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… », et en ma qualité d’auxi-écrivain, je pouvais bénéficier d’une heure de promenade entre midi. Promenade qui était réservé aux auxi (très peu utilisé) et à certains détenus (DPS – détenu particulièrement signalé) ou autres, souvent prévenus et/ou condamnés pour des affaires de mœurs ou de crimes particulièrement odieux et donc rejetés par les autres, pour ne pas dire bannis et/ou persécutés. En théorie, nous aurions du, parait-il, être réparti dans deux cours différentes, mais le nombre peu important d’auxi (2 ou 3) sur la douzaine de « promeneurs », faisait que nous n’étions pas « isolés ».

Cette promenade, je ne l’ai pas fréquenté dès le mois d’avril, mais un peu plus tard, avec les beaux jours lorsque j’ai pris conscience qu’il me fallait m’oxygéner un peu et qu’un peu de marche « au soleil » ne pouvait pas me faire de mal. Rappel : à Metz, vous pouvez, si vous le voulez, ne jamais mettre le nez dehors.
Bref, Sami qui était classé DPS, participait très régulièrement à ces promenades, et il avait autour de lui, 2 ou 3 gars avec qui, il marchait. Il avait 25 ans et a priori, en ma personne, rien ne pouvait l’inciter à se rapprocher de moi.

Pour ma part, quelque peu curieux, j’aurai aimé en savoir un peu plus, et en particulier, ce qu’il en disait, pensait… Mais comment l’aborder et surtout comment l’aborder seul.

C’est alors que j’ai usé d’un stratagème, pour me faire « remarquer ».
Ayant accès aux journaux de la bibliothèque, j’étais donc au courant de ses allers et retours, présents, passés et futurs, par ce qu’en disaient les médias. Lui ne venait pas à la bibliothèque, d’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’il en aurait été autorisé (comme DPS). Bref, j’ai découpé l’article le concernant, et un jour suivant, je lui ai remis, avec discrétion, en lui glissant la phrase qui tue : « C’est pas bien, ce qu’ils font, on parle trop de toi et de ton affaire », le « ils » étant la presse et son avocat.
Il glissa l’article dans sa poche, sans répondre.

Quelque temps plus tard, l’occasion fit que j’ai eu la possibilité de passer toute une promenade, à ses côtés, et que nous sommes venus à parler de ces fameux articles de presse. Je lui ai dit mon sentiment et qu’en fait, à mon avis, tout cela, même si les articles ne lui étaient pas toujours défavorables, ne lui rendait pas service, et encore moins, ils n’étaient pas là pour faire « sortir » la vérité.

Il m’expliqua que la victime ou plutôt sa famille avait fait un comité de soutien et que pour eux, toutes les occasions étaient bonnes pour crier vengeance, et obtenir « réparation ». De plus, il ne me l’a pas dit, mais je l’ai compris, son avocat, bien connu sur la place, aux tarifs au dessus de la norme, avait accepté de la défendre « gratuitement », et attendait, en retour, cette « médiatisation pour se faire « mousser ».
Bien vite, j’ai compris aussi et il me l’a dit, son juge d’instruction, un jeune, en début de carrière, voyait aussi dans cette affaire, « son » affaire du siècle qui allait le faire monter dans la hiérarchie… et le faire connaître.
Je pense que ces deux-là ont obtenu satisfaction… !!!
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


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