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28/09/2007

Jeune ou Violeur

« Jeune » ou « Violeur » ?

En prison, en Maison d’arrêt, il n’est pas facile de dialoguer avec d’autres.
Les points de rencontre « collectifs » sont, en fait, assez limités : il y a la cellule, avec celui ou ceux avec qui tu es, il y a la promenade (l’air de sport et/ou la bibliothèque), avec ceux de ton secteur d’habitation, puisque ce sont des activités, dites collectives par secteur, il y a le travail (atelier), l’aumônerie (messe hebdomadaire), avec tous.
Il y a aussi des moments plus furtifs tels que les couloirs ou l’avant-parloir (l’attente), là, en théorie, tu ne dois pas parler, mais des échanges de quelques mots, à voix base, peuvent avoir lieu.
Permettez-moi une anecdote, à propos de cet avant-parloir :
Donc, en théorie, on ne doit pas parlé, mais comme il faut attendre un certain temps, une bon quart d’heure et le surveillant sympa, je ne sais sous quel prétexte, on parla du Smic qui venait d’augmenter et se situait donc autour de 5.000 francs, c’est alors qu’un jeune, qui n’était pas dans la conversation, c’est mis à éclater de rire, surpris quelqu’un lui demanda pourquoi ? Sa réponse fut brève : « C’est ce que je gagnais, par jour… ». Je pense qu’il exagérait, ce devait être par semaine… Bref, comment voulez-vous réinsérer « sans contrainte et surveillance » un tel jeune…

Revenons à mon propos. Il y a aussi un lieu propice aux échanges, ou plutôt, un lieu où des échanges ont lieu, c’est la salle de douches.
Comme je vous l’ai déjà dit, pour ma part, j’ai toujours été assez attentif aux autres, et je n’étais pas avare de « bonjour » et de quelques mots « réconfortants ».
C’est ainsi que j’ai fait la connaissance d’Alex, au hasard de mes allers et venus au sein de notre secteur d’habitation. Il devait avoir à peine 17 ans, mais il avait la carrure d’un jeune de 25 ans, bien dans sa peau. Par contre, il avait l’air assez renfermé, je dirai même « abattu » par ce qui lui arrivait et il semblait éprouver quelques difficultés à s’adapter aux lieux, à les apprivoiser, ce qui est assez rare, surtout à cet âge. En général, un jeune, au bout de deux semaines, il se trouve « bien » entre ces murs, au moins en apparence, il les a adoptés… !
Revenons à Alex : donc au départ, un petit bonjour, en se croisant.

Il arriva, une fois, que je me suis retrouvé aux douches, en même temps que lui. Quand il y arriva, j’y étais déjà, nous y étions seuls, ce qui m’a poussé à échanger quelques mots de plus.
Après le traditionnel bonjour et serrement de mains, j’ai tenté banalement : « Alors, cela n’a pas l’air d’aller, aujourd’hui ».
Pas de réponse, mais je sentais que quelque chose allait se passer, il me semblait aux bords des larmes. Je continuais : « Qu’est ce qui se passe ? Si tu veux…en parler » (mais je n’ai pas eu le temps de finir ma phrase).
« Je comprends pas pourquoi, je suis ici, j’ai rien fait de mal » et dans le désordre, il me raconta son histoire.
En fait, il avait une petite amie, plus jeune que lui, 14/15 ans, plutôt 14, mais qui comme lui, faisait plus que son âge. Ils étaient heureux, et à plusieurs reprises, ils avaient couché ensemble et fait l’amour, et ce, à la connaissance au moins tacite des parents, de part et d’autre. Ils étaient « raisonnables », elle prenait la pilule, lui utilisait un préservatif.
Son « affaire » se déclancha, lorsqu’à la suite d’une campagne publicitaire, ils (les jeunes) décidèrent de faire le test du sida. Pourquoi, on ne saura jamais, peut-être par jeu plus que par nécessité. Pour elle, c’était son premier amour, pour lui, peut-être pas le premier, mais le plus « accompli » sûrement.
Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, cela a déclanché la fureur des parents de sa petite amie, qui, de parents tacitement consentant, sont devenus « accusateurs » et qui ont porté plainte pour « violence sexuelle et détournement de mineure »…

Assurément, l’enquête a été courte, il a reconnu les faits, connus de tous..., mais la loi était là et cette loi ne fait pas la différence entre un amour de jeunes qui est devenu un amour d’adultes et un viol…
Cet enfermement lui (leur) cassait leur bonheur.
Certes, ils étaient « hors la loi », … mais cela avait-il de l’importance…pour eux, ils s’aimaient, ils étaient heureux, que rechercher de plus.

Cet échange, cette confession, malgré son environnement un peu surréaliste (un échange aux douches, entre 2 gars, à poils), le libéra.
J’étais tellement surpris d’une telle révélation (et confiance). Je ne sais plus ce que j’ai du lui répondre, sûrement des banalités, telles que « Ne t’en fais pas, cela va s’arranger ».
En fait, mes réponses n’avaient pas d’importance, il avait besoin de s’exprimer, de se libérer. Comme c’est arrivé plusieurs fois, inconsciemment, il avait senti en moi, le récepteur possible. Il se parlait plus à lui-même qu’à moi.
Cette douche-party dura au moins une vingtaine de minutes, pendant lesquelles il n’arrêta pas de parler et d’exprimer sa révolte sur sa situation présente, et sur l’incompréhension, de la part des autres, de la non-reconnaissance de leur amour de jeunes.

Par la suite, je l’ai rencontré plusieurs fois, dans les couloirs ou ailleurs, nous n’avons jamais reparlé de cet échange, plutôt de ce monologue, mais lorsqu’il me croisait, un sourire apparaissait sur son jeune visage…
Son attitude générale n’a pas changé, vis-à-vis de son entourage, nos co-détenus, mais je pense qu’intérieurement, il devait mieux se sentir puisqu’on (je) lui avait permis de s’exprimer, j’avais su l’écouter, ce qui, a priori, n’avait pas été fait, depuis son arrivée en prison… !!!

Bref, encore aujourd’hui, je reste persuadé que l’enfermement de ce jeune était tout à fait inutile, voire révoltant et pernicieux. Je ne sais ce qu’il est devenu, il a du être libéré et la Justice a du être indulgente. J’espère que les parents ont eu la bonne idée de retirer leur plainte.

J’ai parlé d’enfermement révoltant… car je trouve tout à fait inadmissible qu’un juge puisse mettre en prison un jeune, tout à fait sain de corps et d’esprit, qui n’a fait aucun mal (hormis le fait d’être hors la loi), qui n’était pas marginal, allait au lycée… bref un jeune comme on voudrait qu’il y en ait beaucoup. De surcroît, le juge d’instruction avait refusé, à sa copine, le permis de visite (parloir). Une cruauté de plus… inutile et non justifiable.

J’ai parlé d’enfermement pernicieux… car je pense que s’il n’avait pas eu son caractère et sa maturité, pour manifester sa révolte contre l’institution, la prison aurait pu être, pour lui, une école du crime (de la délinquance).
La Justice lui a fait côtoyé un monde qu’il devait ignorer, de nombreux gars qui étaient aptes à lui apprendre beaucoup de combines (de délits) pour se faire une « vie tranquille », comme ils disent.
Comme de nombreux détenus (jeunes et moins jeunes) il serait sorti de prison dans un état de conflit avec la société, plus manifeste qu’à son arrivée et plus apte à lui permettre de rentrer, de se maintenir dans la délinquance.


En guise de conclusion :


Comme vous avez pu le constater, je n’ai plus très grande confiance en la Justice de notre pays… rien ne l’émeut… elle manque de réalisme… et je ne veux pas parler d’équité, c’est un mot qu’elle ne connaît pas (ou plus)…

A travers les portraits-type de « délinquants » et les cas « personnalisés » que je vous ai fait, je pense que cette observation vous a fait comprendre que les prisons sont bien assez nombreuses et que les détenus bien trop nombreux… Le problème n’est pas entre les murs, et la question qu’il faut se poser (que je me pose), c’est de savoir pourquoi ils sont là… et mes premières constations me poussent à vous affirmer que c’est notre société et sa désorganisation sociale, familiale, éducative qui en sont les responsables…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


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