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28.09.2007

Jeune ou Violeur

« Jeune » ou « Violeur » ?

En prison, en Maison d’arrêt, il n’est pas facile de dialoguer avec d’autres.
Les points de rencontre « collectifs » sont, en fait, assez limités : il y a la cellule, avec celui ou ceux avec qui tu es, il y a la promenade (l’air de sport et/ou la bibliothèque), avec ceux de ton secteur d’habitation, puisque ce sont des activités, dites collectives par secteur, il y a le travail (atelier), l’aumônerie (messe hebdomadaire), avec tous.
Il y a aussi des moments plus furtifs tels que les couloirs ou l’avant-parloir (l’attente), là, en théorie, tu ne dois pas parler, mais des échanges de quelques mots, à voix base, peuvent avoir lieu.
Permettez-moi une anecdote, à propos de cet avant-parloir :
Donc, en théorie, on ne doit pas parlé, mais comme il faut attendre un certain temps, une bon quart d’heure et le surveillant sympa, je ne sais sous quel prétexte, on parla du Smic qui venait d’augmenter et se situait donc autour de 5.000 francs, c’est alors qu’un jeune, qui n’était pas dans la conversation, c’est mis à éclater de rire, surpris quelqu’un lui demanda pourquoi ? Sa réponse fut brève : « C’est ce que je gagnais, par jour… ». Je pense qu’il exagérait, ce devait être par semaine… Bref, comment voulez-vous réinsérer « sans contrainte et surveillance » un tel jeune…

Revenons à mon propos. Il y a aussi un lieu propice aux échanges, ou plutôt, un lieu où des échanges ont lieu, c’est la salle de douches.
Comme je vous l’ai déjà dit, pour ma part, j’ai toujours été assez attentif aux autres, et je n’étais pas avare de « bonjour » et de quelques mots « réconfortants ».
C’est ainsi que j’ai fait la connaissance d’Alex, au hasard de mes allers et venus au sein de notre secteur d’habitation. Il devait avoir à peine 17 ans, mais il avait la carrure d’un jeune de 25 ans, bien dans sa peau. Par contre, il avait l’air assez renfermé, je dirai même « abattu » par ce qui lui arrivait et il semblait éprouver quelques difficultés à s’adapter aux lieux, à les apprivoiser, ce qui est assez rare, surtout à cet âge. En général, un jeune, au bout de deux semaines, il se trouve « bien » entre ces murs, au moins en apparence, il les a adoptés… !
Revenons à Alex : donc au départ, un petit bonjour, en se croisant.

Il arriva, une fois, que je me suis retrouvé aux douches, en même temps que lui. Quand il y arriva, j’y étais déjà, nous y étions seuls, ce qui m’a poussé à échanger quelques mots de plus.
Après le traditionnel bonjour et serrement de mains, j’ai tenté banalement : « Alors, cela n’a pas l’air d’aller, aujourd’hui ».
Pas de réponse, mais je sentais que quelque chose allait se passer, il me semblait aux bords des larmes. Je continuais : « Qu’est ce qui se passe ? Si tu veux…en parler » (mais je n’ai pas eu le temps de finir ma phrase).
« Je comprends pas pourquoi, je suis ici, j’ai rien fait de mal » et dans le désordre, il me raconta son histoire.
En fait, il avait une petite amie, plus jeune que lui, 14/15 ans, plutôt 14, mais qui comme lui, faisait plus que son âge. Ils étaient heureux, et à plusieurs reprises, ils avaient couché ensemble et fait l’amour, et ce, à la connaissance au moins tacite des parents, de part et d’autre. Ils étaient « raisonnables », elle prenait la pilule, lui utilisait un préservatif.
Son « affaire » se déclancha, lorsqu’à la suite d’une campagne publicitaire, ils (les jeunes) décidèrent de faire le test du sida. Pourquoi, on ne saura jamais, peut-être par jeu plus que par nécessité. Pour elle, c’était son premier amour, pour lui, peut-être pas le premier, mais le plus « accompli » sûrement.
Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, cela a déclanché la fureur des parents de sa petite amie, qui, de parents tacitement consentant, sont devenus « accusateurs » et qui ont porté plainte pour « violence sexuelle et détournement de mineure »…

Assurément, l’enquête a été courte, il a reconnu les faits, connus de tous..., mais la loi était là et cette loi ne fait pas la différence entre un amour de jeunes qui est devenu un amour d’adultes et un viol…
Cet enfermement lui (leur) cassait leur bonheur.
Certes, ils étaient « hors la loi », … mais cela avait-il de l’importance…pour eux, ils s’aimaient, ils étaient heureux, que rechercher de plus.

Cet échange, cette confession, malgré son environnement un peu surréaliste (un échange aux douches, entre 2 gars, à poils), le libéra.
J’étais tellement surpris d’une telle révélation (et confiance). Je ne sais plus ce que j’ai du lui répondre, sûrement des banalités, telles que « Ne t’en fais pas, cela va s’arranger ».
En fait, mes réponses n’avaient pas d’importance, il avait besoin de s’exprimer, de se libérer. Comme c’est arrivé plusieurs fois, inconsciemment, il avait senti en moi, le récepteur possible. Il se parlait plus à lui-même qu’à moi.
Cette douche-party dura au moins une vingtaine de minutes, pendant lesquelles il n’arrêta pas de parler et d’exprimer sa révolte sur sa situation présente, et sur l’incompréhension, de la part des autres, de la non-reconnaissance de leur amour de jeunes.

Par la suite, je l’ai rencontré plusieurs fois, dans les couloirs ou ailleurs, nous n’avons jamais reparlé de cet échange, plutôt de ce monologue, mais lorsqu’il me croisait, un sourire apparaissait sur son jeune visage…
Son attitude générale n’a pas changé, vis-à-vis de son entourage, nos co-détenus, mais je pense qu’intérieurement, il devait mieux se sentir puisqu’on (je) lui avait permis de s’exprimer, j’avais su l’écouter, ce qui, a priori, n’avait pas été fait, depuis son arrivée en prison… !!!

Bref, encore aujourd’hui, je reste persuadé que l’enfermement de ce jeune était tout à fait inutile, voire révoltant et pernicieux. Je ne sais ce qu’il est devenu, il a du être libéré et la Justice a du être indulgente. J’espère que les parents ont eu la bonne idée de retirer leur plainte.

J’ai parlé d’enfermement révoltant… car je trouve tout à fait inadmissible qu’un juge puisse mettre en prison un jeune, tout à fait sain de corps et d’esprit, qui n’a fait aucun mal (hormis le fait d’être hors la loi), qui n’était pas marginal, allait au lycée… bref un jeune comme on voudrait qu’il y en ait beaucoup. De surcroît, le juge d’instruction avait refusé, à sa copine, le permis de visite (parloir). Une cruauté de plus… inutile et non justifiable.

J’ai parlé d’enfermement pernicieux… car je pense que s’il n’avait pas eu son caractère et sa maturité, pour manifester sa révolte contre l’institution, la prison aurait pu être, pour lui, une école du crime (de la délinquance).
La Justice lui a fait côtoyé un monde qu’il devait ignorer, de nombreux gars qui étaient aptes à lui apprendre beaucoup de combines (de délits) pour se faire une « vie tranquille », comme ils disent.
Comme de nombreux détenus (jeunes et moins jeunes) il serait sorti de prison dans un état de conflit avec la société, plus manifeste qu’à son arrivée et plus apte à lui permettre de rentrer, de se maintenir dans la délinquance.


En guise de conclusion :


Comme vous avez pu le constater, je n’ai plus très grande confiance en la Justice de notre pays… rien ne l’émeut… elle manque de réalisme… et je ne veux pas parler d’équité, c’est un mot qu’elle ne connaît pas (ou plus)…

A travers les portraits-type de « délinquants » et les cas « personnalisés » que je vous ai fait, je pense que cette observation vous a fait comprendre que les prisons sont bien assez nombreuses et que les détenus bien trop nombreux… Le problème n’est pas entre les murs, et la question qu’il faut se poser (que je me pose), c’est de savoir pourquoi ils sont là… et mes premières constations me poussent à vous affirmer que c’est notre société et sa désorganisation sociale, familiale, éducative qui en sont les responsables…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


26.09.2007

Jeune et Violeur

« Jeune » et « Violeur »

Quelques lignes pour vous parler d’un jeune que j’ai croisé et dont le parcours m’a choqué.
C’était un très jeune, le plus jeune de la prison, à peine 13 ans, et encore petit de taille.
En fait, je ne lui ai jamais parlé, mais je l’ai souvent croisé, car nous avions « parloir », en même temps, même jour, même heure, pendant plusieurs mois.
Je n’ai pas eu à lui parler, car d’autres, ou plutôt un autre (surveillant) s’est chargé de me parler de lui.
Au fil des semaines, j’en savais, à chaque parloir (ou plutôt à chaque fouille après parloir) un peu plus.

Il était donc dans la section « jeune mineur ». Il était accusé d’avoir, sous la menace d’une arme, violé sa grand-mère qui devait avoir une petite quarantaine.
Certes, ce motif d’incarcération justifiait sa présence en prison, mais si je vous parle de lui, c’est pour vous faire part de sa métamorphose.

A son arrivée en prison, il était très « normal », il semblait fragile, il ne causait pas, vous auriez été tenté de le protéger. Mais au fil des semaines, il changea pour devenir au bout d’à peine deux mois, un vrai dur, arrogant, sûr de lui, il était devenu le meneur de son étage, et déjà, l’administration avait du mal de le contrôler, et ce, d’autant plus que le nombre des sanctions possibles, vu son âge, était limité.

Il devenait beaucoup moins sympathique aux yeux des adultes. En fait, je ne pense pas que ce soit la prison qui l’ait transformé, mais la prison ne l’a pas empêché de redevenir lui-même : un chiant, de surcroît, violent et dangereux.
Et pourtant, il était entouré de sa famille. Sa mère venait de loin (2 h + 2 h de route), à chaque parfois possible, donc trois fois par semaine. Il devait être d’une famille aisée pour pouvoir payer de tels déplacements…

Comme quoi, la prison n’est pas le lieu « idéal », mais que faire d’un tel cas ? Je ne trouve pas de solution, mais ce qu’il y a de sûr, c’est que la prison ne va pas l’améliorer…

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24.09.2007

Portrait de Sami (suite et fin)

Sami – suite et fin –

Ce qui m’intéressait plus, c’était sa version des faits, son état de « panique » que je trouve tout à fait « compréhensible » et « réaliste » à 23/25 ans, dans son état. Qu’il ait paniqué, qu’il ait perdu la raison, qu’il ait souhaité venir en aide à sa victime, nouvelle panique lorsqu’il constate la mort, que faire et son souhait de faire disparaître les traces de l’accident, peur de la justice, peur des conséquences de cet accident, cela me semble conforme à la réaction que de nombreuses personnes auraient eu.

Je n’ai plus 25 ans, mais je pense que vu les lieux et l’état de la jeune fille, j’aurais, aussi, tenté de la transporter vers un lieu de secours. On lui a dit : « Il fallait la laisser sur place et aller chercher du secours ». Facile à dire, mais quand on se rend compte que chaque minute compte, et que le temps d’aller-retour aurait été, avec quasi certitude, « fatale »pour la blessée, je pense que j’aurais aussi tenté l’impossible…
« Il fallait vous rendre à la police ». Facile à dire et moins à faire lorsqu’on se rend compte que l’on est meurtrier (même par accident) et qu’il serait facile de prouver qu’il n’était pas dans un état « normal » pour conduire.

Tout cela me fait penser et m’a fait croire en sa « sincérité » si les faits s’étaient bien passés comme il me les indiquait. Il faut que je vous précise qu’au cours de l’instruction, à ce qu’il me semble, sa copine a changé plusieurs fois de version des faits, cela n’a pas été pour clarifier les choses…

Loin de moi, la pensée de lui trouver des circonstances atténuantes, mais tout cela est possible et encore aujourd’hui, je pense que cela a pu se passer de cette façon-là : il y a eu accident, beaucoup de panique, accompagnée ou suivie de beaucoup de conneries. Mais au départ, dans sa tête de 25 ans, pas très évolué, au passé trouble et difficile, pour moi, je comprends son attitude (je l’admets) sans bien sûr l’excuser.
J’ai parlé de son passé… et il me faut l’évoquer. Cela, je l’ai, dirons-nous, plutôt reconstitué, et appris, petit à petit, à travers de multiples conversations et des « révélations » coup par coup.

Sa famille, si l’on peut parler d’une famille, ce fut la DAS et les familles d’accueil. D’ailleurs, ceux qu’ils appelaient ses parents et qui venaient le voir, de temps en temps, étaient une de ses dernières familles d’accueil, avant ses 18 ans. Sa mère naturelle, il ne m’en a pas parlé, mais il m’a dit que son père avait fait de la prison.
Donc enfance difficile, caractériel assurément, il a connu foyers et familles d’accueil ?
A 18 ans, c’est la rue, sans formation, les petits boulots, les copines, et au final, la mère de leur fille qui, à l’époque, devait avoir 4 ans. Elle venait parfois le voir avec des éducateurs. En fait, j’ai cru comprendre qu’à la suite de l’accident, la mère naturelle de l’enfant l’avait « abandonnée » et elle était à la DAS. Cette situation, pour l’avoir connue, le contrariait beaucoup, il en était peiné.
Comme je vous l’ai déjà dit, son éducation et ses références culturelles et affectives étaient très « primaires ». N’étant pas très évolué, ses actes étaient parfois bizarres et souvent impulsifs, ce qui lui valait, en détention, d’être mal considéré par les surveillants. Son agressivité naturelle (compréhensive, en fonction de sa jeunesse) était souvent amplifiée par des riens, et souvent, il se mettait dans des situations inadmissibles pour l’administration.
Ainsi, à l’issue de son procès, il péta les plombs (ce qui était compréhensible / excusable avec une peine de 20 ou 30 ans…) et agressa ses accompagnateurs qui eux, n’y étaient pour rien.
D’agresseur, il s’est dit agressé, refusa la fouille à corps (faite de force), prétendit avoir subi des violences sexuelles… etc… Bref, pour moi, tout un cinéma, tout à fait inutile et ses accusations, assurément, fausses ou pour le moins exagérées. Il est sûr que les surveillants le connaissant bien, l’ont sûrement un peu charrié… (ce qui est inadmissible, mais plausible), mais, ils ne sont pas fous et connaissant le personnage, ils n’ont pas du outrepasser de beaucoup leur mission.

Il y eut donc un nouveau procès, où il refusa de comparaître, et une nouvelle condamnation…
J’ai oublié de vous dire qu’en appel, la peine a été confirmée, condamnation à perpétuité, ce qui veut dire, en fait, à 30 ans.. Sa copine a pris aussi quelques années de prison, mais n’a pas fait appel.
Si je vous ai parlé longuement de ce gars et de son affaire, c’est pour vous faire comprendre qu’un banal, et certes grave, accident peut prendre des proportions… en raison d’une instruction zélée, de la haine, et de procédures – instructions médiatisées.

J’ai souvenir d’un gars qui, sous l’emprise de l’alcool, en pleine nuit, a perdu le contrôle de sa voiture, et a tué un piéton, sur un passage protégé, et qui n’a eu que 2 ans de prison…
2 ans de prison pour un mort, 20/30 ans pour Sami… pour une morte… Qu’est ce qui justifie une telle différence ?

Sami, au mieux, sortira de prison à 50 ans… Quel avenir aura-t-il ? Je n’ose y penser…

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21.09.2007

Portrait de Sami (suite)

Sami – suite –

Au départ, et parce que les occasions d’être seuls ou avec l’un ou l’autre de ses compagnons « habituels » étaient rares –
Rappel, une conversation à 2 est difficile si on est plus de 3 ou 4 (à marcher ensemble, côte à côte) – d’ailleurs, la norme des marcheurs était 3, souvent 2, parfois 4, très rarement plus – bref, nous avons plutôt parlé des alentours médiatiques et autres (son accueil, en prison) plutôt que de lui et de son affaire à proprement parlé.

L’accueil fut froid, il fut vite repéré et notre cour de promenade était relativement proche des fenêtres des cellules des autres détenus. A plusieurs reprises, j’ai entendu des cris, des injures qui lui étaient adressées, du type « salaud, violeur, brûleur de fille, je te tuerai, tu mérites pas de vivre et, en plus, tu fais le fier ». Rappel, sa démarche, un peu saccadé et le fait qu’il se tenait très droit, pouvaient faire croire qu’il était hautin… mais il ne l’était pas.
Bref, la « vox populi » et la presse l’avaient condamné. De plus, il avait la fâcheuse habitude (fréquente chez beaucoup d’agressés verbaux) de vouloir se défendre « verbalement » et d’essayer de voir d’où venaient ces injures.

Dès le départ, je lui (leur) ai dit que c’était ce qu’il(s) pouvai(en)t faire de pire : répondre. En bon philosophe, je leur rappelai que « le mépris et l’indifférence » sont souvent plus blessants pour l’auteur d’une injure que la réponse qu’il pouvait faire.
Cela il l’a vite compris et il s’est rendu compte pour l’appliquer que cette théorie était bonne et d’ailleurs, la fréquence des interpellations qui au départ, était quasi quotidienne, s’est estompée…

Une fois, je lui ai demandé s’il s’était déjà fait agressé physiquement du style coup de poing ou croche-pied lors d’un croisement dans un couloir ou un escalier. Il m’a répondu que oui et que c’était pour cela qu’il était là (avec nous) et classé DPS. Il me précisa même et me le montra que « maintenant », il ne se déplaçait plus sans un Bic dans la poche arrière de son jeans : « arme » pouvant être utile pour se défendre, il est vrai qu’un bon coup de crayon à bille dans les côtes, le dos ou ailleurs, ne devait pas faire de bien. Je ne pense pas qu’il l’ait utilisé une fois, mais il l’avait sur lui, à cet effet. Et je pense que cela devait le sécuriser…

Il me faut vous préciser que les DPS (Détenu particulièrement signalé – je dirais plutôt surveillé -), sans être « encadrés », 24 h/24, sont quand même plus particulièrement « protégés » et « à l’œil » de la part des surveillants. Etant peu nombreux à poser de « réels » problèmes « permanents », même s’ils circulaient moins que les autres, leur déplacement, pour les besoins du service, se faisait sans « accompagnement » la plupart du temps, mais en général, « ils » évitaient les lieux « fréquentés » à risque, du style sport, bibliothèque, et même aumônerie (messe), pour certains.

Bref, après quelques approches « ponctuelles », l’occasion se fit que je me suis retrouvé seul avec un de ses habitués et donc, j’ai essayé d’en savoir plus et en prêchant (au départ) le faux pour connaître le vrai, il s’est lâché et en une heure, on peut en dire des choses et ce, d’autant plus que cette « spontanéité » s’est manifestée plusieurs fois.

En fait, de nouveau, comme pour d’autres, il trouvait en moi une oreille « attentive » qui ne le condamnait pas, qui ne l’interrogeait pas si ce n’est par quelques onomatopées ou très brèves questions pour qu’il soit plus précis…
Il me raconta donc sa version des faits qui d’ailleurs se rapprochait beaucoup de sa version « officielle », reprise par les médias, même si elle n’était pas admise.

Donc, un dimanche, en fin d’après-midi, après une nuit de beuverie (bière + fumer du cannabis) et engueulades avec sa copine (mère de leur fille), il prit une petite route de campagne, souvent déserte surtout un dimanche à cette heure. Il heurta « accidentellement » un (ou plutôt) une cycliste qu’il renversa.
Sur le coup, il ne se rend pas très bien compte et après quelques secondes, il réagit, et instinctivement, fait marche arrière ou demi-tour, je ne sais plus, pour revenir sur le lieu du choc.
Effectivement, il trouva une jeune fille (17/18 ans), plus ou moins consciente, dans le fossé, il panique un peu, se ressaisit, se rend compte qu’elle est bien blessée, et s’efforce de lui venir en aide en essayant de la faire monter (tirer) dans la voiture. Ce qu’il réussit, avec mal, lui-même n’est pas d’un gabarit du type costaud, et elle, faisait son poids. Bref, si elle ne parle pas, elle geint, elle est donc en vie. Et les voilà repartis vers la ville la plus proche pour chercher (trouver) du secours.
Rapidement, il se rend compte que ladite jeune fille ne réagit plus et qu’en fait, elle est morte… nouvelle panique. Que faire ? Malgré un état second (reste d’alcool et état euphorisant du cannabis), il se dit qu’il faut faire quelque chose et qu’en fait, il avait tué cette jeune fille.
En quelques secondes, il décide de planquer le corps, on verrait plus tard.
Ce qu’il fit.
Le lendemain, les vapeurs de l’alcool s’étant dissipées, la dispute, avec sa copine, passée, il lui en parle. Et à deux, donc ensemble, ils décident de cacher l’accident et de faire disparaître les indices et le corps. Que faire ?
Le vélo (ou cyclomoteur, je ne sais plus), on n’en parle pas, et ce, d’autant plus qu’il n’est plus là…. !
Le corps pose problème, il est là, « ils » le retrouvent, l’enfoncent dans les bois et s’activent pour le faire disparaître en imaginant le brûler. Mais un corps, cela ne brûle pas si facilement que cela et la crémation est lente et donc, au final, pas complète et les restes dissimulés seront facilement identifiables.
Sur ce, nouvelle brouille avec sa copine qui panique plus que lui et ils (ou lui) décident de retourner là où il habitait et c’est là qu’il est arrêté, huit jours plus tard, et qu’il avouera l’accident, la crémation…

En ce qui concerne les détails « croustillants » de l’affaire et quelques peu « irréalistes » ou pour le moins « incompréhensibles » ou en tout cas qui montrent leur (à tous deux) déséquilibre psychologique et qui expliquent les déclarations floues et discordantes, je vous les résume.
On a prétendu, les témoins, car il y en aurait eu, qu’il roulait très vite, or le choc n’a pas été « mortel », cela a été prouvé par les experts. Il n’aurait pas freiné, mais des marques de pneu étaient toujours visibles, huit jours plus tard, mais il avait pris, par la suite, la peine de charger ses 4 pneus... !
On aurait, on a retrouvé, un voire deux préservatifs avec son sperme, l’un dans la voiture, l’autre sur les lieux de la crémation. Qui a profité de son ardeur sexuelle, à ce moment là, sa copine, sa victime ? Je ne sais, il ne m’en a pas parlé et je n’ai pas voulu approfondir ce côté malsain des faits et cette attitude quelque peu surprenante : comment un être humain « normal » peut-il éprouver un plaisir (un besoin) sexuel dans de telles conditions… Cela dépasse ma compréhension, et ma vision de l’être humain…, mais je ne suis pas psy.
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19.09.2007

Portrait de Sami

Sami

Au moment des faits, il avait 25 ans. Quand je l’ai connu « de visu », cela faisait 9 mois qu’il était en prison (prévenu = présumé innocent, pendant le temps de l’instruction).

Ma première rencontre s’est faite en cours de philo, je ne l’y ai vu que 4 ou 5 fois. Je ne savais pas que c’était lui. Je ne l’ai compris que lors de la 2ème ou 3ème rencontre hebdomadaire. En fait, i parlait peu pour ne pas dire « pas » et le niveau, malgré la bonne volonté évidente du prof, était au dessus de ses capacités intellectuelles. D’amblée, il m’a semblé très perturbé, très craintif, toujours sur ses gardes.

Moi, j’étais, à l’époque, au JA (quartier Jeunes Adultes), lui au Grand quartier (régime commun), donc à part dans ce temps de rencontre, rien ne pouvait nous faire rencontrer.
Je connaissais par contre son histoire, affaire, par le on-dit et surtout par les journaux car son affaire a été très médiatisée (presse écrite locale et nationale, et TV locale, au départ, nationale, plus tard).

Quand j’ai su qui il était et parce que c’était un peu pour cela que je suivais ces cours de philo, je l’ai observé un peu plus.
J’aime bien observé les gens et les découvrir par leur façon d’air et de s’exprimer. Dans ce cours de philo qui était, en fait, souvent un moment d’échange et un groupe de paroles, je me détendais et pouvais discuter avec l’intelligentsia de la prison, cela me faisait sortir de ma cellule et de ma lecture… Le prof était vraiment bien et savait adapter son cours, à l’humeur des participants et ce, malgré un programme…

Revenons à Sami. En cours, il ne s’exprimait jamais. Moi, je l’observais du coin de l’œil, j’ai même été à côté de lui. Visiblement, il était perturbé, le regard fuyant, souvent la tête baissée, il avait du mal à supporter le regard des autres, bref, il se sentait « surveillé », disons plutôt « observé ».
De plus, sa démarche était un peu bizarre, très saccadé, un peu comme s’il marchait sur la pointe des pieds, sur des œufs…
Bref, il m’interrogeait, m’interpellait. Pendant cette période, je ne lui ai jamais adressé la parole.

Par le presse et le on-dit, je savais qu’il était accusé d’avoir tué une jeune fille, qu’il l’aurait même violé « morte » ou « pas morte » et qu’il l’aurait brûlait… C’était au moins ce que disaient les journaux qui ne manquaient pas de parler de toutes ses rencontres (interrogations) avec le juge d’instruction. Il était défendu (assisté) par un ténor du barreau qui ne manquait pas une occasion de médiatiser l’affaire…

Lorsque j’ai pris la fonction d’écrivain, j’ai donc changé de quartier (coin de la maison) et je suis venu m’installer dans le quartier « adultes ».comme je l’ai déjà dit, dans mon livre « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… », et en ma qualité d’auxi-écrivain, je pouvais bénéficier d’une heure de promenade entre midi. Promenade qui était réservé aux auxi (très peu utilisé) et à certains détenus (DPS – détenu particulièrement signalé) ou autres, souvent prévenus et/ou condamnés pour des affaires de mœurs ou de crimes particulièrement odieux et donc rejetés par les autres, pour ne pas dire bannis et/ou persécutés. En théorie, nous aurions du, parait-il, être réparti dans deux cours différentes, mais le nombre peu important d’auxi (2 ou 3) sur la douzaine de « promeneurs », faisait que nous n’étions pas « isolés ».

Cette promenade, je ne l’ai pas fréquenté dès le mois d’avril, mais un peu plus tard, avec les beaux jours lorsque j’ai pris conscience qu’il me fallait m’oxygéner un peu et qu’un peu de marche « au soleil » ne pouvait pas me faire de mal. Rappel : à Metz, vous pouvez, si vous le voulez, ne jamais mettre le nez dehors.
Bref, Sami qui était classé DPS, participait très régulièrement à ces promenades, et il avait autour de lui, 2 ou 3 gars avec qui, il marchait. Il avait 25 ans et a priori, en ma personne, rien ne pouvait l’inciter à se rapprocher de moi.

Pour ma part, quelque peu curieux, j’aurai aimé en savoir un peu plus, et en particulier, ce qu’il en disait, pensait… Mais comment l’aborder et surtout comment l’aborder seul.

C’est alors que j’ai usé d’un stratagème, pour me faire « remarquer ».
Ayant accès aux journaux de la bibliothèque, j’étais donc au courant de ses allers et retours, présents, passés et futurs, par ce qu’en disaient les médias. Lui ne venait pas à la bibliothèque, d’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’il en aurait été autorisé (comme DPS). Bref, j’ai découpé l’article le concernant, et un jour suivant, je lui ai remis, avec discrétion, en lui glissant la phrase qui tue : « C’est pas bien, ce qu’ils font, on parle trop de toi et de ton affaire », le « ils » étant la presse et son avocat.
Il glissa l’article dans sa poche, sans répondre.

Quelque temps plus tard, l’occasion fit que j’ai eu la possibilité de passer toute une promenade, à ses côtés, et que nous sommes venus à parler de ces fameux articles de presse. Je lui ai dit mon sentiment et qu’en fait, à mon avis, tout cela, même si les articles ne lui étaient pas toujours défavorables, ne lui rendait pas service, et encore moins, ils n’étaient pas là pour faire « sortir » la vérité.

Il m’expliqua que la victime ou plutôt sa famille avait fait un comité de soutien et que pour eux, toutes les occasions étaient bonnes pour crier vengeance, et obtenir « réparation ». De plus, il ne me l’a pas dit, mais je l’ai compris, son avocat, bien connu sur la place, aux tarifs au dessus de la norme, avait accepté de la défendre « gratuitement », et attendait, en retour, cette « médiatisation pour se faire « mousser ».
Bien vite, j’ai compris aussi et il me l’a dit, son juge d’instruction, un jeune, en début de carrière, voyait aussi dans cette affaire, « son » affaire du siècle qui allait le faire monter dans la hiérarchie… et le faire connaître.
Je pense que ces deux-là ont obtenu satisfaction… !!!
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


17.09.2007

S D F

SDF

Je ne connais pas son nom, je lui ai parlé qu’une fois, mais il m’a tellement impressionné que je ne peux me dispenser de vous parler de lui.

En fait, c’est lui qui m’a abordé, alors que j’étais encore écrivain, et je pense que c’est pour cela qu’il voulait me parler de lui…
Nous étions en mai, il me semble.
Il était auxi aux services généraux et assurait l’entretien du grand hall que l’on appelle « La Rue ». Moi, j’attendais, je ne sais plus quoi ou qui, et j’ai du lui demander, en guise de bonjour : « Ca va ». Et il m’a répondu : « Non ». – « Ah bon, qu’est ce qui ne va pas ? »

Et il commença à me raconter ses malheurs – son histoire :

. Je viens de m’engueuler avec mon travailleur social. Elle veut que je fasse une carte d’identité, car je vais sortir.
. Eh bien, pourquoi cela te pose problème ?
. Moi, je suis SDF.
. Ce n’est pas grave, il y a des centres qui te donnent leur adresse et qui reçoivent ton courrier.
. Oui, je sais, mais moi, je suis SDF, et je ne veux pas avoir d’adresse, un temps, je suis dans une ville, après, je suis ailleurs.
. Mais une carte d’identité, tu as besoin d’en avoir une pour faire la demande de RMI ou d’un logement.
. Mais je ne veux pas de leur RMI, et pour le logement, je me débrouille toujours. De toutes façons, je reviendrai avant l’hiver.
. Ah bon !
. Oui, j’ai ma tactique. Je t’explique. Quand je suis dans une ville, je repère les magasins qui ont une vitrine pas terrible, je vais voir le proprio, et je lui dis, tu me donnes 1.000 balles et je te casse ta vitrine. Tu touches l’assurance et t’as une vitrine neuve. Et ça marche presque à tous les coups. Je fais quelques vitrines, comme cela, je me fais du blé, si je ne fais prendre, eh bien, j’attrape quelques mois de tôle que je ne fais pas, je change de ville, je refais mon truc… ainsi de suite jusqu’au moment où le juge me fait tomber, et je fais toutes mes petites peines.
. Tu es là depuis longtemps ?
. Non, depuis 13 mois. Tu vois, avec mon système, pas besoin de travailler, pas besoin de RMI, je suis dehors 1 ou 2 ans, puis je passe en tôle 12 à 15 mois. J’ai déjà fait cela trois fois et cela me convient bien.

Je ne me souviens plus ce que je lui ai répondu, mais j’étais stupéfait de voir un tel déterminisme dans cet homme à l’air bourru de 45 ans, peut-être, qui avait décidé de faire sa vie comme cela.
Une fois de plus, on peut constater que le prison n’est pas pour ce type de personnage, le lieu idéal… c’est un refuge… une étape.

A Metz, j’ai connu aussi un gars du voyage qui ne savait ni lire, ni écrire, je l’ai donc suppléé dans ces tâches…
Il avait 35 ans, il avait déjà fait, par petits bouts, 17 ans de prison. Ses motifs d’incarcération, toujours la même chose : défaut de permis de conduire, pas d’assurance, par de feux arrière, des petits larcins, tous les flics (ou presque) le connaissaient, parfois, il passait à travers, en montrant le permis de son frère. En fait, je pense qu’il n’a jamais passé le permis, qu’il n’a jamais travaillé (la création du RMI a été un don du ciel, pour lui), il n’était pas marié, il vivait dans une caravane qui se trouvait sur un terrain…
En fait, il avait une famille, il écrivait à sa mère, presque chaque semaine, toujours la même chose, sa mère ne lui répondait jamais, mais lui envoyait des mandats, ils avaient deux sœurs, deux beaux-frères, « bien comme il faut et travailleurs », (comme il me disait), des neveux et nièces qu’il adorait… bref, il aurait pu être heureux. Il avait aussi au moins un frère qui était plus jeune que lui, qui avait connu la prison, et qui avait obtenu le permis de visite. Le compagnon de sa mère n’était pas son père…
Au total, il avait quand j’ai quitté Metz, au moins 4 ans à faire, et tout cela, arrivé, par petits bouts… chaque deux mois, il me disait, j’ai encore signé 6 mois, 8 mois, etc… Bref, il est rentré pour 6 ou 8 mois, et il en était à 4 ans…

Je trouvais bien généreuse sa mère qui lui envoyait 200€/chaque mois, et je trouvais un peu sec ses demandes. C’est alors qu’il me répondit : Mais, c’est mon argent, je touche le RMI, et je lui laisse la moitié… !

Je vous fais une parenthèse :
En fait, j’écrivais ce qu’il me dictait, car même s’il ne savait pas lire… je me suis rendu compte que, parfois, il se faisait relire mes écrits par un autre détenu. Je me souviens quand même, une fois, je n’ai pas retranscrit ce qu’il me dictait. Il voulait que j’écrive à sa mère : « J’en ai marre, rien ne va, je vais me suicider… » que j’avais traduit par : « Cela ne va pas, je déprime un peu ». Le lendemain ou surlendemain, le surveillant de son étage que je connaissais bien, à force d’être là… pour ce gars, m’a interpellé : « Christian m’a dit que vous aviez écrit à sa mère qu’il voulait se suicider. Vous ne l’avez pas fait ? » - Je l’ai rassuré… ce dont, d’ailleurs, il ne doutait pas… j’avais aucune raison d’inquiéter cette femme pour un coup d’humeur de son fils « indigne »… qui n’aurait pas le courage de passer à l’acte… croyez-moi… cela se sent… - fin de la parenthèse.

C’était un délit de plus, et qui durait depuis… ?... mois. En effet, quand vous êtes en prison, les prestations (RMI, ASSEDIC) sont suspendues… mais encore faut-il le dire… aux organismes concernés… A mon avis, le jour où la CAF va s’en apercevoir… je ne voudrais pas être à sa place… mais cela n’avait pas l’air de l’inquiéter…
Au demeurant, il vivait heureux, en reclus, car en fait, il craignait pour sa sécurité, il avait ici et dehors, fait tant de carottes à droite et à gauche que tout le monde voulait lui faire sa fête… et le faire payer ses dettes… à leur égard… ou, pour lui moins, lui donner des coups…
Son obsession (ses craintes) étaient telles qu’il a même refusé que son frère vienne le voir au parloir, de crainte d’y rencontrer un détenu qui lui en aurait voulu…

Pour moi, il fait partie des « irrécupérables »… mais je ne suis pas sûr que la prison soit la situation la mieux adaptée à ses travers et délits… !

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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
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14.09.2007

Portrait d'Alain (re-suite et fin)

Alain – Suite et Fin -

De la pâtisserie à la mécanique
(rectifié en raison de la vérité vraie)

. Qu’est-ce que cela veut dire « de la pâtisserie à la mécanique » ?
. Eh mec, je t’explique, mais pour te faire comprendre mon présent et mon futur, il faut que je te parle de mon passé.
. Si tu veux.
. Bon, voilà, je suis le second d’une famille de 5 enfants, je devrais dire 6, car ma sœur a une petite fille. Ma mère a eu deux mecs, mais depuis 8 ans, elle n’a plus de « mari ».
. Sacrée famille…
. Ouais, je pense que ma mère ne connaissait pas la pilule et que ses mecs n’étaient pas pour le préservatif… des cons, quoi…
. Alors, de deux pères, tu n’en as plus un.
. Ben, oui, et dès que j’ai grandi, je me suis rendu compte qu’avec les allocs et quelques ménages, ma mère, elle ne s’en sortait pas… et parfois, en rentrant du collège… il n’y avait plus d’électricité… à la maison.
. C’était la galère.
. Oui, mais laisse-moi t’expliquer, vieux ! Ce n’est que le début ! Depuis que je suis tout petit, j’aime avoir le nez dans un moteur et je dois avouer que je suis un bon « guérisseur »… Je me faisais un peu de blé, comme cela, en bricolant…
Et, avec des potes, on a imaginé des casses. Des petits casses, je piquais une bagnole, la conduisais (depuis 12 ans, je conduis des bagnoles), je restais au volant, eux, ils faisaient le casse, et on partageait. Pas grand chose, chaque fois, 500 balles chacun, mais ça me permettait de payer une ou deux factures, à la maison.
. Bref, tu étais le chef de famille, celui qui amenait du pognon à la maison.
. Oui, par obligation, mais ma mère n’arrivait pas à s’en tirer et j’étais, à 17 ans, le seul « homme » de la maison et il fallait que j’assure pour les petits…
. Et puis…
. Ben, cela m’a amené à Metz-Queuleu, quartier des mineurs pour 6 mois, avec les grâces, 4,5 mois après, j’étais dehors.
Entre temps, ma mère avait compris que si je revenais à Uckange, ça recommencerait, alors, elle est venue s’installer en Meuse.
La galère a repris, je me partageais entre le lycée (par obligation), ma famille, de nouveaux potes, la mécanique et les meufs. Quoi ! La vie…
. Et les conneries, les casses ont repris ?
. Oui, et un jour, après avoir piqué une Audi, on a croisé les flics et j’avais bien vu qu’ils nous avaient reconnus… Je voulais tout arrêter, les autres « non…» j’ai cédé… et quand les flics ont retrouvé la bagnole brûlée dans un petit chemin de la forêt… ils ont débarqué chez moi, chez nous, à 25 (ou presque)… Garde à vue… Jugement… Arrivée à Charles III (prison de Nancy) pour 30 mois…
. C’est pas rien… !
. Ça, c’est sûr, surtout que depuis, j’ai eu encore deux petites affaires, mais, là, « ils » (la Justice) nous avaient mis le paquet, parce qu’ils nous savaient responsables (même sans preuve) d’autres casses…
. Ben, tu es un vrai voyou…
. En arrivant à Charles III, j’ai déprimé… je me suis rendu compte que cela ne pouvait pas durer, que j’étais en train de foutre ma vie en l’air, de plus, j’avais une régulière, et vraiment, être là m’a mis les boules. Et je me suis dit que j’étais peut-être là, mais que c’était la dernière fois.
. Mais tu es toujours là, et à Saint Mihiel, pour encore quelques temps.
. Oui, mais, à Charles III, j’ai pris de bonnes résolutions et j’ai fait une formation pour passer le CAP de Mécanicien Réparateur d’Automobiles (M.R.A.), ma passion.
. C’est bien cela…
. Oui, mais, j’ai été transféré ici, et ici, il n’y a pas de formation dans la mécanique…
. Alors ?
. Et bien, après quatre mois, à ne rien faire si ce n’est m’emmerder et écouter de la musique et à faire de la muscu, j’ai pu commencer une formation de pâtissier…
. Ce n’est pas de la mécanique… ?
. Oui, mais on ne m’a pas proposé mieux, et puis, on m’a dit qu’un CAP est un CAP et que c’est un début et que si j’ai mon CAP de pâtissier, après, je pourrai passer un CAP de M.R.A. et que je serai dispensé de certaines épreuves. Alors, au lieu de glander à rien faire, je me suis lancé dans la pâtisserie… et cela me plait…(1)
. Passer du cambouis à la farine, c’est quand même pas banal…
. Il n’y a pas de sot métier ! Et puis, la théorie est la même, et, j’en avais besoin, le français, les verbes, les accords, tout cela, ce n’était pas ma tasse de thé. Là on reprend tout à zéro ou presque, on est peu nombreux (15, souvent moins), j’ai souvent envie de tout envoyer balader, mais je m’accroche…
. Çà, c’est pour le présent, et pour le futur, avec tes 21 ans sonnés…
. Le futur est le futur, et je ne veux pas le rater. Ma mère et ma meuf me font confiance et je ne veux pas les décevoir… Et avec ma copine, je voudrai bien fonder une « vraie » famille et avoir un ou deux gamins…
. Alors… ?
. Alors…, j’ai un plan. Je passe et je réussis mon CAP, je passe le Code de la route, ici, afin qu’à ma sortie, je puisse passer, rapido, le permis de conduire, j’ai, déjà, fait la formation AFPS (Attestation de Formation aux Premiers Secours).
. OK, mais ce n’est pas pour demain… ?
. Oui et non, en fait, j’ai déjà entrepris des démarches et j’ai le ferme espoir, si le JAP (Juge d’Application des Peines) est cool et me fait confiance, d’obtenir une « libération conditionnelle » en août ou septembre prochain, afin que je puisse commencer, dans de bonnes conditions, un contrat de qualif. de deux ans et passer le CAP de M.R.A…. J’ai demandé et obtenu une perm « employeur » et j’ai trouvé un patron qui est d’accord de me prendre. (2)
. Et…
. Ben, avec un CAP de M.R.A., je suis sorti d’affaire, dans cette branche, il y a du boulot et je te l’ai dit : J’ai un « don »… De plus, les petits étant plus grands, le dernier à 9 ans, pour ma mère, c’est plus facile, en plus des allocs, souvent elle travaille, et, elle s’en tire, c’est juste, mais cela va…
. Tu retourneras en Meuse ?
. Non, on a décidé de déménager, de nouveau, question de ne pas être « connu » et ce sera plus facile, pour moi, de ne pas retomber dans les conneries. Et puis, ce sera plus près de mon boulot…, on retournerait à Moyeuvre.
. Je trouve que c’est un bon programme, pourvu que le JAP te suive… cela te permettrait de repartir sur de bonnes bases. Et ici, cela se passe bien… ?
. Oui, on peut dire comme cela, ma vie est cool, j’ai la formation, je fais pas mal de sport, mais là, parfois, c’est galère, il n’y a pas assez de places…, j’ai la musique, j’aime bien le Rap. J’ai, chaque semaine, un ou deux parloirs, ma mère vient avec les petits, ma meuf vient aussi, je lui téléphone et écris, au moins, une fois par semaine, je cuisine un peu, j’ai de bons potes, c’est cool… Il ne me reste qu’à rester concentré sur mes projets et à les mettre en pratique…(3)
. C’est tout ce que je te souhaite, Bon courage, Alain…
(1) : En fait, il a été « renvoyé » (en même temps que deux autres stagiaires) de la formation à 2 mois de l’examen (qu’il aurait eu), sous prétexte d’un retard de 15 minutes. Et, pour une fois, ce retard n’aurait pas dû leur être imputé… Mais la machine à briser a bien fonctionnée…
(2) : « Perm refusée », et la municipalité de Moyeuvre réserve sa décision pour le contrat de qualif, et lui propose un CES à l’atelier (mécanique-autos) de la commune. Mais elle souhaite (veut) le rencontrer avant, ce qui me semble « normal »…
(3) : Le dernier paragraphe ne reflète pas sa vie familiale actuelle. Faute d’argent, sa mère ne peut venir, au mieux qu’une fois par mois (après la réception des allocations familiales), pour le téléphone, c’est au compte-goutte, sur des portables (souvent, après m’avoir « taxé » des unités…), mais il est réglo… il me dit 15 unités et n’en utilise que 17… !

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12.09.2007

Portrait d'Alain (re-suite)

Alain – Suite 2 –

Pour vous faire comprendre notre jeu-complicité. Alors que j’étais en train de rédiger (en plusieurs fois) ce texte sur lui, pour la nième fois, il m’a réclamé : « Je voudrais que tu me dises ce que tu penses de moi »… Je répondais toujours… « plus tard », mais, faisant une pierre deux coups, je vous soumets, ci-dessus, ce que je lui ai dit (notes en mains)…


Aspect extérieur :
. Bonne éducation, propre, soigneux
. Démarche correcte, allure sportive
. Quelque peu narcissique, aime son corps, son aspect extérieur
Caractère :
. Généreux, honnête avec ceux qu’ils respectent
. Confiant en lui-même
. Pas toujours maître de ses réactions
. Subit l’influence des autres – pas un meneur, mais pas le dernier à participer
. Courageux, téméraire (ne craint rien), même les coups et les ennuis lorsqu’il se croit dans son bon droit
. Parfois, difficulté de se contrôler (il m’a fait rectifier : « sait se contrôler, prendre sur lui »)
Psychologie :
. Fidèle à ses amis – compagnons
. Rancunier, il ne faut pas lui marcher sur les pieds (il m’a fait barrer « rancunier »)
. Très bon fond, a besoin de se sentir en confiance pour réussir,
. Très volontaire, mais il faut d’abord qu’il le veule
. Sait user de son charme, pour obtenir ce qu’il veut (il prétend que « non »)
Vie personnelle – sentimentale :
. Perpétuel amoureux
. Je le sens fidèle
. Tient des propos sur les femmes qu’il ne croit pas et qu’il ne mettrait pas en pratique
. Quelque peu vantard
. En amour, il doit être doux, à la différence de ce qu’il affiche (dit)
. Aime sa famille et veut la protéger
. Attitude équivoque vis à vis de ses origines
. Fier de son père naturel (se sent marocain alors qu’il n’en possède que la couleur (et encore)
. Rapport difficile avec les autres hommes de la famille qui l’ont trahi (beau-père, beau-frère)
. Il lui a manqué un vrai père, ce qui a été à l’origine de sa délinquance
. Enfance, jeunesse difficile
(à l’heure actuelle, il n’a pas conscience de son problème avec les adultes « mâles » qui l’ont entouré)
Regrets, Souhaits :
. Ne sait pas trop bien choisir ses partenaires
. Peut se laisser influencer / entraîner, quitte à regretter après, mais trop tard
. Doit être déçu de lui-même
. Peut mieux faire
. Peut repartir sur de bonnes bases, s’il sait s’entourer de bons partenaires, s’il sait refuser des alliances douteuses, s’il sait faire un trait sur son passé
Pour l’avenir :
. Je suis assez confiant, car je sais que quand il veut, il peut, mais encore faut-il vouloir
. Cependant, je sais qu’il aura besoin d’une aide extérieure
. Il a un projet professionnel réalisable qui correspond à ses capacités et aspirations
. Pour y parvenir, il doit passer par la formation initiale professionnelle (CAP de MRA). L’idéal aurait été dans le cadre d’un contrat de qualification « encadré » par un milieu socio-éducatif. (Je viens d’apprendre que le JAP n’était pas pour « favoriser » cette sortie…, à partir de quels éléments… mystère… !!!)
. Si cet encadrement « scolaire et éducatif » ne peut avoir lieu, ce sera, pour lui, un nouveau défi
. Sa volonté affichée est de ne pas retomber dans la délinquance (bas de gamme), ce qui ne veut pas dire qu’il serait parfait (irréprochable) (cela l’a fait sourire)
. Cependant, c’est possible, s’il trouve un équilibre matériel avec un métier qui lui plait
. Comme il est évident qu’il ne souhaite pas reproduire ce qu’il a subi dans son cadre familial, comme il manifeste une réelle fibre paternelle, s’il trouve une femme, assez aimante, mais aussi assez responsable et adulte pour l’aider à se reconstituer socialement et familialement, ce devrait lui convenir. « Une » pantin ne peut lui être d’aucune utilité. Elle doit être un partenaire capable de lui tenir tête, s’il a tort ou s’il risque de déraper. (Il semblait d’accord, avec cette analyse).
. Avec lui, le chantage affectif peut « marcher »…
. En quelques mots, il me semble tout à fait (malgré son passé chargé) récupérable, mais pour cela, tout dépendra de son entourage, de ceux qu’il saura se choisir, pour l’aider et progresser avec lui.
. Au départ, il devra lutter contre la facilité (qu’il a connue), contre son goût du risque délictuel, contre son désir d’être le meilleur, tout de suite, à n’importe quel prix, contre les tentations qui lui seront proposées… !
Nota : encore aujourd’hui, il m’arrive de l’appeler « mon voyou »… chaque fois, il me corrige : pas « voyou »… « rebelle »… !
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


10.09.2007

Portrait d'Alain (Suite)

Alain – suite -

Je vous ai déjà parlé de lui dans le livret « Formation », l’interview « De la pâtisserie à la mécanique », c’est lui (paru dans le journal interne du Centre de détention et dans « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul Denis, et repris ci-après).
.
Donc, il n’a pas connu son père naturel, il a toujours été sous la coupe d’un père qui l’a reconnu, mais qui, a priori, a été quelque peu violent envers ses enfants naturels et adoptés et même sa femme, au moins pendant quelques années. J’ai cru comprendre que ce père –homme n’était plus à la maison depuis sa douzième année. Il a dû conquérir – obtenir une liberté mal contrôlée, avec un mère bonne, mais insignifiante, pas d’autorité, qu’il chérit quand même, mais qui est incapable de l’empêcher de faire des bêtises.
Si bien que très jeune, il connaît le Juge pour enfants et, à ce que j’ai compris, il a même fait quelques séjours « en foyer », combien de temps ?... pourquoi ?... Je ne sais…
Bref… à 17-18 ans… il s’est retrouvé en prison, et il y était encore (et/ou de nouveau) quand je suis arrivé au JA Il quitte (libre) la Maison d’arrêt, un mois après mon arrivée. Il m’avait dit m’avoir vu et repéré, à l’époque, moi, je ne me souviens pas de lui… Il est vrai qu’ils étaient une cinquantaine de 18-21 ans, et que nous, les vieux, nous n’étions qu’un dizaine et même si nous n’avions aucune activité commune, nous étions sur le même étage et il se peut bien que lors d’un déplacement ou parloir, nous ayons pu nous côtoyer…
Dès sa sortie, il continue ses bêtises –délits (petits vols, braquage, conduite sans permis, etc…) et se retrouve, de nouveau, en prison avant l’hiver, à Nancy, son beau-frère (copain de sa sœur aînée) et complice était dans une autre prison de la région. En effet, entre temps, de la Moselle, sa famille était venue s’installer en Meuse… pour échapper à leur passé… en vain… Bref, il s’est retrouvé en Centre de détention, en janvier, un peu avant moi. Je ne l’ai connu, ici, qu’en octobre, début de la formation, mais lui m’avait repéré et se rappelait m’avoir vu/connu à Metz…

Depuis qu’il est en Centre de détention, il est passé, au moins deux fois au tribunal et a repris chaque fois quelques mois…A priori, c’est fini… « il ne peut y avoir d’autres affaires », m’a-t-il dit.
D’ailleurs, je lui ai fait un « bon » dossier pour une confusion de peines, et le tribunal lui a retiré 9 mois… et nos liens « amicaux » s’en sont trouvés renforcés…
Il me faut vous parler de ses projets… et il en a…
Et je pense que s’il réussit à les mettre en pratique, il sera tiré d’affaire.
En fait, je pense qu’il a compris que sa délinquance ne l’amènerait à rien si ce n’est à un retour en prison…
Aussi, dès son arrivée à Nancy, il a entrepris une formation de Mécanicien Réparateur d’Automobiles afin de passer le CAP. Je vous l’ai dit, mais vous le verrez dans l’article que j’ai fait sur lui, cette passion pour l’automobile le motive vraiment bien, même si elle a été à l’origine, partiellement, de son incarcération.
Il a été transféré, ici, avant de pouvoir passer le CAP (une aberration de plus, n’était-il pas plus « honnête » et « constructif » de lui laisser finir sa formation, alors que l’administration savait bien qu’ici, cette formation n’existait pas…).
Bref, il est transféré avant de pouvoir passer le CAP. Mais le responsable de l’Unité scolaire (qui est un homme remarquable, au niveau humain) a compris sa motivation et lui a favorisé des cours adéquats et le passage de la partie théorique du CAP… qu’il a réussi.
Son premier objectif et j’essaie de l’y aider, est de sortir d’ici avec la perspective de faire un contrat de qualification (en libération conditionnelle).
Pourquoi cette formation, parce que malgré ses désirs qui semblent être bien réels, il a des lacunes qu’il faut combler et ce type de formation (assez contraignante : travail + cours) est bien adapté à lui. Il a besoin d’un cadre, d’un appui, d’une aide, d’une surveillance. Sans cela, le pire peut être craint.
Ce CAP serait une étape… Son objectif est de créer une casse-autos ou un garage. L’idée si elle n’est pas originale, n’en demeure pas moins réalisable… avec le peu de moyens qu’il a et l’appui d’un associé… à trouver…
Pour moi, c’est le type même du jeune qui a un bon fond.
Pourquoi est-il tombé dans la délinquance ?
Je pense que c’est, en partie, en raison d’une opposition « naturelle » à son milieu familial, peut-être, aussi, comme il le dit, poussé en vue d’aider financièrement sa famille… mais ne rêvons pas… il m’a avoué avoir claqué 20.000 Francs (résultat d’un vol) en 48 heures !
Ce qui lui a manqué ? Assurément un modèle masculin. Il n’a pas eu de père ou ce qui lui en a servi de père, a été plutôt un obstacle à son épanouissement. Plusieurs fois, il m’a parlé d’un oncle maternel, mais à un autre moment, il me dit « avoir fait des coups » avec lui… Que penser d’un tel modèle ?
Ce qui est sûr, c’est que le foyer (il y était à 9 ans, avec sa sœur aînée) n’a fait qu’amplifier sa révolte, si cela se trouve, il a même fait des fugues pour rentrer chez lui... !
A ce jour, je pense qu’il est sur la bonne voie… il prend conscience des réalités, de la nécessité d’une vie « normale », pour lui, pour sa copine, pour sa future famille… hors délinquance. Il s’y prépare… et il suit même, ici, les cours préparatoires au passage du Code de la route (qu’ils peuvent passer, en détention), pour la pratique, ce n’est « plus » possible… en raison d’une évasion… lors d’un cours de conduite… (fait malheureux qui pénalise tous les autres…). Où est la justice, la réinsertion… Donc dès sa sortie, il pourra passer le permis de conduire, car, pour la conduite, je lui fais confiance… il connaît…
Pour conclure, car j’ai été bien bavard, sur Alain, je vous avouerai, pour être honnête, qu’il y a des aspects de sa personnalité que je n’arrive pas à saisir… mais cela doit être normal, je ne suis pas lui, et je ne suis pas psy…
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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
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07.09.2007

Portrait d'Alain

Alain

22 ans et déjà un lourd passé…
Je l’ai connu en formation. Dès le départ, son comportement m’a intrigué, il dépareillait le lot, et il est vrai que je l’observais souvent.
Il m’en fit la remarque et je lui ai dit que j’aimais bien regarder les gens, pour les connaître.
Le temps passe et après le premier bilan, les formateurs m’ont demandé, si j’étais d’accord d’aider, de soutenir, certains stagiaires qui le souhaiteraient, car ayant plus ou moins de difficultés. J’ai répondu « oui »…
Et après la mise au point collective, Alain est venu s’installer à côté de moi, mais moi, je voyais en lui un jeune particulièrement perturbé intérieurement, et en rechercher/connaître les motifs ne me laissait pas indifférent. Et bien sûr cette proximité m’a permis d’en savoir plus.
Ce qui m’avait choqué au départ, ce sont ses divergences d’humeur, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, et ce, parfois, sans raison évidente extérieure.
Il avait en lui des qualités évidentes, visibles à tout moment.
Il avait reçu une certaine éducation, il était poli, il était soigneux de sa personne, peut-être même trop, il était fier de son physique, et il faisait de la musculation pour l’entretenir.
En fait, il était français, né d’un père marocain, expulsé dès son plus jeune âge (il n’en a donc aucun souvenir), de ce père, il avait une sœur et sa mère (une française) s’était remariée et avait eu encore deux filles et un fils.
Il est bien intégré français, et ses attaches marocaines sont, selon moi, très limitées, pourtant, il était content (fier) de ses origines et de son teint léger bronzé de naissance. Il n’était donc pas musulman, catholique par tradition, mais il n’a jamais été pratiquant, ce qui est bizarre, c’est qu’ici, il avait choisi le régime « sans porc » et n’en mangeait pas, alors que chez lui, m’a-t-il dit, il en mangeait… !
Déjà une énigme… un choix … qui me posa question.
Petit à petit, j’ai commencé à percer ses mystères. En fait, il est d’une intelligence bien au dessus de la moyenne, au niveau scolaire, il est moyen. Son problème, c’est sa faculté à s’impliquer dans ce qu’il fait. Lorsque c’est un bon jour, il était capable du meilleur. Lorsque c’était un mauvais jour, il ne fallait rien lui demander, surtout pas le contrarier, il se braquait et était capable des pires attitudes susceptibles de lui porter préjudices… On ne pouvait le contrarier. Lorsqu’il était dans ses périodes de crise, j’étais, avec le temps, le seul à pouvoir, non pas le contrôler, mais au moins, il m’écoutait sans se révolter, sans attaquer…
Pourquoi moi… nouvelle énigme…
Que voyait-il en moi ? Je ne sais. Je lui ai parlé bien sûr de ma famille, pour qu’un dialogue s’instaure, il faut que ce soit réciproque, et quand je lui ai dit que j’avais des enfants de son âge, deux fils et une fille, c’est bien sûr, la fille qui l’intéressait. Les questions ont fusé… Il m’a demandé si j’avais des photos, j’ai dû m’exécuter, de plus, il a vu Clémence au parloir… et il en est devenu … amoureux virtuel… Pour moi, c’était un peu un jeu. Mais il a voulu lui écrire et je lui ai donné l’ancienne adresse de Clémence et sa lettre est revenue… Cela l’a un peu « calmé » (le mot est trop fort, mais je n’en trouve pas d’autre), depuis, il m’appelle, parfois, beau-papa, et rêve de conquérir Clémence, lorsqu’il sera dehors… « Son mec ne faisant pas le poids… » (dixit Alain)…
Ce qui est surprenant, c’est qu’il avait l’air de parler sérieusement, alors que, dans le même temps, il correspondait avec sa copine… qui n’était pas la première… et peut-être pas la dernière…
Mais, un matin, il est arrivé en cours, effondré, abattu, à la limite de péter les plombs (contre lui-même). J’ai bien compris qu’il s’était passé quelque chose, mais quoi ? A toutes mes questions entre 4 yeux, il ne voulait pas répondre… La première partie du cours a été dans la même ambiance… Silence… silence… Lors de la pose de 10 h, j’ai pris mon courage à deux mains, et je l’ai secoué mentalement « Je vois bien que cela ne va pas, dis-moi ce qui te travaille, tu verras, après cela ira mieux… »…
Avec mal, il commença à parler. Il me dit qu’il venait de téléphoner à sa copine et qu’elle lui avait dit qu’elle avait, il y a déjà quelques mois, avorté d’un enfant de lui. Il en était révolté, pour lui, c’était monstrueux, un tel acte… J’étais moi-même effondré… surpris et pris au dépourvu, comment m’y prendre pour lui faire remonter la pente… Et, tout à coup, j’ai eu un éclair de génie, et je lui ai dit la phrase qui tue : « C’est vrai que c’est terrible, ce que tu viens d’apprendre, mais au moins, cela a du bon… au moins, tu sais que tu peux avoir des enfants… Tu sais, moi, je me suis marié tard, et je suis sûr que comme moi, tu as déjà dû te demander si tu aurais des enfants… Là, tu es fixé… C’est déjà un acquis… »…
La crise était « décoincée ». Nous en avons parlé encore pendant dix minutes, plus moi que lui, lui expliquant qu’il devait se mettre à la place de sa copine, que, pour elle, c’était sûrement aussi très dur, la preuve, c’est qu’elle le lui avait caché pendant de longs mois, que pour l’enfant, c’était sûrement mieux que d’être élevé, avec beaucoup de difficultés matérielles (celles que tu as connues, en pire), par sa mère seule, que lui, était encore là pour quelques temps, et que s’il n’était pas en prison, cela ne se serait pas passé comme cela et qu’en fait, c’était plus sa faute à lui qu’à elle. Qu’en fait, je pensais que pour elle, pour lui, pour l’enfant, pour eux trois, elle avait sûrement fait le bon choix, qu’ils étaient encore très jeunes et que ce devait être qu’un mauvais souvenir et que l’avenir leur sourirait… etc… etc… Bref, qu’entre deux maux, il faut savoir choisir le moindre…
Tout cela dura 10 à 15 minutes, de déballage sentimental, de remontage de moral… par la suite, nous n’en avons que très rarement parlé, peut-être une fois, je sais qu’il correspond avec elle, qu’il lui téléphone régulièrement… et qu’ils sont toujours amoureux…
Ce qui est surprenant, à propos des femmes, cette jeunesse, lui et les autres, malgré une attache qui a l’air sérieuse et sincère, ils ont une approche surprenante de la femme qui devient et qui ne serait, pour eux, qu’un objet de leur plaisir. Quand je leur dis que je ne suis pas d’accord, ils s’amusent. En fait, je pense qu’entre eux, ils se jouent la comédie et que pris individuellement, ils sont meilleurs qu’ils veulent paraître… Ils se font un cinéma, un personnage… c’est plus de la vantardise que du concret… ils s’auto-persuadent d’être des Don Juan, alors qu’ils ne sont que des voyous, bien normaux, avec des désirs et peu de concret…
Est ce que c’est la prison qui les fait réagir de la sorte. Est-ce la stimulation mutuelle, est-ce un réel manque qui les fait délirer, fantasmer…
Encore une énigme que je n’ai pas réussi à percer… mais une attitude bien réelle…
Souvent, quand ils parlent de leur sortie… ils disent : « Dès que je sors, je me saoule la gueule et je vais voir les putes ». Tout un programme… que fort peu réalisent… à mon avis.
Revenons à Alain, bien que nous ne l’ayons jamais quitté, car cela reflète bien son attitude (personnalité) « apparente »…
Pour rentrer dans sa vie plus personnelle, que je n’ai pas encore réussi à percer, entièrement, vous le savez, je n’interroge pas, j’écoute, je recoupe, et cherche la vérité.
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