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26/10/2007

Utilité et/ou Inutilité de la prison....

Utilité et/ou inutilité de la prison ?

Pendant la rédaction et la mise en page de ce deuxième ouvrage, j’ai créé des blogs pour y diffuser mon premier bouquin : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul Denis. J’ai eu quelques commentaires de lecteurs, et cela m’a permis de réfléchir sur quelques pistes non encore approfondies.


Il est commun d’entendre et de dire : « S’il est en prison, c’est qu’il le mérite, je ne vais pas le plaindre »…

C’est souvent vrai, mais le problème n’est pas là. Il faut se poser le question : est-ce que la prison lui sera « utile », lui permettra de repartir sur de nouvelles bases… ?

Comme vous le savez, j’ai été pendant de nombreux mois en prison (34 mois) et pendant aussi de longs mois auxi-écrivain.
Cette fonction m’a permis d’observer et de rencontrer de nombreux détenus, de tous âges, de toutes nationalités, de toutes conditions sociales, responsables de toutes sortes de délits ou crimes.
Par obligation, j’ai été le confident spontané de beaucoup de situations, de passés et de futurs, d’espoir et de détresse humaine.

Cette expérience me permet d’avoir une vision de ce qu’apporte, au détenu, la prison qui n’est pas celle que de nombreux militants mettent en avant, celle que de nombreux politiques voudraient mettre en place.

Rappelons que l’administration pénitentiaire a deux fonctions essentielles, à en croire, le Code de Procédure Pénale (CPP, art. D 188 et D 189) : la garde des personnes privées de la liberté d’« aller et venir » par décision de justice et la réinsertion sociale des détenus.
Le motif de l’incarcération et l’environnement social et psychologique du détenu n’est donc pas une priorité pour la prison.

Si l’on veut parler de ce qu’apporte au détenu, la prison, il faut se préoccuper de son état d’esprit quand il y rentre, de sa faculté de s’adapter à ce monde qui lui est imposé et qui, a priori, au moins le pense-t-il, lui est hostile, de sa volonté à faire en sorte que sa vie future, quand il sortira de prison, ne sera pas la même que celle qui l’a amené en prison.

Chacun réagit différemment et cela en premier chef, en raison de son sentiment de responsabilité dans sa présence en ces lieux.
Bien que cela ne soit pas si évident, chacun pouvant évoluer au fil du temps, je pense qu’il faut « classer » les détenus en fonction de leur culpabilité ressentie ou non.

Si un individu est innocent, c’est lui d’ailleurs le seul a avoir le pouvoir d’affirmer qu’il est innocent, puisque lui, il sait s’il a fait ce que la société et la justice lui reprochent, il ne peut pas réagir, vis-à-vis de la prison, de la même façon que celui qui se sait coupable de ce qui lui est reproché.

Pour l’INNOCENT, le fait d’être en prison est / doit être insupportable. Sa seule possibilité de s’opposer à cette incarcération injuste est de proclamer son innocence en demandant, en redemandant sa mise en liberté, s’il est prévenu (détenu non jugé), en faisant appel des décisions prises (appel, cassation, révision), accompagné ou non de grève de la faim ou de manifestations de refus de la situation qui lui est imposé. Ne pas oublier le proverbe, tout à fait appliqué, en l’espèce : « Qui dit mot, consent ».
Ainsi, le fait de ne pas faire appel est un « signe » (une preuve pour la Justice que la condamnation est justifiée… Cette interprétation du non-appel me semble tout à fait en dehors d’un contexte réaliste. Beaucoup de détenus m’ont affirmé qu’ils n’avaient pas fait appel de la décision, parce qu’ils pensaient qu’ils n’avaient pas eux-mêmes assez d’éléments pour faire modifier l’interprétation répressive de la justice. A aucun moment, ils ne pensaient que la condamnation était justifiée (juste).

En prison, l’innocent n’est pas cru par les autres et par l’administration qui suit la vision donnée par la Justice.
Il est vrai que tout détenu, à un moment ou à un autre, se dit innocent, ou pour le moins, condamné ou condamnable beaucoup trop par rapport à ce qu’il a le sentiment d’avoir fait de mal.
En prison, l’innocent reste un calme révolté en silence. Il refuse sa situation présente, il essaie de s’en sortir avec les moyens que la loi lui donne.
Son séjour ne lui sera bien sûr d’aucune utilité. Bien au contraire, il en ressortira forcément aigri contre une société qui l’a mal jugé et qui, aussi et surtout, si la détention injuste a été un peu longue, qui lui a cassé sa vie sociale et professionnelle.

Le FAUX INNOCENT, c’est celui qui se dit innocent, mais qui en fait, ne l’est pas ou en tout cas, n’est pas en mesure de prouver son innocence, parce qu’il a, à un moment ou à un autre, avoué, parce que de nombreux indices, faits ou circonstances font penser qu’il est coupable ou qu’il a, en tout cas, beaucoup de choses à se reprocher qui font qu’il ne peut être considéré comme innocent.

Ce détenu est, assurément, le plus difficile à comprendre, à défendre. D’ailleurs, sa propre attitude est souvent, d’un jour à l’autre, changeante. Son humeur est changeante aussi, ce qui déroute celui qui doit statuer sur son sort.
J’ai souvenir d’un gars qui était accusé de pédophilie, qui clamait son innocence et qui avait, par des faits concrets, réussi à me convaincre qu’il était innocent, que ce qu’on lui reprochait n’avait pas pu se passer. Eh bien, ce gars, en détention, quelques mois plus tard, a manifesté des tendances homosexuelles… Que faut-il penser ? Etait-il innocent ?

La présence en prison du « faux innocent », est pénible pour lui-même, mais surtout pour son entourage (les autres détenus), car sans cesse, il se plaint de ce qui lui est imposé, sans pour cela mettre tout en œuvre pour prouver son innocence, si bien que les autres détenus sont déroutés et l’isolent, en se moquant de lui (quelque fois ouvertement).

La prison lui sera-t-elle utile ? On peut l’espérer. Peut-être, lui permettra-t-elle de bien se comprendre lui-même, en le forçant à se regarder, en l’obligeant à se rendre compte que son attitude – délit a bien eu lieu et donc qu’il est normal qu’il soit puni.
Cependant, je ne suis pas convaincu qu’un séjour prolongé soit d’une réelle utilité et ce, d’autant plus qu’en prison, il ne recevra aucun soutien qui lui permettrait de faire ce retour sur lui-même. Ce qu’il lui faut, c’est un suivi psychologique « réel » qui lui permette de changer son état d’esprit et sa façon de vivre en société… et ce, bien au delà de son temps de détention, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).

Commentaires

Bonjour, mon époux est incarcéré depuis juin2004. en juin 2006 il est passé en cour d'assise ou il a été reconnu non-coupable mais a pris 8ans de complicité a cause de son passé judiciaire.
Il a fait appel, il est repassé au assise en novembre 2007 qui a simplement confirmé la 1er décision de justice. Nous avons les preuves de son innocence mais nous avons des murs en face de nous.
Mon mari le vit trés mal et supporte par sa détenntion; il est devenue anorexique.
l'avocat est sur d'une erreur judiciaire donc on va en cassation.
quel conseil pouvez-vous me donner pour soutenir mon époux car c'est dur!!!!

Écrit par : DOUKKALI | 24/11/2007

Pour que votre dossier soit accepté en cassation, il faut un vice de forme ou des faits nouveaux (non connus) depuis le (les) jugement(s)… Une de ces deux conditions est indispensable pour que votre demande soir recevable…
Que vous dire pour le soutenir… si ce n’est qu’il a sa conscience et que la Justice des hommes n’a pas d’importance, ce qui est important, c’est ce qu’il est, et cela, on ne lui prendra pas… Pour que sa détention inutile (3 ans de préventive… et injuste s’il est innocent) passe et soit acceptable, il faut qu’il s’occupe au mieux… A l’intérieur d’une prison, il y a beaucoup de choses à faire et de possible pour satisfaire son ego… même si ce n’est pas reconnu par la Société… Je le répète… la vérité est en lui, et ce que pense les autres ne doit pas l’atteindre… Il est vrai qu’être innocent (lui seul le sait) et avoir à supporter cette épreuve… ce doit être dur… il doit se dire que tout a une fin et que ce n’est qu’un mauvais rêve… et qu’il va revoir le jour…très bientôt… au moins en son cœur et à travers l’affection que ses proches lui gardent…
De Paul Denis à Doukkali, le 4 novembre 2007 à 22 h 10

Écrit par : Paul Denis | 04/12/2007

Paul Denis animera une soirée-débat sur le thème : « La vie quotidienne en prison ».
Entrée libre, venez nombreux…
jeudi 28 octobre 2010 de 20 h à 21h30
au : LE GAI MOULIN 10 rue St Merri 75004 Paris
(metro : Hôtel de ville/Chatelet/Rambuteau)
Organisée par Les Cafés d’Annecom et StreetGénération

Écrit par : Paul Denis | 14/09/2010

merci pour votre réponse!!
a ce jour mon époux est toujours incarcéré en central!!
depuis mai 2010 il benéificie de permission tous les 2 mois
ce qui est fort agréable mais déchirant quand il doit rentrer
je le soutien du mieux que je peu, mais le temps ce fait longs

Écrit par : doukkali | 14/09/2010

Bon blog, je vous remercie de partager ces conseils, et notez en premier lieu que je partage entièrement votre opinion ! J'insiste, votre travail est vraiment très bon, j'ai adoré vous lire.

Écrit par : rover | 21/07/2011

Mon époux est enfin sorti en conditionnel après 7ans , aujourdhui sa réinsertion ce fait petit à petit, beaucoup de séquelle....
je voulais vous tenir informé
mes salutations

Écrit par : doukkali | 21/07/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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