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06/07/2007

au J.A.

au J.A. :

Jacques :

Après cette première semaine avec Gérard, j’ai « émigré » au JA (quartier Jeunes adultes). Emigré est le juste mot, car, en fait, il est nécessaire pour aller au JA de changer d’aile du bâtiment, et donc, ce secteur, bien séparé de la plus importante partie de la prison, est un petit immeuble de 3 niveaux.
Le 1er niveau est réservé au SMPR (secteur médicalisé) qui reçoit les détenus (de toute la Lorraine) qui ont besoin de soins psychiatriques, les surveillants n’y assurant que les va et vient et la distribution des repas. Quelques détenus y séjournent, d’autres y viennent que pour la journée et sont pris en charge par infirmières et animateurs psy.
Au 2ième niveau, le JA1, le mien, au 3ième niveau, le JA2, c'est-à-dire le secteur qui accueille les jeunes mineurs (13 – 18 ans), c’est une bonne quarantaine d’individus (nous y reviendrons).
Au JA1, il y avait trois catégories de détenus qui cohabitaient, dans une harmonie relative : des jeunes adultes (18 – 21 ans), des détenus auxi de services généraux, 6 à 8, et des adultes, plutôt vieux, ou, à protéger particulièrement, en raison de leur délit ou de leur âge, nous étions donc une dizaine, à mon époque. Depuis, ils sont plus nombreux, car il n’y a plus de cellule « seul ».

Pour ma part, je fus affecté à une cellule prévue pour quatre où depuis plusieurs mois, ils n’étaient plus que deux… d’où l’accueil un peu froid que j’ai reçu.
Il y avait deux lits superposés, il m’a été donné un lit de dessus, ce qui m’a convenu. Au départ, nous n’avions que deux tables, ensuite, nous en avons récupéré une troisième. Au niveau « armoire », il y en avait trois (au lieu de deux), si bien que chacun a eu la sienne. Je n’ai pas souvenir (oh, là… comme on oublie vite) que nous ayons été 4. Donc, à 3 dans une cellule de quatre, nous étions « bien »… Ce que je peux te dire, c’est qu’au niveau « équipement » individuel, nos étions bien mieux lotis que les cellules pour deux et les autres cellules de quatre, où ils y avaient 4 occupants…
Mais cela vous a déjà été expliqué en d’autres moments (dans « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul-Denis).

Parlons, comme prévu, des occupants. Ils étaient deux.
Jacques, ancien pompier de métier, pas encore jugé, bien sûr innocent, accusé d’agressions sexuelles sur… (je n’ai jamais trop su), mais je viens d’apprendre qu’il avait enfin (3 ans d’attente) été jugé et qu’il avait pris 12 ans et qu’il en était satisfait… ce qui me laisse supposer que « son » délit devait être grave, il n’en a jamais parlé, et comme je ne pose pas de question… Il devait avoir autour de la soixantaine. Il était peu bavard et avec lui, il y avait deux sujets qu’il ne fallait pas aborder : la politique ou plutôt, « les hommes politiques » et l’argent ou plutôt « ceux qui ont de l’argent »… A part cela, c’était lui l’ancien (au niveau ancienneté dans la cellule), il y régnait en « maître »… pas en « dictateur ». Il avait une particularité… il ne proposait « jamais » rien, mais quand tu lui demandais quelque chose, il refusait « jamais »… mais il fallait demander. Sa passion était les mots fléchés ou croisés, je ne sais trop, et tout son temps libre passait dans cette activité. Il tenait un espèce de « carnet de bord » (que, bien sûr, je n’ai jamais lu) mais il y écrivait une vingtaine de lignes par jour. Par contre, il écrivait tous les jours à sa femme (2ième épouse après un divorce) une longue lettre avec dessin, etc. Encore aujourd’hui, je me demande bien ce qu’il pouvait lui raconter, et ce, d’autant plus que sa femme devait les recevoir « en paquet » puisque, non jugé, tous ces courriers passaient par le Juge d’instruction. Pour sa part, il recevait aussi les réponses « en paquet », mais peut-être pas autant qu’il en envoyait.
Au sein de la détention, il était « écrivain-bibliothécaire » bénévole du JA, car il touchait sa retraite qu’il avait prise à 55 ans, comme pompier. Il était assez fier de son « emploi »… Il revendiquait l’octroi de la TV gratuite, pour compenser cette non rémunération, mais je crois qu’il n’a jamais été satisfait.
Pour conclure sur lui, ce n’était pas un personnage très intéressant, très versatile, à prendre avec des pincettes, mais une fois qu’on avait compris et accepté cela, la cohabitation était « acceptable ».

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

04/07/2007

Solidarité oblige...

Solidarité… oblige


Avant de passer au JA, je voudrai parler d’une première expérience de vie en prison qui date de quelques années, mais qui est très significative du stress « arrivant » et de la nécessité de « savoir » pour ne pas être surpris et pouvoir bien s’adapter…
En raison de ce qui suit, je m’en souviendrai toujours. C’était un Jeudi saint, le jour et l’année, je ne sais plus, mais c’était un Jeudi Saint, en Alsace-Moselle et c’est cela qui est important…
Pareil, j’y suis arrivé vers 15 h – 14 h 30. J’étais abasourdi, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Mon avocat était là, les flics enquêteurs aussi, et il me faut reconnaître qu’ils ont été cool. Ils m’ont conseillé de prendre le minimum : carte d’identité + argent et ils m‘ont laissé remettre à mon avocat mes affaires personnelles, ma serviette avec portefeuilles, cartes bancaires, clefs, carnets de chèques, etc… et même, comme j’avais très peu d’espèces sur moi, mon avocat sortit de sa poche un billet de 500 Frs… qui m’a été très utile…
Donc, très perturbé après les formalités d’arriver (greffe, fouille à corps, lieu inconnu, bruit des portes qui se referment…), je suis mis dans une cellule vide. Quelque peu abasourdi, je commets ma première erreur : je mange tranquillement le repas froid qui m’avait été remis, à mon arrivée à la Maison d’Arrêt, me disant que le reste pouvait attendre.
Et ce fut une erreur, car dans les papiers qui m’avaient été remis, il y avait, en particulier, l’explication du fonctionnement des cantines et le fameux bon « arrivant » qui est servi dans les 24 heures, au plus tard, et qui permet d’avoir des produits de première nécessité et/ou d’une utilité immédiate.
Bref, entre mon arrivée et le moment de ma « découverte », il se passa plusieurs heures dont la visite chez le chef (qui te reprécise tes droits et devoirs et insiste sur le fait qu’il entend que tu te trouves bien dans ses murs – donc pas de conflit et rappel de la possibilité de changer de co-détenu, si besoin est), l’installation de mon lit et… l’arrivée d’un compagnon d’infortune, un récidiviste donc qui connaissait la maison et qui me demanda si j’avais fait une commande « arrivant ». Surpris, je lui ai dit que non, et il me sembla dépité… je l’interroge et il m’explique que la galère allait durer quelques jours, lui n’avait pas de pognon (même pas du tout, mais cela, je l’appris que plus tard) et il était 16 h 30 passées, et les cantines « fermées »… et rappelles-toi, nous étions le Jeudi saint, en Moselle, ce qui veut dire : relâche pour… 4 jours : Vendredi saint (férié en Alsace-Moselle), samedi et dimanche (pas de cantines), lundi de Pâques (férié). Donc pas de possibilité, pour moi, pour nous, d’obtenir des produits de cantine « par le biais officiel ».

Et c’est là que la « solidarité » carcérale se mit en route. Mon co-détenu, je ne sais plus son nom, appelons-le Paul, pour simplifier. C’est alors que Paul aperçut dans la cour (aire de sport) qui était sous nos fenêtres, un « ancien » qu’il avait connu lors de son précédent séjour et il lui demanda de nous « dépanner » en café et en sucre. Par café, il faut entendre « Ricoré », car, en fait, dans la majorité des établissements pénitentiaires, le « vrai » café est interdit. A Metz, il n’y avait que Ricoré et Cicona et aussi, Maxwell, qualité filtre, décaféiné…, à Saint-Mihiel, il y a Ricoré et Nescafé (en pot de 50 gr) soluble, 100 % pur café. Pour ma part, je prends (cantine) ce dernier que je mélange à quantité égale avec le café de la prison (qui nous est donné, chaque soir, pour le lendemain matin). Je fais mon mélange, comme mon père faisait son mélange de thé… (Fermons la parenthèse).
Donc Paul parlemente et réussit à se procurer du café de ce détenu qui n’était pas de notre étage, donc, en principe, pas de possibilité de communiquer, en direct, mais après multes discussions, de part et d’autre et la complicité (passive) des surveillants (des deux étages) et la complicité (active) des auxi…, nous avons obtenu, vendredi, dans la matinée du café (Ricoré)… le sucre est arrivé plus tard, mais n’en consommant pas, ce n’était pas la catastrophe (pour moi), mais par contre, pas de possibilité de faire chauffer l’eau. Rappel, à Metz, au robinet, dans les cellules, il n’y a que de l’eau froide… Donc, nous avons été au Ricoré « froid » pendant 4 jours, sans TV… Donc, notre seule distraction : raconter nos malheurs mutuels.
C’est alors que j’ai appris que Paul était divorcé, avec une ex-femme qui l’avait ruiné (volé) et un fils dont il n’avait que peu de nouvelles, lui-même avait plus de 60 ans, donc, à l’époque, mon aîné de 8 ans. Il vivait seul, sa passion et son activité principale de retraité était de fréquenter les bals « 3ième âge » de son secteur, car il aimait bien danser. Il était là pour avoir menacé, l’arme au poing, pour la énième fois, son voisin garagiste qui garait ses voitures sur son terrain et trottoir. Ce qui l’inquiétait, c’est le fait d’ignorer qui allait s’occuper de ses animaux : moutons, poules, lapins, etc…car s’il avait bien un locataire dans sa maison, il ne le croyait pas tellement motivé à lui rendre ce service lors de son passage « express » au sortir du tribunal avec les flics qui l’ont autorisé à prendre chez lui quelques vêtements. Bref, il était là pour …. jours.
La cohabitation s’est très bien passée. Il m’a initié au milieu carcéral, à ses usages, à ce qu’il faut éviter, à ce qu’il faut faire.
J’ai donc passé 29 jours avec lui, sans problème majeur. Il a été libéré quelques semaines après moi, après 45 jours de détention, et c’est moi qui l’ai ramené, en Meuse, et j’ai pu constater, de visu, que tout compte fait, il avait été « honnête » dans ses dires, en me disant la vérité, même si elle n’était pas reluisante… ce qui n’est pas fréquent en ce milieu, mais je pense que nous aurons l’occasion d’en reparler.
Sur cet épisode, je ne vois rien à rajouter, si ce n’est que, ce court séjour, m’a permis, à mon retour, de moins stressé et donc, au final, de m’y adapter plus rapidement, je savais ce qu’il y avait lieu de faire ou de ne pas faire.
Ma propre attitude et appréhension de l’arrivée en détention me font dire que, pour la quasi-totalité des détenus, ce n’est que la première fois qui traumatise. A la limite, pour un jeune ou un moins jeune, le fait de « revenir » en prison rend la chose banale et elle perd une grande partie de sa fonction qui serait de punir… nous en reparlerons aussi…
Un détail anecdotique, peut-être pas… Depuis mon premier passage en prison, j’ai toujours eu, en poche, ou dans mon portefeuille, un billet de 200 Frs… au cas où… et donc, lors de mon retour, je n’ai pas eu besoin de faire appel aux bons services de mon avocat, pour me « dépanner »…

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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
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02/07/2007

Gérard (suite)

Gérard (suite)

Bref, il voulait que « je parte » et je m’y étais résolu.
La cohabitation ne posa pas de problème jusqu ‘au mardi soir, bien que chaque matin, alors que j’étais encore couché, il me disait, j’espère que tu seras plus là à midi (13h30)… Le mercredi, au retour des sports, il péta les plombs et m’agressa « verbalement », presque « physiquement » au point que le surveillant est intervenu. Une parenthèse : pourquoi est-il intervenu ? Je ne savais. Longtemps, j’ai cru qu’il avait entendu, par l’interphone, « ses » cris et « mes répons » comme quoi je n’y étais pour rien si j’étais encore là. Par la suite, j’ai appris que sur cet étage, les parlophones ne fonctionnaient plus depuis longtemps. Donc, je pense que l’intervention du surveillant n’a été provoquée que par le hasard (il passait devant notre porte) et par son courage (il n’est pas fréquent de voir un surveillant intervenir avant les coups et le sang…). D’ailleurs, plusieurs mois plus tard, j’ai croisé ce surveillant dont je ne me rappelais plus, mais qui, lui, se rappelait de moi et de son intervention, et je l’ai, à ce moment là, remercié pour les coups qu’il m’avait, assurément, évités…
Ce qui est sûr, c’est que le surveillant calma Gérard, lui assura qu’il interviendrait pour que mon départ intervienne…, me conseilla d’écrire, de nouveau, au chef pour renouveler ma demande. Ce qui fut fait. Ce qui est sûr et c’était de son devoir, ce surveillant fit un rapport comme quoi, il y avait eu une « altercation vive » entre nous.
A partir de cette agression « verbale », l’attitude de Gérard, à mon égard, changea de tout au tout. Il ne m’adressa plus la parole. Un mutisme impressionnant que mes demandes de réconciliation et mes promesses de solliciter mon départ n’ont pas résolu à rompre… Silence, accompagné d’une attitude « séparative », dans ce sens qu’avant, nous partagions notre repas, sur la même table (nous n’en avions d’ailleurs qu’une), à partir de ce moment, il préféra manger, debout, sur le rebord du coin « toilettes »… Ce fut, pour moi, un moment, des heures pénibles et ce, d’autant plus que je ne savais pas (et craignais) ce qu’il mijotait, peut-être des coups. Bref, cette nuit se passa sans vrai sommeil, mais sans incident, en silence, ou plutôt avec sa radio sur la FM (24h/24) – il n’avait pas la TV et n’en voulait pas. Le jeudi, vers 13 h 30, j’étais toujours là, - même silence, même tenu à l’écart, en fin d’après-midi, après nouvelle réclamation de ma part au surveillant, j’ai été appelé chez le chef qui, a priori, semblait au courant du problème et du personnage, et c’est à ce moment-là qu’ « ils » se rendirent compte que « ma » place n’était pas là, au 1er. J’étais à un étage « travailleur » alors que je n’avais pas l’intention de travailler aux ateliers, j’étais « vieux » et « super calme »… Avec concertation entre chef et sous-chef, ils me demandèrent si je voulais aller au JA (je ne savais pas ce que cela voulait dire), mais « mon souhait » était d’être en sécurité et au calme, et si possible avec quelqu’un qui ne fumait pas, mais çà on ne pouvait pas me le garantir…. Téléphone + décision d’attendre le lendemain, le chef du JA n’étant pas là, ce jour-là. Je les ai « supplié » d’appeler Gérard, pour lui confirmer mon départ « imminent »… Il se passa bien une heure entre mon retour en cellule et mon annonce de ce départ imminent et le moment où Gérard fut appelé. De retour, ces seuls mots après deux jours « pleins » de mutisme furent : « Tant que tu es encore là, tu es là » et le mutisme se poursuivit.
Le vendredi matin, au retour de la douche, vers 10 heures, le surveillant m’attendait pour me dire : « Prépare tes affaires, tu pars au JA »… Et je ne me suis pas fait prier…
Bon prince et parce que je venais de recevoir mes premières « cantines », je lui ai laissé un petit mot : « Sans rancune et encore Merci », et lui ai laissé quelques subsides en remerciement de l’aide matérielle et alimentaire apportée…
Pour clore sur Gérard, je vous dirai que je reste quelque peu « admiratif » sur sa volonté et sur son « mutisme ». Pour ma part, je ne m’en serai pas senti capable.
Sur Gérard, je voudrai encore te dire que c’est le détenu le plus procédurier que j’ai connu. Il n’avait jamais eu affaire à la Justice avant cette affaire. En fait, je n’ai jamais fait de courrier pour lui, il était capable de le faire lui-même. A tous les stades de son procès, avant, pendant, après, il a fait toutes les démarches possibles : libération provisoire, appel, cassation, sur chaque demande refusée. Sa ténacité, son obstination, son déterminisme m’avaient fait pensé qu’il devait être innocent. J’ai pensé cela jusqu’au jour où j’ai eu connaissance des faits qui se sont passés à Saint Mihiel.
Il était très têtu. Par exemple, je pense qu’il aurait obtenu une « libération provisoire », compte tenu des faits « réels » ou « supposés » assez légers et non vérifiables s’il avait accepté de changer de région. Mais il tenait à son studio qu’il occupait depuis 15 ou 20 ans. Encore aujourd’hui, il se bat pour que les HLM ne le mettent pas dehors, malgré une décision d’expulsion, et le fait qu’il a encore 3 ou 4 années de prison à faire et qu’il ne paie plus le loyer (bien sûr). Il se bat, en vain, certes, mais il se bat… son livre de chevet est le CPP (Code de Procédure Pénale). « Livre de chevet » est symbolique, car en pratique, le CPP ne peut pas être sorti de la Bibliothèque … Il est vrai qu’il m’interrogeait souvent sur le CPP qu’il interprétait « mal », mais il le connaissait.
Je parle au passé, bien qu’il soit toujours à Saint Mihiel et en détention, et s’il est vrai que je revoyais deux fois par semaine, à la bibliothèque, lorsque j’y étais « écrivain », ici, j’ai tenu mes distances, « Bonjour, Bonsoir », dès son arrivée.
Mais il me faut reconnaître que si je n’ai pas été rancunier à son égard, lui non plus, à mon retour au « grand quartier », il me remercia pour ce que je lui avais laissé, et plus tard, c’est par lui que j’ai obtenu une paire de chaussures « spécial prison »… que Victor (mon fils) affectionne tant… Nous n’avons jamais reparlé de son attitude « agressive » et, je sais que depuis, il a souvent eu un compagnon de cellule…

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