logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

19/09/2007

Portrait de Sami

Sami

Au moment des faits, il avait 25 ans. Quand je l’ai connu « de visu », cela faisait 9 mois qu’il était en prison (prévenu = présumé innocent, pendant le temps de l’instruction).

Ma première rencontre s’est faite en cours de philo, je ne l’y ai vu que 4 ou 5 fois. Je ne savais pas que c’était lui. Je ne l’ai compris que lors de la 2ème ou 3ème rencontre hebdomadaire. En fait, i parlait peu pour ne pas dire « pas » et le niveau, malgré la bonne volonté évidente du prof, était au dessus de ses capacités intellectuelles. D’amblée, il m’a semblé très perturbé, très craintif, toujours sur ses gardes.

Moi, j’étais, à l’époque, au JA (quartier Jeunes Adultes), lui au Grand quartier (régime commun), donc à part dans ce temps de rencontre, rien ne pouvait nous faire rencontrer.
Je connaissais par contre son histoire, affaire, par le on-dit et surtout par les journaux car son affaire a été très médiatisée (presse écrite locale et nationale, et TV locale, au départ, nationale, plus tard).

Quand j’ai su qui il était et parce que c’était un peu pour cela que je suivais ces cours de philo, je l’ai observé un peu plus.
J’aime bien observé les gens et les découvrir par leur façon d’air et de s’exprimer. Dans ce cours de philo qui était, en fait, souvent un moment d’échange et un groupe de paroles, je me détendais et pouvais discuter avec l’intelligentsia de la prison, cela me faisait sortir de ma cellule et de ma lecture… Le prof était vraiment bien et savait adapter son cours, à l’humeur des participants et ce, malgré un programme…

Revenons à Sami. En cours, il ne s’exprimait jamais. Moi, je l’observais du coin de l’œil, j’ai même été à côté de lui. Visiblement, il était perturbé, le regard fuyant, souvent la tête baissée, il avait du mal à supporter le regard des autres, bref, il se sentait « surveillé », disons plutôt « observé ».
De plus, sa démarche était un peu bizarre, très saccadé, un peu comme s’il marchait sur la pointe des pieds, sur des œufs…
Bref, il m’interrogeait, m’interpellait. Pendant cette période, je ne lui ai jamais adressé la parole.

Par le presse et le on-dit, je savais qu’il était accusé d’avoir tué une jeune fille, qu’il l’aurait même violé « morte » ou « pas morte » et qu’il l’aurait brûlait… C’était au moins ce que disaient les journaux qui ne manquaient pas de parler de toutes ses rencontres (interrogations) avec le juge d’instruction. Il était défendu (assisté) par un ténor du barreau qui ne manquait pas une occasion de médiatiser l’affaire…

Lorsque j’ai pris la fonction d’écrivain, j’ai donc changé de quartier (coin de la maison) et je suis venu m’installer dans le quartier « adultes ».comme je l’ai déjà dit, dans mon livre « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… », et en ma qualité d’auxi-écrivain, je pouvais bénéficier d’une heure de promenade entre midi. Promenade qui était réservé aux auxi (très peu utilisé) et à certains détenus (DPS – détenu particulièrement signalé) ou autres, souvent prévenus et/ou condamnés pour des affaires de mœurs ou de crimes particulièrement odieux et donc rejetés par les autres, pour ne pas dire bannis et/ou persécutés. En théorie, nous aurions du, parait-il, être réparti dans deux cours différentes, mais le nombre peu important d’auxi (2 ou 3) sur la douzaine de « promeneurs », faisait que nous n’étions pas « isolés ».

Cette promenade, je ne l’ai pas fréquenté dès le mois d’avril, mais un peu plus tard, avec les beaux jours lorsque j’ai pris conscience qu’il me fallait m’oxygéner un peu et qu’un peu de marche « au soleil » ne pouvait pas me faire de mal. Rappel : à Metz, vous pouvez, si vous le voulez, ne jamais mettre le nez dehors.
Bref, Sami qui était classé DPS, participait très régulièrement à ces promenades, et il avait autour de lui, 2 ou 3 gars avec qui, il marchait. Il avait 25 ans et a priori, en ma personne, rien ne pouvait l’inciter à se rapprocher de moi.

Pour ma part, quelque peu curieux, j’aurai aimé en savoir un peu plus, et en particulier, ce qu’il en disait, pensait… Mais comment l’aborder et surtout comment l’aborder seul.

C’est alors que j’ai usé d’un stratagème, pour me faire « remarquer ».
Ayant accès aux journaux de la bibliothèque, j’étais donc au courant de ses allers et retours, présents, passés et futurs, par ce qu’en disaient les médias. Lui ne venait pas à la bibliothèque, d’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’il en aurait été autorisé (comme DPS). Bref, j’ai découpé l’article le concernant, et un jour suivant, je lui ai remis, avec discrétion, en lui glissant la phrase qui tue : « C’est pas bien, ce qu’ils font, on parle trop de toi et de ton affaire », le « ils » étant la presse et son avocat.
Il glissa l’article dans sa poche, sans répondre.

Quelque temps plus tard, l’occasion fit que j’ai eu la possibilité de passer toute une promenade, à ses côtés, et que nous sommes venus à parler de ces fameux articles de presse. Je lui ai dit mon sentiment et qu’en fait, à mon avis, tout cela, même si les articles ne lui étaient pas toujours défavorables, ne lui rendait pas service, et encore moins, ils n’étaient pas là pour faire « sortir » la vérité.

Il m’expliqua que la victime ou plutôt sa famille avait fait un comité de soutien et que pour eux, toutes les occasions étaient bonnes pour crier vengeance, et obtenir « réparation ». De plus, il ne me l’a pas dit, mais je l’ai compris, son avocat, bien connu sur la place, aux tarifs au dessus de la norme, avait accepté de la défendre « gratuitement », et attendait, en retour, cette « médiatisation pour se faire « mousser ».
Bien vite, j’ai compris aussi et il me l’a dit, son juge d’instruction, un jeune, en début de carrière, voyait aussi dans cette affaire, « son » affaire du siècle qui allait le faire monter dans la hiérarchie… et le faire connaître.
Je pense que ces deux-là ont obtenu satisfaction… !!!
………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


17/09/2007

S D F

SDF

Je ne connais pas son nom, je lui ai parlé qu’une fois, mais il m’a tellement impressionné que je ne peux me dispenser de vous parler de lui.

En fait, c’est lui qui m’a abordé, alors que j’étais encore écrivain, et je pense que c’est pour cela qu’il voulait me parler de lui…
Nous étions en mai, il me semble.
Il était auxi aux services généraux et assurait l’entretien du grand hall que l’on appelle « La Rue ». Moi, j’attendais, je ne sais plus quoi ou qui, et j’ai du lui demander, en guise de bonjour : « Ca va ». Et il m’a répondu : « Non ». – « Ah bon, qu’est ce qui ne va pas ? »

Et il commença à me raconter ses malheurs – son histoire :

. Je viens de m’engueuler avec mon travailleur social. Elle veut que je fasse une carte d’identité, car je vais sortir.
. Eh bien, pourquoi cela te pose problème ?
. Moi, je suis SDF.
. Ce n’est pas grave, il y a des centres qui te donnent leur adresse et qui reçoivent ton courrier.
. Oui, je sais, mais moi, je suis SDF, et je ne veux pas avoir d’adresse, un temps, je suis dans une ville, après, je suis ailleurs.
. Mais une carte d’identité, tu as besoin d’en avoir une pour faire la demande de RMI ou d’un logement.
. Mais je ne veux pas de leur RMI, et pour le logement, je me débrouille toujours. De toutes façons, je reviendrai avant l’hiver.
. Ah bon !
. Oui, j’ai ma tactique. Je t’explique. Quand je suis dans une ville, je repère les magasins qui ont une vitrine pas terrible, je vais voir le proprio, et je lui dis, tu me donnes 1.000 balles et je te casse ta vitrine. Tu touches l’assurance et t’as une vitrine neuve. Et ça marche presque à tous les coups. Je fais quelques vitrines, comme cela, je me fais du blé, si je ne fais prendre, eh bien, j’attrape quelques mois de tôle que je ne fais pas, je change de ville, je refais mon truc… ainsi de suite jusqu’au moment où le juge me fait tomber, et je fais toutes mes petites peines.
. Tu es là depuis longtemps ?
. Non, depuis 13 mois. Tu vois, avec mon système, pas besoin de travailler, pas besoin de RMI, je suis dehors 1 ou 2 ans, puis je passe en tôle 12 à 15 mois. J’ai déjà fait cela trois fois et cela me convient bien.

Je ne me souviens plus ce que je lui ai répondu, mais j’étais stupéfait de voir un tel déterminisme dans cet homme à l’air bourru de 45 ans, peut-être, qui avait décidé de faire sa vie comme cela.
Une fois de plus, on peut constater que le prison n’est pas pour ce type de personnage, le lieu idéal… c’est un refuge… une étape.

A Metz, j’ai connu aussi un gars du voyage qui ne savait ni lire, ni écrire, je l’ai donc suppléé dans ces tâches…
Il avait 35 ans, il avait déjà fait, par petits bouts, 17 ans de prison. Ses motifs d’incarcération, toujours la même chose : défaut de permis de conduire, pas d’assurance, par de feux arrière, des petits larcins, tous les flics (ou presque) le connaissaient, parfois, il passait à travers, en montrant le permis de son frère. En fait, je pense qu’il n’a jamais passé le permis, qu’il n’a jamais travaillé (la création du RMI a été un don du ciel, pour lui), il n’était pas marié, il vivait dans une caravane qui se trouvait sur un terrain…
En fait, il avait une famille, il écrivait à sa mère, presque chaque semaine, toujours la même chose, sa mère ne lui répondait jamais, mais lui envoyait des mandats, ils avaient deux sœurs, deux beaux-frères, « bien comme il faut et travailleurs », (comme il me disait), des neveux et nièces qu’il adorait… bref, il aurait pu être heureux. Il avait aussi au moins un frère qui était plus jeune que lui, qui avait connu la prison, et qui avait obtenu le permis de visite. Le compagnon de sa mère n’était pas son père…
Au total, il avait quand j’ai quitté Metz, au moins 4 ans à faire, et tout cela, arrivé, par petits bouts… chaque deux mois, il me disait, j’ai encore signé 6 mois, 8 mois, etc… Bref, il est rentré pour 6 ou 8 mois, et il en était à 4 ans…

Je trouvais bien généreuse sa mère qui lui envoyait 200€/chaque mois, et je trouvais un peu sec ses demandes. C’est alors qu’il me répondit : Mais, c’est mon argent, je touche le RMI, et je lui laisse la moitié… !

Je vous fais une parenthèse :
En fait, j’écrivais ce qu’il me dictait, car même s’il ne savait pas lire… je me suis rendu compte que, parfois, il se faisait relire mes écrits par un autre détenu. Je me souviens quand même, une fois, je n’ai pas retranscrit ce qu’il me dictait. Il voulait que j’écrive à sa mère : « J’en ai marre, rien ne va, je vais me suicider… » que j’avais traduit par : « Cela ne va pas, je déprime un peu ». Le lendemain ou surlendemain, le surveillant de son étage que je connaissais bien, à force d’être là… pour ce gars, m’a interpellé : « Christian m’a dit que vous aviez écrit à sa mère qu’il voulait se suicider. Vous ne l’avez pas fait ? » - Je l’ai rassuré… ce dont, d’ailleurs, il ne doutait pas… j’avais aucune raison d’inquiéter cette femme pour un coup d’humeur de son fils « indigne »… qui n’aurait pas le courage de passer à l’acte… croyez-moi… cela se sent… - fin de la parenthèse.

C’était un délit de plus, et qui durait depuis… ?... mois. En effet, quand vous êtes en prison, les prestations (RMI, ASSEDIC) sont suspendues… mais encore faut-il le dire… aux organismes concernés… A mon avis, le jour où la CAF va s’en apercevoir… je ne voudrais pas être à sa place… mais cela n’avait pas l’air de l’inquiéter…
Au demeurant, il vivait heureux, en reclus, car en fait, il craignait pour sa sécurité, il avait ici et dehors, fait tant de carottes à droite et à gauche que tout le monde voulait lui faire sa fête… et le faire payer ses dettes… à leur égard… ou, pour lui moins, lui donner des coups…
Son obsession (ses craintes) étaient telles qu’il a même refusé que son frère vienne le voir au parloir, de crainte d’y rencontrer un détenu qui lui en aurait voulu…

Pour moi, il fait partie des « irrécupérables »… mais je ne suis pas sûr que la prison soit la situation la mieux adaptée à ses travers et délits… !

………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


14/09/2007

Portrait d'Alain (re-suite et fin)

Alain – Suite et Fin -

De la pâtisserie à la mécanique
(rectifié en raison de la vérité vraie)

. Qu’est-ce que cela veut dire « de la pâtisserie à la mécanique » ?
. Eh mec, je t’explique, mais pour te faire comprendre mon présent et mon futur, il faut que je te parle de mon passé.
. Si tu veux.
. Bon, voilà, je suis le second d’une famille de 5 enfants, je devrais dire 6, car ma sœur a une petite fille. Ma mère a eu deux mecs, mais depuis 8 ans, elle n’a plus de « mari ».
. Sacrée famille…
. Ouais, je pense que ma mère ne connaissait pas la pilule et que ses mecs n’étaient pas pour le préservatif… des cons, quoi…
. Alors, de deux pères, tu n’en as plus un.
. Ben, oui, et dès que j’ai grandi, je me suis rendu compte qu’avec les allocs et quelques ménages, ma mère, elle ne s’en sortait pas… et parfois, en rentrant du collège… il n’y avait plus d’électricité… à la maison.
. C’était la galère.
. Oui, mais laisse-moi t’expliquer, vieux ! Ce n’est que le début ! Depuis que je suis tout petit, j’aime avoir le nez dans un moteur et je dois avouer que je suis un bon « guérisseur »… Je me faisais un peu de blé, comme cela, en bricolant…
Et, avec des potes, on a imaginé des casses. Des petits casses, je piquais une bagnole, la conduisais (depuis 12 ans, je conduis des bagnoles), je restais au volant, eux, ils faisaient le casse, et on partageait. Pas grand chose, chaque fois, 500 balles chacun, mais ça me permettait de payer une ou deux factures, à la maison.
. Bref, tu étais le chef de famille, celui qui amenait du pognon à la maison.
. Oui, par obligation, mais ma mère n’arrivait pas à s’en tirer et j’étais, à 17 ans, le seul « homme » de la maison et il fallait que j’assure pour les petits…
. Et puis…
. Ben, cela m’a amené à Metz-Queuleu, quartier des mineurs pour 6 mois, avec les grâces, 4,5 mois après, j’étais dehors.
Entre temps, ma mère avait compris que si je revenais à Uckange, ça recommencerait, alors, elle est venue s’installer en Meuse.
La galère a repris, je me partageais entre le lycée (par obligation), ma famille, de nouveaux potes, la mécanique et les meufs. Quoi ! La vie…
. Et les conneries, les casses ont repris ?
. Oui, et un jour, après avoir piqué une Audi, on a croisé les flics et j’avais bien vu qu’ils nous avaient reconnus… Je voulais tout arrêter, les autres « non…» j’ai cédé… et quand les flics ont retrouvé la bagnole brûlée dans un petit chemin de la forêt… ils ont débarqué chez moi, chez nous, à 25 (ou presque)… Garde à vue… Jugement… Arrivée à Charles III (prison de Nancy) pour 30 mois…
. C’est pas rien… !
. Ça, c’est sûr, surtout que depuis, j’ai eu encore deux petites affaires, mais, là, « ils » (la Justice) nous avaient mis le paquet, parce qu’ils nous savaient responsables (même sans preuve) d’autres casses…
. Ben, tu es un vrai voyou…
. En arrivant à Charles III, j’ai déprimé… je me suis rendu compte que cela ne pouvait pas durer, que j’étais en train de foutre ma vie en l’air, de plus, j’avais une régulière, et vraiment, être là m’a mis les boules. Et je me suis dit que j’étais peut-être là, mais que c’était la dernière fois.
. Mais tu es toujours là, et à Saint Mihiel, pour encore quelques temps.
. Oui, mais, à Charles III, j’ai pris de bonnes résolutions et j’ai fait une formation pour passer le CAP de Mécanicien Réparateur d’Automobiles (M.R.A.), ma passion.
. C’est bien cela…
. Oui, mais, j’ai été transféré ici, et ici, il n’y a pas de formation dans la mécanique…
. Alors ?
. Et bien, après quatre mois, à ne rien faire si ce n’est m’emmerder et écouter de la musique et à faire de la muscu, j’ai pu commencer une formation de pâtissier…
. Ce n’est pas de la mécanique… ?
. Oui, mais on ne m’a pas proposé mieux, et puis, on m’a dit qu’un CAP est un CAP et que c’est un début et que si j’ai mon CAP de pâtissier, après, je pourrai passer un CAP de M.R.A. et que je serai dispensé de certaines épreuves. Alors, au lieu de glander à rien faire, je me suis lancé dans la pâtisserie… et cela me plait…(1)
. Passer du cambouis à la farine, c’est quand même pas banal…
. Il n’y a pas de sot métier ! Et puis, la théorie est la même, et, j’en avais besoin, le français, les verbes, les accords, tout cela, ce n’était pas ma tasse de thé. Là on reprend tout à zéro ou presque, on est peu nombreux (15, souvent moins), j’ai souvent envie de tout envoyer balader, mais je m’accroche…
. Çà, c’est pour le présent, et pour le futur, avec tes 21 ans sonnés…
. Le futur est le futur, et je ne veux pas le rater. Ma mère et ma meuf me font confiance et je ne veux pas les décevoir… Et avec ma copine, je voudrai bien fonder une « vraie » famille et avoir un ou deux gamins…
. Alors… ?
. Alors…, j’ai un plan. Je passe et je réussis mon CAP, je passe le Code de la route, ici, afin qu’à ma sortie, je puisse passer, rapido, le permis de conduire, j’ai, déjà, fait la formation AFPS (Attestation de Formation aux Premiers Secours).
. OK, mais ce n’est pas pour demain… ?
. Oui et non, en fait, j’ai déjà entrepris des démarches et j’ai le ferme espoir, si le JAP (Juge d’Application des Peines) est cool et me fait confiance, d’obtenir une « libération conditionnelle » en août ou septembre prochain, afin que je puisse commencer, dans de bonnes conditions, un contrat de qualif. de deux ans et passer le CAP de M.R.A…. J’ai demandé et obtenu une perm « employeur » et j’ai trouvé un patron qui est d’accord de me prendre. (2)
. Et…
. Ben, avec un CAP de M.R.A., je suis sorti d’affaire, dans cette branche, il y a du boulot et je te l’ai dit : J’ai un « don »… De plus, les petits étant plus grands, le dernier à 9 ans, pour ma mère, c’est plus facile, en plus des allocs, souvent elle travaille, et, elle s’en tire, c’est juste, mais cela va…
. Tu retourneras en Meuse ?
. Non, on a décidé de déménager, de nouveau, question de ne pas être « connu » et ce sera plus facile, pour moi, de ne pas retomber dans les conneries. Et puis, ce sera plus près de mon boulot…, on retournerait à Moyeuvre.
. Je trouve que c’est un bon programme, pourvu que le JAP te suive… cela te permettrait de repartir sur de bonnes bases. Et ici, cela se passe bien… ?
. Oui, on peut dire comme cela, ma vie est cool, j’ai la formation, je fais pas mal de sport, mais là, parfois, c’est galère, il n’y a pas assez de places…, j’ai la musique, j’aime bien le Rap. J’ai, chaque semaine, un ou deux parloirs, ma mère vient avec les petits, ma meuf vient aussi, je lui téléphone et écris, au moins, une fois par semaine, je cuisine un peu, j’ai de bons potes, c’est cool… Il ne me reste qu’à rester concentré sur mes projets et à les mettre en pratique…(3)
. C’est tout ce que je te souhaite, Bon courage, Alain…
(1) : En fait, il a été « renvoyé » (en même temps que deux autres stagiaires) de la formation à 2 mois de l’examen (qu’il aurait eu), sous prétexte d’un retard de 15 minutes. Et, pour une fois, ce retard n’aurait pas dû leur être imputé… Mais la machine à briser a bien fonctionnée…
(2) : « Perm refusée », et la municipalité de Moyeuvre réserve sa décision pour le contrat de qualif, et lui propose un CES à l’atelier (mécanique-autos) de la commune. Mais elle souhaite (veut) le rencontrer avant, ce qui me semble « normal »…
(3) : Le dernier paragraphe ne reflète pas sa vie familiale actuelle. Faute d’argent, sa mère ne peut venir, au mieux qu’une fois par mois (après la réception des allocations familiales), pour le téléphone, c’est au compte-goutte, sur des portables (souvent, après m’avoir « taxé » des unités…), mais il est réglo… il me dit 15 unités et n’en utilise que 17… !

………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).