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12/09/2007

Portrait d'Alain (re-suite)

Alain – Suite 2 –

Pour vous faire comprendre notre jeu-complicité. Alors que j’étais en train de rédiger (en plusieurs fois) ce texte sur lui, pour la nième fois, il m’a réclamé : « Je voudrais que tu me dises ce que tu penses de moi »… Je répondais toujours… « plus tard », mais, faisant une pierre deux coups, je vous soumets, ci-dessus, ce que je lui ai dit (notes en mains)…


Aspect extérieur :
. Bonne éducation, propre, soigneux
. Démarche correcte, allure sportive
. Quelque peu narcissique, aime son corps, son aspect extérieur
Caractère :
. Généreux, honnête avec ceux qu’ils respectent
. Confiant en lui-même
. Pas toujours maître de ses réactions
. Subit l’influence des autres – pas un meneur, mais pas le dernier à participer
. Courageux, téméraire (ne craint rien), même les coups et les ennuis lorsqu’il se croit dans son bon droit
. Parfois, difficulté de se contrôler (il m’a fait rectifier : « sait se contrôler, prendre sur lui »)
Psychologie :
. Fidèle à ses amis – compagnons
. Rancunier, il ne faut pas lui marcher sur les pieds (il m’a fait barrer « rancunier »)
. Très bon fond, a besoin de se sentir en confiance pour réussir,
. Très volontaire, mais il faut d’abord qu’il le veule
. Sait user de son charme, pour obtenir ce qu’il veut (il prétend que « non »)
Vie personnelle – sentimentale :
. Perpétuel amoureux
. Je le sens fidèle
. Tient des propos sur les femmes qu’il ne croit pas et qu’il ne mettrait pas en pratique
. Quelque peu vantard
. En amour, il doit être doux, à la différence de ce qu’il affiche (dit)
. Aime sa famille et veut la protéger
. Attitude équivoque vis à vis de ses origines
. Fier de son père naturel (se sent marocain alors qu’il n’en possède que la couleur (et encore)
. Rapport difficile avec les autres hommes de la famille qui l’ont trahi (beau-père, beau-frère)
. Il lui a manqué un vrai père, ce qui a été à l’origine de sa délinquance
. Enfance, jeunesse difficile
(à l’heure actuelle, il n’a pas conscience de son problème avec les adultes « mâles » qui l’ont entouré)
Regrets, Souhaits :
. Ne sait pas trop bien choisir ses partenaires
. Peut se laisser influencer / entraîner, quitte à regretter après, mais trop tard
. Doit être déçu de lui-même
. Peut mieux faire
. Peut repartir sur de bonnes bases, s’il sait s’entourer de bons partenaires, s’il sait refuser des alliances douteuses, s’il sait faire un trait sur son passé
Pour l’avenir :
. Je suis assez confiant, car je sais que quand il veut, il peut, mais encore faut-il vouloir
. Cependant, je sais qu’il aura besoin d’une aide extérieure
. Il a un projet professionnel réalisable qui correspond à ses capacités et aspirations
. Pour y parvenir, il doit passer par la formation initiale professionnelle (CAP de MRA). L’idéal aurait été dans le cadre d’un contrat de qualification « encadré » par un milieu socio-éducatif. (Je viens d’apprendre que le JAP n’était pas pour « favoriser » cette sortie…, à partir de quels éléments… mystère… !!!)
. Si cet encadrement « scolaire et éducatif » ne peut avoir lieu, ce sera, pour lui, un nouveau défi
. Sa volonté affichée est de ne pas retomber dans la délinquance (bas de gamme), ce qui ne veut pas dire qu’il serait parfait (irréprochable) (cela l’a fait sourire)
. Cependant, c’est possible, s’il trouve un équilibre matériel avec un métier qui lui plait
. Comme il est évident qu’il ne souhaite pas reproduire ce qu’il a subi dans son cadre familial, comme il manifeste une réelle fibre paternelle, s’il trouve une femme, assez aimante, mais aussi assez responsable et adulte pour l’aider à se reconstituer socialement et familialement, ce devrait lui convenir. « Une » pantin ne peut lui être d’aucune utilité. Elle doit être un partenaire capable de lui tenir tête, s’il a tort ou s’il risque de déraper. (Il semblait d’accord, avec cette analyse).
. Avec lui, le chantage affectif peut « marcher »…
. En quelques mots, il me semble tout à fait (malgré son passé chargé) récupérable, mais pour cela, tout dépendra de son entourage, de ceux qu’il saura se choisir, pour l’aider et progresser avec lui.
. Au départ, il devra lutter contre la facilité (qu’il a connue), contre son goût du risque délictuel, contre son désir d’être le meilleur, tout de suite, à n’importe quel prix, contre les tentations qui lui seront proposées… !
Nota : encore aujourd’hui, il m’arrive de l’appeler « mon voyou »… chaque fois, il me corrige : pas « voyou »… « rebelle »… !
………………………………………………………………………………………..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


10/09/2007

Portrait d'Alain (Suite)

Alain – suite -

Je vous ai déjà parlé de lui dans le livret « Formation », l’interview « De la pâtisserie à la mécanique », c’est lui (paru dans le journal interne du Centre de détention et dans « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul Denis, et repris ci-après).
.
Donc, il n’a pas connu son père naturel, il a toujours été sous la coupe d’un père qui l’a reconnu, mais qui, a priori, a été quelque peu violent envers ses enfants naturels et adoptés et même sa femme, au moins pendant quelques années. J’ai cru comprendre que ce père –homme n’était plus à la maison depuis sa douzième année. Il a dû conquérir – obtenir une liberté mal contrôlée, avec un mère bonne, mais insignifiante, pas d’autorité, qu’il chérit quand même, mais qui est incapable de l’empêcher de faire des bêtises.
Si bien que très jeune, il connaît le Juge pour enfants et, à ce que j’ai compris, il a même fait quelques séjours « en foyer », combien de temps ?... pourquoi ?... Je ne sais…
Bref… à 17-18 ans… il s’est retrouvé en prison, et il y était encore (et/ou de nouveau) quand je suis arrivé au JA Il quitte (libre) la Maison d’arrêt, un mois après mon arrivée. Il m’avait dit m’avoir vu et repéré, à l’époque, moi, je ne me souviens pas de lui… Il est vrai qu’ils étaient une cinquantaine de 18-21 ans, et que nous, les vieux, nous n’étions qu’un dizaine et même si nous n’avions aucune activité commune, nous étions sur le même étage et il se peut bien que lors d’un déplacement ou parloir, nous ayons pu nous côtoyer…
Dès sa sortie, il continue ses bêtises –délits (petits vols, braquage, conduite sans permis, etc…) et se retrouve, de nouveau, en prison avant l’hiver, à Nancy, son beau-frère (copain de sa sœur aînée) et complice était dans une autre prison de la région. En effet, entre temps, de la Moselle, sa famille était venue s’installer en Meuse… pour échapper à leur passé… en vain… Bref, il s’est retrouvé en Centre de détention, en janvier, un peu avant moi. Je ne l’ai connu, ici, qu’en octobre, début de la formation, mais lui m’avait repéré et se rappelait m’avoir vu/connu à Metz…

Depuis qu’il est en Centre de détention, il est passé, au moins deux fois au tribunal et a repris chaque fois quelques mois…A priori, c’est fini… « il ne peut y avoir d’autres affaires », m’a-t-il dit.
D’ailleurs, je lui ai fait un « bon » dossier pour une confusion de peines, et le tribunal lui a retiré 9 mois… et nos liens « amicaux » s’en sont trouvés renforcés…
Il me faut vous parler de ses projets… et il en a…
Et je pense que s’il réussit à les mettre en pratique, il sera tiré d’affaire.
En fait, je pense qu’il a compris que sa délinquance ne l’amènerait à rien si ce n’est à un retour en prison…
Aussi, dès son arrivée à Nancy, il a entrepris une formation de Mécanicien Réparateur d’Automobiles afin de passer le CAP. Je vous l’ai dit, mais vous le verrez dans l’article que j’ai fait sur lui, cette passion pour l’automobile le motive vraiment bien, même si elle a été à l’origine, partiellement, de son incarcération.
Il a été transféré, ici, avant de pouvoir passer le CAP (une aberration de plus, n’était-il pas plus « honnête » et « constructif » de lui laisser finir sa formation, alors que l’administration savait bien qu’ici, cette formation n’existait pas…).
Bref, il est transféré avant de pouvoir passer le CAP. Mais le responsable de l’Unité scolaire (qui est un homme remarquable, au niveau humain) a compris sa motivation et lui a favorisé des cours adéquats et le passage de la partie théorique du CAP… qu’il a réussi.
Son premier objectif et j’essaie de l’y aider, est de sortir d’ici avec la perspective de faire un contrat de qualification (en libération conditionnelle).
Pourquoi cette formation, parce que malgré ses désirs qui semblent être bien réels, il a des lacunes qu’il faut combler et ce type de formation (assez contraignante : travail + cours) est bien adapté à lui. Il a besoin d’un cadre, d’un appui, d’une aide, d’une surveillance. Sans cela, le pire peut être craint.
Ce CAP serait une étape… Son objectif est de créer une casse-autos ou un garage. L’idée si elle n’est pas originale, n’en demeure pas moins réalisable… avec le peu de moyens qu’il a et l’appui d’un associé… à trouver…
Pour moi, c’est le type même du jeune qui a un bon fond.
Pourquoi est-il tombé dans la délinquance ?
Je pense que c’est, en partie, en raison d’une opposition « naturelle » à son milieu familial, peut-être, aussi, comme il le dit, poussé en vue d’aider financièrement sa famille… mais ne rêvons pas… il m’a avoué avoir claqué 20.000 Francs (résultat d’un vol) en 48 heures !
Ce qui lui a manqué ? Assurément un modèle masculin. Il n’a pas eu de père ou ce qui lui en a servi de père, a été plutôt un obstacle à son épanouissement. Plusieurs fois, il m’a parlé d’un oncle maternel, mais à un autre moment, il me dit « avoir fait des coups » avec lui… Que penser d’un tel modèle ?
Ce qui est sûr, c’est que le foyer (il y était à 9 ans, avec sa sœur aînée) n’a fait qu’amplifier sa révolte, si cela se trouve, il a même fait des fugues pour rentrer chez lui... !
A ce jour, je pense qu’il est sur la bonne voie… il prend conscience des réalités, de la nécessité d’une vie « normale », pour lui, pour sa copine, pour sa future famille… hors délinquance. Il s’y prépare… et il suit même, ici, les cours préparatoires au passage du Code de la route (qu’ils peuvent passer, en détention), pour la pratique, ce n’est « plus » possible… en raison d’une évasion… lors d’un cours de conduite… (fait malheureux qui pénalise tous les autres…). Où est la justice, la réinsertion… Donc dès sa sortie, il pourra passer le permis de conduire, car, pour la conduite, je lui fais confiance… il connaît…
Pour conclure, car j’ai été bien bavard, sur Alain, je vous avouerai, pour être honnête, qu’il y a des aspects de sa personnalité que je n’arrive pas à saisir… mais cela doit être normal, je ne suis pas lui, et je ne suis pas psy…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
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A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
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07/09/2007

Portrait d'Alain

Alain

22 ans et déjà un lourd passé…
Je l’ai connu en formation. Dès le départ, son comportement m’a intrigué, il dépareillait le lot, et il est vrai que je l’observais souvent.
Il m’en fit la remarque et je lui ai dit que j’aimais bien regarder les gens, pour les connaître.
Le temps passe et après le premier bilan, les formateurs m’ont demandé, si j’étais d’accord d’aider, de soutenir, certains stagiaires qui le souhaiteraient, car ayant plus ou moins de difficultés. J’ai répondu « oui »…
Et après la mise au point collective, Alain est venu s’installer à côté de moi, mais moi, je voyais en lui un jeune particulièrement perturbé intérieurement, et en rechercher/connaître les motifs ne me laissait pas indifférent. Et bien sûr cette proximité m’a permis d’en savoir plus.
Ce qui m’avait choqué au départ, ce sont ses divergences d’humeur, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, et ce, parfois, sans raison évidente extérieure.
Il avait en lui des qualités évidentes, visibles à tout moment.
Il avait reçu une certaine éducation, il était poli, il était soigneux de sa personne, peut-être même trop, il était fier de son physique, et il faisait de la musculation pour l’entretenir.
En fait, il était français, né d’un père marocain, expulsé dès son plus jeune âge (il n’en a donc aucun souvenir), de ce père, il avait une sœur et sa mère (une française) s’était remariée et avait eu encore deux filles et un fils.
Il est bien intégré français, et ses attaches marocaines sont, selon moi, très limitées, pourtant, il était content (fier) de ses origines et de son teint léger bronzé de naissance. Il n’était donc pas musulman, catholique par tradition, mais il n’a jamais été pratiquant, ce qui est bizarre, c’est qu’ici, il avait choisi le régime « sans porc » et n’en mangeait pas, alors que chez lui, m’a-t-il dit, il en mangeait… !
Déjà une énigme… un choix … qui me posa question.
Petit à petit, j’ai commencé à percer ses mystères. En fait, il est d’une intelligence bien au dessus de la moyenne, au niveau scolaire, il est moyen. Son problème, c’est sa faculté à s’impliquer dans ce qu’il fait. Lorsque c’est un bon jour, il était capable du meilleur. Lorsque c’était un mauvais jour, il ne fallait rien lui demander, surtout pas le contrarier, il se braquait et était capable des pires attitudes susceptibles de lui porter préjudices… On ne pouvait le contrarier. Lorsqu’il était dans ses périodes de crise, j’étais, avec le temps, le seul à pouvoir, non pas le contrôler, mais au moins, il m’écoutait sans se révolter, sans attaquer…
Pourquoi moi… nouvelle énigme…
Que voyait-il en moi ? Je ne sais. Je lui ai parlé bien sûr de ma famille, pour qu’un dialogue s’instaure, il faut que ce soit réciproque, et quand je lui ai dit que j’avais des enfants de son âge, deux fils et une fille, c’est bien sûr, la fille qui l’intéressait. Les questions ont fusé… Il m’a demandé si j’avais des photos, j’ai dû m’exécuter, de plus, il a vu Clémence au parloir… et il en est devenu … amoureux virtuel… Pour moi, c’était un peu un jeu. Mais il a voulu lui écrire et je lui ai donné l’ancienne adresse de Clémence et sa lettre est revenue… Cela l’a un peu « calmé » (le mot est trop fort, mais je n’en trouve pas d’autre), depuis, il m’appelle, parfois, beau-papa, et rêve de conquérir Clémence, lorsqu’il sera dehors… « Son mec ne faisant pas le poids… » (dixit Alain)…
Ce qui est surprenant, c’est qu’il avait l’air de parler sérieusement, alors que, dans le même temps, il correspondait avec sa copine… qui n’était pas la première… et peut-être pas la dernière…
Mais, un matin, il est arrivé en cours, effondré, abattu, à la limite de péter les plombs (contre lui-même). J’ai bien compris qu’il s’était passé quelque chose, mais quoi ? A toutes mes questions entre 4 yeux, il ne voulait pas répondre… La première partie du cours a été dans la même ambiance… Silence… silence… Lors de la pose de 10 h, j’ai pris mon courage à deux mains, et je l’ai secoué mentalement « Je vois bien que cela ne va pas, dis-moi ce qui te travaille, tu verras, après cela ira mieux… »…
Avec mal, il commença à parler. Il me dit qu’il venait de téléphoner à sa copine et qu’elle lui avait dit qu’elle avait, il y a déjà quelques mois, avorté d’un enfant de lui. Il en était révolté, pour lui, c’était monstrueux, un tel acte… J’étais moi-même effondré… surpris et pris au dépourvu, comment m’y prendre pour lui faire remonter la pente… Et, tout à coup, j’ai eu un éclair de génie, et je lui ai dit la phrase qui tue : « C’est vrai que c’est terrible, ce que tu viens d’apprendre, mais au moins, cela a du bon… au moins, tu sais que tu peux avoir des enfants… Tu sais, moi, je me suis marié tard, et je suis sûr que comme moi, tu as déjà dû te demander si tu aurais des enfants… Là, tu es fixé… C’est déjà un acquis… »…
La crise était « décoincée ». Nous en avons parlé encore pendant dix minutes, plus moi que lui, lui expliquant qu’il devait se mettre à la place de sa copine, que, pour elle, c’était sûrement aussi très dur, la preuve, c’est qu’elle le lui avait caché pendant de longs mois, que pour l’enfant, c’était sûrement mieux que d’être élevé, avec beaucoup de difficultés matérielles (celles que tu as connues, en pire), par sa mère seule, que lui, était encore là pour quelques temps, et que s’il n’était pas en prison, cela ne se serait pas passé comme cela et qu’en fait, c’était plus sa faute à lui qu’à elle. Qu’en fait, je pensais que pour elle, pour lui, pour l’enfant, pour eux trois, elle avait sûrement fait le bon choix, qu’ils étaient encore très jeunes et que ce devait être qu’un mauvais souvenir et que l’avenir leur sourirait… etc… etc… Bref, qu’entre deux maux, il faut savoir choisir le moindre…
Tout cela dura 10 à 15 minutes, de déballage sentimental, de remontage de moral… par la suite, nous n’en avons que très rarement parlé, peut-être une fois, je sais qu’il correspond avec elle, qu’il lui téléphone régulièrement… et qu’ils sont toujours amoureux…
Ce qui est surprenant, à propos des femmes, cette jeunesse, lui et les autres, malgré une attache qui a l’air sérieuse et sincère, ils ont une approche surprenante de la femme qui devient et qui ne serait, pour eux, qu’un objet de leur plaisir. Quand je leur dis que je ne suis pas d’accord, ils s’amusent. En fait, je pense qu’entre eux, ils se jouent la comédie et que pris individuellement, ils sont meilleurs qu’ils veulent paraître… Ils se font un cinéma, un personnage… c’est plus de la vantardise que du concret… ils s’auto-persuadent d’être des Don Juan, alors qu’ils ne sont que des voyous, bien normaux, avec des désirs et peu de concret…
Est ce que c’est la prison qui les fait réagir de la sorte. Est-ce la stimulation mutuelle, est-ce un réel manque qui les fait délirer, fantasmer…
Encore une énigme que je n’ai pas réussi à percer… mais une attitude bien réelle…
Souvent, quand ils parlent de leur sortie… ils disent : « Dès que je sors, je me saoule la gueule et je vais voir les putes ». Tout un programme… que fort peu réalisent… à mon avis.
Revenons à Alain, bien que nous ne l’ayons jamais quitté, car cela reflète bien son attitude (personnalité) « apparente »…
Pour rentrer dans sa vie plus personnelle, que je n’ai pas encore réussi à percer, entièrement, vous le savez, je n’interroge pas, j’écoute, je recoupe, et cherche la vérité.
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