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26/03/2007

La prison... la Récidive

La prison :

Ce mot m’inspire la réflexion suivante :

A ma connaissance, à ce jour, la majorité ou pour le moins, les plus grandes prisons sont souvent archaïques, vétustes.
J’ai entendu dire, à juste titre, qu’elle est la honte d’une société qui se dit moderne, démocratique, civilisée et respectueuse des droits de l’homme.
C’est un lieu où l’on fabrique des délinquants et des révoltés contre la Justice, mais aussi contre toute forme de vie sociale.
Elle est faite pour punir et pour amender (corriger)… !
Elle punit peut-être, mais il est certain qu’elle n’améliore pas l’individu, ça c’est sûr.
Il n’y a ni réelle réinsertion, ni formation, mais plutôt un apprentissage du « milieu délinquant »…
Il est plus facile (probable) d’en ressortir « voyou » qu’honnête homme…

On y trouve sur chaque porte : le n° de la porte, le nom du détenu, le n° d’écrou, par le jeu d’une étiquette de différente couleur (jeune, DPS – détenu particulièrement surveillé, religion), parfois régime alimentaire (sans porc, édenté, etc…).
Cela manque, pour le moins, de confidentialité et d’intimité… On n’en fait pas plus pour du bétail… de foire.

Chaque cellule, chaque ouverture (fenêtre) est équipé de barreaux qui sont sondés (testés), chaque jour, bruit régulier qui s’entend de loin.

C’est tout un cérémonial : deux surveillants, un dehors, un dedans. L’accès de la cellule est bloqué pour que le surveillant ne soit pas « enfermé ». J’ai, une fois, interrogé un surveillant qui était là depuis longtemps et il m’a avoué ne pas connaître le bruit d’un barreau « en train d’être scié »… mais ce sondage doit être effectué, précise le règlement.



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



On parle de récidive… :

On parle de « en état de récidive ». Cela se dit d’un individu qui a déjà été condamné (en général, pour les mêmes faits). Cela aggrave toujours la peine encourue qui peut être doublée.
Le nombre élevé de « récidivistes » me pose les questions gênantes du style :
. la 1ère condamnation a-t-elle été justifiée et n’a-t-elle pas provoqué un sentiment d’injustice et déclenché une haine contre le système ?
. une « réinsertion » a-t-elle été mise en place pour éviter cette récidive ?
. la prison n’a-t-elle pas favorisé les délits suivants. Et cela repose le problème du mélange « prévenu et condamné », « petits et grands délinquants », primaires et récidivistes, des jeunes avec de plus âgés.
. l’état psychologique, familial, social et/ou financier à sa sortie de prison, n’a-t-il pas contraint l’ancien détenu à commettre de nouveaux délits (le même ou d’autres).
A vrai dire, la prison se révèle souvent plus destructrice qu’il n’y paraît.
Se reconstruire, pour un individu, est plus difficile que l’on croit.
Sans aide, rares sont ceux qui y parviennent.

21/03/2007

Transport de détenus…

Parlons du transport de détenus…

Il est assuré, selon les lieux, soit par la police, soit par la gendarmerie. Il se fait menotté (en principe, menottes dans le dos), en pratique, pour quasi tout le monde, surtout si le « voyage » est un peu long, menotté, par devant. Quant à moi, je n’ai jamais été menotté dans le dos pour aucun transport long, mais cela est pratiqué et c’est assurément une pratique qui est particulièrement pénible et douloureuse, à la longue. Parfois, si l’attitude du détenu peut laisser craindre quelques problèmes, les jambes sont entravées (donc, menottes aux chevilles). Cela ne m’est arrivé qu’une fois, entre Metz et Saint-Mihiel, mais nous étions « entravés », 2 par 2, et nous étions dans le minibus du CDR, donc pas en « cage à poules ».
Et c’est, de ce que j’appelle « cage à poules » dont je voulais te parler.
C’est vraiment infect. Il s’agit de cabines de 60 x 80 cm (maxi) où il est, à peine, possible de s’asseoir sur une plaque métallique, il n’y a pas d’air, pas de lumière, seuls quelques trous dans la porte métallique.
Ceux utilisés à Metz : 8 cages par « fourgon » de type Trafic Renault, étaient vraiment « galère », on y était à l’étroit. A Saint-Mihiel, il n’y a que 4 cages, j’ai, par deux fois, fait des voyages « seul », la cage y est plus grande (60 x 100 cm), mais le confort y est identique, c’est-à-dire nul.
En plus, on est ballotté, et n’ayant aucune vision sur l’extérieur, on supporte mal, on ne peut anticiper les virages, l’arrêt aux Stop, etc… et sur cette petite route, ils sont nombreux. L’éclairage y est limité, il est donc, impossible d’y lire.
De plus, les mouvements « intempestifs » ont plutôt tendance à favoriser les nausées.
Pour ma part, j’ai pris « l’habitude », le mot est un peu fort, je n’ai pas fait tant de transports : 4 allers ou retours – Metz – Saint Mihiel, + sur Metz, Maison d’arrêt – Tribunal…j’ai pris l’habitude de fermer les yeux, non pas pour dormir, car cela me semble impossible, mais j’ai alors l’impression d’y supporter mieux les mouvements incontrôlables et imprévisibles…
Par temps chaud, on est au bord de l’asphyxie, par temps froid, on « caille »…, j’ai goûté les deux… Bref, c’est vraiment un moment pénible et même si la bonne volonté des convoyeurs (2 pour 1 détenu ou plus) n’est pas mise en doute, la réglementation est assez contraignante et a, pour mission, d’éviter les évasions… !
C’est ainsi que les itinéraires ne sont, si possible, pas connus des détenus, et variés, quitte à faire plus de kms. Les déplacements (extractions) ne sont pas communiqués au détenu à l’avance, pour des questions de sécurité, cela se comprend, mais quand vous avez une convocation au tribunal, vous connaissez au moins le jour si ce n’est l’heure. Mais en particulier, pour les extractions « médicales » et/ou transfert (d’une prison à l’autre), on est prévenu au dernier moment… en tout cas, l’heure n’est jamais connue d’avance, sauf « complicité active ou passive ou involontaire d’un surveillant ».



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
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Comment cela se passe ?

Toujours la même chose : au départ, fouille à corps, au retour, fouille à corps… Sait-on jamais.
Il faut avouer que l’approfondi de la fouille dépend du détenu (connu – inconnu du surveillant) et du surveillant (novice, ou confirmé, humain ou scrupuleux, honnête ou quelque peu vicieux…).

Cette fouille reste, quand même théorique, puisque le surveillant qui l’exécute n’a pas le droit de te toucher (ce qui permet, aux dires de certains, quelques caches faciles que par décence, je ne t’expliciterai pas, mais que je te laisse imaginer – mais l’imagination est grande, crois-moi). Si le surveillant (l’administration) veut une fouille plus complète, il doit passer par le service médical… Je n’ai eu connaissance d’aucune fouille approfondie, mais les textes en prévoient la possibilité… Une précision, ce même type de fouille a lieu à l’issue de chaque fin de parloir (retour en cellule), dans les mêmes conditions d’ambiance (connu – inconnu, etc…).
Je t’avouerai qu’au début, ces fouilles me gênaient. Mais, je me suis résigné, et comme à Metz, c’était toujours les mêmes surveillants (et que ma cote était au beau fixe), cela a facilité les choses. Ici, c’est toujours une nouvelle équipe, mais avec le temps, tu es connu et comme je n’ai rien à cacher, cette opération, dans mon esprit, s’est banalisée et elle m’indiffère… mais ce n’est pas le cas de certains que j’ai du mal de comprendre…
C’est une étape « obligatoire », alors, autant la passer « décontractée »… surtout si on n’a rien à se reprocher…
Alors, soyons fous. Faisons une parenthèse dans la parenthèse…
Un jour, j’ai discuté avec un gars qui m’affirmait qu’il voulait être indépendant « financièrement » de sa famille, mais qu’il acceptait, néanmoins, de « prendre le risque » de passer des cartes téléphoniques (les puces) (la carte téléphonique est, ici, un produit « cher » et un produit d’échange, de trafic…, aussi lorsqu’on nous les vend, elles sont identifiées par notre numéro d’écrou).

Rappel : en dehors de la période de Noël, nous ne pouvons recevoir que du linge, et sur demande spéciale, des livres et/ou CD, DVD et quelques objets de décoration et de confort (rideau, tapis, etc…). Dans le courrier, seuls les timbres sont tolérés.
Bref, il passait donc, par le parloir, des puces de cartes téléphoniques, et ce, avec le risque d’être surpris, de voir ladite puce « confisquée », de faire l’objet d’une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu’à 15 jours de régime disciplinaire avec ou sans sursis (récidive = 2ème fois = sans sursis) + perte de RP (Remise de peines) : 30 jours.
Alors, je lui ai dit : « Ne serait-il pas plus simple et moins risqué de recevoir un mandat et que tu cantines les dites cartes téléphoniques ».
Eh bien, non ! , pour lui, recevoir ainsi ses cartes téléphoniques, ce n’était pas dans son esprit, recevoir une aide financière de sa famille…
Et pourtant, il était de ceux que je considère comme tout à fait « conscients de la réalité ». Tu vois que parfois, en détention, les esprits sont troublés et quelque peu rendus « maladifs »… J’ai eu beau le raisonner plusieurs fois, il n’en démordait pas… Aujourd’hui, il n’est plus ici, mais je crains bien que son état d’esprit n’ait pas évolué beaucoup…
Pour ma part, je pense que le risque d’être pris, un jour au l’autre, était, pour lui, réel. Car, s’il est vrai que la fouille à corps est quelque peu « superficielle », la fouille des vêtements enlevés (palpage) est faite minutieusement et toute boursouflure ou surépaisseur « visitée ».
Je pense donc, qu’en fait, il devait mettre « les » dites puces, dans la bouche, en risquant de les avaler par mégarde… !

De plus, le recollage de la puce, ainsi rentrée, sur une carte usagée, ne se fait pas sans risque de dommage qui la rend inutilisable (paraît-il).
Alors, tout cela me semble bien enfantin et manque de réalisme et de « prise en responsabilité » individuelle. Son choix d’indépendance était louable, mais sa mise en pratique quelque peu « inadaptée »…

Pour revenir au transport
, en théorie, tu n’as pas le droit d’emmener quelque chose.
Mais en pratique, c’est sous la responsabilité et au bon vouloir du chef de convoi (gradé).
Je sais que les cigarettes et briquets sont pris et la distribution est faite au fur et à mesure de la demande.
Pour ma part, j’ai toujours pris un livre, pour « meubler » les attentes (il y en a toujours, et parfois de longues), cela ne m’a pas été interdit.
Souvent aussi, les convoyeurs se renseignent, discrètement, sur le ou les détenus transportés et les conditions de transport s’en ressentent, bien sûr…
Pour ma part, ces « voyages » n’ont jamais été un moment agréable, souvent un moment pénible, très pénible, mais, j’y ai « survécu »…
Les transports, à plusieurs, sont parfois pénibles, car, ces contraintes (attentes, conditions matérielles) ne sont pas acceptées, par certains, et ils « pètent les plombs » + les dialogues entre détenus…
Pour les trajets longs, il y a aussi les bus (en groupe), avec entraves aux pieds et menottes ou les transports en voiture banalisée (menottes + entraves, quand même) dans une voiture de tourisme.
Je n’ai connu, ni l’un, ni l’autre, mais il est vrai qu’en voiture, cela doit être plus « agréable ».
Et ce, d’autant plus que l’on peut dialoguer avec les convoyeurs qui, s’ils sont là, pour assurer ton transport en sécurité et ta non-évasion, ils n’en demeurent pas moins des hommes (ou femmes) et donc, un dialogue, ne serait-ce que pour dire des banalités, est possible…
Il me faut te préciser que le but de ces « transports » est, en général, de se rendre au tribunal, pour ma part, à Metz.
En fait, sécurité oblige, du tribunal, on ne voit que les sous-sols et la salle où l’on se rend (juge d’instruction ou audience).
A Metz, l’arrivée se fait par le côté du tribunal.
Les portes s’ouvrent et se referment sans que tu aies vu l’air extérieur, et tu es emmené, pour attendre, dans des geôles, il y en a 6 ou 8, en forme de morceau de camembert, avec une porte vitrée (plastique épais « rayable » et rayé) sur la pointe. A priori, selon le nombre « d’attendants », on peut se retrouver seul ou à plusieurs. Lorsque j’ai été avec d’autres, ils étaient là pour le même motif : demande de libération provisoire.
Pour le décor, béton peint et couvert de graffiti, banc de pierre, pas de chauffage, pas d’air, pas de fenêtre, peu de lumière (mais assez pour lire), des mégots au sol, une propreté médiocre, mais cela est plus du fait des personnes utilisatrices que d’un manque d’entretien.
De là, tu peux être appelé, pour rencontrer ton avocat dans un petit parloir, ou, tu es emmené dans le service concerné (par ascenseur), toujours menotté (devant ou derrière le dos, cela dépend), tu es accompagné par les convoyeurs.
Cette attente est souvent pénible, car souvent longue, j’ai déjà été, sur place à 14 h pour un RDV à 16 h 30.

D’où la nécessité de s’y occuper, pour beaucoup, c’est des appels au gardien pour une cigarette, aller aux toilettes, essayer de parler à d’autres, dans les geôles d’à côté, etc…
Bref, ce n’est pas un moment agréable, et ce, d’autant plus, que cette attente est souvent synonyme d’une demande et/ou d’un résultat qui peut être positif ou négatif, d’où une certaine excitation (tension) pour ne pas dire nervosité, voire agressivité.

09/03/2007

L'isolement = 1ère punition

Il me semble que j’ai fait le tour de toutes les informations « pratiques » que je pouvais te faire partager,, afin que tu puisses me suivre tout au long de ces journées.
Comme il me reste encore quelques jours… mois … à faire.
Et, pour poursuivre notre échange, je vais essayer de te faire part de quelques unes de mes pensées et impressions sur les conditions psychiques de ce que je vis, de ce que nous vivons… en détention.



« L’isolement » = 1ère punition… ?

A maintes reprises, j’ai eu l’occasion de te le dire déjà : c’est « l’isolement », « l’éloignement » de nos familles qui est notre première punition.
Pour certains, c’est d’ailleurs, la seule…
C’est, en fait, un sentiment général. La quasi totalité des détenus avec lesquels j’en ai discuté, souffre de cet isolement.
Ce sentiment d’isolement est d’autant plus « amplifié » qu’il est difficile, voire impossible, de trouver, en prison, un « confident » susceptible d’échanges « sincères » et « honnêtes » que tout être humain recherche… et dont il a besoin…
Pour les étrangers, l’isolement est inévitable, il y a les kms, et même ici, il est difficile d’avoir un contact téléphonique… les unités filent vite.
Pour les français ou résidents français qui ne sont pas de la région, le problème est presque identique. Les parloirs sont rares, les coups de téléphone, coûteux… et leur principale préoccupation est d’obtenir un transfert dans un Centre de détention, plus proche de chez eux.
Faisons une parenthèse : beaucoup arrivent ici, parce que le Centre de détention de Saint Mihiel leur est présenté comme un lieu où il y a de la place et du travail, où c’est bien, matériellement parlant, et pour quitter, rapidement, une Maison d’arrêt surpeuplée, voire insalubre, ils «demandent» (le mot est fort, ils «acceptent») leur transfert pour Saint Mihiel, en prévoyant (on leur dit que ce sera possible) de demander un nouveau transfert vers un lieu plus proche de chez eux.
Pour ceux qui sont de la Lorraine, Saint Mihiel est un Centre de détention, « d’affectation normale »…

Mais, quand même, paumé et très loin de toute ville, avec des moyens difficiles de communication : minimum aller-retour – 2 heures de route, pour une heure de parloir (parfois 2), donc beaucoup de frais pour les familles, pas de transport en commun, ou si peu...
Si le secteur « habitation » est adapté, les parties « travail » et « ludique » et/ou « éducatif » sont tout à fait insuffisantes… ce qui provoque un sentiment « réel » d’ennui et de désoeuvrement pour beaucoup. Et tu le sais, ou tu t’en doutes, ici plus qu’ailleurs, le désoeuvrement est source de conflit et d’agressivité.
Rien n’est simple, je le sais, mais il est surprenant que, ici comme en beaucoup d’autres lieux, il y ait toujours quelque chose qui cloche… à croire qu’il n’est pas imaginable de faire quelque chose qui « fonctionne bien »… !!!
Pour sortir de cet isolement « affectif et familial », il y a, en théorie, plusieurs moyens dont les principaux sont les aménagements de peines (libération conditionnelle, semi-liberté, chantier extérieur) et les permissions de sortie.
Je ne te dirai pas que cela n’existe que sur le papier, parce que ce serait faux… Il y en a, ici et ailleurs, mais ici, peut-être plus difficilement qu’ailleurs, en raison des personnes qui en sont maîtres… Je ne t’en parlerai pas, cela ne changerait rien…


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