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13/08/2007

Portrait : Mohamed

Mohamed

C’est un jeune gars de 20 ans avec qui j’étais en formation, français, mais d’origine marocaine, et fier de l’être. Il habitait un quartier « chaud » de Strasbourg.
Il était là pour stupéfiants… sans regret, sans véritable projet, ses seules préoccupations étaient de bien vivre ici, comme dehors.
A cet effet, il était bien soutenu par sa famille et proches (copine et amis)… et il dépensait, chaque semaine, en cantine, près du double de ce que je dépensais par mois. Donc 200/250 €/semaine, en produits essentiellement sucrés et viandes… qu’ils ne cuisinaient pas lui-même…
En effet, sa spécialité, et c’est pour cela que je veux vous parler de lui (et c’est ce qui m’inquiète pour son présent et avenir surtout), c’est qu’il ne sait pas faire quelque chose tout seul. Il lui faut toujours un ou deux acolytes, et en toutes circonstances, aussi bien en formation qu’en détention (et je pense « dehors »), je l’ai même vu remettre un devoir sur lequel son nom était mal orthographié, et bien sûr, pas de son écriture…

En pratique, il parlait beaucoup, s’agitait beaucoup et laissait faire les autres sauf pour certaines choses qui le motivaient (quelques temps) et certains jours, ce pouvait être même pour le nettoyage du labo (alors qu’a priori), il ne faisait pas le nettoyage dans sa propre cellule, un des ses boys s’en chargeait.

Vous l’avez compris, cette « dévotion » n’était pas gratuite. Il savait acheter son monde et je dirai même qu’il était « généreux ».
Ici, vous vous en doutez, il continuait son business, son trafic de cannabis, trafic florissant, jugez-en : il ne fumait que des Malboro (alors que 95 % des détenus fument des cigarettes roulées, à partir de tabac blond, de bas de gamme). De plus, il utilisait le téléphone avec abondance… et devinez… il ne cantinait jamais (il me l’a dit) ni tabac, ni carte téléphonique… !!!

Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles, j’ai choisi son cas (qui n’est pas unique).
Comment se fait-il que cette absence d’achat ne soit pas remarquée ? Est-ce de la complaisance, est-ce de l’inconscience ?

De plus, comme il n’était pas idiot… eh bien… à ma connaissance, lors de fouilles (au sortir du parloir) ou lors de fouilles « surprises » (corporelles ou de cellule), il ne s’est jamais fait prendre en possession de cannabis et pourtant, n’en doutons pas, il en passait entre ses mains… !
A part ce côté négatif, c’est un gars sympa, d’un abord facile, comme je l’ai dit « au grand cœur » même s’il savait rappeler le service rendu. Je pense être un des rares à lui avoir toujours tenu tête… Il est vrai que je ne lui ai jamais rien dû.

Pour vous parler de sa vie privée, il avait une copine (au demeurant mignonne, je l’ai vue au parloir), c’était le grand amour et j’ai été lecteur de leurs lettres… quelle pauvreté… pas d’originalité… que des banalités… Je ne sais plus en quelle occasion, je lui ai même fait un ou des brouillons et un acrostiche avec leurs prénoms…
Ce qui était assez surprenant (choquant), c’était le différence manifeste entre l’attitude qu’il avait avec sa copine et la vision (en paroles) qu’il donnait de la femme… Je n’en doute pas, il devait, malgré son jeune âge, avoir une certaine expérience, en matière sexuelle, mais ses propos étaient surprenants et ils laissaient transparaître l’influence des médias, du cinéma et de la TV… ! des clichés qu’il faisait siens, alors que, je pense, il n’en était rien… il vaut mieux que cela…

Pour vous situer encore le personnage qui représente, pour moi, l’image que je me fais du jeune d’aujourd’hui, plein d’insouciance, d’irresponsabilité et à qui il manque un minimum de réalisme et de savoir-vivre (et bien sûr de sens de son rôle social), je vous dirai qu’il faisait partie des plus perturbateurs dans nos cours (d’ailleurs, il n’a pas fini la formation pour cette raison…).
Il avait, néanmoins, fait de réels progrès aussi bien dans son attitude qu’en savoir. Mais son côté « perturbateur » en détention lui a été fatal… Bref, c’était le gars qui, en plein cours, en plein exposé d’un formateur, voulait poser une question, tout de suite, sur un sujet ayant aucun rapport avec ce qui se disait alors. Ou, il avait une envie (comme celle de lire un texte) et il fallait qu’il soit choisi ou il faisait la gueule…
Je ne connais pas sa famille, mais a priori, il devait être d’une famille, au dessus de la moyenne, sans problème particulier, qui devait « déplorer », impuissante, la dérive de leur fils…

Bien que souvent désinvolte, il était, à mon égard et à l’égard de ses aînés, correct, poli, pour ne pas dire respectueux. Son éducation n’a pas du être mauvaise, malgré sa dérive et sa délinquance.
Je ne le sens pas meneur, mais il ne devait pas être le dernier lorsqu’il fallait faire un mauvais coup…
Des Mohamed, nous en avons un bon nombre, ici, qui sont là, pour 2-3 ans… et qui compte bien y revenir… s’ils ne peuvent pas l’éviter…
Pour eux, ce n’est pas eux qui doivent changer, c’est les autres, la société, en général…

Et avec l’argent facile de leur trafic, il est difficilement pensable qu’ils vont renoncer à leur train de vie. Et même si le cannabis était « en vente libre »… je pense qu’il risquerait de passer au cran du dessus (comme vendeur)…
Comme je l’ai déjà dit, en d’autres lignes, je ne sais ce qu’il faut faire… je crains fort que ce soit une génération de perdue… Mais il faudrait préserver la suivante et les plus jeunes, pendant qu’il est encore temps…

Nota : Me suis-je trompé sur le personnage ? Je ne sais, mais j’ai appris, de sources sûres, depuis la rédaction de ce texte que Mohamed, en fait n’était pas là, pour trafic de stupéfiantes, mais parce qu’il était le meneur d’une « tournante », donc pour délit sexuel… Cela me surprend, mais à la réflexion, c’est dans les choses possibles… Si c’est vrai, cela démontre, une fois de plus, la difficulté de cerner quelqu’un et la facilité qu’a un individu de cacher la (sa) vérité…
Au demeurant, mon texte reste valable, car il dépeint une certaine catégorie de détenus, bien dans leur peau… en prison… des caïds…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible depuis Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).

10/08/2007

Portraits : Jean et Jérome

PORTRAITSQuelques cas personnalisés
qui, souvent, pourraient être généralisés…



Jean et Jérôme

Voilà encore deux cas qui méritent quelques minutes de mon temps (libre)… Ils sont âgés autour de 25 ans…
Ils se connaissaient dehors, étant du même quartier, mais ne faisaient pas partie du même clan… ils étaient même plutôt des rivaux.
En effet, leur activité favorite (d’ailleurs, la seule) était le vol, le petit braquage, bref de la combine au quotidien…
Ils ne sont pas arrivés, ici, donc par hasard, dirons-nous plutôt par obligation et le cumul de petites peines leur vaut plusieurs années, pour l’un 4, pour l’autre 7… !

Ce, en quoi, ils me surprennent, c’est leur désinvolture et leur sincère non-regret de leur activité… ils me semblent qu’ils sont même prêts à recommencer.
Mais, vous savez ce que j’en pense, il n’y a pas de fatalité.
Ils font partie de ceux qui n’ont pas de réelles familles ou pour le moins l’exemple qu’ils y avaient, étaient la délinquance et la prison.
Jean a un père et un frère en prison, Je crois que le frère est « sorti »… et ce que lui reproche Jean, c’est l’indifférence et son silence. Il m’a dit… : « Mais moi, je lui ai écrit, il m’a même pas répondu et pourtant, je lui avais mis un timbre ».

Donc un pur fruit de la rue, d’une cité surpeuplée où la règle est la délinquance… aucune possibilité d’y échapper… pas de structures, pas d’aide.
Je connais moins Jérôme, mais il m’a dit qu’il avait aussi un frère en prison… ! Je vais vous faire part de sa réaction lorsqu’il a compris que « la prison » devenait inévitable…

Devinez… il s’est engagé à la « Légion Etrangère ». Il est vrai qu’il a un physique de sportif, sans l’être trop, et s’il n’y est resté que quelques mois, je ne pense pas que ce soit en raison de problème physique… mais la discipline lui a semblé, pire que l’éventualité de la prison, et donc, il quitta la Légion et s’est donc « naturellement » retrouvé en prison.

Ce en quoi, ils me surprennent, c’est la légèreté et la fanfaronnerie qui leur sont propres et qu’ils utilisent pour parler de leur exploit…
Et en plus, je ne pense pas qu’il y ait trop d’exagération.
A la limite, ils se donnaient des tuyaux, des conseils, de nouvelles techniques et/ou idées. C’était un véritable échange.
Au demeurant, au niveau humain, et ici, ils sont tout à fait « normaux », voire sympathiques, pas d’agressivité, une certaine politesse. Pour modérer ce propos, je viens d’apprendre qu’il semblerait que Jean pratique sur d’autres un peu de racket… Je n’en ai pas la certitude… mais, à la limite, c’est une des attitudes que je lui vois bien faire… ici…
Ce qui est surprenant, c’est leur dérapage et ce qui les a fait dérapé. Avaient-ils le choix ? Je n’en suis pas sûr… le mauvais exemple et l’environnement favorable étaient là…
Ils avaient conscience de payer leur dette à la société, mais ils regrettaient d’être là pour « si peu de choses »… et leur révolte contre les vrais délinquants, pour eux, les pointeurs (violeurs) est grande.

Un autre regret, ils le trouvaient dans les informations TV et les grands procès ou plutôt les affaires d’hommes politiques ou d’affaires qui ne sont mis plein de fric, dans les poches.
Eux n’ont pas d’arrière. Leur business leur permettait de vivre, peut-être de bien vivre… Mais aujourd’hui, pour eux, c’est galère, pas d’aide extérieure, pas de rentrée d’argent… et donc une « agressivité » naissante contre une situation et un système qui sait punir, mais qui ne sait pas « occuper » ses prisonniers…

Impression réaliste que je partage.

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08/08/2007

La réinsertion... Une nécessité ou Un mythe...

La réinsertion :

Pour la quasi totalité des délinquants, y compris moi, je pense que la détention était nécessaire… Pour le moins, elle permet de prendre un certain recul sur les faits et nos circonstances de vie.
Il est vrai que parfois, elle pourrait être évité et ils existent des moyens bien plus contraignants que la prison, qui peuvent passer par l’obligation de « travailler », de « changer de région », de « suivre une thérapie », « d’accepter de changer tout simplement ».

La prison a la faculté de mettre à l’écart les délinquants.
La prison est aussi une bonne école de la délinquance.
Celui qui veut « acquérir » des techniques de délinquance, des méthodes d’acquisition de l’argent facile, des adresses, des conseils, etc… tout cela, il le trouve « gratuitement » en prison.
Moi-même, j’ai été, à plusieurs reprises, sollicité. Le seul « regret » de certains, c’est d'être en prison, pour « si peu de choses », alors que d’autres, pour quelques mois de plus, ont tiré profit de leur délinquance, beaucoup plus qu’eux.
Et l’adage qui dit que la prison est « l’école du crime » ou « de la délinquance » reste une réalité, bien concrète…

Et pour éviter cette promiscuité « pernicieuse » ; il n’y a pas 36 solutions, je n’en vois que deux :

- soit, il faut « parquer » les délinquants, selon leur délit (les stupéfiants avec les stupéfiants, les voleurs avec les voleurs, les violeurs avec les violeurs, etc…) ce qui implique des Maisons d’arrêt à casiers, sans communication entre ces casiers, puisque c’est lorsque tu es en préventive (donc non condamné) que tu es le plus en relation avec des gens qui t’étaient inconnus, avec des délits qui t’étaient inconnus, parfois bien tentant…
Ce clivage n’est pas d’actualité, dans les faits, puisque l’on vit une surpopulation carcérale qui oblige les meilleures volontés à ne pas respecter un minimum de précaution…

- soit, il faut « réduire », le temps de détention à son minimum, et nous avons vu que dans de nombreux cas, c’était tout à fait possible, souhaitable pour ne pas dire nécessaire : ce qui aurait un avantage certain, cela permettrait d’appliquer la politique « quasi indispensable » de Sarkozy, le « 100 % répression »… on saurait où les mettre. Les places se libéreraient rapidement, et, se rempliraient rapidement. La construction de nouvelles prisons serait tout à fait inutile, seule la rénovation (ou le remplacement) des prisons-poubelles s’imposerait, ce serait quand même moins coûteux, en argent et en personnel.
Mais, pour que cette réduction du temps de prison ne soit pas un retour à la case « départ », il faut, et là, c’est une obligation que tous les délinquants soient « libérés » ou « maintenus en liberté » (pour ceux qui n’ont pas encore connu la prison) dans le cadre d’une « libération conditionnelle », c’est à dire avec une épée de Damoclès sur le tête, et avec l’obligation d’être suivi et encadré.
Pas de la façon dont c’est fait actuellement, c’est à dire un simple contrôle administratif de présence et d’occupation (souvent le résultat de faux en écriture… = nouveau délit), mais un véritable suivi sur le tas, un « suiveur » pour 10 ou 15 gars, un suivi quotidien quand c’est nécessaire, et en tout cas au départ, un suivi mais aussi une aide, un soutien de chaque instant.

C’est une nouvelle profession à inventer, entre le psychologue et le travailleur social, entre le « grand frère » et « le chef de clan », entre le père de famille et l’ami.
Bref, quelque chose d’atypique, qui doit être capable d’évoluer, au jour le jour, qui doit rendre des comptes, qui doit être là, chaque fois que nécessaire, et en tout cas, qui doit répondre à « tout appel » que celui-ci soit visible ou qu’il soit invisible.
Vous allez me dire que cela va coûter de l’argent, oui, mais pas plus que la prison…
Rappel : un détenu coûte entre 90 et 120 €/jour, ce qui nous donne pour 15 gars « suivis » un crédit journalier de minimum 1.000 €… Imaginez ce que l’on peut faire en matière de réinsertion avec 1.000 €/jour.

De plus, ces « anciens détenus » vont entrer « obligatoirement » sur le marché du travail « légal », donc ils vont générer des cotisations sociales, de l’impôt. Je ne peux pas dire qu’ils vont faire marcher l’économie, car cela, avec de l’argent « sale », ils le faisaient déjà très bien avant…
Il me semble qu’à l’intérieur des prisons, tous les partenaires reconnaissent que le présent système est tout à fait inefficace pour enrayer la recrudescence de la délinquance et la récidive, sous une forme ou une autre.
Les détenus ne sont pas satisfaits, du peu d’aide qui leur est donné afin qu’il leur soit possible de sortir de la spirale dans laquelle ils sont engagés…
L’administration est quasi dans l’impossibilité matérielle de faire respecter « l’ordre » et « la loi », en dedans de ses murs… c’est un comble.

Au risque de choquer quelques uns, je vous le répète, pour quelqu’un un peu philosophe et/ou opportuniste, dans les conditions matérielles actuelles de certaines prisons, la vie y est plus « agréable » que pour certains de nos co-citoyens… dehors.
Il est vrai que parfois (et encore souvent) la vie matérielle en milieu carcéral est encore au Moyen-Age où aucune règle d’hygiène et de sécurité n’existe… ou presque.
Pour en finir, je vous dirai, sans être prophète, que si rien n’est fait, dans un sens allant à favoriser la réinsertion avant la répression, la France va au casse-pipe…
On n’arrête pas la délinquance en la muselant « ponctuellement », on arrête la délinquance en mettant tout en œuvre pour l’empêcher, pour l’éviter, pour la « soigner » dès les premiers éternuements.
Courage, les beaux parleurs, et les politiques, vous avez du boulot sur la planche, sur le tas, pas dans vos ministères et bureaux luxueux…
Ouvrez les yeux, essayez de comprendre et « agissez », avant qu’il ne soit trop tard.

A bon entendeur, salut !
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