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23/07/2007

Le voleur (suite)

Le voleur – suite -


Encore un exemple (une constatation) : lorsque tu discutes avec un gars qui est en formation professionnelle (comme moi, en pâtisserie, mais il y en a d’autres : nettoyage industriel, soudure, informatique), tu te dis, tu es en droit d’espérer que si tu lui demandes pourquoi il fait cette formation, il va te répondre « pour avoir un métier »… eh bien, non…, la préoccupation principale est l’argent : les 2,26 € de l’heure donnés par heure de formation « faite » - c’est à dire que les absences (du stagiaire ou du formateur) ne sont pas payées : normale lorsqu’il s’agit du stagiaire, bizarre lorsqu’il s’agit du formateur ( !), mais c’est comme cela. On nous promet bien que toutes les heures seront faites… mais j’en doute… de plus en plus.
Bref, sur les 15 que nous étions au départ, il y avait un boulanger et un cuisinier (donc motivés) et à part eux, 2 ou 3 (dont moi) qui « envisageaient » pouvoir travailler, un jour, dans la pâtisserie… ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas plus… mais l’objectif de leur présence n’était pas la perspective d’un emploi dans un secteur alimentaire…
Il en est de même pour les autres formations. Et cette « sélection » des candidats me semble quelque peu défaillante… J’ai du mal de croire que sur 400 détenus, on ne puisse pas trouver 15 candidats « motivés ». Certes, cette formation « rapporte » autant si ce n’est plus, que le travail en atelier… de plus, c’est plus sûr (cf contrat de 900 h sur 9 mois). A l’atelier, rien n’est garantie et le chômage technique plus fréquent que l’activité… !
Pour en revenir à mon « voleur ». Ma solution se trouve « hors prison ». En effet, on se rend compte, rapidement, à les fréquenter que leur « fond » n’est pas mauvais, j’allais dire « pervers »… souvent, ils deviennent voleurs par nécessité, au moins, en ce qui concerne les plus jeunes. J’ai rencontré par contre des « professionnels » (détrousseurs de châteaux) bien organisés, ceux-là, ils sont « irrécupérables »… c’est trop tard, ils ne savent faire que cela.
Pour les plus jeunes, à mon avis, la solution se trouve dans la structure familiale et le rejet qu’ils ont provoqué de toute structure éducative : école, formation professionnelle initiale. Et là, encore, il s’agit plus souvent d’un manque d’attention (de surveillance), de soutien en milieu « ouvert » et « normal ». L’alerte aurait dû être donnée, dès les premières absences à l’école, dès que l’enfant décroche. L’enfant est curieux par nature, tout le monde a, en soi, une soif d’apprendre. Ici, certains la retrouvent… Si l’enfant décroche, c’est qu’il y a malaise, ailleurs, et en particulier, dans sa cellule familiale, et c’est donc, par ce côté-là qu’il faudrait agir en premier, en faisant une prévention « individualisée ». Cela passe, certes, par une forte augmentation du nombre de travailleurs sociaux. Volontairement, je ne parle pas d’assistantes sociales, car je pense que dans ces « éducateurs », il peut y avoir, il doit y avoir plusieurs niveaux. Je sais que cela existe, il s’agit de ce que l’on appelle dans les cités « le grand frère »… Souvent un simple « accompagnement », une aide – soutien, au jour le jour, à résoudre les problèmes quotidiens du jeune et de son entourage immédiat, suffit. Rien que le problème de la gestion des subsides – revenus familiaux (salaire + aide sociale) apporte des difficultés.
Ce qui provoque aussi la délinquance –voleur, c’est l’inégalité visuelle, et elle passe par l’égalité vestimentaire, le style de vêtements, la politique des marques. C’est vraiment une catastrophe pour les budgets familiaux. Le paraître est vital. Je ne pense pas que l’on puisse revenir au port de la blouse (à l’école, au lycée), mais il faut faire quelque chose dans ce sens. Ici, même, je constate, chaque jour, cette différence vestimentaire et cette surenchère « quotidienne ». Pour certains, elle ne pose pas de problèmes, ils en ont les moyens financiers (les stups), et l’aide de la famille. Pour d’autres, le peu gagné est économisé, pour permettre l’achat de la dernière paire de baskets de chez… qui sera « périmée » dans 3 mois. Il faut paraître, même ici, si on veut être « considéré ». Autrefois il y avait des uniformes en prison, cela mettait tout le monde sur le même pied d’égalité… et je me demande si ce n’était pas mieux… Cette recherche de la « nouveauté » vestimentaire fait que le détenu (ici) se prive d’autres choses plus fondamentales.
Une petite parenthèse, pour les « dealers », ici comme dehors, ils n’ont pas de problèmes d’argent, leur seule préoccupation réelle est de paraître : d’où la surenchère vestimentaire (qu’ils communiquent aux autres) et leur activité favorite et recherchée est : la musculation…
Donc, ces familles en difficulté d’identité (famille recomposée) et d’équilibre financier (faibles revenus) n’ont guère le choix et si les parents regrettent « les vols » de leur progéniture (lorsqu’ils n’en sont pas eux-mêmes, les instigateurs), ils sont bien contents d’en profiter. Et le « voleur » mis en prison, apporte un nouveau et « réel » déséquilibre « social » au reste de la famille. Comment voulez-vous qu’une mère vive avec ses 4 enfants (petits, de surcroît) avec les seules allocations familiales.

A propos des allocations familiales, le système de calcul ou plutôt, le déclencheur est souvent « pernicieux »… les CAF partent toujours des revenus de l’année précédente (pour les allocs indexées), et souvent… lorsque tu les touches, tu n’en as plus besoin… ou moins besoin… et c’est tant mieux, mais il n’en demeure pas moins qu’au moment où tu en avais besoin le plus, elles n’étaient pas là. Je sais, il y a possibilité de pallier/rectifier ce système/méthode… Mais tout le monde en est-il informé ?

Ma proposition présente de travailleur social-relai permettrait de remédier à ce phénomène, de plus, il éviterait les abus. Mais pour cela, il faut qu’ils soient nombreux, qu’ils aient le temps d’écouter, d’observer, d’assister… Même ici, le problème existe : un travailleur social doit s’occuper de 100 détenus !!!
Comment voulez-vous que le détenu et le travailleur social soient satisfaits… Les entretiens sont bâclés quand ils ont lieu, les suites à donner sont traitées en urgence, le travailleur social part d’a priori, il n’a accès qu’à une partie de ton dossier, il ne te suit pas… donc il ne voit pas ton évolution… il ne connaît pas ton passé… il ne se préoccupe pas de ton avenir… il ne peut gérer que l’urgence et le reste, il le fait par habitude… de son propre chef sans te consulter…, et bien sûr, son avis est « prépondérant » dans ta vie carcérale, puisqu’il est censé être « neutre » et « l’observateur »… On lui demande son avis, avant toute décision te concernant.

Pour conclure sur le « voleur », sa place n’est pas en prison. Je ne sais ce qu’en pense les psy, mais je pense que, pour une bonne majorité, le vol débute par une nécessité de voler, nécessités alimentaire et matérielle. Celui qui vole, pour voler, est un malade… Donc, il faut le soigner…, et la nécessité et le besoin de voler disparaîtront.
Et le rôle de la société est d’aider ces personnes. Souvent, en prison, le coût d’un prisonnier est bien supérieur au préjudice subi, et ceci est d’autant plus grave que comme rien n’est fait pendant son absence, ne sera-t-il pas obligé de « recommencer » à sa sortie… ?
Le remède se trouve donc dans une prise en charge dès le début de la délinquance, si elle n’a pas pu être « détectée » avant (ce qui, pour moi, est quelque peu incompréhensible). Et cette prise en charge passe par la création d’emploi de « tuteur » sous la responsabilité d’assistants sociaux, qui, eux, ont le savoir et les aptitudes pour aider ces « tuteurs »… Un accompagnement quasi-quotidien est nécessaire. Mais il faut que ces personnes soient « écoutées », pas seulement « entendues »…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
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20/07/2007

Le voleur

« Le voleur » :

C’est la plus « attachant », car il me semble qu’il est vraiment « la victime » de la société et de son milieu familial.
Il y a certes, peut-être, des voleurs « par vice »… mais, la plus grande majorité se trouve dans la catégorie « voleur par nécessité »… au moins, au départ.
Tout se vole car tout se revend, souvent à bas prix, mais tout trouve preneur.
Tous ces voleurs sont issus de famille « dans le besoin ». Il trouve dans le vol, un moyen de subsistance, de survie…

Dans 99 % des cas, il s’agit de famille en difficultés familiales et financières. Souvent, il est l’aîné ou dans les aînés d’une famille nombreuse (4 – 5 ou plus enfants) de père(s) ou mère(s) différents, sans père.
Par obligation, il a pris le rôle du père manquant et se sent obligé d’aider « la mère », souvent débordée par sa nichée qui doit vivre qu’avec les allocations familiales et des aides municipales ponctuelles : le tout restant insuffisant pour assurer une vie décente, honorable, équivalente à celle des voisins… ce qui provoque la nécessité.
Bien sûr, souvent la mère n’approuve pas, mais la famille profite des fruits de la délinquance.
Si, au début de paragraphe, j’ai dit « attachant », c’est parce que je me suis rendu compte que ces gars souffrent de cette situation et ils se rendent compte que leur détention a rendu encore plus difficile la vie de ceux qui restaient « dehors ».
Très souvent, ils sont là, en raison du raz le bol de la justice, ils viennent d’avoir 18 ans, mais ils ont à leur actif, plusieurs « petites » condamnations qui « tombent », à ce moment-là, parce qu’ils étaient « avec sursis » ou non mises en exécution. La dernière condamnation qui, parfois, n’est pas la plus importante, est celle qui l’a fait « tomber ». J’ai en mémoire le cas d’un jeune, arrivé pour 8 mois et qui est là, maintenant pour 7 ans (résultat de 9 condamnations antérieures).
Faisons un peu de vocabulaire avec le verbe « tomber » utilisé dans la phrase précédente avec les deux sens « utilisés » en milieu carcéral.
. « tomber » : se faire prendre, mais surtout « arriver en prison », être incarcéré…
. « tomber » : être mis en exécution. Comme je l’ai déjà dit en d’autres circonstances, de très nombreuses « peines » (condamnations) ne sont pas mises en exécution pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que la peine de prison a été prononcée « avec sursis », ce qui veut dire qu’elle ne sera « mise à exécution » qu’en cas de « récidive » (nouvelle condamnation). Tout le monde sait que la justice n’est pas en mesure de faire exécuter les peines inférieures à 12 mois, donc même si le tribunal prononce une peine ferme (inférieur à 12 mois) sauf exception, elle n’est pas exécutée « sur le champ ». Si elle est exécutée « sur le champ », on parle de « à la barre » : le condamné part en prison, à l’issue de son jugement.
Cet état de fait (non contestable et fort réaliste) fait qu’un nombre important de ceux qui arrivent ici, arrive « par hasard » pour 6 mois…et après quelques jours… le passé arrive.

Revenons à la famille de ceux-ci. Il s’agit « toujours », je ne pense pas que le mot est trop fort, de famille désunie – plusieurs mariages et/ou unions, plusieurs antécédents (père ou beau-père, ou frère aîné ont connu la prison, souvent pour le même motif). Au niveau scolaire, c’est la bas de classe, pour beaucoup à peine lire et écrire (compter, cela marche), car il n’y a pas eu de scolarité ou en tout cas, pas de formation professionnelle, donc pas de métier, pas de moyens de subsistances « réelles » légales…
Pour moi, leur présence, ici, est tout à fait inutile, pour ne pas dire « néfaste » à eux-mêmes, mais ce n’est pas l’essentiel, surtout néfaste à ceux qui restent « dehors » qui se trouvent dans un dénouement extrême.
Beaucoup de ces détenus, s’il leur reste une famille et c’est souvent le cas puisqu’ils ont été « délinquants » pour aider cette famille, n’obtiennent aucun soutien matériel (financier) de leur famille et même aucune visite. J’ai en tête le cas d’un jeune dont la famille habite à 20 km d’ici, et dont la mère et frères et sœurs ne viennent qu’une ou deux fois par mois (souvent pendant le même week-end) après l’arrivée des allocations familiales. Après le 10, il n’y a plus d’argent pour l’essence… ! Si les kilomètres les séparent… il n’y a aucun lien réel… un peu de téléphone… pas de courrier (ils ne savent pas écrire, pas plus d’un côté que de l’autre). Je dis « peu de téléphone », car, souvent, leur seul téléphone est, en fait, un téléphone portable à carte (plus accessible à tous), il n’arrive pas à gérer une ligne fixe qui serait moins coûteuse…, et avec les portables, les unités filent vite, pour 3 ou 4 minutes, il faut compter 15 à 20 unités.

Même s’il travaille « en prison » (gain autour de 150/180 €/mois), ne sachant pas s’organiser, en 1 ou 2 semaines, il n’y a plus rien, surtout s’il est fumeur, aussi, il achète des cartes de 50 unités au lieu de 120, et donc, même s’il prend « 2 cartes » de « 50 unités » (ce qui est souvent le cas) au lieu d’une de 120 U… il les paie le prix de la 120, donc, il « perd » 20 unités… Mais cela, il n’arrive pas à le comprendre… Souvent, il m’est « rétorqué » … avec 1 de 50, je dépense moins (d’unités), j’ai peur de l’oublier ou de la perdre ou de me la faire voler… tout cela est peut-être vrai, mais est, bien sûr, le signe d’un manque de maturité et surtout de confiance en soi…
Revenons à la famille : elle lui est présente, dans son esprit, à chaque instant, il en parle tout le temps, on ressent une réelle souffrance, il éprouve une certaine honte à en parler, souvent, j’ai dû prêcher le faux pour connaître le vrai. Souvent, au départ, même s’il paraît « en confiance », il te ment… Ils sont tous convaincus, et ils l’affirment que c’est la dernière fois qu’ils sont là… ils vont se réinsérer… « retravailler »… « vivre normalement »… « gagner de l’argent »… « créer une famille »… il faut mieux ne pas demander « comment », car la réponse, ils ne l’ont pas… et ce n’est pas leur présence, ici, qui va les aider et leur en donner les moyens.

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18/07/2007

Le délinquant - Les stups

Le « délinquant »

Je vais essayer de vous présenter le pourquoi du comment. Il n’y a pas de fatalité…

Curieux de nature, lorsque j’entre dans « l’intimité » de quelqu’un, j’essaie de savoir d’où il vient, et essaie de lui trouver « des excuses ».
Il est vrai qu’il existe une certaine similitude entre la situation sociale du délinquant, en rapport avec son délit.
J’avoue que, spontanément, et aussi en raison du rôle social (involontaire) que j’ai eu en qualité d’écrivain, j’ai eu connaissance d’un certain nombre de situations.
Mes sources sont multiples, mais la plus fiable est le dossier pénal (avis à partie ou jugement), la principale est les dires de l’intéressé, mais aussi, le « on dit que »…
Je vais schématiser, mais je pense que je ne peux pas faire autrement, et pour « simplifier »…, je vais tenter d’expliquer que certains délits sont liés à certaines situations sociales.
Commençons par le plus simple.

« Les stupéfiants » ou « le négoce de mort » :

Il y a plusieurs types de délinquants dans le domaine des stupéfiants, mais l’objectif du délinquant est avant tout : le gain facile de sommes importantes, rapidement. Pour le « passeur » : c’est simple, il s’agit d’une rémunération d’un risque calculé (ou non). Pour le dealer (celui qui vend) : un moyen de vivre « facile », souvent, il revend une partie de ses achats pour payer sa propre consommation.
J’ai rencontré plusieurs (beaucoup) de passeurs et de dealers qui n’étaient pas « consommateurs ».
Le lien avec le milieu social est difficile à faire, il y a de tout, et pas de fatalité… En fait, pas de lien avec le milieu social. Il est vrai qu’en général, au départ, il y a désoeuvrement, le manque d’occupation et de travail, la mainmise des autres… Le rôle de la famille est souvent bizarre. Certains avouent avoir agi, en le cachant à leur famille… Je trouve les familles « un peu légères », puisque le train de vie du délinquant (voiture, habits neufs et de marque) ne les aurait pas « surpris »…
Certains agissent en milieu familial. Ici et ailleurs, on retrouve des fratries – 3 ou 4 de la même famille ou cousins. Tout le monde est au courant et en profite. C’est une activité familiale et, en fait, ils sont, à ce jour, soutenus par leur famille et réseau… et ici, il ne leur manque rien.
Une anecdote : à la lecture d’un dossier, je constate qu’une femme était impliquée dans le trafic, sa date de naissance était très proche de la mienne. Je dis au gars : « C’est drôle, ta mère a le même âge que moi », sa réponse : « Mais ce n’est pas ma mère, c’est ma grand’mère »… Du coup, j’ai pris un coup de vieux… Ceci vous prouve bien que « l’union familiale » existe…
Si certains prétendent qu’ils ne recommenceront plus… je suis très sceptique… car, ici, ils continuent leur trafic… Beaucoup pensent et souhaitent « recommencer » jusqu’à un certain âge : 30-40 ans et se faire un magot et en vivre. Ce dont je doute, car, à les entendre, le fruit de leur business est quasi utilisé, sur le champ, en dépenses journalières : voiture, restau, vêtements, entourage. Ils ne sont pas économes, encore moins fourmis…
Nouvelle digression : parmi les plus jeunes qui sont ici, et encore plus à Metz, dans les jeunes mineurs… il y a beaucoup de dealers… en fait, ils sont utilisés par des adultes… car « souvent »… les plus jeunes ne sont pas mis en prison, et s’ils sont là, c’est en raison de la « répétition » des délits et des arrestations. A mon avis, dans les – de 20 ans : 80 % sont là pour stupéfiants pour cette seule raison. Et puis, une fois commencée… on continue…
Pour la majorité, on ne peut pas dire que l’origine de leur délinquance trouve leurs origines dans leur « source familiale »…
Je suis donc « hors sujet », mais comme ils sont nombreux « en prison », je ne pouvais les passer sous silence.
Espoir de réinsertion : nul. Et je ne pense pas être sévère. En effet, même si une bonne volonté est affichée… ici…, une fois dehors, elle disparaît et en 30 mois, j’ai entendu plusieurs fois qu’un tel était « retombé » après 3 ou 4 mois de « liberté »… Ils sont, ici, demandeurs d’aucune formation, d’aucun travail, et à la sortie, ils ne peuvent que retourner dans leur milieu « naturel ».
La seule solution serait : la libération conditionnelle avec l’obligation de travailler « normalement » et d’en vivre, avec un suivi et une surveillance « efficaces »… mais ce n’est pas dans l’air du temps, puisque l’on préfère la répression… !

A la relecture, je m’aperçois que je ne vous ai pas expliqué pourquoi, j’avais écrit à côté de « les stupéfiants » : « le négoce de mort ».
Vous l’avez compris, cette expression, je l’ai retrouvé dans plusieurs dossiers pénaux, dans la bouche de juges, et cela se comprend.
Quand vous le faites remarquer aux intéressés, ceux-ci vous répondent, à juste titre à leurs yeux, qu’ils ne sont pas des meurtriers et qu’ils ne répondent qu’à une demande, ce en quoi, le terme de « négoce » se justifie…
J’avoue que cette catégorie de détenus n’est « particulièrement » sympathique, non pas en raison de leur délinquance, mais parce que, pour moi, ils reflètent bien la carence de nos systèmes éducatifs et judiciaires.
En effet, au départ, ils sont rejetés par un système qui ne les a pas compris. Etant brouillé avec l’école et sans formation initiale, ce n’est pas, en prison, que cela va changer. En fait, ils ne connaissent pas la contrainte, et toute contrainte leur est « insupportable »… et le proverbe « Aide-toi, le ciel t’aidera » n’a pas de sens pour eux.
A un moment donné, il leur a été fait une proposition alléchante… ils l’ont acceptée… et la suite vous la connaissait. Ici, en Centre de détention, ils sont très nombreux, pour un ou deux ans, et souvent très jeunes (- de 25 ans). Et je me dis que c’est du gâchis… Mais je ne sais comment on peut les aider à s’en sortir si telle était leur volonté… ce dont je ne suis pas sûr du tout… De toute façon, cela ne pourrait se faire sans contrainte et qu’avec un suivi…
C’est ce que je pense… et c’est, hélas, pas pour demain…

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