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25/06/2007

Le parcours du détenu.... 2/3

Le Parcours du détenu (prévenu / condamné) 2/3

La santé :

Le détenu est pris en charge par la Sécurité sociale (ainsi que ses ayants-droits) et l’administration pénitentiaire. Il est soigné par du personnel médical (infirmier, médecin, spécialiste), rattaché à un hôpital « civil ».
Donc, à priori, il est aussi bien soigné que s’il était « dehors ».
Les problèmes rencontrés se situent surtout dans les délais d’intervention et l’absence de personnel médical, la nuit. Il lui sera possible de poursuivre les traitements en cours et d’en avoir d’autres, pour calmer son stress et les problèmes qu’il rencontrera en détention (maladie, blessures, insomnie, nervosité, drogue, etc…).

Les activités :

Elles permettent au détenu de sortir de sa cellule, elles sont, cependant, peu variées et réduites (en durée) :
. promenade, c'est-à-dire, tourner en rond pendant 2 heures, le matin et l’après-midi,
. bibliothèque, 1 ou 2 fois par semaine,
. sport, 2 fois par semaine, pendant 2 heures,
. école, selon le programme choisi,
. quelques activités ponctuelles et/ou culturelles.

Le travail :

En théorie, il est possible de travailler, en prison, mais, en pratique, le nombre de places est limité.
Les ateliers proposent, principalement, du travail de manutention (conditionnement de produits divers). Il est possible de travailler comme auxi (auxiliaires), c'est-à-dire, pour assurer l’entretien de la prison et les services communs (cuisine, services d’étage, etc…).
Les rémunérations sont faibles, souvent en dessous de 120 €/mois.

Le courrier :

Le détenu peut écrire et recevoir du courrier. On peut lui envoyer des timbres, des photos, des documents relatifs à la scolarité de ses enfants, tout document qui ne peut être considéré comme dangereux pour la sécurité de l’administration, des biens et des personnes.
L’arrivée du courrier est un moment attendu. Quelques mots suffisent pour mettre le moral au beau fixe…
Il faut savoir que le courrier est contrôlé, à l’arrivée et à la sortie, par l’administration pénitentiaire si le détenu est « condamné », par le juge d’instruction (ce qui explique le délai d’acheminement, parfois long) si le détenu est « prévenu ».

Les parloirs :

C’est la possibilité pour les familles et amis de rendre visite au détenu. Il faut obtenir un permis de visite.
Les jours et durée des parloirs varient d’un établissement à l’autre. Il ont lieu, en semaine, en Maison d’arrêt, les week-ends en Centre de détention et Centrale.
Le parloir est toujours un moment « attendu », c’est pour le détenu la preuve qu’il existe, que quelqu’un pense encore à lui. C’est, aussi, un moment « difficile », car il plonge le détenu dans la vie extérieure et c’est, souvent, à cette occasion, que les mauvaises nouvelles arrivent… et cela casse le moral…pour plusieurs jours.
Le parloir est un droit du détenu, sauf si… le juge d’instruction pense que le contact avec ce visiteur peut contrarier l’instruction. Le permis de visite peut être « suspendu » en cas de problème lors d’un parloir.
Il est interdit d’amener de la nourriture au parloir (sauf à l’occasion des fêtes de fin d’année : 5 kgs).

Les sanctions :

S’il ne respecte pas le règlement intérieur ou le Code de Procédure Pénale (CPP), le détenu peut être sanctionné, après un passage au prétoire (tribunal interne à la prison) devant la commission de discipline.
Les sanctions sont multiples et peuvent aller jusqu’au mitard (cachot) et la suppression de parloirs et des remises de peines.

Le travailleur social :

Il est le lien entre le détenu et l’extérieur. Il est le lien entre la famille du détenu et le détenu.
Il peut être consulté et sollicité pour résoudre les problèmes que le détenu et/ou sa famille rencontre pour organiser leur nouvelle vie (sans le détenu).
Il aide le détenu à préparer sa réinsertion et sa sortie.
La famille peut lui demander un certificat de présence. Le détenu peut faire cette demande, directement, au greffe.

Les remises de peines :


Dès la mise à l’écrou (entrée en prison), ou dès la mise à exécution de la peine (après le jugement et tous les recours possibles), pour les personnes déjà détenues, il est accordé à tout condamné un crédit de réduction de peine (CRP), il remplace les RPO (Remise de peines ordinaires), pour « bonne conduite ».
Ce crédit est calculé sur la base de la condamnation prononcée (c’est le greffe qui informe le détenu) : soit 3 mois pour la 1ère année de détention, 2 mois pour les années suivantes, 7 jours par mois pour une année incomplète.
Attention : lorsque le condamné est en récidive légale, le CRP est réduit à 5 jours par mois, si la peine prononcée est de moins de 12 mois. Si la peine est supérieure à 1 an, le CRP sera de deux mois pour la première année, à un mois pour les années suivantes et à cinq jours par mois (dans la limite d’un mois) pour la partie restante.
RPS (Remise de peines supplémentaires) : elle est prononcée par le JAP (Juge d’Application des Peines), annuellement : primaire (condamné pour la 1ère fois) : maxi 3 mois ou 7 jours par mois pour une année incomplète. Détenu en récidive légale (ayant déjà été condamné pour des faits similaires) : 2 mois par année ou 4 jours par mois pour une année incomplète.

Grâces :

Elles sont accordées par le Président de la République, à l’occasion de son élection, et chaque année, au 14 juillet.
Elles sont de 15 jours par mois restant à faire (maximum 4 mois). Si le condamné n’est pas incarcéré, 2 mois, quelle que soit la durée de la peine. Il y a une trentaine d’ exclusions dont trafic de stupéfiants, atteinte (crime et délit) à la personne d’un mineur de moins de 15 ans, violence/rébellion sur agent de la force publique, homicide involontaire à l’occasion de la conduite d’un véhicule, condamné à plus de 7 ans de peine… Ce qui fait beaucoup d’exclus…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

22/06/2007

Le parcours du détenu.... 1/3

Le Parcours du détenu (prévenu / condamné) 1/3

Le texte ci-dessous reprend, en résumé, ce qui a été dit dans le chapitre précédent (l’avant-jugement) et dans le blog/bouquin : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… »
.
Il a été rédigé sous forme de fiche. Celle-ci est distribuée aux familles qui viennent visiter un proche détenu lors d’un parloir-famille.


Le point de départ :

La détention est le résultat d’une décision de justice.
Cette décision est l’aboutissement ou le début d’une affaire ou la sanction de l’accomplissement d’un délit.

Les motifs d’avoir affaire avec la Justice sont multiples, ce sont :
. soit le résultat d’une plainte (émanant d’un tiers se trouvant lésé par quelqu’un),
. soit le fait d’avoir commis un délit (ou crime),
. soit à la demande du Procureur qui vous reproche, à la suite d’une plainte, d’avoir commis un délit/crime.

La première étape d’une affaire passe, la plupart du temps, par un séjour, plus ou moins long, dans un commissariat de police ou une gendarmerie, c’est ce que l’on appelle « la garde à vue ». Elle peut durer plusieurs jours.

Tout justiciable a droit à l’assistance d’un avocat, dès la garde à vue. Il peut bénéficier de l’aide juridictionnelle.

Le flagrant-délit et/ou l’affaire :

Le délit est constaté sur le fait et devient, dans certains cas simples, condamnable et susceptible d’être jugé sur le champ, en comparution immédiate. Aucune enquête complémentaire n’est nécessaire, l’intéressé reconnaît les faits et, il est possible au Juge de condamner en fonction de la faute, selon ce que prévoit le Code Pénal.
Si le délit est commis par un ou plusieurs auteurs et s’il est difficile de déterminer les responsabilités de chacun, l’enquêteur veut en savoir plus, les intéressés sont interrogés et leur cas est soumis à un procureur qui décide, soit :
. qu’il n’y a pas lieu de poursuivre cette ou ces personnes,
. de les mettre en examen, mais de les laisser « libre », l’enquête continue,
. de confier le dossier à un Juge d’Instruction qui poursuivra l’enquête (et recueillera toutes les informations, à charge et à décharge) et qui décidera si la personne doit rester « libre » ou s’il faut le mettre en détention provisoire.

L’arrivée en prison :


Donc, après une « garde à vue » plus ou moins longue, après un jugement en comparution immédiate, ou après un passage chez le juge d’instruction (+ juge des libertés et de la détention), la personne mise en examen ou condamnée devient un détenu.
L’arrivée en prison se fait, menotté, entre deux gendarmes ou policiers, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, souvent après plusieurs jours sans vraiment dormir et en étant quelque peu sous-alimenté.
Bref, l’individu n’est pas dans un état que l’on peut qualifier de normal. De plus, on lui a fait connaître sa nouvelle condition de détenu, ce qui n’est pas pour le réjouir.
Donc, même si l’agressivité n’est pas de mise, l’accueil de part et d’autre est, en général, froid : l’un dit, l’autre écoute et exécute.
Après le passage au greffe (identité, dépôt des objets de valeur, de l’argent que l’on a sur soi), c’est une première fouille à corps (nu complètement) et la remise d’un paquetage (draps, couverture, couverts, produits d’hygiène de première nécessité), puis c’est l’arrivée dans le secteur « logement ».

Suivant l’heure d’arrivée, le détenu peut être mis en « cellule d’arrivant » : cellule de passage (souvent d’une propreté douteuse), où le détenu restera, quelques heures et/ou une nuit, avant son affectation définitive.

Pendant les premiers 24 h, c’est le passage chez un chef qui, en quelques mots, définira les droits et les obligations du détenu, la visite médicale, le travailleur social, le scolaire.
Les premiers 48 heures sont, en général, bien occupées, et il faut s’adapter à ces « nouveaux » lieu et rythme de vie imposés.

En cellule :

A son arrivée, le détenu reçoit, à priori, du matériel propre (matelas et paquetage) et de quoi survivre.
Il est mis en cellule, presque toujours à deux. Il lui sera possible d’en changer, en cas d’humeur « contraire ».
On y vit « fermé », c'est-à-dire « porte fermée, 24 h/24 », sauf pour se rendre à des activités ou sur appel (douche, parloir, médecin, chef, avocat, etc …). La vie est rythmée par l’heure des repas et les heures de lever et de la fermeture définitive de la porte, pour la nuit.
La cellule est équipée de deux lits superposés, une table, une armoire (60 x 60 cms, hauteur 150 cms), deux chaises, un lavabo, un WC. Les douches (collectives) sont à l’étage, 3 fois par semaine et après les activités sportives et le travail (en atelier).
On y prend ses repas, on y dort, on s’y lave, bref, on y vit à 2, dans ces 9 m², la plupart du temps, 24h/24. C’est un lieu très impersonnel, peu de décoration est autorisée, on peut y avoir la TV.

La cantine :

L’argent ne circule pas en prison. A l’arrivée, les sommes détenues sont prises et mises sur un compte individuel (pécule), géré par l’administration. Le détenu peut recevoir de l’argent par mandat-cash, exclusivement.
Avec cet argent ou avec son salaire (s’il travaille), le détenu pourra se payer la TV (40 €/mois) et s’acheter de quoi améliorer l’ordinaire (alimentaire et non alimentaire – hygiène et divertissement).
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

03/05/2007

Peinabilité de la prison

Nous arrivons à la fin de « 1019 jours de détention... ou la vie en prison… comme si vous y étiez… ».
Je vous avais promis un article supplémentaire sur « la peinabilité de la prison », vous le trouverez ci-dessous, mais avant cela, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer… ce n’est pas fini… j’ai encore quelques informations à vous donner et en particulier, ce que je pense de la Justice, ce que je pense qu’il faut modifier, des pistes de réflexion afin d’améliorer notre Justice…
Tout ce que je vais vous écrire, est inédit et fera l’objet d’un second bouquin qui trouvera peut-être, un éditeur… Je compte sur vous pour l’améliorer avec vos remarques… en positif ou en négatif…et vos questions / objections… Faisons de lui une œuvre collective…. !!!
Ce nouveau texte paraîtra, à compter du 7 mai 2007, par un long article sur « la garde à vue »…, sur la journée du 17 mai, je vous mettrai un index afin qu’il vous soit possible de repérer les sujets qui vous intéressent le plus.



Je vais essayer de vous indiquer en quoi la prison est et restera pénible.

Comme je vous l’ai déjà dit, pour ma part, si les conditions matérielles font partie des choses pénibles, ce n’est pas l’essentiel… Du matériel, on s’adapte… avec un peu de bonne volonté et de philosophie…

Ce qui est pénible (dans le désordre – comme cela me vient) :

Surnombre = insécurité : La surpopulation carcérale fait que, à tout moment, quand vous êtes hors de votre cellule, vous êtes confronté à d’autres que vous ne connaissez pas et qui peuvent (au moins, vous le pensez) être un danger pour soi.
Le fait d’être obligé de côtoyer des inconnus (qui l’on juge pire que soi-même et qui méritent d’être en prison, on le pense) fait qu’un sentiment d’insécurité s’installe et demeure en permanence. Vous ne retrouvez le calme qu’en cellule et/ou lorsque vous êtes avec d’autres détenus connus. La recherche de détenus connus est, chaque fois que possible, une préoccupation. On va en activités que si un tel y va, pour aller aux douches, on essaie d’y aller lorsque des connus y vont, etc…

Promiscuité imposée : c’est la vie en cellule avec un ou des autres détenus. C’est plus que galère… pour tout ce qui impose une certaine intimité. Même si chacun, en ces moments, essaie d’être discret, se laver est possible, aller uriner n’est pas facile, aller à la selle, je n’ai jamais pu, lors de la présence d’un tiers… si vraiment, dans la journée je ne me retrouvais pas un moment seul, la nuit, je me relevais pour.
Outre ces problèmes vitaux, être sans cesse avec quelqu’un vous oblige à l’écouter, et certains racontent toujours la même chose, dix fois par jour… à longueur de semaine… et comme il ne faut pas vexer, on s’oblige à écouter, à répondre toujours la même chose, à ne pas prendre partie…

L’attente, c’est ce qu’il y a de plus pénible… tu attends tout le temps et en 1er lieu… ta sortie qu’on espère la plus proche, on rêve qu’on va t’annoncer que cette date va se rapprocher parce que…
Outre cette attente viscérale… il faut toujours attendre, devant une porte, avant un parloir, on attend l’arrivée du courrier, on attend l’arrivée des repas, on attend…, on attend…, on attend que le temps passe…

Bruits… Le niveau sonore d’une prison est relativement élevé, et ce, jour et nuit… Certes, on vit la vie de la prison, de sa cellule, en fonction des bruits que l’on entend, les portes, les clefs, les gars qui passent et interpellent à travers la porte, et inconsciemment, on guette ces bruits qui apportent … un réconfort… mais qui, aussi, importunent…
A part ces bruits désirés, il y a tout le bruit provoqué par les autres : les TV écoutées trop fort, les musiques de chacun qui se mêlent, les appels à travers les fenêtres… tout cela a lieu le jour, mais surtout la nuit… parce que les sons passent mieux et que la maison est calme, et surtout parce que les surveillants sont « absents » ou pas sur place…
Bizarrement, lorsque vous êtes dehors (après votre libération) ce sont encore les bruits de la vie normale qui agressent le plus.

Isolement. Malgré les bruits et la présence de tant de gars dans un si petit bâtiment, on ressent un sentiment d’isolement… On se retrouve seul avec personne avec qui partager, au moins avec personne avec qui on a un minimum d’affinité si ce n’est de l’affection… Il manque ce quelque chose qui fait que la présence d’êtres aimés rassure, et fait que l’on est bien… même si aucun échange verbal ou physique ne se produit.

Souvent je me suis senti mal à l’aise entre ces murs qui ne renfermaient rien qui me rappelait mon passé, mes activités professionnelles, mes goûts, mes préoccupations…. La vie, quoi… Heureusement que sur les 34 mois faits, j’ai fait une formation de 9 mois et 23 mois comme écrivain… sans ces activités dans lesquels je me suis investi, corps et cœur, je crois que j‘aurais très mal supporté ces conditions matérielles acceptables. En fait, c’est ce qui se produit dans la tête de nombreux détenus qui ne font rien et ne veulent rien faire… un rien les agresse et ils ne réagissent jamais en positif.

Un autre sentiment ressenti, c’est le sentiment de n’être plus rien, d’être un numéro, un pion que la Justice et les autres ballottent à leur gré… Un sentiment d’impuissance contre tout ce que d’autres te reprochent… Aucune initiative personnelle n’est possible, tout doit passer par un autre et selon son bon vouloir…

Il existe aussi une crainte permanente du lendemain, de la sortie… Vous avez le sentiment que votre avenir ne vous appartient plus, que votre volonté ne peut l’influencer. Pour l’intérieur, c’est très vite une lassitude et un sentiment de résignation. Pour la sortie, on s’en préoccupe très vite, en imaginant ce qui devrait être, ce qu’elle sera et en se rendant compte que cet avenir ne vous appartient plus et qu’il sera ce que les autres le feront. Je pense principalement au travail (à retrouver et à reprendre) mais aussi à l’entourage proche qui s’est passé de toi, pendant un temps parfois long, alors tu appréhendes ce retour : y aurais-je encore ma place... ?

Pour ma part, j’ai eu aussi la souffrance psychologique d’être impuissant, vis-à-vis, des proches laissés « dehors ». J’avais beau tout mettre en œuvre pour ne pas les inquiéter, je savais que tant bien que mal, ils viendraient à bout des problèmes matériels rencontrés, mais une inquiétude viscérale a persisté tout au long de ma détention qui faisait que j’étais souvent mal à l’aise, même en leur présence réconfortante…

Voilà ce que je voulais rajouter pour répondre et faire comprendre, à vous lecteurs, qu’en prison, même si on s’y sent bien (matériellement), on n’y est pas bien, parce que ce n’est pas un lieu de vie « normale » que l’on choisit…, que l’on peut influencer…, que l’on peut s’approprier… pour qu’il nous soit familier et propre à s’intégrer à son moi…

Je pense vous avoir transmis un peu des sentiments que j’ai ressentis pendant ces 34 mois… Y ai-je réussi ? Je ne sais, car ressentir est une chose, arriver à l’exprimer, à le faire vivre avec des mots est plus délicat.

Première fin…

Je vous donne rendez-vous, au 7 mai 2007. Le nouveau texte commencera par un long article sur « la garde à vue »…
Sur la journée du 17 mai, je vous mettrai un index afin qu’il vous soit possible de repérer les sujets qui vous intéressent le plus.