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16/03/2007

La récup...

Voici un mot qui fait vraiment partie du vocabulaire (ou plutôt, du fait) carcéral.

Tout se récupère…

Je vais essayer de t’expliquer pourquoi et l’usage qui en est fait.
Pourquoi ? C’est bien simple, un certain nombre de choses ne sont pas « cantinables ».
Nous n’avons donc pas la possibilité de les acheter, ou, les acheter « coûterait cher » et « le nombre à acheter », hors de proportion avec le besoin.
Ainsi, on (je) récupère tout. Dire « on », mot général, n’est pas d’actualité, car beaucoup préfèrent quémander, coup par coup, à un de leur co-détenu…
. trombone : c’est bien pratique,
. élastique (de toutes tailles) : cela peut servir et cela sert. Ainsi, pour fermer la porte de mon placard, j’ai mis un élastique, car l’aimant (d’origine) n’existe plus. Si je n’avais pas mis cet élastique, la porte resterait ouverte en permanence, donc, poussière, esthétique, etc…
. ficelle : ça peut aussi servir. En théorie, c’est interdit… mais en cantine, on te vend des lacets de 1,60 m… aussi l’interdiction de la ficelle (objet pouvant servir à se suicider) ne me semble pas tout à fait réaliste…
Bref, pour moi avec la jonction : ficelle + élastique + crochets (vendus en cantine), j’ai réussi à faire une espèce de ressort (groom) pour que la porte de ma cellule reste fermée-ouverte, lorsqu’il y a peu de vent… Par grand vent, c’est inefficace. Mais en temps ordinaire, cela fait une barrière quasi naturelle.
Ainsi, la porte ne reste pas ouverte, en permanence, mais elle n’est pas fermée (verrou ouvert) et celui qui veut venir et en a une raison, peut le faire, peut entrer, mais cela évite, quand même, et c’en est un des buts, les curieux et les sans-gênes…
. agrafes : il n’est pas possible d’acquérir une agrafeuse, ou pour le moins, personne n’en a. Un détenu m’a donné l’astuce de récupérer l’agrafe qui est mise pour fermer l’enveloppe de votre courrier (après son ouverture pour contrôle). Avec une aiguille (cantinable), il est très facile de faire des pré-trous et donc de « remettre » une agrafe déjà utilisée…
Là, il me faut faire une parenthèse. Il est dans les traditions, coutumes carcérales que celui qui est libéré, « distribue » à ses anciens co-détenus « amis »… ce dont il n’a pas (plus) besoin, et en particulier ce qu’il a acquis en prison. Et s’il est vrai qu’en général, le linge personnel est ramené « dehors », « le reste » (ou ce qui peut rappeler de mauvais souvenirs) reste en prison, à l’exception, peut-être, des objets d’une certaine valeur, comme un poste de radio… et encore, cela se négocie et se revend (échange).
Pour ma part, j’ai, plusieurs fois, bénéficié de ces « largesses ». Ainsi, j’ai : aiguilles, fil blanc, scotch, colle, crochets, cintres, cuvettes, vaisselle (en plus), cruche pour chauffage de l’eau (avec toto), claquettes pour douche, couverture et linge de maison (en surplus), bloc de papier à lettres, enveloppes, bic, timbres (de la part de ceux qui ont bénéficié de mes écritures), rallonge électrique, multiprise, toto, etc… que je n’ai jamais « acquis », mais que l’on m’a donné.
. les échanges : il est fréquent que l’on te propose un échange : timbre contre…, tabac contre…, unités téléphoniques contre…

Mais si l’échange n’est pas fait sur le champ, s’il ne s’agit que d’une promesse : « je te le rendrais »… il vaut mieux ne pas trop compter dessus… car le retour arrive si rarement que j’aurais tendance à dire « jamais »… ce qui t’oblige à dire des « mensonges pieux » du style : « j’ai pas »… « je n’ai que ce que j’ai besoin pour moi »…
. ce qui se donne fréquemment (et sans retour), ce sont les produits d’hygiène qui nous sont fournis, et dont l’usage n’est pas nécessaire (surnombre) ou demandé afin de rendre service à d’autres.
. les boîtes (flacons) de toutes sortes : moi, je les garde toutes, et souvent, elles sont bien utiles, pour moi, et pour d’autres, ainsi :
. les boîtes de Ricoré (grand modèle) sont idéales pour surélever le frigo et permettre un peu de rangement en dessous (camouflage = réserve de conserves).
. les barquettes (lavées et gardées – celles qui servent à nous apporter nos repas), et divers emballages : souvent, je les décore.
Ainsi avec des emballages du style tube de dentifrice, je me suis fait un présentoir pour brosse à dents, dentifrice, rasoir, etc… assez esthétique et pour le moins pratique et hygiénique… Je les utilise pour conditionner un certain nombre de petits objets : exemple : médicaments de la semaine, élastique, trombone, etc…).
. un certain nombre de flacons : ainsi, à Metz, il était possible de « cantiner » de grands flacons de Maxwell, qualité filtre de 200 g. Je m’en sers comme décoration (après y avoir collé une carte postale (reçue) et comme lieu de stockage, à l’abri de la chaleur et de l’humidité, de bonbons, petits gâteaux secs, sucre, etc… J’en ai un certain nombre (et j’en ai donné pas mal), c’est bien pratique et permet une meilleure conservation.
. bouteilles vides d’eau minérale. Encore une parenthèse : à mon arrivée, à Saint Mihiel, le hasard a fait que j’ai pu bénéficié d’un second matelas. Certes, il ne m’était nullement nécessaire pour « bien » dormir, mais, il avait l’avantage de surélever l’autre matelas et permettait de s’asseoir sur le lit, sans « sentir » la barre de pourtour (rambarde basse) du lit. Lors d’une fouille générale, destinée à « récupérer » tous ces objets « utiles », mais en double et qui, à force, devaient manquer ailleurs, il m’a donc été repris.
Un détenu m’a donné l’idée de remplacer ce matelas par des bouteilles d’eau, type Contrex, bien remplies. Il en faut 50… ce qui a été un peu long au départ (7 par semaine), mais une fois fait, c’est parfait et remplace le matelas sans inconvénient majeur. Depuis, ma consommation d’eau m’a permis d’équiper, déjà, deux autres détenus…
. récup d’atelier. Ce n’est pas une révélation que d’affirmer que de l’atelier arrive dans les unités un certain nombre de produits utilitaires (ou alimentaire, ou de luxe), échantillons conditionnés par les travailleurs.
Et s’il est vrai qu’en fin de chaîne (série), le retour en cellule du surplus est autorisé… ce retour ne se limite pas à ce surplus… et donc, circulent des pochettes de shampoing, après-rasage, parfum, bricoles de toutes sortes, gâteaux, même des choses qui nous sont, tout à fait, inutiles ( !), etc… et aussi des produits servant au conditionnement.
Ainsi, à Metz, j’avais « récupéré » : scotch double face, colle type UHU ou express, rouleau de scotch brun pour fermer les colis, clous ou crochets en L, etc…


1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous n’avez pas la patience de le découvrir au fil des jours, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).



Je dois avouer qu’à mon arrivée, ici, un sérieux tri a été fait et je n’ai pas tout « récupéré »…
Encore aujourd’hui, il m’arrive de chercher quelque chose que j’étais sûr d’avoir, cela a été retenu et pourtant, j’avais pris la précaution de ne pas « transférer » le plus « interdit – non toléré »…
. papier déjà imprimé sur une face : la collecte est, pour moi, systématique, en effet, j’en utilise (pour l’impression en brouillon) beaucoup (autant que nécessaire) pour la (les) relecture(s) des textes et courriers faits pour moi-même, le journal ou un détenu. En effet, le papier « blanc » (ramette) est distribué au compte-goutte et donc, nous le réservons, au « tirage définitif ». Ainsi, à la surprise de beaucoup, je récupère aussi, souvent, les feuilles qui servent à nous indiquer le menu (composition) de notre repas (1/2 A4), dont le dos est vierge… je m’en sers comme brouillon et j’en fais un large usage pour toutes… mes petites notes, pense-bêtes, etc…
. il y a, aussi, quelques récups moins avouables (qui ne sont pas dans mes habitudes), telle que prendre le balai de l’unité et le réserver à son usage personnel, parfois, le démonter pour s’en servir comme d’une « antenne » pour son poste de radio, avec comme élément métallique, un cintre (fil de fer) et/ou un fil électrique…
. en théorie, et c’est le cas à Metz, il était « interdit » de garder (récupérer) des emballages (cartons) pouvant être utiles pour stocker, comme je le fais, du linge non utilisé en cette saison, une réserve de « vivres » et/ou de produits d’entretien… et/ou des bouquins à lire ou lus… bref, faire en sorte qu’il soit plus facile de ranger le bazar individuel. Il est vrai qu’en cellule, à 2 dans 9 m², c’est plus hard que seul, où même si tu as ton petit bazar… il ne gène personne.
. il est sûr qu’être un peu débrouillard a du bon, et savoir se faire aider n’est pas inutile, en détention.
. je dois te dire que je suis rentré dans des cellules où, outre l’odeur « douteuse », l’ordre et la propreté n’étaient pas au rendez-vous.
. à cet égard, ma politique, mon attitude sont claires : « je ne vais pas chez les autres », car, a priori, je n’ai pas besoin d’eux et c’est eux qui viennent chez moi, et seulement si c’est nécessaire… et mon souhait… autrement, il y a les couloirs… pour discuter.

Pour être à l’aise en détention, il est souvent utile d’être débrouillard. Je t’en donne deux exemples.
Je m’étais fabriqué un système de chauffage (vapeur) avec des bouteilles d’eau vides et le chauffage d’eau avec deux totos. Certes j’étais un peu victime de buée et donc d’humidité latente, mais avec un peu d’aération en hauteur, c’était tout à fait appréciable et mes rares visiteurs (auxi lors des repas et surveillants) en constataient l’efficacité, moi aussi…
En effet, comme je te l’ai déjà dit, à Metz, nous n’avions que le chauffage par le sol et celui-ci était quelque peu (beaucoup) déficient ou insuffisant.
Toujours à Metz, pour l’été, ma cellule étant en plein sud, je m’étais fabriqué un pare-soleil avec des capsules de pots de yaourt que j’avais collés sur du carton et que j’installais pendant les après-midis. C’était aussi très efficace, pour me protéger de la chaleur torride (pas de courant d’air possible).

14/03/2007

Fenêtres = poubelles

En prison, il y a des traditions, des habitudes qu’il est difficile de faire disparaître et même, ici, où il nous est distribué, chaque mois, sur demande, 30 sacs-poubelles, pour certains, la fenêtre semble être le chemin normal de leurs détritus.
Voyons, d’abord, la situation de Metz. Mais d’emblée, je peux t’affirmer que « partout » où cela est « possible » (du possible, nous reparlerons), cette tradition demeure…
Donc, à Metz, tout passe par les fenêtres… et sert à nourrir une colonie de rats. Cette pratique est fort peu « réprimée »… mais elle coûte, outre l’emploi de deux auxi, la coquette somme, selon une source bien informée, de près d’un million d’euros, chaque année, en dératisation périodique.
A décharge pour le détenu, en cellule, nous n’avions pas de poubelle et encore moins de sacs-poubelles…
Cependant, il était dans les attributions des auxi d’étage (et ils le faisaient) de collecter les déchets à l’issue de chaque repas. Il s’agissait de récupérer tous les plats-assiettes à alvéole (inox), puis les barquettes plastiques vides et les déchets.
Malgré une note de service à l’intention des détenus et du personnel pénitentiaire, cette « obligation » n’a été respectée que quelques jours, voire semaines pour les plus zélés… Il était pourtant simple : deux détenus, à la distribution = 2 plats-assiettes + x barquettes ; à l’issue du repas, le ramassage devait être : 2 plats-assiettes + x barquettes et les déchets.
Ce serait trop simple…

Les surveillants ne se sentaient pas chargés d’une telle mission – vérification, les auxi n’étaient pas là pour sanctionner leurs co-détenus…
Nous avons appris que l’administration avait l’intention de doubler les fenêtres de grilles (losange de 2 cm) qui empêcheraient l’envoi de déchets (et pain) et l’usage des yoyos. Le yoyo est un cordage (lamelle de drap !) qui sert à communiquer, à envoyer quelque chose, par la fenêtre, d’une cellule à l’autre, et malgré le décalage des fenêtres, cette pratique est courante bien que réprimable …
Une telle installation de grilles devant faire l’objet d’une autorisation municipale puisqu’elle touche à l’aspect extérieur des bâtiments, le maire de Metz s’y serait opposé, en disant que « les détenus n’étaient pas des animaux ». Merci à lui.
Cela n’a pas empêché la pose d’un certain nombre de grilles, dont j’ai vu l’installation. En effet, le stationnement et le chargement des fourgons cellulaires, arrivant ou partant, étaient bien visibles et lorsqu’ils ont lieu, chaque jour, plusieurs fois par jour, chaque fois ou presque, ils étaient accompagnés de cris d’hostilité et l’envoi de projectiles de toutes sortes (yaourt, boîte métallique (vide ou pleine), etc… tout était bon. Pour les protéger, une grille avait déjà été posée entre le bâtiment et le lieu d’embarquement, mais elle était d’une efficacité relative, car du 5ème étage, avec un bon tir, le projectile pouvait passer au dessus de la grille et aboutir…
Or, un week-end, un débile, mais il y en a, hélas, plusieurs, a trouvé le moyen de mettre le feu aux poubelles (contenairs) qui étaient stockées sous nos fenêtres. Les pompiers ont dû intervenir… et ils ont fait l’objet d’un « canardage » de projectiles de toutes sortes…

Résultat… ils ont porté plainte (à juste titre)… apprenant cela, les gendarmes et les policiers et les syndicats de surveillants ont aussi porté plainte…, et, ce qui devait arriver, arriva, par mesure de sécurité, un certain nombre de cellules ont été équipées, sur les 5 étages, de grilles (en losange de 2 cm).
Et la mise en place a été vite faite, avec une nacelle extérieure, niveau par niveau, en 5 jours… Les grilles étaient pré-prêtes, il ne restait qu’à les fixer par des boulons extérieurs. Et pour une fois, l’administration a été « diplomate »… Il est sûr que cela a provoqué une certaine révolution (agitation)… et ceux qui n’étaient pas satisfaits, ont été déplacés dans une autre partie du bâtiment et, en plus, ils (l’administration) ont fait d’une pierre, deux coups, car beaucoup de ces cellules n’étaient occupées que par un seul détenu (en effet, il s’agit de ce que l’on appelle « le petit quartier », donc, à priori, plus calme, plus protégé) et on les a mis en cellule de 2. Pour eux, difficile de refuser… ils étaient demandeurs… outre la vue et la cellule très obscurcies, plus de yoyos (et trafics) possibles…
Et de « nouveaux » arrivants ont été mis dans ces cellules, rendues libres (et doubles), les nouveaux ne connaissant pas l’ancien système, ils ne pouvaient que s’y adapter et l’accepter…



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Pour revenir à l’extérieur, donc, tout passait par les fenêtres : plats alvéolés (inox), barquettes plastiques, pain, boîte vide, bouteille vide, toute sorte d’emballages, déchets, vraiment tout ce qui aurait dû se trouver dans une poubelle. Cela occupait, chaque jour, au moins deux auxi (donc rémunérés) à qui on avait fourni des « casques »… Même s’ils n’étaient pas des cibles (n’exagérons pas), le risque de recevoir quelque chose de blessant n’était pas à exclure.

Donc, tous ces détritus, en majeure partie d’origine alimentaire, étaient comestibles pour nos amis les bêtes… qui étaient de deux sortes.
D’une part, des corbeaux (des corneilles, paraît-il), de taille imposante (de vrais poulets), sur une face du bâtiment, de l’autre, des pigeons (même gabarit). Bizarrement (ou naturellement), chaque groupe avait son territoire.
Outre ces volatiles, certes gênants, mais aussi distrayants… (il était fréquent de les voir se bagarrer pour « se » nourrir), il y avait (a) aussi, surtout, une colonie très importante de rats de taille majestueuse (de vrais chats) et périodiquement, une nouvelle nichée arrivait…
On m’a rapporté que, parfois, « ils » (les rats) rentraient dans les bâtiments : en sous-sol, sûrement, au RDC, absolument pas. J’en ai pris la confirmation auprès de détenus, ayant séjourné, longtemps, au RDC.
D’ailleurs, dans la journée, nous ne les voyions pas, ils sortaient à la tombée de la nuit et circulaient (se battaient) toute la nuit. Certes, cela fait un spectacle, mais un spectacle désolant. Outre le risque d’infections, de maladies, le côté « occupation des lieux » est un peu gênant…
Qu’y faire ? Faire la chasse aux pollueurs… et sévir… Je ne vois pas d’autre solution…

A Saint-Mihiel, comme tu le sais, nous avons « poubelle et sacs poubelle ». De plus, les humeurs étant plus calmes, il y a moins de choses qui passent par les fenêtres, mais il y en a quand même.
Ce qui est incompréhensible, c’est le laxisme de l’administration, les auteurs de ces envois seraient facilement identifiables.

Ici, les fenêtres sont alignées (4 niveaux) et bien séparées, l’une de l’autre, ce qui fait que les détritus se trouvent « toujours » en dessous d’une même rangée de fenêtres… et il serait facile de faire une vérification « de visu », avec très peu d’attente par un surveillant, à l’heure des repas.
Mais, ce n’est pas fait, et il y a donc deux « ramasseurs »… A priori, s’il y a bien quelques corneilles, à ma connaissance, il n’y a pas de rats… une fois, j’ai vu une petite souris… !

12/03/2007

Une permission...

Aujourd’hui, je voudrais te parler des permissions de sortie.
Pour pouvoir en bénéficier, il faut remplir certaines conditions : avoir fait une partie de sa peine (au moins 1/3 ou 1/2, selon le cas), avoir un hébergement, avoir une prise en charge (véhicule qui vient te chercher et te ramener – cela peut être remplacé par les moyens financiers de payer ton billet aller et retour), avoir en poche, au minimum 15 €.

Conditions simples, en théorie, à remplir, en pratique, ce n’est pas toujours aussi évident.
Certains n’ont pas les 15 €, au bon moment, certains n’ont pas d’hébergement, ou, il leur est interdit de retourner dans leur région (par décision judiciaire), donc il faut trouver un foyer d’hébergement (presque toujours interdit aux familles – enfants et femme = nuit seul…!) entre les deux lieux d’implantation (famille – centre de détention), assurer les frais de route et de séjour… et tout cela, pour 48 heures (1ère perm), 4 jours (2ème perm), 1 semaine (3ème perm), maxi 10 jours (une fois par an), et ce, avec entre chaque, un délai minimum de 3 mois.
Autre condition qui détermine l’octroi ou non de cette perm est l’attitude du détenu en détention, et son bon vouloir, en matière de réinsertion et en matière de dédommagement de ses victimes… ce qui veut dire, en bref, que si on ne veut pas te donner cette perm (à laquelle tu as droit), on peut trouver une bonne raison (excuse).
Comme pour le travail, ce sont les plus calmes, ceux qui ne font pas de vague, s’exécutent qui bénéficient le plus facilement d’une permission de sortie…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie (voir nos précédents échanges : index sur la journée du 14 janvier 2007, sur la journée du 21 janvier : un lexique vous donne quelques définitions de termes qui méritent une explication et/ou un commentaire).
Au fil des jours qui vont suivre, je vous mettrai sur ce blog, le texte de mon bouquin, n’hésitez pas à me mettre des commentaires, vos impressions, posez-moi des questions, il n’y en a pas d’indiscrète…

Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
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Admettons que la perm soit obtenue.
Là aussi, il y a des conditions : interdiction de fréquenter certains lieux, certaines personnes, interdiction de conduire, de fréquenter les débits de boissons, obligation de pointer une ou deux fois (par jour) à la police (ou gendarmerie), etc…
Va-t-elle bien se passer ?
Dans la plupart des fois « oui », certaines fois « non » pour plusieurs raisons que je t’évoquerai en final.

L’obtention de cette permission (connue au moins 8 jours avant la date choisie, mais cela peut être près d’un mois avant) apporte une certaine euphorie (ou au contraire, pour celui qui ne l’a pas obtenue, une tristesse « vraie »…).
L’imagination étant plus fort que le réalisme, ce futur est magnifié, idéalisé… il se prépare psychologiquement à vivre quelque chose d’exceptionnel, il est déjà « dehors », il fait des « plans », il n’est plus parmi nous, et de nouveau, la nervosité et l’agressivité sont au rendez-vous…
Mais, ce que je peux t’affirmer, c’est que « le retour » se passe toujours mal.
En effet, outre les suspicions (d’usage) lors du retour et de la fouille, il y a l’obligation, pour certains (condamnés pour stupéfiants ou alcool), de passer par une analyse d’urine, pour rechercher la présence de produits illicites ou alcool…
L’arrivée, en unité, n’est jamais une joie et l’état dépressif, agressif et autre, se fait sentir. Même si les apparences sont maintenues, un minimum de perspicacité te permet de voir que celui qui revient, n’est plus celui qui est sorti quelques heures (jours) auparavant… Et cet état peut durer… très longtemps, trop longtemps.
Il me semble que ce passage de la vie familiale à la vie carcérale est d’autant plus pénible que le détenu se rend compte, une fois de plus, de l’absurdité de sa présence en prison, soit parce que sa délinquance aurait pu (du) être évitée, soit parce qu’il trouve sa détention bien disproportionnée…
Certes les apparences sont trompeuses.
Celui qui revient est questionné : « Alors, c’était bien »… ou toute autre question stupide.

Les réponses n’ont pas plus de valeur et, assurément, dans 90 % des cas ne reflètent pas la réalité, et les propos grivois sont fréquents… tu t’en doutes…
Pour moi, la première soirée, de retour en prison, doit être terrible, les images se mêlent, le réel, bien présent et le passé récent, festif, presque la vie normale…
J’imagine un peu que cela doit être comme une arrivée en prison…
Tout s’emmêle, ce que l’on avait prévu de faire et que l’on n’a pas fait, ce que l’on a fait et/ou dit et que nous n’aurions pas du faire et/ou dire. L’ambiance n’a pas été ce qui était prévu…
Et parfois, je me dis qu’il aurait mieux valu qu’il ne sorte pas en perm.
Pour moi, je pense que la perm est plus importante, plus utile pour la famille que pour le détenu… La famille, il me semble qu’elle attend « aussi » la permission, parce qu’elle pense que cela fera plaisir au détenu de se retrouver dans « ses » murs familiaux, auprès de ses amis, « libre » de circuler…
En fait, après ses longs mois d’éloignement du circuit, le détenu reçoit l’extérieur comme une « agression physique » (bruit, rapidité, contraintes, etc…). Tout l’agresse, même la présence des familiers.
En fait, c’est quelque chose que tout le monde souhaite, attend avec impatience, réclame à corps et à cri, mais le retour douloureux (conscient ou inconscient) du détenu me fait penser que son principe même est mal conçu.
Je n’ai pas de solution, mais il me semble que ses fonctions de « maintien des liens familiaux » et « réinsertion » ne sont pas remplies, loin s’en faut…

Moi-même, je n’ai pas bénéficié de cette « largesse »,… alors je ne peux que te décrire ce que je vois ou j’entends…
Si on devait trouver une alternative à l’octroi de permission, il me semble plus réaliste et préférable pour tous (détenu et famille) de favoriser les aménagements de peines qui permettent d’écourter le temps de détention… Là, il y aurait « progrès »… et « réinsertion »…
Il y a même des situations plus que bizarres. Certains détenus obtiennent, (en fin de peines), des permissions pour aller dans un foyer… (ils n’ont plus aucune attache familiale) et donc, en fait, ils vont se retrouver seuls et déambuler à travers la ville.
A Metz, j’ai connu un détenu dans cette situation qui en a profité pour commettre des cambriolages… !!! A méditer… !
Là, je t’ai présenté une version assez noire des relations dehors-dedans. Certes, elle existe et conditionne notre vie de tous les jours et c’est ce qui la rend « pénible »…
Je te dirai, cependant, que bon nombre de détenus voit, en la prison, un passage obligé (prévu, parfois) et que cela se passe, dirons-nous, bien. Nous attendons la sortie comme quelque chose qui arrivera « obligatoirement »… il faut donc être patient…

 
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