17.08.2007

Portrait : Jean Baptiste

Jean Baptiste

C’est sûrement le gars (la trentaine) le plus surprenant (en bien) que j’ai côtoyé…

Pourquoi est-il là ? J’ai bien eu du mal à l’apprendre, mais lui m’avait dit qu’il avait une très longue peine, en fait, plus de 10 ans, pour meurtre à la suite d’une bagarre dont j’ignore le pourquoi et le comment. Il a déjà fait 4 ans, il lui reste encore 7 ans à faire (sur le papier : 2011).

Je l’ai connu en formation. Pendant longtemps, bonjour, bonsoir, guère plus. Pour moi, il était une énigme : jamais un mot plus fort que l’autre, jamais une humeur ou une animosité pénibles, jamais une prise de parole, pour l’entendre, il fallait l’interroger, voire le supplier, et c’est ce que les formateurs lui reprochaient le plus, car ses résultats étaient moyens, légèrement faibles, et son silence n’arrangeait rien, car il ne manifestait pas ses difficultés…

Les circonstances ont fait que j’ai décidé de changer de place, en cours, et je me suis mis près de lui. C’est alors que nous avons commencé à sympathiser. Non, cela a commencé avant, car nous étions, en pratique, dans le même groupe et le hasard a fait que je me suis retrouvé à côté de lui et comme certaines préparations devaient être faites à deux, nous nous étions mis ensemble…
Donc, quand j’ai voulu et décidé de changer de place, je me suis, naturellement, mis près de lui, et nous avons pu « réviser » ensemble… et donc, nos relations, peu à peu, se sont amplifiées…

C’est alors qu’il a décidé de se dérider (à me parler) et que j’ai commencé à percer le mystère dans lequel il se mettait. En fait, je n’ai pas su plus de chose sur son affaire, d’ailleurs ce n’était pas dans mes préoccupations, par contre, j’ai compris son malaise intérieur et sa souffrance.
Il me parla de lui, de sa femme, de leur fille (3/4 ans) qui venaient le voir, chaque semaine, du bout de la Meurthe et Moselle (au prix de mille efforts physiques et financiers – sa femme travaillant, elle n’avait qu’un jour de congé et le passait sur la route…). D’ailleurs, lui, travaillait au Luxembourg, comme chauffeur routier, je crois.

Il m’a confié que son seul objectif et souhait était d’être transféré dans une prison plus proche des siens.

D’ailleurs, on lui avait promis et si, au CNO (Centre National d’Observation) de Fresnes où passent, obligatoirement, tous ceux qui sont condamnés à une peine supérieure à 10 ans, si « on » avait décidé de l’envoyer, ici, à Saint Mihiel, c’était pour suivre une formation de « pâtissier »… ! Mais il était prévu qu’il finirait sa peine, près chez lui…
Ce transfert le travaillait, lui obscurcissait ses journées (et nuits, sûrement), bref, ce qu’il craignait, par dessus tout, c’était de louper son CAP et que son transfert, tant désiré par lui et les siens, soit différé. Il a obtenu son CAP et attend… son transfert, prévu depuis mars…

Si je voulais vous parler de lui, c’est pour vous prouver, s’il en était nécessaire que, dans certains cas, la détention est tout à fait inutile. Certes, pour avoir eu une condamnation de plus de 10 ans, les circonstances et faits reprochés doivent être graves.
Mais la nature même de l’individu me fait penser qu’après jugement, ce type d’individus, par son attitude plus que correcte, presque invisible, méritait une deuxième chance et méritait une peine de substitution (type bracelet) moins contraignante pour sa famille et son avenir.

Mon propos n’est pas de réduire sa culpabilité, mais il a pour objet de vous démontrer que parfois, même s’ils sont rares, certains détenus n’ont pas leur place en prison…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, sera disponible à partir de Septembre 2007, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).


15.08.2007

Portrait : Joan

Joan

C’est un des plus jeunes détenus que j’ai connus (20 ans), avec déjà trois ans de détention derrière lui, et il en a encore 9, devant lui.
Il est là pour meurtre. D’origine brésilienne, de famille plus que désunie, quasiment à la rue, abandonné, il passa sa jeunesse (de 9 à 17 ans) en Guyane française. Il était sensé être pris en charge par la DAS et/ou sous tutelle, contrôle, pris en charge par une famille qui n’est pas la sienne, mais il appelle sa mère d’adoption : « Maman »…
Très jeune, ayant commis l’irréparable, lors d’un encaissement, faisant partie d’un clan de dealers, pas le meneur, mais c’est lui qui avait l’arme… il va passer toute sa jeunesse en prison.
Et, vous vous en doutez, et on peut le comprendre, cela ne se passe pas bien, il la supporte très mal, cette détention, plusieurs tentatives de suicide, de nombreux conflits (bagarres) avec des détenus et/ou des surveillants, souvent en état dépressif, parfois en pleine forme (à croire qu’il va sortir demain), donc très instable… On le serait à moins…

A cela, vous rajouterez l’inconnu du lendemain. N’ayant pas de papiers « français », il sera expulsé vers un pays qu’il ne connaît pas ou plus : le Brésil, alors que les seules attaches qui lui restent, sont sa famille naturelle (très peu, malgré qu’il soit de famille nombreuse – 7 enfants, je crois, dans les plus jeunes, de 2 ou 3 pères différents) et surtout sa famille d’adoption qui reste attachée à lui et avec qui il correspond… un peu…
J’ai beaucoup discuté avec lui, il a été un moment dans mon unité, pour le réconforter, mais trouver les « bons mots », c’est dur devant quelqu’un qui doit faire encore 6 ou 7 ans de prison (minimum) car son attitude de révolte lui a voulu quelques séjours au mitard, et donc, lui fera perdre des jours de RP et RPS (Remises de Peines et de Remises de Peines Supplémentaires).

Que penser de sa situation ?
Même s’il a des regrets, c’est du moins ce qui m’a semblé, je ne pense pas qu’il ait compris la gravité de son geste. Même s’il a été le dindon de la farce, c’est quand même lui qui va payer… et son avenir, il ne le prépare pas. Avec le temps, peut-être, il en aura conscience d’ici sa sortie, mais fera-t-il le nécessaire ?…

Que penser de sa présence parmi nous ?
Certes, il est mieux, ici, qu’en Centrale où il devrait être (peine de plus de 10 ans), mais là-bas, il serait le jeunot, avec des routards de la délinquance et du banditisme, et vu son jeune âge, il risquerait de subir des sévices physiques voire sexuelles (car cela reste une réalité, malgré les discours officiels).

Ici, il se retrouve avec des jeunes de son âge et même s’il en verra un bon nombre « sortir » alors que lui restera… c’est quand même une ambiance, pour lui, plus acceptable.
Je pense que son cas n’est pas unique, hélas, et je me demande s’il ne devrait pas y avoir des structures pour ce public « jeune et à longue peine » où ces jeunes pourraient se restructurer avec un projet professionnel et avec des activités spécifiques à leur âge.
Il me semble qu’ils ne sont pas (plus) dangereux, mais que si rien n’est fait pour les aider à redémarrer avec des chances de réinsertion réussie, le retour à la délinquance sera facile à mettre en place, n’oublions pas que le prison est et reste une école de la délinquance (la plus multiple)…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
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13.08.2007

Portrait : Mohamed

Mohamed

C’est un jeune gars de 20 ans avec qui j’étais en formation, français, mais d’origine marocaine, et fier de l’être. Il habitait un quartier « chaud » de Strasbourg.
Il était là pour stupéfiants… sans regret, sans véritable projet, ses seules préoccupations étaient de bien vivre ici, comme dehors.
A cet effet, il était bien soutenu par sa famille et proches (copine et amis)… et il dépensait, chaque semaine, en cantine, près du double de ce que je dépensais par mois. Donc 200/250 €/semaine, en produits essentiellement sucrés et viandes… qu’ils ne cuisinaient pas lui-même…
En effet, sa spécialité, et c’est pour cela que je veux vous parler de lui (et c’est ce qui m’inquiète pour son présent et avenir surtout), c’est qu’il ne sait pas faire quelque chose tout seul. Il lui faut toujours un ou deux acolytes, et en toutes circonstances, aussi bien en formation qu’en détention (et je pense « dehors »), je l’ai même vu remettre un devoir sur lequel son nom était mal orthographié, et bien sûr, pas de son écriture…

En pratique, il parlait beaucoup, s’agitait beaucoup et laissait faire les autres sauf pour certaines choses qui le motivaient (quelques temps) et certains jours, ce pouvait être même pour le nettoyage du labo (alors qu’a priori), il ne faisait pas le nettoyage dans sa propre cellule, un des ses boys s’en chargeait.

Vous l’avez compris, cette « dévotion » n’était pas gratuite. Il savait acheter son monde et je dirai même qu’il était « généreux ».
Ici, vous vous en doutez, il continuait son business, son trafic de cannabis, trafic florissant, jugez-en : il ne fumait que des Malboro (alors que 95 % des détenus fument des cigarettes roulées, à partir de tabac blond, de bas de gamme). De plus, il utilisait le téléphone avec abondance… et devinez… il ne cantinait jamais (il me l’a dit) ni tabac, ni carte téléphonique… !!!

Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles, j’ai choisi son cas (qui n’est pas unique).
Comment se fait-il que cette absence d’achat ne soit pas remarquée ? Est-ce de la complaisance, est-ce de l’inconscience ?

De plus, comme il n’était pas idiot… eh bien… à ma connaissance, lors de fouilles (au sortir du parloir) ou lors de fouilles « surprises » (corporelles ou de cellule), il ne s’est jamais fait prendre en possession de cannabis et pourtant, n’en doutons pas, il en passait entre ses mains… !
A part ce côté négatif, c’est un gars sympa, d’un abord facile, comme je l’ai dit « au grand cœur » même s’il savait rappeler le service rendu. Je pense être un des rares à lui avoir toujours tenu tête… Il est vrai que je ne lui ai jamais rien dû.

Pour vous parler de sa vie privée, il avait une copine (au demeurant mignonne, je l’ai vue au parloir), c’était le grand amour et j’ai été lecteur de leurs lettres… quelle pauvreté… pas d’originalité… que des banalités… Je ne sais plus en quelle occasion, je lui ai même fait un ou des brouillons et un acrostiche avec leurs prénoms…
Ce qui était assez surprenant (choquant), c’était le différence manifeste entre l’attitude qu’il avait avec sa copine et la vision (en paroles) qu’il donnait de la femme… Je n’en doute pas, il devait, malgré son jeune âge, avoir une certaine expérience, en matière sexuelle, mais ses propos étaient surprenants et ils laissaient transparaître l’influence des médias, du cinéma et de la TV… ! des clichés qu’il faisait siens, alors que, je pense, il n’en était rien… il vaut mieux que cela…

Pour vous situer encore le personnage qui représente, pour moi, l’image que je me fais du jeune d’aujourd’hui, plein d’insouciance, d’irresponsabilité et à qui il manque un minimum de réalisme et de savoir-vivre (et bien sûr de sens de son rôle social), je vous dirai qu’il faisait partie des plus perturbateurs dans nos cours (d’ailleurs, il n’a pas fini la formation pour cette raison…).
Il avait, néanmoins, fait de réels progrès aussi bien dans son attitude qu’en savoir. Mais son côté « perturbateur » en détention lui a été fatal… Bref, c’était le gars qui, en plein cours, en plein exposé d’un formateur, voulait poser une question, tout de suite, sur un sujet ayant aucun rapport avec ce qui se disait alors. Ou, il avait une envie (comme celle de lire un texte) et il fallait qu’il soit choisi ou il faisait la gueule…
Je ne connais pas sa famille, mais a priori, il devait être d’une famille, au dessus de la moyenne, sans problème particulier, qui devait « déplorer », impuissante, la dérive de leur fils…

Bien que souvent désinvolte, il était, à mon égard et à l’égard de ses aînés, correct, poli, pour ne pas dire respectueux. Son éducation n’a pas du être mauvaise, malgré sa dérive et sa délinquance.
Je ne le sens pas meneur, mais il ne devait pas être le dernier lorsqu’il fallait faire un mauvais coup…
Des Mohamed, nous en avons un bon nombre, ici, qui sont là, pour 2-3 ans… et qui compte bien y revenir… s’ils ne peuvent pas l’éviter…
Pour eux, ce n’est pas eux qui doivent changer, c’est les autres, la société, en général…

Et avec l’argent facile de leur trafic, il est difficilement pensable qu’ils vont renoncer à leur train de vie. Et même si le cannabis était « en vente libre »… je pense qu’il risquerait de passer au cran du dessus (comme vendeur)…
Comme je l’ai déjà dit, en d’autres lignes, je ne sais ce qu’il faut faire… je crains fort que ce soit une génération de perdue… Mais il faudrait préserver la suivante et les plus jeunes, pendant qu’il est encore temps…

Nota : Me suis-je trompé sur le personnage ? Je ne sais, mais j’ai appris, de sources sûres, depuis la rédaction de ce texte que Mohamed, en fait n’était pas là, pour trafic de stupéfiantes, mais parce qu’il était le meneur d’une « tournante », donc pour délit sexuel… Cela me surprend, mais à la réflexion, c’est dans les choses possibles… Si c’est vrai, cela démontre, une fois de plus, la difficulté de cerner quelqu’un et la facilité qu’a un individu de cacher la (sa) vérité…
Au demeurant, mon texte reste valable, car il dépeint une certaine catégorie de détenus, bien dans leur peau… en prison… des caïds…

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10.08.2007

Portraits : Jean et Jérome

PORTRAITSQuelques cas personnalisés
qui, souvent, pourraient être généralisés…



Jean et Jérôme

Voilà encore deux cas qui méritent quelques minutes de mon temps (libre)… Ils sont âgés autour de 25 ans…
Ils se connaissaient dehors, étant du même quartier, mais ne faisaient pas partie du même clan… ils étaient même plutôt des rivaux.
En effet, leur activité favorite (d’ailleurs, la seule) était le vol, le petit braquage, bref de la combine au quotidien…
Ils ne sont pas arrivés, ici, donc par hasard, dirons-nous plutôt par obligation et le cumul de petites peines leur vaut plusieurs années, pour l’un 4, pour l’autre 7… !

Ce, en quoi, ils me surprennent, c’est leur désinvolture et leur sincère non-regret de leur activité… ils me semblent qu’ils sont même prêts à recommencer.
Mais, vous savez ce que j’en pense, il n’y a pas de fatalité.
Ils font partie de ceux qui n’ont pas de réelles familles ou pour le moins l’exemple qu’ils y avaient, étaient la délinquance et la prison.
Jean a un père et un frère en prison, Je crois que le frère est « sorti »… et ce que lui reproche Jean, c’est l’indifférence et son silence. Il m’a dit… : « Mais moi, je lui ai écrit, il m’a même pas répondu et pourtant, je lui avais mis un timbre ».

Donc un pur fruit de la rue, d’une cité surpeuplée où la règle est la délinquance… aucune possibilité d’y échapper… pas de structures, pas d’aide.
Je connais moins Jérôme, mais il m’a dit qu’il avait aussi un frère en prison… ! Je vais vous faire part de sa réaction lorsqu’il a compris que « la prison » devenait inévitable…

Devinez… il s’est engagé à la « Légion Etrangère ». Il est vrai qu’il a un physique de sportif, sans l’être trop, et s’il n’y est resté que quelques mois, je ne pense pas que ce soit en raison de problème physique… mais la discipline lui a semblé, pire que l’éventualité de la prison, et donc, il quitta la Légion et s’est donc « naturellement » retrouvé en prison.

Ce en quoi, ils me surprennent, c’est la légèreté et la fanfaronnerie qui leur sont propres et qu’ils utilisent pour parler de leur exploit…
Et en plus, je ne pense pas qu’il y ait trop d’exagération.
A la limite, ils se donnaient des tuyaux, des conseils, de nouvelles techniques et/ou idées. C’était un véritable échange.
Au demeurant, au niveau humain, et ici, ils sont tout à fait « normaux », voire sympathiques, pas d’agressivité, une certaine politesse. Pour modérer ce propos, je viens d’apprendre qu’il semblerait que Jean pratique sur d’autres un peu de racket… Je n’en ai pas la certitude… mais, à la limite, c’est une des attitudes que je lui vois bien faire… ici…
Ce qui est surprenant, c’est leur dérapage et ce qui les a fait dérapé. Avaient-ils le choix ? Je n’en suis pas sûr… le mauvais exemple et l’environnement favorable étaient là…
Ils avaient conscience de payer leur dette à la société, mais ils regrettaient d’être là pour « si peu de choses »… et leur révolte contre les vrais délinquants, pour eux, les pointeurs (violeurs) est grande.

Un autre regret, ils le trouvaient dans les informations TV et les grands procès ou plutôt les affaires d’hommes politiques ou d’affaires qui ne sont mis plein de fric, dans les poches.
Eux n’ont pas d’arrière. Leur business leur permettait de vivre, peut-être de bien vivre… Mais aujourd’hui, pour eux, c’est galère, pas d’aide extérieure, pas de rentrée d’argent… et donc une « agressivité » naissante contre une situation et un système qui sait punir, mais qui ne sait pas « occuper » ses prisonniers…

Impression réaliste que je partage.

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08.08.2007

La réinsertion... Une nécessité ou Un mythe...

La réinsertion :

Pour la quasi totalité des délinquants, y compris moi, je pense que la détention était nécessaire… Pour le moins, elle permet de prendre un certain recul sur les faits et nos circonstances de vie.
Il est vrai que parfois, elle pourrait être évité et ils existent des moyens bien plus contraignants que la prison, qui peuvent passer par l’obligation de « travailler », de « changer de région », de « suivre une thérapie », « d’accepter de changer tout simplement ».

La prison a la faculté de mettre à l’écart les délinquants.
La prison est aussi une bonne école de la délinquance.
Celui qui veut « acquérir » des techniques de délinquance, des méthodes d’acquisition de l’argent facile, des adresses, des conseils, etc… tout cela, il le trouve « gratuitement » en prison.
Moi-même, j’ai été, à plusieurs reprises, sollicité. Le seul « regret » de certains, c’est d'être en prison, pour « si peu de choses », alors que d’autres, pour quelques mois de plus, ont tiré profit de leur délinquance, beaucoup plus qu’eux.
Et l’adage qui dit que la prison est « l’école du crime » ou « de la délinquance » reste une réalité, bien concrète…

Et pour éviter cette promiscuité « pernicieuse » ; il n’y a pas 36 solutions, je n’en vois que deux :

- soit, il faut « parquer » les délinquants, selon leur délit (les stupéfiants avec les stupéfiants, les voleurs avec les voleurs, les violeurs avec les violeurs, etc…) ce qui implique des Maisons d’arrêt à casiers, sans communication entre ces casiers, puisque c’est lorsque tu es en préventive (donc non condamné) que tu es le plus en relation avec des gens qui t’étaient inconnus, avec des délits qui t’étaient inconnus, parfois bien tentant…
Ce clivage n’est pas d’actualité, dans les faits, puisque l’on vit une surpopulation carcérale qui oblige les meilleures volontés à ne pas respecter un minimum de précaution…

- soit, il faut « réduire », le temps de détention à son minimum, et nous avons vu que dans de nombreux cas, c’était tout à fait possible, souhaitable pour ne pas dire nécessaire : ce qui aurait un avantage certain, cela permettrait d’appliquer la politique « quasi indispensable » de Sarkozy, le « 100 % répression »… on saurait où les mettre. Les places se libéreraient rapidement, et, se rempliraient rapidement. La construction de nouvelles prisons serait tout à fait inutile, seule la rénovation (ou le remplacement) des prisons-poubelles s’imposerait, ce serait quand même moins coûteux, en argent et en personnel.
Mais, pour que cette réduction du temps de prison ne soit pas un retour à la case « départ », il faut, et là, c’est une obligation que tous les délinquants soient « libérés » ou « maintenus en liberté » (pour ceux qui n’ont pas encore connu la prison) dans le cadre d’une « libération conditionnelle », c’est à dire avec une épée de Damoclès sur le tête, et avec l’obligation d’être suivi et encadré.
Pas de la façon dont c’est fait actuellement, c’est à dire un simple contrôle administratif de présence et d’occupation (souvent le résultat de faux en écriture… = nouveau délit), mais un véritable suivi sur le tas, un « suiveur » pour 10 ou 15 gars, un suivi quotidien quand c’est nécessaire, et en tout cas au départ, un suivi mais aussi une aide, un soutien de chaque instant.

C’est une nouvelle profession à inventer, entre le psychologue et le travailleur social, entre le « grand frère » et « le chef de clan », entre le père de famille et l’ami.
Bref, quelque chose d’atypique, qui doit être capable d’évoluer, au jour le jour, qui doit rendre des comptes, qui doit être là, chaque fois que nécessaire, et en tout cas, qui doit répondre à « tout appel » que celui-ci soit visible ou qu’il soit invisible.
Vous allez me dire que cela va coûter de l’argent, oui, mais pas plus que la prison…
Rappel : un détenu coûte entre 90 et 120 €/jour, ce qui nous donne pour 15 gars « suivis » un crédit journalier de minimum 1.000 €… Imaginez ce que l’on peut faire en matière de réinsertion avec 1.000 €/jour.

De plus, ces « anciens détenus » vont entrer « obligatoirement » sur le marché du travail « légal », donc ils vont générer des cotisations sociales, de l’impôt. Je ne peux pas dire qu’ils vont faire marcher l’économie, car cela, avec de l’argent « sale », ils le faisaient déjà très bien avant…
Il me semble qu’à l’intérieur des prisons, tous les partenaires reconnaissent que le présent système est tout à fait inefficace pour enrayer la recrudescence de la délinquance et la récidive, sous une forme ou une autre.
Les détenus ne sont pas satisfaits, du peu d’aide qui leur est donné afin qu’il leur soit possible de sortir de la spirale dans laquelle ils sont engagés…
L’administration est quasi dans l’impossibilité matérielle de faire respecter « l’ordre » et « la loi », en dedans de ses murs… c’est un comble.

Au risque de choquer quelques uns, je vous le répète, pour quelqu’un un peu philosophe et/ou opportuniste, dans les conditions matérielles actuelles de certaines prisons, la vie y est plus « agréable » que pour certains de nos co-citoyens… dehors.
Il est vrai que parfois (et encore souvent) la vie matérielle en milieu carcéral est encore au Moyen-Age où aucune règle d’hygiène et de sécurité n’existe… ou presque.
Pour en finir, je vous dirai, sans être prophète, que si rien n’est fait, dans un sens allant à favoriser la réinsertion avant la répression, la France va au casse-pipe…
On n’arrête pas la délinquance en la muselant « ponctuellement », on arrête la délinquance en mettant tout en œuvre pour l’empêcher, pour l’éviter, pour la « soigner » dès les premiers éternuements.
Courage, les beaux parleurs, et les politiques, vous avez du boulot sur la planche, sur le tas, pas dans vos ministères et bureaux luxueux…
Ouvrez les yeux, essayez de comprendre et « agissez », avant qu’il ne soit trop tard.

A bon entendeur, salut !
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

18.07.2007

Le délinquant - Les stups

Le « délinquant »

Je vais essayer de vous présenter le pourquoi du comment. Il n’y a pas de fatalité…

Curieux de nature, lorsque j’entre dans « l’intimité » de quelqu’un, j’essaie de savoir d’où il vient, et essaie de lui trouver « des excuses ».
Il est vrai qu’il existe une certaine similitude entre la situation sociale du délinquant, en rapport avec son délit.
J’avoue que, spontanément, et aussi en raison du rôle social (involontaire) que j’ai eu en qualité d’écrivain, j’ai eu connaissance d’un certain nombre de situations.
Mes sources sont multiples, mais la plus fiable est le dossier pénal (avis à partie ou jugement), la principale est les dires de l’intéressé, mais aussi, le « on dit que »…
Je vais schématiser, mais je pense que je ne peux pas faire autrement, et pour « simplifier »…, je vais tenter d’expliquer que certains délits sont liés à certaines situations sociales.
Commençons par le plus simple.

« Les stupéfiants » ou « le négoce de mort » :

Il y a plusieurs types de délinquants dans le domaine des stupéfiants, mais l’objectif du délinquant est avant tout : le gain facile de sommes importantes, rapidement. Pour le « passeur » : c’est simple, il s’agit d’une rémunération d’un risque calculé (ou non). Pour le dealer (celui qui vend) : un moyen de vivre « facile », souvent, il revend une partie de ses achats pour payer sa propre consommation.
J’ai rencontré plusieurs (beaucoup) de passeurs et de dealers qui n’étaient pas « consommateurs ».
Le lien avec le milieu social est difficile à faire, il y a de tout, et pas de fatalité… En fait, pas de lien avec le milieu social. Il est vrai qu’en général, au départ, il y a désoeuvrement, le manque d’occupation et de travail, la mainmise des autres… Le rôle de la famille est souvent bizarre. Certains avouent avoir agi, en le cachant à leur famille… Je trouve les familles « un peu légères », puisque le train de vie du délinquant (voiture, habits neufs et de marque) ne les aurait pas « surpris »…
Certains agissent en milieu familial. Ici et ailleurs, on retrouve des fratries – 3 ou 4 de la même famille ou cousins. Tout le monde est au courant et en profite. C’est une activité familiale et, en fait, ils sont, à ce jour, soutenus par leur famille et réseau… et ici, il ne leur manque rien.
Une anecdote : à la lecture d’un dossier, je constate qu’une femme était impliquée dans le trafic, sa date de naissance était très proche de la mienne. Je dis au gars : « C’est drôle, ta mère a le même âge que moi », sa réponse : « Mais ce n’est pas ma mère, c’est ma grand’mère »… Du coup, j’ai pris un coup de vieux… Ceci vous prouve bien que « l’union familiale » existe…
Si certains prétendent qu’ils ne recommenceront plus… je suis très sceptique… car, ici, ils continuent leur trafic… Beaucoup pensent et souhaitent « recommencer » jusqu’à un certain âge : 30-40 ans et se faire un magot et en vivre. Ce dont je doute, car, à les entendre, le fruit de leur business est quasi utilisé, sur le champ, en dépenses journalières : voiture, restau, vêtements, entourage. Ils ne sont pas économes, encore moins fourmis…
Nouvelle digression : parmi les plus jeunes qui sont ici, et encore plus à Metz, dans les jeunes mineurs… il y a beaucoup de dealers… en fait, ils sont utilisés par des adultes… car « souvent »… les plus jeunes ne sont pas mis en prison, et s’ils sont là, c’est en raison de la « répétition » des délits et des arrestations. A mon avis, dans les – de 20 ans : 80 % sont là pour stupéfiants pour cette seule raison. Et puis, une fois commencée… on continue…
Pour la majorité, on ne peut pas dire que l’origine de leur délinquance trouve leurs origines dans leur « source familiale »…
Je suis donc « hors sujet », mais comme ils sont nombreux « en prison », je ne pouvais les passer sous silence.
Espoir de réinsertion : nul. Et je ne pense pas être sévère. En effet, même si une bonne volonté est affichée… ici…, une fois dehors, elle disparaît et en 30 mois, j’ai entendu plusieurs fois qu’un tel était « retombé » après 3 ou 4 mois de « liberté »… Ils sont, ici, demandeurs d’aucune formation, d’aucun travail, et à la sortie, ils ne peuvent que retourner dans leur milieu « naturel ».
La seule solution serait : la libération conditionnelle avec l’obligation de travailler « normalement » et d’en vivre, avec un suivi et une surveillance « efficaces »… mais ce n’est pas dans l’air du temps, puisque l’on préfère la répression… !

A la relecture, je m’aperçois que je ne vous ai pas expliqué pourquoi, j’avais écrit à côté de « les stupéfiants » : « le négoce de mort ».
Vous l’avez compris, cette expression, je l’ai retrouvé dans plusieurs dossiers pénaux, dans la bouche de juges, et cela se comprend.
Quand vous le faites remarquer aux intéressés, ceux-ci vous répondent, à juste titre à leurs yeux, qu’ils ne sont pas des meurtriers et qu’ils ne répondent qu’à une demande, ce en quoi, le terme de « négoce » se justifie…
J’avoue que cette catégorie de détenus n’est « particulièrement » sympathique, non pas en raison de leur délinquance, mais parce que, pour moi, ils reflètent bien la carence de nos systèmes éducatifs et judiciaires.
En effet, au départ, ils sont rejetés par un système qui ne les a pas compris. Etant brouillé avec l’école et sans formation initiale, ce n’est pas, en prison, que cela va changer. En fait, ils ne connaissent pas la contrainte, et toute contrainte leur est « insupportable »… et le proverbe « Aide-toi, le ciel t’aidera » n’a pas de sens pour eux.
A un moment donné, il leur a été fait une proposition alléchante… ils l’ont acceptée… et la suite vous la connaissait. Ici, en Centre de détention, ils sont très nombreux, pour un ou deux ans, et souvent très jeunes (- de 25 ans). Et je me dis que c’est du gâchis… Mais je ne sais comment on peut les aider à s’en sortir si telle était leur volonté… ce dont je ne suis pas sûr du tout… De toute façon, cela ne pourrait se faire sans contrainte et qu’avec un suivi…
C’est ce que je pense… et c’est, hélas, pas pour demain…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


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16.07.2007

Ecrivain = confident

Les différents types de détenus…

Ecrivain = confident ( ?)

En prenant mes fonctions d'écrivain, je changeais de secteur et surtout de public, de fréquentation et ce rôle d'écrivain m'a fait "fréquenter" par obligation, un public des plus divers et des personnages vraiment exceptionnels et typiques.

Avant de passer à ceux-ci, je voudrais vous parler encore de ceux avec qui j’ai vécus. Il est vrai qu’en devenant « écrivain », je devais bénéficier de certains avantages dont le principal, à mes yeux, était de bénéficier d’une cellule où j’y serai « seul ». Cet avantage, nous l’avons perdu… (cf. surpeuplement), et j’ai donc séjourné quelque temps avec un autre détenu, par deux fois. Ensuite j’ai quitté la Maison d’arrêt, sans regret… et dans ce sans regret, il faut y trouver les conditions matérielles de logement… Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Comme « écrivain », par obligation, je suis souvent rentrer dans la vie intime de mes co-détenus…
Il est vrai que le plus dur est de comprendre et de faire le tri entre ce qui paraît, ce qui se dit et ce qui est la réalité.
La prison est un lieu où le mensonge est "roi".
Pour chacun, c'est un passage, plus ou moins long, avec parfois un ou des retours, et donc, de l'extérieur, de sa vie à l'extérieur, on n'en connaît que ce qui t'est dit. Et une fois qu'il est sorti, tu n'entends plus parler de lui, et cela ton interlocuteur le sait et souvent, il en use...
Au départ et par force, souvent, il me fallait connaître un peu mieux mes "clients" et "leur affaire". Sur eux-mêmes et leur extérieur (famille, passé), j'ai toujours pris ce qu'ils me disaient.
Après avoir été "pris" et avoir "écrit" des informations "fausses", à propos de "leur affaire", j'ai toujours essayé (et obtenu) de voir "un document" qui me permettait de rédiger "sans erreur" et c'est là que je me suis rendu compte que la façade était bien différente de l'intérieur.
Le plus surprenant est la faculté qu'a un individu de se contredire lui-même et cela sans honte, sans hésitation, sans regret, en fait en ne s'en rendant pas compte. Discrétion oblige, je ne le faisais pas remarquer, mais je n'acceptais plus de rédiger n'importe quoi... même si, en fait, je n'étais pas très concerné.

Voilà pour le cadre général... On se trouve, là, plus qu'en tout autre endroit, dans un monde plein de mystères, de mensonges, tout à fait irréel... où le paraître n'a rien à voir avec le réel.
Il est sûr qu'il ne faut pas généraliser, mais ceux qui avaient le plus besoin de soutien et d'aide, étaient souvent les plus mystérieux.

Cette fonction m’a appris beaucoup… sur l’être humain et ses mystères…

Je me suis « amusé » à les « classer »…

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13.07.2007

Hervé - Maurice

Quelques rencontres imposées : Hervé - Maurice

Encore un cas, mais cette fois sympathique, c’est Hervé, un vieux de 70 ans, un ancien garçon de café, en retraite,…accusé et condamné pour attouchements sexuels sur sa petite fille. Il prétend que non… Mais il a été condamné et accepte cette condamnation. Il était peu bavard, mais il voyait son avenir, avec son épouse qui venait le voir, une fois par semaine depuis de nombreux mois, années… et surtout loin de tout ce qui était… « jeune ». Il était brouillé avec tout le reste de sa famille et n’espérait pas d’amélioration. En fait, il était résigné, ne demandait rien à personne, souhaitait qu’on le laisse en paix…
Il avait une passion ou une occupation, peut-être l’avait-il démarrée en prison, celle de créer des mots croisés. Il en faisait du matin jusqu’au soir, sa seule sortie était la promenade, entre midi. N’étant pas adepte de ce sport cérébral, je ne pouvais qu’admirer sa ténacité. Chaque semaine, il envoyait sa production à son épouse qui s’efforçait de les résoudre. Sa seule ambition était de passer son temps et de réaliser cet échange avec son épouse.
En vous parlant de lui, je vais vous donner un exemple de ce que l’on peut parfois faire, avec un rien, pour combler un autre détenu. Je savais qu’il avait comme seul outil de travail : un dictionnaire. Lorsque j’ai été à la bibliothèque du grand quartier, j’y ai trouvé un dictionnaire/répertoire de mots en 2, 3, 4, 5 et plus lettres… J’en ignorais l’usage lorsque, au bout d’une année, j’ai eu un flash et je me suis dit que ce devait être bien utile pour les cruciverbistes… Je ne m’étais pas trompé et je lui ai « offert » (au nom de la collectivité ignorante et qui n’en avait nul usage). Je crois que je ne pouvais pas lui faire plus plaisir, il m’a semblé qu’il en ignorait également l’existence, ce qui me confirmait son goût nouveau (et en prison) pour les mots croisés… A ce jour, comme il doit être encore en prison, il doit encore me remercier, chaque matin…

Je ne peux pas quitter le JA, sans vous parler de Maurice. En fait, je ne l'ai connu qu'après mon départ du JA. A priori, je n'avais aucune raison d'y revenir. Mais en pratique, certains dimanches, sous prétexte d'aller y prendre des informations ou documents pour ma fonction d'écrivain, j'y suis retourné jouer aux cartes avec les anciens et c'est là que je l'ai connu. Puis par la suite, j'y suis revenu, toujours les dimanches après-midis, pour discuter avec lui et "revoir" mon dossier, mon affaire et la sienne. Il m'était agréable de dialoguer avec lui, car il avait de la conversation et on pouvait parler de tout et de rien, de l'actualité, de nos problèmes réciproques, "avec intelligence et intérêt", ce qui est un fait assez rare pour être "noté".

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11.07.2007

David - Ali

Quelques rencontres imposées : David - Ali

Donc, au JA, j’ai encore côtoyé, David, un intello, Bac + 5, un procédurier, copain ou amant d’une étudiante en droit… bref, la grosse tête, il était dans l’informatique, il a fait un procès à son employeur, aux flics qui sont venus l’arrêter, etc… Bref, vraiment le casse-pieds pour la justice et l’administration, jamais content, toujours à demander quelque chose, à râler parce que le journal qu’il cantinait, était lu, souvent par les surveillants avant lui. Pour se distraire (ou …) il s’était inscrit à des cours de… à Grenoble.
Avant le moment où je l’ai connu, il avait, déjà, été libéré en provisoire, et il est revenu après jugement + appel + … Bref, c’était un féru du Code pénal et du CPP…, prêt à donner des conseils, j’ai beaucoup appris avec lui, parce que, autant il était casse-pieds pour l’administration, autant il était sympa et prêt à rendre service à un autre détenu. Il y en a qu’un qu’il ne pouvait pas voir, mais nous en reparlerons.
Il avait vraiment le cœur sur la main et même, il était prêt à aider « financièrement », celui qui n’avait rien, en cantinant pour lui. Chaque semaine, il faisait la distribution de croissants... Lorsque nous jouions au tarot, il apportait toujours café et Choco BN. Plusieurs fois, j'ai voulu le "devancer", non, c'était lui... et il le faisait de bon coeur, sans arrière pensée.
Par la suite, pour je ne sais quelle raison, mais peut-être qu'il n'y en avait aucune..., il a été "sorti" du JA, pour être mis sur notre étage, donc je le voyais souvent à la bibliothèque, il n'avait pas changé, sauf que là, au grand quartier, il n'était pas question de tarot et de croissants, mais il était toujours aussi aimable et prévenant avec ceux qu'ils connaissaient et ses voisins. Toujours aussi casse-pieds pour l'administration.
Je ne sais par quel mystère, il a réussi à obtenir, en un temps record, une "libération conditionnelle" pour suivre ses études à Grenoble... Je pense qu'en fait, l'administration était contente de s'en débarrasser. Certes, il était "chicaneur", mais en fait, il était toujours "dans son droit", pour tout dire, il avait comme réflexe et obsession de mettre l'accent sur tous les dysfonctionnements (et ils sont nombreux) qu'il subissait ou dont il avait connaissance.
Il est vrai qu'être avec lui, en cellule, je crois que je ne l'aurai pas supporté, car il était un peu "m'as-tu vu" et employait le "je" et nous n'avions qu'à écouter.
J'ai oublié de vous dire qu'il était là aussi pour une affaire de moeurs consentis (à ses dires) ou non, je ne sais.

Un autre personnage du JA, c'est Ali. Un pauvre type, SDF ou presque, pas de famille, pas de métier, niveau CP, tout à fait inculte. Il était impliqué dans un meurtre d'un gamin de 12 ans qui a effrayé les journaux, en son temps.
Bref, il avait pris perpette, donc à vie, donc 30 ans maxi... Il avait autour de 35 ans... vous voyez l'avenir. Et autant David était ouvert à tous, autant Ali ramenait tout à lui, et était très égocentrique, à l'excès... je pense même qu'il ne s'en rendait pas compte, mais à force de faire, il énervait tout le monde... et avec le temps, plus personne, sauf J.B., ne lui parlait, pour beaucoup dont moi, la conversation se limitait à "Bonjour"... mais David, je ne sais pour quelle pécatille, tout à coup, l'a rejeté. Mais il avait l'art de se faire détester...

Quand "ils" ont commencé à vider le JA pour faire de la place pour les jeunes, il a été mis au grand quartier et je l'ai retrouvé et le voyais en promenade "protégé". Il s'était un peu calmé... mais j'ai cru comprendre qu'il avait reçu quelques coups et que cela l'avait calmé et que, maintenant, il ne se mêlait plus de ce qui ne le regardait pas... mais il a encore 25 ans à faire !
Il est vrai que si nous l'avons rejeté, cela me revient, nous en avions eu une bonne raison, pour cela, et je vais vous l'expliquer, pour vous faire comprendre comment, en milieu carcéral, tout peut changer, du jour au lendemain, et ce, pour peu de choses.
Donc, au JA, notre petit groupe de "vieux" avait quelques privilèges, dont le principal était, et ce n'était pas le moindre, de pouvoir utiliser la salle de détente, matin et après-midi, tous les jours, une grande salle pour nous dix, en fait 5 ou 6, car les autres ne sortaient pas de leur cellule. Donc, dans cette salle spacieuse, avec moquette, chauffeuses, petites tables, on pouvait y aller pour lire (le journal ou autre) et/ou pour jouer aux cartes, ou pour simplement discuter. Les 3-4 qui travaillaient "en cellule" s'étaient faits un coin pour travailler, ensemble, en musique, c'était plus sympa et convivial. Il m'est même arrivé d'aller les aider "bénévolement"...
Or, il s'est trouvé qu'Ali a eu à supporter les affronts de jeunes adultes (cousins de sa victime), il a même pris des coups, en cette occasion, il me semble.
Bref, cela a fait une histoire pas possible, et après cela, on pouvait aller dans cette salle mais pour notre sécurité ou plutôt pour celle d'Ali, la porte a été fermée par le surveillant et il fallait respecter les horaires et "devoir" aller au WC, était tout un problème... Et cet imbécile, je ne trouve pas d'autre mot, mais je crois qu'il faut le prendre au sens propre "faible d'esprit", cet imbécile d'Ali a continué et cela, malgré nos demandes et supplications, à narguer ses protagonistes (bourreaux), bien protégé, par la porte fermée, et les barreaux de la salle...
Bien sûr, notre "privilège" s'est su. Eux n'avaient qu'une salle "pourrie", plus petite que la nôtre avec une table de ping-pong... bref... ils se sont plaints (à mon avis, à juste titre). On ne pouvait pas leur donner tort. Résultat : salle réservée au travail, à la détente des vieux, les samedi après-midi et dimanche matin et après-midi, moquette retirée, chauffeuses retirées, radiateur mobile retiré, donc une salle bien banale, de surcroît froide (c'était l'hiver), même trop froide pour jouer aux cartes ou presque... On (David, surtout) avait essayer de négocier, et je pense que nous aurions pu obtenir satisfaction, à condition qu'Ali "accepte" de n'y plus paraître. Il n'a jamais voulu entendre raison. C'était son droit, au même titre que nous, c'est vrai... mais, il nous a fait bien "souffrir" et c'est une des raisons pour lesquelles, j'ai quitté le JA sans regret car les "avantages" d'y être, n'étaient plus ceux que j'avais connus, l'ambiance non plus. A cause de lui, chacun était replié dans son coin (sa cellule) et le seul moment où nous nous retrouvions, était la promenade. Et là, Ali marchait avec J.B., complaisant et compatissant, nous autres, en représailles, nous le tenions à l'écart...

Il y aurait peut-être encore d'autres choses à dire sur les détenus du JA, mais cela risquerait d'être lassant. Je vous ai "dépeint" ceux qui m'ont été les plus proches et les plus typiques...!

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09.07.2007

Hubert - Jacques - J.B.

Quelques rencontres imposées : Hubert – Jacques – J.B.

Autre co-détenu, Hubert, plus jeune, moins de quarante ans, 36 si je me souviens bien, beaucoup plus intéressant au niveau humain. Il m’a bien accueilli et c’est lui qui m’a initié sur Jacques, pour éviter les conflits, et sur les habitudes de la cellule. Ils étaient, ensemble, depuis plus de six mois, tous les deux, sans un troisième, donc ma venue n’était pas désirée.
Hubert était là aussi pour agressions sexuelles et avait du prendre 7 ans, il en avait déjà fait 2 et attendait son transfert. Il avait un frère « surveillant » dans un centre de détention. Son ancienne profession était « éducateur » ou, en tout cas, il travaillait dans un centre où étaient accueillies des jeunes filles… d’où le délit. Lui ne niait pas une partie des faits mais prétendait qu’ils avaient été amplifiés par ses collègues de travail… va savoir…
Bref, pour moi, ce fut un compagnon d’infortune. J’avais plaisir à discuter avec lui, lorsque Jacques n’était pas là, car lorsque Jacques était là, il était le maître et pour éviter tout conflit, les échanges verbaux se limitaient aux banalités de la vie quotidienne de la cellule, de l’étage, de la maison d’arrêt… mais Jacques était souvent « absent » puisqu’il avait des permanences à tenir à la bibliothèque, même si ces »clients » étaient rares (rappel : JA = 18/21 ans, délinquants souvent en échec scolaire, donc la lecture…)
Avec Hubert, je m’entendais bien et nous nous entendions bien. Il était d’un abord facile et dès mon arrivée, il m’a mis à l’aise en me prodiguant conseils et aides. Lui, il travaillait, donc il quittait la cellule pour aller dans une salle (à côté de notre cellule qui nous servait aussi de salle d’activité-détente pour les week-ends et les jours sans travail – c'est-à-dire souvent) où avec quelques autres (vieux), il travaillait – en fait, ils faisaient des espèces de flots avec du ruban attaché par un morceau de scotch…il m’est arrivé d’aller les aider (mais nous en reparlerons), mais ce n’était pas vraiment passionnant et je préférais, de beaucoup, lire et écrire, pendant les longues heures où j’étais seul : Hubert au travail ( !) et Jacques à la bibliothèque.
Quand il nous a quitté, après plusieurs mois de cohabitation, j’étais un peu triste… surtout que je me retrouvais seul avec Jacques… ce qui m’était pas pour me remonter le moral. Mais cela ne dura pas longtemps. Lorsqu’ Hubert quitta Metz, il me laissa plusieurs de ses affaires (de confort, bricoles et autres) dont j’ai encore certaines. Il était très concret et bricoleur, astucieux et grâce à lui, notre cellule était pas mal aménagée et rendue plus pratique, rationnelle.
Il est donc en centre de détention, et je corresponds un peu avec lui… Il faut reconnaître que cet échange, c’est beaucoup de banalités, mais cela a l’air de lui faire plaisir, alors…
J.B. remplaça Hubert. Son prénom est Jacques, mais comme on avait déjà un Jacques, et comme il nous avait dit qu’il aimait bien le JB (whisky). D’ailleurs, c’était ses initiales. Lui, par contre, était bien plus âgé que nous, puisqu’il avait 72 ans. Je lui ai donc laissé mon lit (en effet, au départ d’Hubert, j’avais pris son lit (au Rdc du 2ième lit superposé) et j’ai repris ma place au dessus de Jacques… ce qui ne lui a pas trop plu, mais au dessus de J.B., j’aurais été en plein courant d’air et de plus, la vision couchée de la TV n’était pas bonne, aussi, je ne lui ai pas laissé le choix…
J.B. est un calme, très calme, trop calme, peu bavard, mais au demeurant, très blagueur et il nous sortait toujours des plaisanteries bien distrayantes… Je me suis bien entendu avec lui, et ce, d’autant plus que, bien que peu pratiquant, il accepta de prendre en charge la tenue de notre orgue (électronique) pendant les offices (messe) du dimanche et les préparations du samedi… donc, nous avions quand même quelques points communs.
Lui était là, il venait d’être jugé, en correctionnelle, pour agression sexuelle sur une de ses élèves (il était prof de piano, à domicile, de métier) dans des circonstances assez floues. Il nous a prétendu que c’était une machination : accusation de la fille (plusieurs années après) parce qu’il avait refusé les avances de la mère… Tout un programme : résultat = 1 an de prison ferme (à 73 ans) et 5 ou 7 années avec sursis (donc, non faites, s’il n’y a pas de récidive). Avec les grâces, il ne ferait que 9 mois et devait nous quitter en décembre 2002.
Départ qui a été fêté (à l’aumônerie)… et il n’est pas sorti… Une seconde affaire s’étant déclanchée, pour la même accusation… il espérait sortir en provisoire (en attente du 2ième jugement)… mais il était encore là, plusieurs mois après… J’espère, pour lui, qu’il sera innocenté… autrement il lui faudra faire sa nouvelle peine et la révocation du sursis (5 ou 7 ans, je ne sais plus…) et vu son âge… Par la suite, j’ai appris qu’il avait, de nouveau, été condamné, et il doit être, encore, en prison.
Il était vraiment sympa et même si nos échanges de conversation n’étaient pas d’un intérêt fondamental, c’était toujours distrayant et « intelligent », ce qui est déjà « exceptionnel », en milieu carcéral.
Vis-à-vis de nous, il n’a pas été très franc, car, par la suite, j’ai appris qu’il savait, dès juillet qu’il avait été mis en examen pour une autre affaire, mais je lui pardonne ce mensonge « pieux », car vraiment, en détention, il n’aurait pas (n’a pas) fait de mal à une mouche. Il était sûrement plus compréhensif que moi, en ce sens, que même si je n’avais pas d’animosité contre quiconque, j’évitais la « fréquentation » de certains, lui restait lui-même et savait s’adapter à chacun. Il est vrai que nous étions peu de vieux (une dizaine) et que nous vivions « en vase clos », sans nous mêler aux autres du JA. Mais parmi notre petit groupe, il y avait des cas… que je vais vous passer un peu en revue.
Tout d’abord, vis-à-vis de J.B., en fait, à son arrivée au JA, il n’était pas avec nous, il avait été mis dans l’autre cellule de 4, et ils étaient 4, nous 3. Dans cette cellule de 4, il a un peu souffert, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il ne fumait pas, les trois autres, oui, comme des pompiers, il se couchait tôt, les trois autres, non et même ils travaillaient en cellule, donc, même parfois (et souvent) la nuit, pour gagner plus, et ils lui faisaient de petites « vacheries », pas véritablement méchantes, mais « gênantes », stressantes… D’ailleurs, ces trois-là, je les connais peu, ils sortaient rarement de leur tanière enfumée.
Bref, quand Hubert a été transféré, avec Jacques, nous nous sommes bien rendu compte qu’ « ils » n’allaient pas nous laisser à deux, et avec la complicité d’un surveillant qui est intervenu chez notre chef de bâtiment, il a fait déménagé J.B.
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…


Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…

A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…



1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).

"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Dès qu’une version « papier » sera faite, je vous l’indiquerai.

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