31.10.2007
Utilité et/ou Inutilité de la prison.... (suite 2 et fin)
Utilité et/ou inutilité de la prison ? (Suite et fin)
Le CONDAMNÉ CONDAMNÉ…
C’est le gros du bataillon. Il a commis un délit, une infraction, un crime, il a été condamné. Il subit sa condamnation. Il parle peu du passé, peu du futur. Il sait pourquoi il est là, il assume. Il accepte la situation présente.
Il vit, le mieux possible, sans vague, mais il ne faut pas essayer de le raisonner. Son avenir sera ce qu’il sera. Il ne se projette pas dans son avenir.
Il sait que ce ne fut qu’un accident de parcours. Il souhaite que cela ne se reproduise pas. Il veut retrouver la vie normale qu’il a connue et qu’il retrouvera, un jour.
Il a parfois des regrets, parfois l’espoir d’une vie meilleure.
Il n’a pas de réponse à faire lorsqu’on l’interroge sur le pourquoi, le comment, il en est arrivé là. D’ailleurs, il ne voit pas comment il aurait pu faire autrement.
C’est la fatalité, c’est elle qui lui fixera son avenir, souvent il ne sait pas pourquoi, il en est arrivé à cette situation. C’est le type même du détenu, futur libéré qui a besoin d’une aide et d’un suivi psychologique et matériel, qui a besoin d’une surveillance « réelle », afin d’éviter tout dérapage… futur.
Il a beaucoup de mal à se projeter dans l’avenir. Il redoute le retour et le regard des autres. Il a peur de s’être marginalisé et de le rester.
Pour lui, qu’il soit auteur d’agressions sexuelles, de crime passionnel ou accidentel, il est clair que sa culpabilité, il l’a déjà reconnu, aussi est-on en droit de se demander si la prison ou pour le moins, une présence longue en prison, est nécessaire. Souvent, d’autres peines, plus pénibles et plus contraignantes sont possibles à trouver.
La prison ne lui apportera rien. Il n’en sortira pas meilleure, bien au contraire, puisque la prison lui aura ôté tout lien avec la vraie vie, celle qu’il faut affronter chaque jour, puisque la prison va le marginaliser en lui ôtant son travail, en brisant son couple et/ou sa famille.
UTILITE de la prison :
Pour beaucoup de catégories de délinquant, la prison n’est pas « la solution ».
Elle est cependant utile lorsqu’elle met fin à une série de crimes, ou à une série d’infractions graves préjudiciables à la vie humaine.
Elle peut être utile comme moyen d’intimidation, pour faire comprendre que cela arrive et peut se prolonger, mais faudrait-il encore que la prison soit pénible. Je ne pense pas qu’il faut revenir aux conditions de détention qui existaient au bagne, mais je pense que la vie en prison n’est pas aussi pénible que certains le croient. J’ai souvent pu constater que de nombreux détenus s’y trouvaient très bien. Ils savaient se refuser ce qui ne leur est plus accessible (vie sexuelle, petits plaisirs quotidiens). Bref, ils savent s’adapter et faire coïncider leurs besoins avec ce qui est possible. Je pense que c’est le propre de l’être humain d’être aussi adaptable. Il sait trouver ses limites et son bonheur dans les contraintes qui lui sont imposées. D’ailleurs, cette adaptabilité est un gage de survie en prison. Le plus pénible ne se trouve pas dans les conditions matérielles de détention, mais dans les conditions psychologiques qui parfois frisent l’inhumanité.
L’environnement humain est imposé, la cohabitation est imposée, c’est elle qui est souvent pénible : ne pas pouvoir choisir avec qui on va partager son temps…
Ce qui est pénible aussi, pour le détenu, c’est de savoir qu’il a laissé ou mis son entourage en de réelles difficultés matérielles. Il se rend compte qu’à cause de lui, d’autres sont malheureux.
Il s’isole, il est isolé de son milieu naturel.
Il se rend compte qu’il est tout à fait impuissant pour tenir son rang social.
La prison a tendance à niveler les différentes classes sociales. Mais ne vous y trouvez pas, malgré ce qui est affirmé, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, tout le monde n’est pas respecté comme cela devrait l’être.
Il est vrai que la réaction de l’entourage du détenu et de l’encadrement (qui fait son métier), n’est la le même vis-à-vis d’un jeune parfois turbulent, que vis-à-vis d’un ancien chef d’entreprise, que vis-à-vis d’un bon français moyen.
Pour conclure, je redirai qu’il est indispensable que l’on trouve des peines moins perturbatrices de la vie sociale et plus propices à un réel abandon de la délinquance. Dans de nombreux cas, c’est possible. Il y va de l’avenir de notre pays.
Je n’ai pas parlé de la deuxième fonction de la prison qui est de prévoir la réinsertion sociale des détenus. Il n’y a rien à dire, car rien n’est fait ou si peu que cela frise la plaisanterie…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…
Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…
A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
…
1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).
"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).
03:05 Publié dans Ambiance, Vie privée , Justice , Livre , Règlementation , Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Détention, Maisond'Arrêt, CentredeDétention
29.10.2007
Utilité et/ou Inutilité de la prison.... (suite 1)
Utilité et/ou inutilité de la prison ? (2)
Le condamné, il y en a de nombreuses catégories…
Très souvent, le CONDAMNÉ se considère TROP CONDAMNÉ, et cela pour de nombreuses raisons.
Tout d’abord, il n’était l’auteur principal, il n’était qu’un complice, ce n’est pas de sa faute, c’est de la faute d’un autre, c’est la faute à pas de chance, c’est lui qui a été pris, etc.
Malgré ce sentiment d’injustice, il accepte souvent sa détention comme un passage obligé, comme le résultat d’un faux pas, comme une mauvaise passe qui aura une fin.
Il a souvent le sentiment que la prochaine fois, il fera mieux, il ne sera pas pris… Il n’a, en général, aucun sentiment de véritable culpabilité. Il a raté son coup, il paie…
Il donne l’impression d’avoir l’intime conviction que ce qu’il a fait, il reste en capacité de le refaire, l’important restant de n’être pas repris.
C’est dans cette catégorie que l’on retrouve le plus grand nombre de récidivistes.
Souvent, j’ai entendu la réflexion suivante : « A 35 ans, j’arrêterai mes conneries, mon business ». Je pense qu’il était sincère ou pour le moins qu’il essayait de s’en convaincre. Pour ma part, je pense qu’il ne s’arrêtera pas… il évoluera, mais restera un délinquant, si la société ne sait pas lui proposer autre chose…
Son passage en prison se justifie, ne serait-ce que pour mettre un frein, un arrêt dans une délinquance réelle. En prison, il se sent bien, car il ne manque de rien, en général, faisant « dehors » partie d’un clan, son clan ne le laisse pas tomber et chacun de ses membres a conscience que c’est lui qui aurait pu être à sa place. Sa famille et son clan le soutiennent moralement, le soutiennent financièrement, il ne manque de rien, si ce n’est la liberté. Il attend que le temps passe.
Il est et restera un révolté contre la société qui l’a condamné « injustement ». S’il ne l’était pas déjà, il deviendra aigri et en conflit avec tout ce qui lui apparaîtra comme l’image de l’autorité (police, justice, hommes politiques).
Ce qui est grave, c’est qu’à sa sortie, aucun suivi sera mis en place pour le « surveiller », pour s’assurer que ce séjour lui aura été d’une quelconque utilité pour l’empêcher de continuer sa délinquance. Aussi, tant que la société ne se préoccupera pas de l’après-sortie, ce passage en prison n’aura été d’aucune utilité. Au mieux ou au pire, selon le choix, on peut redouter qu’en prison, il aura trouvé de nouvelles méthodes de délinquance…
Le CONDAMNÉ, emprisonné par LASSITUDE de la Justice.
Il est, en général, jeune, très jeune, et pourtant, il connaît bien les commissariats de police, les couloirs des tribunaux, les juges pour enfants, les éducateurs, les foyers.
Il est, aujourd’hui, en prison pour une « petite » affaire, parce qu’il vient d’avoir 18 ans, mais il a déjà été condamné de nombreuses fois.
Souvent, il arrive pour 6 mois, mais il y reste 2 ou 3 ans, car les peines (condamnations ) antérieures sont mises à exécution et pendant sa détention, il repasse au tribunal pour d’autres affaires « en cours ».
En fait, c’est un raté de notre système éducatif et de notre société. Il n’a pas su, pu y trouver sa place. Son milieu familial est souvent « nul », famille désunie et à problème, scolarité interrompue, laisser-aller permanent, vie dans la rue et sans aucune contrainte sociale.
Souvent inconsciemment, il s’est rendu coupable d’infractions, en soit, minimes, mais qui par leur répétition, le rende condamnable et condamné.
Il me semble évident que sa « petite » délinquance aurait du, pour son entourage familial et éducatif (école et socio-éducatif de quartier), être considéré comme un appel au secours « Occupez-vous de moi », un signe que quelque chose ne collait pas, dans sa tête et que sans aide, il allait dériver.
Il n’aurait pas du se trouver en prison. Il aurait du être pris en charge, avant qu’il ne soit trop tard. Souvent, il a été placé en foyer vers 10/11 ans… mais le surnombre et parfois, le manque de capacités, ont fait que l’encadrement n’a pas été en mesure de le prendre en charge, de la comprendre et de le remettre sur la bonne route. Le foyer n’a fait, au mieux, que du gardiennage…, et l’a éloigné, momentanément d’un milieu qui n’était pas en mesure de l’aider.
Son attitude en prison est tout à fait révélatrice de son état d’esprit.
Il accepte la prison, c’est un mauvais moment à passer. Il considère la prison, un peu comme un foyer (« quand on veut faire quelque chose, il faut demander l’autorisation »), il y a ou retrouve, ou trouve des copains (« il manque les filles »). Il s’y amuse bien, il fait en sorte que le temps passe avec le minimum de pression.
Le seul moment qu’il redoute, et plusieurs m’en ont fait la confidence, c’est le soir et les nuits, au moment où il se retrouve seul, face à lui-même. A ce moment-là, il se rend compte de l’absurdité de la situation, de sa situation.
Il ne s’assimile pas aux autres détenus, plus délinquants que lui, d’ailleurs il ne les fréquente pas.
Souvent, il a la ferme attention d’arrêter, de repartir sur de nouvelles bases, recommencer ou commencer de vivre normalement, sans délinquance. Cette attitude m’a semblé sincère, et venant du fond de lui-même.
Il ne devrait pas faire partie des récidivistes, ce premier passage en prison devrait être le dernier. Il semble avoir compris. Il a compris.
Mais son attitude extérieure, à sa sortie, sera en fonction de ce que l’on aura réussi à lui offrir (saura lui offrir).
Il ne faut pas oublier que sa délinquance lui a permis, souvent, de bien vivre, avec des revenus (certes illégaux) confortables. Repartir sur des bases saines, sera synonyme de se restreindre, de travailler honnêtement, de refuser les excès, la vie facile.
Aussi, il apparaît évident que si la société et son entourage ne sont pas en capacité de le soutenir… il rechutera, souvent « en pire », car, en prison, il aura été en contact de délinquants qui auront su lui apprendre leur délinquance souvent plus pernicieuse que la sienne.
Parfois, j’ai eu l’impression que le détenu « jeune » voyait en son premier séjour en prison, le moyen de s’affirmer, vis-à-vis de ses copains. Il avait besoin de ce passage, pour montrer son influence…, sa supériorité sur les autres…, sa capacité à braver les interdits… Il est sur que pour lui la prison n’aura été d’aucune utilité, bien au contraire, puisqu’elle va lui servir de tremplin… pour son avenir… délinquant.
La condamnation a eu l’effet inverse de ce qui était recherché (punir). C’est là que l’on voit la nécessité de trouver des peines plus adaptées.
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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 7 janvier)
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26.10.2007
Utilité et/ou Inutilité de la prison....
Utilité et/ou inutilité de la prison ?
Pendant la rédaction et la mise en page de ce deuxième ouvrage, j’ai créé des blogs pour y diffuser mon premier bouquin : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul Denis. J’ai eu quelques commentaires de lecteurs, et cela m’a permis de réfléchir sur quelques pistes non encore approfondies.
Il est commun d’entendre et de dire : « S’il est en prison, c’est qu’il le mérite, je ne vais pas le plaindre »…
C’est souvent vrai, mais le problème n’est pas là. Il faut se poser le question : est-ce que la prison lui sera « utile », lui permettra de repartir sur de nouvelles bases… ?
Comme vous le savez, j’ai été pendant de nombreux mois en prison (34 mois) et pendant aussi de longs mois auxi-écrivain.
Cette fonction m’a permis d’observer et de rencontrer de nombreux détenus, de tous âges, de toutes nationalités, de toutes conditions sociales, responsables de toutes sortes de délits ou crimes.
Par obligation, j’ai été le confident spontané de beaucoup de situations, de passés et de futurs, d’espoir et de détresse humaine.
Cette expérience me permet d’avoir une vision de ce qu’apporte, au détenu, la prison qui n’est pas celle que de nombreux militants mettent en avant, celle que de nombreux politiques voudraient mettre en place.
Rappelons que l’administration pénitentiaire a deux fonctions essentielles, à en croire, le Code de Procédure Pénale (CPP, art. D 188 et D 189) : la garde des personnes privées de la liberté d’« aller et venir » par décision de justice et la réinsertion sociale des détenus.
Le motif de l’incarcération et l’environnement social et psychologique du détenu n’est donc pas une priorité pour la prison.
Si l’on veut parler de ce qu’apporte au détenu, la prison, il faut se préoccuper de son état d’esprit quand il y rentre, de sa faculté de s’adapter à ce monde qui lui est imposé et qui, a priori, au moins le pense-t-il, lui est hostile, de sa volonté à faire en sorte que sa vie future, quand il sortira de prison, ne sera pas la même que celle qui l’a amené en prison.
Chacun réagit différemment et cela en premier chef, en raison de son sentiment de responsabilité dans sa présence en ces lieux.
Bien que cela ne soit pas si évident, chacun pouvant évoluer au fil du temps, je pense qu’il faut « classer » les détenus en fonction de leur culpabilité ressentie ou non.
Si un individu est innocent, c’est lui d’ailleurs le seul a avoir le pouvoir d’affirmer qu’il est innocent, puisque lui, il sait s’il a fait ce que la société et la justice lui reprochent, il ne peut pas réagir, vis-à-vis de la prison, de la même façon que celui qui se sait coupable de ce qui lui est reproché.
Pour l’INNOCENT, le fait d’être en prison est / doit être insupportable. Sa seule possibilité de s’opposer à cette incarcération injuste est de proclamer son innocence en demandant, en redemandant sa mise en liberté, s’il est prévenu (détenu non jugé), en faisant appel des décisions prises (appel, cassation, révision), accompagné ou non de grève de la faim ou de manifestations de refus de la situation qui lui est imposé. Ne pas oublier le proverbe, tout à fait appliqué, en l’espèce : « Qui dit mot, consent ».
Ainsi, le fait de ne pas faire appel est un « signe » (une preuve pour la Justice que la condamnation est justifiée… Cette interprétation du non-appel me semble tout à fait en dehors d’un contexte réaliste. Beaucoup de détenus m’ont affirmé qu’ils n’avaient pas fait appel de la décision, parce qu’ils pensaient qu’ils n’avaient pas eux-mêmes assez d’éléments pour faire modifier l’interprétation répressive de la justice. A aucun moment, ils ne pensaient que la condamnation était justifiée (juste).
En prison, l’innocent n’est pas cru par les autres et par l’administration qui suit la vision donnée par la Justice.
Il est vrai que tout détenu, à un moment ou à un autre, se dit innocent, ou pour le moins, condamné ou condamnable beaucoup trop par rapport à ce qu’il a le sentiment d’avoir fait de mal.
En prison, l’innocent reste un calme révolté en silence. Il refuse sa situation présente, il essaie de s’en sortir avec les moyens que la loi lui donne.
Son séjour ne lui sera bien sûr d’aucune utilité. Bien au contraire, il en ressortira forcément aigri contre une société qui l’a mal jugé et qui, aussi et surtout, si la détention injuste a été un peu longue, qui lui a cassé sa vie sociale et professionnelle.
Le FAUX INNOCENT, c’est celui qui se dit innocent, mais qui en fait, ne l’est pas ou en tout cas, n’est pas en mesure de prouver son innocence, parce qu’il a, à un moment ou à un autre, avoué, parce que de nombreux indices, faits ou circonstances font penser qu’il est coupable ou qu’il a, en tout cas, beaucoup de choses à se reprocher qui font qu’il ne peut être considéré comme innocent.
Ce détenu est, assurément, le plus difficile à comprendre, à défendre. D’ailleurs, sa propre attitude est souvent, d’un jour à l’autre, changeante. Son humeur est changeante aussi, ce qui déroute celui qui doit statuer sur son sort.
J’ai souvenir d’un gars qui était accusé de pédophilie, qui clamait son innocence et qui avait, par des faits concrets, réussi à me convaincre qu’il était innocent, que ce qu’on lui reprochait n’avait pas pu se passer. Eh bien, ce gars, en détention, quelques mois plus tard, a manifesté des tendances homosexuelles… Que faut-il penser ? Etait-il innocent ?
La présence en prison du « faux innocent », est pénible pour lui-même, mais surtout pour son entourage (les autres détenus), car sans cesse, il se plaint de ce qui lui est imposé, sans pour cela mettre tout en œuvre pour prouver son innocence, si bien que les autres détenus sont déroutés et l’isolent, en se moquant de lui (quelque fois ouvertement).
La prison lui sera-t-elle utile ? On peut l’espérer. Peut-être, lui permettra-t-elle de bien se comprendre lui-même, en le forçant à se regarder, en l’obligeant à se rendre compte que son attitude – délit a bien eu lieu et donc qu’il est normal qu’il soit puni.
Cependant, je ne suis pas convaincu qu’un séjour prolongé soit d’une réelle utilité et ce, d’autant plus qu’en prison, il ne recevra aucun soutien qui lui permettrait de faire ce retour sur lui-même. Ce qu’il lui faut, c’est un suivi psychologique « réel » qui lui permette de changer son état d’esprit et sa façon de vivre en société… et ce, bien au delà de son temps de détention, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
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24.10.2007
Tristesse
Tristesse :
Mes écrits… Je ne vous dirai pas qu’ils sont objectifs, mais je suis sincère et j’essaie de vous transmettre ce que je ressens… Il est sûr qu’un autre pourrait vous en faire une description tout autre.
Parfois, vous pouvez y ressentir de la « tristesse »… certes mon sort m’en fait ressentir, mais il y a pire, moi, j’ai la joie d’avoir une famille et des amis, ce qui n’est pas le cas de tous, ici. Et je pense que l’on peut être triste et quelque peu « nostalgique », lorsque l’on se rend compte que notre société et son système carcéral sont nuls… et dans plus de 80 % des cas, je pense que ce n’est pas la meilleure solution, ni pour le délinquant, ni pour la société.
Ce qui est sûr, c’est que c’est la solution de facilité, celle qui, peut-être, fait peur, parfois, mais une fois qu’il est « dedans », le délinquant prend de l’assurance, et croyez-moi, il en ressort plus « corrompu »…
Je ne sais s’il y a des statistiques « annoncées »… mais le nombre de mes co-détenus pour qui la prison n’était pas un lieu « inconnu » est considérable (pour ma part, je l’évalue à près de 80 %...) et certains « envisagent » d’y revenir… Vous voyez : parler de « réinsertion », ce n’est que de l’hypocrisie… ou de la philosophie.
Dépassée le stade des 6 mois, cette détention est tout à fait inutile… le mal est fait et quand je me rends compte que passer le cap des 36 mois… cette détention peut compromettre tous les jours qu’il me reste à vivre, vous comprendrez que je peux avoir une certaine rage car je suis conscient que si je ne veux pas végéter, il me faudra faire ce que l’on m’a reproché de faire alors que je ne l’ai pas fait !...
Vous voyez où nous mène l’absurdité du système qui ne s’occupe pas des individus. La répression est peut-être bonne et « utile » (mais la forme reste à trouver), mais la prévention – éducation, c’est mieux, croyez-moi.
L’ambiance, ici, comme partout, il nous faut la supporter, et le plus simple est, quand même, de l’accepter et de vivre avec, car s’y opposer n’est jamais « bon » et cela te retombe toujours « dessus », donc, il faut jouer avec diplomatie, faire croire qu’on adhère même si cela te laisse indifférent…
Mais en général, je pense être bien « intégré », j’avoue (et pense) ne pas avoir d’ « ennemi ». Cela se passe assez bien, peut-être plus en raison de mon âge et des services que je peux rendre en conseil et/ou écriture qu’en raison d’une acceptation de mon opinion.
Donc, l’ambiance, même si elle n’est pas celle que j’aurai souhaitée (notamment au niveau du bruit) est acceptable. Il faut dire que tout compte fait, il y a beaucoup de « mouvements » dans les unités, c’est à dire beaucoup de changement de cellules. Il est vrai qu’il y a des départs (sorties ou transfert vers un autre CD, ou transfert disciplinaire (en Maison d’Arrêt) que l’attitude du détenu devenu insupportable nécessite, là, c’est une vraie sanction…) et des arrivées, mais il y a aussi des changements internes, d’une unité à l’autre au gré des humeurs, des choix et des goûts de chacun. Moi, je suis depuis plus d’un an dans la même cellule et je suis le 2ème plus ancien /25. Il y a un bon mélange de jeunes et de moins jeunes, mais je dois avouer que les plus jeunes, même s’ils sont plus casse-pieds, ils sont les plus distrayants et les plus surprenants…
L’insécurité :
… en voilà, un faux problème… elle n’existe pas, on la fabrique, le « on » étant notre société qui ne sait pas « éduquer », à la base.
La répression est un combat perdu d’avance, si on ne s’efforce pas de combattre les inégalités et la misère « à la base »… il n’y a pas de fatalité… pour moi, mais je ne suis pas sociologue, mais seulement « réaliste », si notre société, nos dirigeants ne décident pas de mettre le paquet sur l’éducation, dès le plus jeune âge, avant même le primaire et ensuite.
On le dit souvent, c’est par les enfants que la culture remonte dans les familles. Mais il faut mettre le paquet, faire des classes de 10 à 15, pas à 30 – 35, faire des classes pour ceux qui ont des difficultés. Si on ne veut pas faire cela, la situation ne fera qu’empirer. Je suis prêt à prendre le pari…
Il faut renforcer (aider) tout le milieu éducatif, même si, au départ, on est obligé de se substituer à la famille. Par pitié, arrêtons le massacre, arrêtez de construire des armes et d’aller sur Mars, juste quelques années, et employons ces hommes et ces moyens à nous créer « une jeunesse dynamique et sans problème ».
Quand j’ai entendu (à la TV) que l’Armée avait, encore, au budget, la 2ème place avant l’enseignement et l’éducation… je suis resté abasourdi… quelle aberration !
J’ai du mal à comprendre, à admettre que nos politiques ne se rendent pas compte de la réalité… ou… y voit-il, dans la politique, qu’une occasion de se faire plaisir, lorsqu’il ne s’agit pas de s’enrichir… Je n’ai pas de réponse…
Je suis et reste (encore pour beaucoup de temps, je le crains) un marginal ! Tant pis, mais il y a des choses qui ne passent pas, que je n’arrive pas à accepter quoiqu’il advienne… !
Ai-je raison ? Suis-je un têtu ? Suis-je vraiment hors des vraies valeurs ? Je ne sais, d’ailleurs, la réponse n’importe pas. Malgré mes désagréments actuels… je ne regrette pas ma vie… Mon seul regret est d’avoir entraîné dans mes « délires »… certains qui auraient pu attendre mieux de moi.
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Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).
"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).
03:05 Publié dans Ambiance, Vie privée , Justice , Règlementation , Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Détention, Maisond'Arrêt, CentredeDétention
15.10.2007
La sécurité... (suite)
La Sécurité – Suite –
Revenons à la sécurité : Je pense que bon nombre de détenus doivent être atteints du syndrome de la nuit (tombée de la nuit) : à savoir que les angoisses se manifestent, souvent, à ce moment de la journée et se manifestent par une excitation particulière, cela, je l’ai constaté et surtout « entendu », à travers la « frappe » de portes…. A Metz, la nuit, c’est le moment où les « risques » sont les plus nombreux. Comme déjà évoqué, les moyens de prévention et d’alarme ne sont plus en état… de fonctionnement : ce qui a pour conséquence qu’en cas de besoin, il faut « guetter » le passage (silencieux) des surveillants lors de leur ronde, il doit en avoir 3 ou 4, à des heures irrégulières. En cas de nécessité, comme indiqué plus après, pour Saint Mihiel, toute une procédure doit être mise en place et donc, les secours arrivent toujours tard, parfois trop tard… ! A Metz, un motif d’interpellation pouvait être bénin, comme le fait que les plombs (fusibles) ont sauté (et ils sautaient souvent) – soit 4 cellules sans courant électrique, donc pas de TV, pas de lumière, etc… et de l’énervement dans l’air, la frappe contre les portes pour alerter quelqu’un qui ne peut vous entendre… etc…
Pour conclure sur Metz, si « le pétage de plomb », et les agressions « verbales » étaient fréquentes, les agressions physiques « graves » étaient rares, ou, pour le moins, pas plus fréquentes et graves que dans un quartier populaire, et ce, avec moins de moyens d’agressions, en effet, tout objet tranchant ou dangereux (bombe contenant des gaz - cf… laque, bombe à raser, spray, etc…) sont interdits, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait aucun objet tranchant « fait maison » qui circulait…
A Saint-Mihiel : les murs d’enceinte « béton » sont moins hauts, en raison d’une partie grillagée, surmontée de fil de fer barbelé, il n’y a pas de miradors, mais des caméras (il y en aurait 26). Au niveau de l’enceinte, elle est surveillée par un véhicule qui tourne « fréquemment », jour et nuit.
Contrairement à Metz, il n’y a pas de filins, au dessus des cours de promenade, aires de sport ou cheminement… Mais penser qu’il pourrait y avoir « évasion par hélicoptère » me semble hors de propos, en raison du fait que les gars sont jugés et les détenus qui sont ici, le sont pour une durée, en théorie, relativement courte (- de 5 ans). Certes si le nombre des peines « longues » devait augmenter, il y aurait lieu de revoir le système de sécurité.
Comme à Metz, les lumières sont allumées, en permanence, la nuit, à l’extérieur et dans les parties communes. Au niveau « sécurité individuelle », je pense que les risques sont, peut-être, plus grands qu’en maison d’arrêt, parce qu’il y a, aussi, plus de déplacements permis. Et en plus, les déplacements non autorisés sont souvent « tolérés » : visite à la grille d’une unité qui n’est pas la sienne.
En théorie, et c’est ce que personnellement, je fais, j’indique « toujours » au surveillant où je vais.
En théorie, ce devrait être inutile puisque pour participer à une activité, il faut y être au préalable « inscrit », ce qui fait, en pratique, que l’on sait où tu es (tu devrais être) si on consulte la liste.
Et en pratique, en général, on te trouve « rapidement » pour aller à un RDV non prévu ou pour une signature. A Metz, tous les mouvements étaient inscrits et il y avait des appels « théoriques » pour savoir où étaient les détenus : à l’école, à l’infirmerie, en promenade, en sport, etc… Ici, ce doit être la même chose, mais les résultats doivent être moins fiables car, il me paraît « certain » que de nombreux surveillants se préoccupent fort peu de savoir où sont les détenus sous leur responsabilité…
Les appels « sûrs » sont ceux qui ont lieu, à l’heure des repas et surtout, au début et à la fin de chaque service (de surveillants). Ainsi, à 7 h, le surveillant ouvre ta cellule pour s’assurer que tu es « encore » vivant, à 13 h (changement d’équipe), même assurance. A 12 h 30 et à 19 h 30, un nouveau tour pour s’assurer que la porte de la cellule est bien « fermée ».
La nuit à Saint-Mihiel, il y a aussi 4 à 5 rondes dont deux contrôles visuels, pour notre unité, vers 21 h, pour s’assurer que l’œilleton (de la porte) est bien dégagé et que le lit est visible (il est vrai que comme beaucoup, je mets un cache (bouchon) sur l’œilleton pendant la journée, car s’il est vrai qu’il ne me gêne pas de laisser ma porte ouverte, je n’apprécierai pas d’être « espionné » par un détenu
Rappel : le surveillant a la clef, donc, s’il veut y entrer, je ne peux lui en refuser l’accès, bien sûr. En ce qui concerne le lit, il se peut qu’il soit quelque peu masqué, si la porte du cabinet de toilettes est ouverte à 100 %. Deuxième contrôle visuel, autour de 5 h du matin, avec allumage de la lumière + « regard », quelques secondes (en général, je l’entends).
Chez les plus jeunes (détenus), la violence est souvent latente et, pour un rien, une pécatille, un mot de travers, un coup est vite parti, souvent sans gravité , mais il est là, parfois avec gravité, et il fait l’objet d’un « rapport » et de sanction, et même l’objet d’une « plainte officielle ».
En réalité, il est difficile d’éviter, malgré les efforts visibles et sincères de l’administration, tout conflit.
Si tu as la volonté d’éviter tel ou tel de tes co-détenus, tu y arrives, mais il faut être vigilant, éviter les mouvements « de foule », car « ton » protagoniste peut donner mission à un autre de te porter un mauvais coup.
A Saint-Mihiel, comme partout, maintenant, je pense, tout le personnel pénitentiaire et tous les intervenants extérieurs sont équipés de ce fameux boîtier d’alarme, évoqué lorsque j’ai parlé de Metz. Sa mise en route est relativement récente, je pense, fin 2002. Mais, pour l’avoir vu fonctionner et m’en être fait expliquer le fonctionnement, il est d’une efficacité exemplaire : trois moyens d’alerte (bouton poussoir, tirette, mousqueton de sécurité – en fait, il est prévu pour être mis en ceinture et le fait d’arracher ce cordon de sécurité déclanche l’alarme – je dois avouer que de nombreux intervenants extérieurs ne le mettent pas en ceinture et le tiennent dans leur déplacement à la main et qu’il est, souvent, sur le bureau, pour les surveillants, même attitude « légère »…
Par contre lorsqu’il est déclanché, en quelques secondes – minutes (mais peu) cinq ou six, surveillants et chefs (équipés) arrivent sur les lieux exacts, de l’appel, et les perturbateurs sont maîtrisés, manu militari.
Comme déjà évoqué, à Saint Mihiel, il y a aussi des portes à ouverture électro-magnétique, mais je ne suis pas sûr que, malgré nos 26 caméras, ces ouvertures se fassent, toujours de visu. La majorité des portes s’ouvre, avec l’intervention d’un surveillant (ouverture électrique à l’entrée du bâtiment), ailleurs, ouverture manuelle, donc, pour nous, un confort moindre et souvent des « attentes »…
J’ai entendu dire que certains établissements étaient équipés 100 % « portes à ouverture électrique », y compris les cellules. Je dois dire que ce système aurait l’avantage d’alléger le travail « fastidieux » des surveillants, d’en réduire, peut-être, le nombre (hélas) ou mieux, ils les rendraient plus disponibles pour aider (écouter) les détenus… qui sont, souvent, demandeurs d’écoute. A suivre…
La Sécurité…, la nuit …
A Saint-Mihiel, je peux vous confirmer, hélas, que les interphones que nous avons en cellule, fonctionnent bien.
En effet, j’en ai eu la confirmation lors de tentatives de suicide ou d’accident dont si je n’ai pas été le témoin oculaire (puisque cela s’est passé la nuit), j’en ai été le témoin auditif et j’en ai entendu les « confidences ».
Donc, il y a interphone et possibilité de dialoguer avec le PC (poste de commandement), au moins la nuit. En cellule, nous n’avons qu’un bouton d’appel qui, de jour, actionne un voyant lumineux extérieur à la cellule et visible (de loin) par le surveillant qui passe.
La nuit, je pense que le système est relié au PC, et alors, c’est lui (eux) qui interroge la cellule et essaie de savoir ce qui se passe… On peut lui répondre… Mais il faut avouer que le temps de la mise en route d’éventuels secours, peut être long.
En effet, la nuit, les cellules sont fermées et les surveillants (qui ne font que des rondes) n’ont pas la clef (rappel : les portes sont équipées de trois fermetures : une clef de confort, celle que j’ai, une clef de sécurité (passe) qui ne se manœuvre que de l’extérieur et qui fait coulisser deux pennes d’un bon 1,5 cm de diamètre, et un loquet sur lequel peut être fixé un cadenas, par exemple, en attente d’expertise ou du passage de la police, en cas de décès douteux).
Bref, la nuit, seul un gradé, appelé par les surveillants, peut intervenir et ouvrir la cellule. Cela prend donc, un certain temps, et c’est lui qui décide de l’appel ou non du SAMU, en sachant que dans les prisons que je connais (Metz, Saint-Mihiel, Nancy, Bar le Duc, Epinal, par ouie dire), il n’y a pas de service médical « de nuit ».
Et c’est aussi pour cette raison, je pense, que l’infirmerie n’est pas équipée de chambre-cellule-lit de nuit et que le cas échéant, tu es soigné en cellule ou à l’hôpital, il n’y a pas de lieu intermédiaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…
Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…
A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
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12.10.2007
La sécurité...
La Sécurité
Je vais vous parler « Sécurité » en prison. Pour ma part, je pense qu’elle existe et je ne me suis jamais senti en insécurité, je n’ai eu connaissance que de peu de cas de violences « physiques » graves… mais il y en a…
Voyons tout d’abord ce que l’administration met en place.
En Maison d’arrêt : Le régime général (et exclusif) est « fermé », c’est à dire que l’on demeure, en cellule, tout le temps sauf si on a une bonne raison d’en sortir : on vient te chercher et/ou tu dois manifester ton intention de participer à telle ou telle activité (sport, promenade, douches, bibliothèque, école, etc… non, il n’y a pas de « etc »).
Il y a beaucoup de portes à ouverture electro-magnétique, actionnées par un surveillant qui te voit. Une porte ne peut pas être ouverte si une autre est ouverte…
Tous les espaces « à l’air libre » (promenade, sport, cheminement vers…) sont équipés de filins anti-hélicoptères.
Le tour d’enceinte est équipé de 4 ou 5 miradors avec un surveillant dedans 24 h/24 qui a, à sa disposition, un fusil (sous vitre à briser) + téléphone + moyen d’alarme. Il doit, jour et nuit, appeler le PC (poste de commandement) à heures prévues d’avance (pour s’assurer qu’il ne dort pas… !).
Les seuls lieux où « l’agression » est facile, ce sont les aires de promenade et de sport, car la promiscuité y règne et il est rare que quelqu’un s’interpose (détenu ou surveillant seul) – on attend que le renfort arrive. A priori, le mélange des étages était évité, mais ce n’est pas systématique…
Les surveillants étaient équipés de boîtier « anti-agression » qui leur permettait de lancer « la cavalerie », il était possible d’identifier celui qui avait déclenché l’alarme et son emplacement lors du déclanchement.
Quand tu es en cellule (rappel : à deux), plus rien ne te protège de ton co-détenu, au moins à mon époque. En effet, d’une part, les boutons d’appel (interphone) ne fonctionnaient plus, les œilletons étaient masqués (noircis). Seuls tes cris pouvaient faire intervenir un surveillant qui passerait par là…
Je pense que le « danger » est réel… Mais il est vrai que, sur demande double (du sortant et du receveur), il est possible de changer de cellule et c’est relativement fréquent, jusqu’au moment où tu trouves quelqu’un avec qui tu t’entendes bien, mais tu n’es jamais à l’abri d’un « conflit », d’un « pétage de plomb » qui peut avoir des conséquences fâcheuses et laisser des marques… Il est vrai, qu’alors, à moins que cela ne soit manifeste, les deux protagonistes sont punis (prétoire)…
Faisons une parenthèse, pour parler du prétoire. Il s’agit, en fait, d’un tribunal interne à la prison. Jusqu’à une période rapprochée (2000-2001, je pense), tu ne pouvais pas t’y faire assister par un avocat, aujourd’hui, oui – par ton avocat ou un avocat, commis d’office (choisi par le bâtonnier, volontaire et payé par la Justice). Le prétoire est présidé par le chef d’établissement ou son représentant, y participent un représentant des travailleurs sociaux et un chef qui fait office de rapporteur. Avant le prétoire, il doit y avoir un « rapport d’incident », mais tout « rapport d’incident » ne donne pas lieu à un passage au prétoire… On te dit, par écrit, ce que l’on te reproche, tu peux y relater comment l’incident a commencé, s’est déroulé, s’est terminé. Donc, il y a souvent deux rapports, celui du plaignant (victime – surveillant ou détenu) et celui de l’accusé. Il fait référence au Code de Procédure Pénale (CPP) et/ou au règlement intérieur, et il t’est indiqué ce que tu risques : cela passe par la « relaxe », par un avertissement, par une peine de mitard (cachot, isolement) avec sursis, par une peine de mitard ferme de 1 à 45 jours (maxi), si plus, (rare) avec une interruption « obligatoire » de quelques jours. C’est souvent 3-4 à 7-15 jours. En cas de découverte de produits stupéfiants ou de violence avec dégât physique ou matériel, l’affaire peut être et se concrétise, en plus, par des mois de prison, infligés par le Tribunal correctionnel, 6 – 12 mois ou 2 ans, etc…
De toutes les façons, le passage au prétoire est toujours synonyme de prolongation de détention, parce que le passage en ce lieu est toujours « assorti » d’une suppression de RP (Remise de peines) : s’il y a « sursis », le double de nombre de jours de sursis, s’il y a mitard, le triple du temps de mitard. Le maximum étant, bien sûr, ce qui peut être accordé (3 mois + 2 mois (RPS).
Cette parenthèse est valable pour toutes les prisons.
Deuxième parenthèse : le mitard (cachot). Je ne connais pas (je n’ai pas vu) ceux de Saint Mihiel (mais ce doit être un peu près équivalent), mais j’ai vu ceux de Metz, pour y être allé faire des courriers. Il s’agit donc de cellule d’isolement, tu ne peux prendre aucune de tes affaires personnelles, si ce n’est un ou des livres, du papier et un crayon. Si tu fumes, « en principe », on (le surveillant) te donne ta cigarette, sur demande, idem pour l’allumer. Tu as droit à une heure quotidienne de promenade (seul) dans un local quasi fermé de 30 m², pour la douche, ce doit être plusieurs fois par semaine, mais je ne pense pas tous les jours, mais cela doit dépendre aussi (comme souvent) du détenu et du surveillant.
La cellule est de la même taille qu’une autre, mais elle est imputée d’un sas en grille afin d’avoir aucun contact entre le détenu et le visiteur. Les repas sont « passés » par un guichet avec des couverts en plastique. La cellule est nue avec un WC à la turque, et un robinet avec eau froide (bouton poussoir) au dessus (pas de lavabo), le lit (très étroit) est en pierre avec une table en pierre. A priori, le matelas n’est donné que la nuit. Il n’y a pas de chauffage. C’est donc assez spartiate et, l’hiver, très pénible. Le plus dur doit être le fait de ne pouvoir parler, échanger… Il y a des combines, mais elles sont dures à mettre à exécution et risquées… Et malgré cela, le mitard a ses « habitués »… difficile, pour moi, à comprendre…
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Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
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10.10.2007
Fausses affirmations...
Fausses… affirmations…
Aussi bien à Metz qu’ici et qu’ailleurs, d’après ce que j’en ai appris, il est « d’usage » de ne pas dire la vérité aux « détenus »…
A cela, il y a plusieurs raisons que j’entrevois, même si je ne peux les accepter.
Soit, on ignore la vérité, mais pour « ne pas le paraître », on raconte n’importe quoi et on n’a pas le courage de dire « Je vais me renseigner ».
Soit, on connaît la vérité, mais on ne veut pas la dire, parce que l’on sait qu’elle va fâcher… Est-ce une lâcheté ou une stratégie pour « ménager » la chèvre et le chou, car la vérité apparaîtra toujours un jour ou l’autre… mais en attendant « le calme » a été maintenu…
Soit, on ne dit pas la vérité, en raison de son incompétente et de son incapacité à l’assumer…
Ce qui est grave, c’est que c’est cette troisième hypothèse qui est la plus répandue dans l’esprit des détenus, et le détenu rajoute même que son interlocuteur « s’en fout » et que sa seule préoccupation est d’attendre la fin du mois et sa fiche de paie…
En réalité, pour ma part, mon sentiment est que, par tradition, par habitude, peut-être, par nécessité, pour éviter tout conflit, nos différents interlocuteurs ont pris « l’habitude » (fâcheuse, certes…) de ne dire la vérité que lorsque cela est indispensable et au dernier moment et tout cela, au nom du « calme » que l’on souhaite « obtenir » (maintenir).
Cette attitude est d’autant plus fâcheuse qu’elle ne permet pas au détenu de connaître ses droits et, en particulier, ses réelles possibilités de réinsertion.
On ne sait pas mettre « cartes sur table » et dire : « C’est ainsi », « Voilà les possibilités qui s’offrent à toi. Tu fais cela, tu auras droit à cela ».
Sans cesse, en interrogeant les autres, le détenu apprend que l’information donnée est fausse (erronée ou incomplète). Même lorsque l’on lui présente une situation, tout ne lui est pas dit « en même temps ».
Cette attitude ne peut être admise.
Certes, certaines fois, pour dire la vérité, il y a des formes à respecter et il faut tenir compte du « récepteur »… mais ce n’est pas une raison, pour lui cacher « sa vérité ». Même le détenu, le plus primaire, avec les formes, est capable de comprendre ce qu’il a fait, qu’il a des droits et qu’il a des devoirs… Il est vrai que parfois, cela peut prendre un certain temps et nécessiter un peu de diplomatie…
Ce qu’il y a de sûr, et cela je l’affirme, haut et fort, je n’ai jamais induit en erreur un détenu, venu interroger l’écrivain. Il m’est arrivé de dire « je ne sais pas », mais je n’ai jamais donné des informations en sachant qu’elles étaient fausses et/ou « tronquées ».
Et c’est, peut-être, ce qui n’a pas plu… à certains…
Ce qui me semble, également, inquiétant, c’est qu’un certain nombre d’avocats, je dirai même une bonne majorité, tiennent le même langage.
Pourquoi ? Pour ne pas inquiéter son « client » !!!
Et pourtant, il est, en général, payé pour assister le prévenu. Alors, pourquoi ne pas lui dire ce qui l’attend, son intime conviction, ce que son passé et son expérience lui font redouter… Ainsi, il serait, peut-être, plus facile de se défendre, de se préparer « psychologiquement » et cela éviterait, à mon avis, le stress qui fait partie prenante de tout jugement et vous fait perdre vos moyens… Si vous savez ce qui vous attend, vous pouvez réagir, et donc, vous défendre, au risque d’être insolent…
Quand j’ai été écrivain, j’ai connu un prévenu, accusé d’attouchements et/ou de pratiques pédophiles, sur allié (beau-fils). Certes, quelque peu primaire et naïf, son avocat lui disait et il le croyait (plus qu’il me croyait), qu’il allait « sortir » en libération provisoire, qu’il allait être « blanchi »… Par expérience, dans ce type d’affaire, je peux vous affirmer que, s’il y a doute, il bénéficie toujours à la victime ou pseudo victime « mineure », jamais à l’auteur présumé… Et il vient, après 2 ans et demi d’attente, d’être condamné à 10 ans de prison : peine « moyenne », mais qui prouve que sa responsabilité avait, quand même, été retenue, le minimum étant 5 ans…
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08.10.2007
La vie en société...
LES PARTIES CIVILES
C’est ce qui est du aux « victimes »…
Le paiement des parties civiles (ou plutôt son non-paiement) est souvent un argument utilisé par l’administration et/ou le JAP (donc la loi), pour « mesurer » la bonne volonté du condamné. Il paraît que la réinsertion passe par là… J’en doute pour les raisons suivantes :
. Si le détenu ne travaille pas, le paiement est, en fait, assurer par la famille… !
. S’il travaille : déjà, il ne gagne pas beaucoup, pour de nombreuses heures de travail, alors lui demander de faire plus, me semble du « sadisme »… il est vrai qu’un versement « volontaire » de 10 €/mois n’est pas trop pénalisant, mais à quoi sert-il lorsque l’on en doit des centaines de milliers… Si on était payé « normalement », ce paiement volontaire pourrait être plus conséquent.
Rappel : sur toutes les rémunérations (travail, formation, auxi) et sur les sommes reçues de l’extérieur (et ce, au delà de 200 € par mois), 10 % sont « automatiquement » (prévu par la loi) retenus pour les parties civiles. Mais en fin de détention, cela ne fait pas des sommes « énormes » : à ce jour, après 20 mois de « travail », je n’ai que 326,23 €. Croyez-moi…, en faire une carotte… un argument de réinsertion me semble quelque peu excessif.
LA VIE EN SOCIETE
Ce n’est pas ce qui est mis « en avant » dans les bienfaits possibles de la détention. Mais, pour ma part, je pense que la prison pourrait être une « bonne » école d’insertion sociale.
Mais, en pratique, cela ne se passe pas ainsi, et, à mon grand regret, j’applique et j’essaie de faire appliquer le principe suivant : « Il n’y a autour de nous que deux sortes de détenus : ceux dont tu apprécies la compagnie, et ceux que l’on doit ignorer ». En réalité, il n’y a pas de « milieu », et pour ce milieu, « l’échange » doit et se limite souvent à « Salut » et une poignée de mains et un « Comment cela va ? ». La réponse n’est pas attendue (entendue), et de toutes façons, elle ne créera pas un dialogue constructif…
La cohabitation « agréable » et « sans ennui » est à ce prix.
Chacun pour soi, ne te préoccupe que de toi-même et de ceux dont tu apprécies la présence… Et encore, cela semble bien éphémère, puisqu’une fois dehors, malgré ses promesses, le « sorti » ne pense plus à toi et ne t’écrit même pas un petit mot… Cela se comprend, mais c’est souvent assez déprimant… En cas de transfert (changement de lieu de détention), il existe souvent un échange épistolaire, ne serait-ce que pour comparer les conditions de détention, mais tout cela semble bien superficiel… et en tout cas, cela ne prépare pas à une nouvelle vie sociale… et sortir n’est pas toujours un moment « agréable »… Et je reste persuadé que pour certains… c’est le début d’autres difficultés qui commence… Difficultés « prévisibles » et qui auraient pu être « évitées » s’il y avait eu « réinsertion » et, je crains fort, que la « récidive » sera pour lui, la seule solution de survie… Et le cycle reprend… Ici, certains en sont à leurs 4ème ou 5ème allers-retours en 10 ou 15 ans…
Et aussi, je crois que l’on est en droit de se poser la question. A quoi sert la prison ? N’y a-t-il pas d’autres solutions « plus contraignantes », « plus propices » à l’apprentissage de la vie en société, « plus susceptibles » d’éviter la récidive.
Pour ma part, avant pour l’éviter ou après une courte période de prison, je verrai :
. L’obligation de travailler « normalement » et « légalement »…
. La semi-liberté (prison, la nuit, travail, le jour)…
. L’obligation d’indemniser « les victimes »…
. Et surtout, la surveillance « en milieu ouvert » des condamnés, par des éducateurs qui ont le temps d’écouter, de suivre, de poursuivre, de surveiller, et quelques pouvoirs…
. L’obligation de juger « vite ». J’ai en tête, le cas d’un jeune (- de 30 ans) qui avait commis un délit (stup), mais qui, entre temps, s’était, on peut le dire « réinsérer » : travail régulier + compagne + enfant…, et que, 4 ans après… on l’enferme pour deux ans… Tout a été cassé : plus de boulot, copine et enfant, partis avec un autre… Quelle réinsertion pourra-t-il avoir ? On (ou je) comprend son amertume et son sentiment de haine, vis à vis de cette justice « aveugle »… et mal adaptée.
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
et des solutions proposées…
Vous trouverez ci-dessous, les dates de parution de mes articles…
Sur la journée du 17 mai 2007. Nous serons donc ensemble jusqu’au nouvel an 2008… si vous le souhaitez…
A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index sur la journée du 14 janvier)
Clémence et Paul Denis avaient tenté de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus.
Vous avez l’intégral de ce bouquin en début de blog, complété par vos questions / remarques et mes réponses…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
…
1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
Le bouquin de Paul DENYS n’a pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir sa version papier, vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 7 Bld d’Alsace à 57070 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).
"Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…" est en cours de relecture…. Peut-être sera-t-il publié ? En attendant, vous le découvrirez dans les jours qui suivent… Une version « papier » en auto-édition, est disponible, au prix de 17 €uros (frais d’envoi compris). Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (200 pages A4).
03:05 Publié dans Ambiance, Vie privée , Justice , Règlementation , Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Justice, Prison, Détention, Maisond'Arret, Centrede Detention
05.10.2007
La Formation professionnelle...
LA FORMATION PROFESSIONNELLE
A priori, selon ce que j’en ai appris par d’autres, de la « formation professionnelle », en Maison d’arrêt, il n’y en a pas ou très peu. La seule formation assurée passe par l’Ecole, et elle s’agit, surtout, de remise à niveau scolaire et de l’initiation à certaines langues (anglais et espagnol), à l’informatique, beaucoup d’illettrisme, et du FLE (Français langue étrangère – pour les étrangers) et préparation à certains diplômes : CEG (certificat d’enseignement général = niveau certificat d’études), et autres. Par correspondance, il est possible de faire à peu près tout. Le plus souvent, la totalité des frais s’il y en a, est prise en charge par l’Ecole (et/ou l’administration pénitentiaire). Ne rêvez pas… cela ne concerne, néanmoins, qu’une trentaine de détenus / 400 et on retrouve, comme toujours, les mêmes détenus, dans plusieurs cours… et l’absentéisme est fréquent.
Au niveau formation professionnelle « vraie », elle n’a lieu que dans les Centres de détention, et cela peut se comprendre, car, pour exister et être efficace, elle ne peut s’adresser qu’à des détenus, ayant une certaine durée de peine… Ici, par exemple, elle concerne environ (maxi) 45 détenus, en 4 formations. Comme pour l’Ecole, on passe de l’une à l’autre…. ! La seule « qualifiante » réelle avec passage d’un diplôme « officiel » est le CAP de Pâtissier-Confiseur.
Les groupes sont de 15 maxi – beaucoup d’absentéisme, et cependant, ces formations (contrairement à l’Ecole) sont rémunérées et les absences non justifiées ne sont pas payées (bien sûr). Ce qui est moins « compréhensible », c’est que quand ce sont les profs qui sont absents… on n’est pas payé, non plus…
Ce qui « pèche », dans les formations, c’est la motivation des participants… Elle peut être de plusieurs ordres… Mais ce qui apparaît, en premier, est le fait que ces formations sont rémunérées et plusieurs ne sont là que pour cela… Aucun ou presque n’a « réellement » un projet professionnel en rapport avec la formation suivie, ce qui explique le passage d’une formation à l’autre, l’une après l’autre… Ainsi, dans ma promo CAP, sur les 27 détenus qui sont passés par elle, seuls 3, dont moi, estimaient que celle-ci pourrait leur être utile, un jour. Et dans les 3, il y a avait un boulanger… !
Ce qui y est un peu pénible, c’est le manque d’intérêt « évident
Une partie du manque d’intérêt peut être justifié par la diversité des détenus et de leur niveau initial qui fait que certains « décrochent » très vite, malgré le niveau du CAP. De plus, il faut tenir compte du facteur « détention » avec ses hauts et ses bas, ses moments de « blues », l’incertitude de l’avenir, les problèmes familiaux, les problèmes d’intendance (cantines qui n’arrivent pas, etc…), problèmes de personnes (individualisme ou problème d’intégration), de parloirs « fantômes » (quand le visiteur n’est pas là), etc…
Il est vrai qu’il est, peut-être, un peu facile, pour moi, de critiquer la formation professionnelle dispensée en milieu carcéral… Mais ceux qui sont chargés de la mettre en pratique, ne recherchent pas toujours, à mon avis, l’intérêt pour le détenu et les critères de « sélection » semblent me manquer d’objectivité… Mais, suis-je moi-même « impartial »…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…
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Nota : Sur la journée du 21 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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1019 Jours de détention… en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie
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03.10.2007
Le Travail...
LE TRAVAIL
Le travail : le « sésame » de l’indépendance de tout détenu. C’est lui qui permet d’être indépendant de sa famille et/ou d’un tiers. C’est lui qui permet de survenir à nos propres besoins. Certes, ils sont « limités », mais en prison, on a besoin d’un minimum, pour être en mesure d’améliorer ce qui doit être amélioré… afin que « la vie » y soit supportable…
La loi prévoit que le travail est un droit pour tout détenu.
La réalité est bien éloignée de la loi…
A l’exception de quelques prisons, toutes les prisons manquent de travail.
De plus, sachez que le salaire moyen net annuel tourne autour de 2.000 €, soit 170 €/mois. De cette somme, vous devez retirer, des dépenses quasi obligatoires, telle que la TV et (éventuellement) un frigo : l’ensemble : 50 €/mois… il ne reste plus que 120 €.
Pour un fumeur, ce n’est pas assez.
L’octroi du travail n’est pas « objectif ». Certes, il faut en faire la demande, mais toute demande n’est pas prise en compte, dans le même délai, selon l’individu demandeur. Et une fois que vous ayez été « classé » (c’est comme cela que c’est appelé), cela ne veut pas dire que l’on va vous « appeler ».
Le travail en ateliers (que je ne connais pas directement) est très fluctuant… un jour, il y en a, un autre, il n’y en a pas. Le début du travail est à 7 h 30… j’ai déjà vu des travailleurs revenir, en leur unité, à 9 h 30… il manque tel ou tel produit.
Rappelons-le, le travail « en atelier » est souvent du conditionnement qui demande aucune qualification (et qui n’apporte aucun goût au travail). Son seul intérêt est d’occuper les mains (et l’esprit) et d’apporter un peu d’argent. Ce travail est payé à la pièce (pas de congés pour maladie, pas de chômage, pas d’indemnisation en cas d’accident de travail – pour des raisons que l’on comprend aisément).
Donc, malgré cela, le travail est « recherché », mais il est donné, en priorité, à celui qui ne pose pas de problème, même si ce n’est pas lui qui en a besoin le plus… et cela favorise les étrangers et ceux qui parlent peu, ne se rebiffent pas et travaillent… Quand il n’y a pas de travail pour tous les demandeurs : ce qui est la majorité du temps, ce sont ces détenus qui sont « appelés ».
Pour ce qui est des auxi (auxiliaires, chargés de l’entretien des parties communes), la rémunération y est plus régulière (pas d’arrêt), mais pas plus élevée, ce serait plutôt le contraire, mais annuellement, on arrive à peu près au même résultat.
Comme je l’ai indiqué dans mon étude du rapport du Sénat (que vous trouverez dans le chapitre suivant) sur le travail en milieu carcéral, ce qui serait nécessaire, pour assurer « la paix » dans les esprits, c’est de garantir, à tout détenu, qui veut « travailler », un revenu minimum mensualisé qui lui permet d’être « indépendant », et de « vivre » avec un minimum.
La situation actuelle provoque des jalousies et des conflits, et je dirai même des scandales : j’ai vu un détenu d’origine étrangère (clandestin – passeur de produits stupéfiants) sortir avec 7.000 € dans sa poche (3.500 en pécule libérable, 3.500 en pécule « parties civiles » non versé aux dites parties civiles), … et en plus, la France lui a payé son billet d’avion de retour au pays… C’est peut-être une exception, mais je n’en suis pas sûr. Il venait d’une prison où il y avait beaucoup de travail, bien rémunéré, il vivait bien, sans se priver et je pense même que, de son pécule disponible (après les - 10 % + - 10 %), il devait envoyer à sa famille des mandats… Ici, quand il y avait du travail, il était toujours « appelé »… !
Le travail (ateliers + auxi) occupe, ici, je pense, environ au mieux, 160 détenus sur 400.
Avec le manque de réinsertion qualifiante, le travail mal rémunéré et mal réparti est, à mon avis, la chose qui pèche le plus, en milieu carcéral… Et ce doit (devrait) être, la préoccupation principale de nos politiques s’ils veulent éviter la « récidive »…
Personnellement, s’ils l’ont compris, je ne suis pas sûr que ce soit, pour eux, une priorité… hélas…
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